Un itinéraire en Pologne à la découverte des traces juives

Partez à la découverte des 349 sites de mémoire juive que j’ai visité jusqu’ici à travers la Pologne et venez partager un riche et émouvant voyage dans les anciens shtetl et quartiers juifs. Vous découvrirez également de nombreux articles autour de ce sujet en Pologne et ailleurs.
» Shabbat Goy en chiffres c’est 256 sites sur 349 mis en ligne: 178 cimetières, 115 synagogues, 11 camps, 4 sous-camps et 10 autres sites. C’est aussi 322 galeries.

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Mémoire vs marteau, le combat inégal

Destruction d’un mémorial à Rajgród

Rajgród, nord-est de la Pologne, voïvodie de Podlachie.
Le mémorial à la mémoire des juifs de Rajgród a été sévèrement endommagé par des individus qui n’ont à ce jour pas été retrouvés par les services de police de Grajewo. La date exacte du dommage n’a pu être précisée.

Mémorial de Rajgród

Mémorial de Rajgród (Cliquer pour agrandir) – Photo Police de Grajewo


Ce monument se trouve sur le site de l’ancien cimetière juif, sur un terrain aujourd’hui sous l’autorité de l’administration des forêts et non des autorités de la ville de Rajgród. Son isolement a facilité sa dégradation qui a nécessité un certain outillage, un acte donc forcément prémédité de par la structure même du monument et perpétré très certainement à l’aide au moins d’une masse amenée sur place par des individus.
Une entreprise locale de construction a proposé bénévolement de procéder à la réparation du monument, toujours est-il que celle-ci ne pourra restituer dans son originalité la création car les sections formant l’étoile de David ont été réduites en pièces. Les autorités communales ont fait part de leur déception et l’administration des forêts a indiqué qu’elle procéderai à un renforcement des mesures de sécurité. Toujours est-il qu’il est bien difficile de surveiller des sites excentrés en pleine nature, comme souvent cela est le cas avec les cimetières juifs.
Le mémorial lors de son inauguration en septembre 2014

Le mémorial lors de son inauguration en septembre 2014 (Cliquer pour agrandir) – Photo Paweł Wądołowski

De nombreux monuments ont été érigés à travers la Pologne depuis des années afin de perpétuer le souvenir des communautés juives disparues durant l’holocauste. Parfois, ils rappellent dans certains lieux des événements tragiques où l’histoire locale se confond ou prend part avec la tragédie des juifs. Ces actes qui tendent à vouloir effacer de l’histoire locale, à éradiquer la présence juive disparue, témoignent de l’importance de l’enseignement et de l’éducation auprès des nouvelles générations et du public.
J’entends d’ici les protestations véhémentes, à juste titre, de mes compatriotes et d’autres, aussi je leur rappellerai les 200 tombes juives fracassées du cimetière juif alsacien de Sarre-Union, acte intervenu durant une période avoisinante à la destruction décrite dans ces lignes pour ne parler que de cet événement.

70 ans après la fin de la guerre, le monument avait été inauguré le 18 septembre 2014 et érigé en bordure de l’ancien cimetière juif aujourd’hui disparu; il avait été l’objet d’un long travail concernant sa conception et son financement.
Karen Kaplan, la fille de Awrum Szteinsaper, un juif né à Rajgród et qui avait survécu à la guerre, après avoir perdu ses proches et s’être caché dans les bois, avait eu l’initiative de ce projet avec Avi Tzur et Risa Dunni. C’est après sa visite à Rajgród en 2011 qu’elle avait décidé de s’investir dans la réhabilitation du cimetière juif avec l’édification d’un mémorial.
Le monument avait été réalisé par le sculpteur israélien Chen Winkler, en Israël, et avait été transporté par bateau jusqu’à Gdańsk puis dirigé par camion jusqu’au site. L’opération avait été encadrée et menée par la fondation pour la préservation de l’héritage juif en Pologne (Foundation for the Preservation of Jewish Heritage in Poland – FODZ). Les fonds récoltés pour le financement du mémorial provenaient principalement des descendants de la communauté juive de Rajgród.

Le monument par sa forme rappelle celle des tombes juives. L’étoile de David symbolisée ici par son absence et barrée par une séparation verticale dépeint la rupture de la vie, de la longue présence de la communauté juive qui vivait ici, à la manière des cassures symbolisées par les arbres coupés ou les chandelles de shabbat brisées que l’on retrouve gravés sur les stèles juives.

Le cimetière juif et les synagogues de Rajgród avant la guerre

Le cimetière juif et les synagogues de Rajgród avant la guerre (Cliquer pour agrandir) Carte igrek.amzp.pl


Les premiers juifs se sont établis à Rajgród durant la seconde moitié du XVIème siècle. Au milieu du XIXème siècle, c’était alors un véritable shtetl avec 86% de juifs. Après la première guerre mondiale, la population déclina jusqu’à 745 juifs. Durant la guerre, un ghetto fut établi en 1941. Une centaine de juifs furent tués durant la période du ghetto. Il fut liquidé en 1942 et les juifs déportés vers la ville voisine de Grajewo, de là vers le camp de travail de Bogusz puis vers le camp d’extermination de Treblinka.

Sources : Virtual Shtetl, Samuel Gruber’s Jewish Art & Monuments.

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Kazimiera ou la photo de l’enfant meurtrie

Une image, plus que des mots

Parmi les photos les plus emblématiques de la guerre en Pologne, il en est une prise par un photographe américain, Julien Bryan (1899-1974), à Varsovie, au début de la guerre, le 14 septembre 1939.

Cette tragique photo (ci-contre) montre une jeune fille au désespoir devant le corps inanimé d’une autre jeune fille.

Alors qu’il circulait à proximité de la scène située rue Jan Ostroróg, la rue qui longe le cimetière chrétien Powązki côté ouest, mitoyen du cimetière juif de la rue Okopowa, Julien Brian s’arrêta sur le lieu où venait de se passer un drame.
Comme elles manquaient de farine alors que Varsovie était assiégée par les allemands, 7 femmes creusaient dans un champ à la recherche de pommes de terre. C’est alors que 2 avions allemands firent un passage et larguèrent 2 bombes sur une petite maison voisine où les 2 occupantes furent tuées. Les femmes dans le champ se jetèrent à plat ventre pour se protéger puis reprirent leur recherche une fois les avions disparus. Cependant ils revinrent quelques minutes après, mitraillèrent le champ et firent 2 nouvelles victimes. L’une d’elles que l’on aperçoit sur la photo s’appelait Anna Kostewicz. C’est alors que le photographe aperçut la petite sœur de Anna, Kazimiera Kostewicz, âgée de 10 ans s’approcher, s’agenouiller et pleurer près de sa sœur mortellement blessée.

Kazimiera Kostewicz (Mika), septembre 1939 Varsovie (Cliquer pour agrandir) - Photo Julien Bryan

Kazimiera Kostewicz (Mika), septembre 1939 Varsovie (Cliquer pour agrandir) – Photo Julien Bryan

Julien Bryan était reporter et photographe et a témoigné par l’image l’invasion allemande en Pologne en septembre 1939. Il avait à la radio polonaise exhorté le président Franklin Roosevelt à venir en aide aux polonais et l’avait mis en garde contre le risque d’une guerre mondiale. Bryan s’était rendu en train à Varsovie le 4 septembre, 3 jours après l’entrée des allemands en Pologne. Il filma et photographia le siège de Varsovie.
> Voir le film Siege de Julien Bryan

En 1959 il rencontra Kazimiera Mika, alors mariée, âgée de 30 ans et mère de deux enfants. Kazimiera et sa famille l’accueillirent chez elle autour d’un repas. Alors qu’il lui demandait si elle se rappelait tous les événements survenus dans ce champ de pommes de terre ce jour là, elle lui répondit que le jour où elle perdit sa sœur, c’était le jour où elle vit un mort pour la première fois et un étranger pour la première fois.

Le siège de Varsovie. L’Allemagne envahit la Pologne sans déclaration de guerre le 1er septembre 1939. La ville est bombardée le jour même. Les combats pour la défense de la capitale commencent le 8 septembre, les allemands sont arrêtés par la défense polonaise et encerclent la ville. Les combats vont durer 20 jours. Entre-temps le 17 septembre, les russes envahissent à leur tour la partie orientale de la Pologne. Le 25 septembre les allemands lance un grand raid aérien sur la capitale. Le 28 c’est la capitulation et 120 000 prisonniers seront transférés vers des camps de prisonniers de guerre. 15% de la capitale est déjà en ruine.

Julien Bryan

Julien Bryan sur une barricade effectue des prises de vue pour son film Siege. La photo a été prise sur l’actuelle avenue Solidarité, rive gauche, quartier de Praga. A gauche l’hôpital Praski. Au fond Varsovie centre (Cliquer pour agrandir) – Photo IPN / Julien Bryan

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Władysław Bartoszewski, témoin de l’histoire

Découverte d’un personnage hors norme

Hier est décédé Władysław Bartoszewski (1922-2015), à l’âge de 93 ans, une grande figure en Pologne, certainement mal connue, peu ou pas assez du grand public, à l’étranger.

Né dans une famille catholique, il entame ses études à Varsovie.
Il prend part à la défense de Varsovie dès le début de la guerre, sera déporté en 1940-1941 à Auschwitz puis libéré suite à l’intervention de la Croix Rouge. Par la suite il entrera en résistance dès 1942 dans l’Armia Krajowa (première armée de résistance en Europe, forte en moyenne de 300 000 résistants) où il transmettra des informations sur le camp de concentration.
Parallèlement, il participe activement à l’action du comité d’aide aux juifs Żegota, mouvement initié au départ par deux polonaises de la résistance; 100 000 juifs purent ainsi être sauvés par l’organisation durant la guerre.

Władysław Bartoszewski

Władysław Bartoszewski – photo Photo M. Kulisiewicz / Muzeum POLIN

Pendant les quatre années de guerre de 41 à 44, il suit aussi des études auprès d’un département de l’université qui mène secrètement ses activités, il s’occupe également de la ligne éditoriale d’un journal engagé pour la renaissance de la Pologne. En 1943, dans le cadre des activité de l’organisation Żegota, il organise l’assistance des insurgés du ghetto. En 1944, il participe à l’insurrection de Varsovie.
Il poursuit après la guerre des activités de résistance et de propagande contre le régime communisme qui se met en place et rejoint le parti d’opposition. Ses idées en opposition frontale avec le communisme en place le mènent en prison pour 8 années sous le prétexte d’espionnage. Libéré en 1954, il se consacre au journalisme.
A l’initiative de l’institut historique juif de Varsovie, il est décoré pour son aide apportée aux juifs une dizaine d’années plus tôt. En 1963 il se rend en Israël puis est honoré du titre de Juste parmi les Nations par Yad Vashem pour ses actions de sauvetages des juifs durant la guerre en 1966.
Au début des années soixante, il voyage en Europe de l’ouest et aux Etats-Unis, il coopère avec Radio Free Europe. Dans les années 1970-1980, il s’engage dans la vie intellectuelle et politique polonaises, et donne de nombreuses conférences à l’université de Varsovie et de Lublin sur des thèmes historiques, notamment la période de la guerre et de l’occupation. Il est également accueilli et honoré par de très nombreuses universités occidentales.
il rejoint le syndicat Solidarność de Lech Wałęsa au début des années 1980, ce qui lui vaudra d’être de nouveau emprisonné suite à la reprise en main du pouvoir par le général Jaruzelski en 1981. Dans les années 1990-2000, il devient ambassadeur en Autriche, puis ministre des affaires étrangères alors qu’il réalise un grand discours au Bundestag lors du cinquantième anniversaire de la fin de la seconde guerre mondiale, puis sénateur au début des années 2000.
Depuis 1990 il était l’un des membres éminents du conseil international du musée d’Auschwitz. Il siège ensuite à l’assemblée. En 2005 il prononce un important discours lors du soixantième anniversaire de la libération du camp d’Auschwitz et participe très activement à la réconciliation germano-polonaise et judéo-polonaise.
Il est l’auteur de très nombreux livres et publications, également en langue allemande. Il a été honoré d’une vingtaine de décorations et reconnaissances aussi bien en Pologne qu’à l’étranger.

Władysław Bartoszewski faisait partie des personnalités polonaises qui furent interviewées par Claude Lanzmann dans le cadre de la réalisation de son film Shoah mais dont l’apparition n’a pas été retenue par le réalisateur malgré sa participation personnelle très active dans le comité d’aide aux Juifs Żegota durant la guerre et pendant l’insurrection du ghetto. La forme narrative utilisée par Bartoszewski, ne répondait pas de manière précise à ce que recherchait Lanzmann à travers des témoignages plus vivants pour son film, il la trouvait dit-on ennuyeuse, sur la forme. Cette interview pourtant importante puisqu’elle abordait l’aspect du sauvetage de juifs par des polonais durant la guerre ne fut donc pas retenue, peut être pour certaines autres considérations qui mériteraient aujourd’hui d’être développées (Il en avait été également de même avec l’interview de Tadeusz Pankiewicz, le pharmacien polonais du ghetto de Cracovie, un autre Juste polonais absent du film.)

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Hermann Graebe, Juste oublié

Le paria réhabilité

La médaille de Juste parmi les Nations décernée par Yad Vashem récompense les personnes qui ont, durant la guerre, permit de sauver des juifs, soit en leur fournissant une l’aide, soit en les cachant, au péril de leur vie. Cette distinction est aujourd’hui encore décernée, généralement à titre posthume car la grande majorité des principaux intéressés ne sont plus de ce monde et c’est leurs descendants qui la reçoivent en leur nom.
Quelques Justes sont devenus très célèbres du public comme Oskar Schindler suite au film de Steven Spielberg La liste de Schindler qui retrace le sauvetage de 1000 juifs par l’industriel nazi venu faire des affaires à Cracovie et dont le destin bascula lorsqu’il décida de sauver ses juifs. D’autres restent encore peu connus du public comme Irena Sendler, une infirmière polonaise qui réussit à extraire du ghetto de Varsovie 2500 enfants juifs.
Hermann Graebe

Hermann Graebe

Avec la chute du communisme vers la fin des années 1980, des contacts et des recherches ont pu être entrepris à l’est et de nombreux Justes de ces pays d’Europe centrale purent être identifiés, notamment en Pologne, pays où on dénombre aujourd’hui le plus grand nombre de Justes parmi les Nations (>6500).
De par sa spécificité, l’Allemagne comptabilise à ce jour 569 Justes. Parmi eux, il en est un que le destin choisit, il s’appelait Hermann Graebe (Hermann Friedrich Gräbe).

Hermann Graebe est un Juste un petit peu à part, car c’est le seul allemand qui a témoigné durant le procès de Nuremberg.

Hermann Friedrich Graebe (1900-1986) était donc citoyen allemand. Né dans une famille pauvre, il suivit cependant des études pour devenir ingénieur. Il rejoignit le parti nazi en 1931 mais en 1934 il critiqua ouvertement la campagne antijuive menée par les nazis arrivés au pouvoir un an auparavant. Cela lui valut d’être arrêté par la Gestapo et d’être emprisonné durant plusieurs mois. Il travailla les premières années de la guerre pour une entreprise de construction basée à Solingen et supervisa la construction de fortifications à la frontière occidentale de l’Allemagne. Après l’invasion de l’URSS par les allemands en juin 1941, il fut envoyé en Ukraine par l’organisation Todt dans la région de Volhynie située au nord-ouest du pays en tant qu’ingénieur pour l’entreprise; il travaillait à la réalisation de travaux de construction pour le compte de la Reichsbahn, les chemins de fer allemand, dans la région de Lwów. Son entreprise employait une main d’oeuvre de 5000 juifs.
Le 5 octobre 1942, alors en déplacement à Dubno, une petite ville située à une centaine de kilomètres au nord de Tarnopol, il assista de manière fortuite à l’exécution des juifs du ghetto de Dubno sur le site de l’ancien aérodrome. Le massacre eut lieu près du chantier où il s’était rendu, il fut perpétré par des SS de l’Einsatzgruppe C*, des membres du SD et des supplétifs ukrainiens. 5000 juifs furent exécutés en quelques jours dans trois fosses communes de 30 mètres de long sur 3 mètres de profondeur, au cours des massacres aujourd’hui connus sour le nom de Shoah par balles.

A l’entrée en guerre, 12000 juifs vivaient à Dubno dont 4000 réfugiés venus de Pologne. Les exécutions commencèrent après l’arrivée des allemands à l’été 1941. Le ghetto fut liquidé le 23 octobre 1942. 300 juifs survécurent à la guerre et ils étaient encore une dizaine en vie en l’an 2000.
Axel von dem Bussche-Streithorst, un officier allemand, fut également le témoin du massacre de 3000 juifs à Dubno. Il entra en résistance et, encouragé par le Comte Claus von Stauffenberg, planifiat un attentat suicide contre Hitler en 1943 qui avorta.

Au mois de juillet 1942, Hermann Graebe apprit qu’une liquidation imminente du ghetto de Rovno allait être entreprise alors que des juifs de cette ville et d’autres localités avoisinantes travaillaient pour sa société à Rovno. Fusil à la main, il se rendit sur les lieux où il put libérer 150 juifs qui étaient sur le point d’être embarqués par la police ukrainienne. Par la suite, il fournit des faux papiers à 25 juifs et les emmena à plusieurs centaines de kilomètres vers l’est dans une filiale fictive de l’entreprise où il les aida financièrement. Ils purent par la suite s’échapper vers l’est grâce à l’avancée de l’Armée Rouge. Ces activités intrigèrent la maison mère de Solingen et l’entreprise le rappela afin de l’inculper de détournement de fonds. Face à l’avancée soviétique, Hermann Graebe transféra son bureau avec son équipe juive à Varsovie puis en Rhénanie. En septembre 1944, il passa les lignes américaines avec une vingtaine de ses protégés.
Dès la fin de la guerre, il coopéra avec le bureau en charge des crimes de guerre de l’armée américaine en vue de la préparation du procès de Nuremberg. Il fut le seul allemand qui témoigna durant le procès. Son témoignage permit d’identifier les fosses communes et les responsables du massacre de Dubno.
En 1948, il reçu des menaces de mort et émigra aux Etats-Unis où il s’installa avec sa famille à San Francisco.
Il s’employa à faire comparaître les criminels de guerre auprès de la justice d’Allemagne de l’ouest. Il devint alors un paria aux yeux de nombreux allemands de son pays. Il fut accusé de faux témoignage en 1966 lors du procès en révision de Georg Marschall qui avait été condamné durant le procès de Nuremberg suite à son témoignage. Le journal Spiegel reprit également à son compte les accusations.

Il devint citoyen américain en 1953.
C’est en 1965 que Hermann Graebe fut reconnu comme Juste parmi les Nations par Yad Vashem et c’est durant les années 1990 que sa réhabilitation intervint en Allemagne. Pour le centième anniversaire de sa naissance, une plaque fut dévoilée par les autorités de Soligen, sa ville natale. Un rue devait également porter son nom mais le projet n’a pas abouti. Graebe n’a jamais pu retourner en Allemagne et n’aura pas eu connaissance de cette réhabilitation intervenue après sa mort en 1986.

* Le procès des Einsatzgruppen est le neuvième des douze procès qui se sont tenus à Nuremberg entre 1946 et 1949.
Herman Graebe a également permis la libération en 1943 de Kazimierza Bessendowski et de 50 soldats de l’AK, Armia Krajowa.

Extrait du témoignage de Hermann Graebe durant le procès de Nuremberg:
«Le chef d’équipe et moi-même sommes allés directement vers les fosses. Personne ne nous en a empêchés. Alors j’ai entendu des tirs de fusil se succéder rapidement de derrière l’une des buttes de terre. Les gens qui étaient descendus des camions – des hommes, des femmes et des enfants de tout âge – ont dû se déshabiller sur ordre d’un SS qui tenait une cravache. Ils ont dû déposer leurs vêtements à des endroits précis, triés selon les chaussures, les vêtements et les sous-vêtements. J’ai vu des tas de chaussures d’environ 800 à 1000 paires, de grands tas de sous-vêtements et de vêtements. Sans crier ni pleurer, ces gens se déshabillaient, se tenaient groupés en familles, ils s’embrassaient, se disaient adieu et attendaient un signe d’un autre SS qui se tenait près de la fosse, lui aussi tenant un fouet dans sa main. Durant les quinze minutes où je me tenais là, je n’ai entendu aucune plainte ou demande de grâce. Je regardais une famille d’environ huit personnes, un homme et une femme tous deux âgés environ de cinquante ans, avec leurs enfants d’environ vingt à vingt-quatre ans, et deux grandes filles de vingt-huit ou vingt-neuf ans. Une vieille femme avec des cheveux blancs comme la neige tenait dans ses bras un enfant âgé d’un an tout en lui chantant et le chatouillant. L’enfant gazouillait avec délice. Les parents regardaient avec les larmes aux yeux. Le père tenait par la main un garçon d’environ dix ans et lui parlait doucement, tandis que le garçon retenait ses larmes. Le père a montré le ciel, lui a caressé la tête et a semblé lui expliquer quelque chose. À ce moment là, le SS près de la fosse a commencé à crier quelque chose à son camarade. Ce dernier a compté une vingtaine de personnes et leur a ordonné d’aller derrière la butte de terre. Parmi eux se trouvait la famille que je viens de décrire. Je me rappelle bien d’une jeune fille, mince avec des cheveux noirs qui, alors qu’elle passait devant moi, s’est désignée et a dit: « vingt-trois ans ». J’ai contourné la butte et je me suis trouvé devant une fosse épouvantable. Les gens étaient étroitement serrés ensemble et étaient empilés les uns sur les autres si bien que seules leurs têtes étaient visibles. Presque tous avaient du sang qui coulait de leur tête sur leurs épaules. Certains d’entre-eux alors touchés bougeaient encore. D’autres levaient les bras et tournaient leur tête pour montrer qu’ils étaient toujours vivants. La fosse était pleine presque aux deux tiers. J’ai estimé qu’elle contenait déjà environ un millier de personnes. J’ai regardé l’homme qui avait procédé aux exécutions. C’était un SS qui était assis au bord de l’extrémité étroite de la fosse, les pieds ballants dans la fosse. Il avait une mitraillette sur ses genoux et fumait une cigarette. Les gens, entièrement nus descendaient quelques marches creusées dans la paroi d’argile de la fosse et grimpaient sur la tête de ceux qui gisaient déjà là, vers où le SS les dirigeaient. Ils se couchaient face aux morts ou aux blessés, certains caressaient ceux qui étaient encore en vie et leur parlaient à voix basse. Alors j’ai entendu une série de coups de feu. J’ai regardé dans la fosse et j’ai vu que les corps frémissaient ou que les têtes gisaient déjà, immobiles au-dessus des corps couchés dessous. Le sang coulait de leur nuque. Le groupe suivant s’approchait déjà. Ils sont descendus dans la fosse, se sont alignés par dessus les victimes précédentes et ont été abattus

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Antisémitisme ou vandalisme ?

L’inspecteur mène l’enquête !

Voici 2 photos d’un même endroit, qui ont été prises dans le cimetière juif de Wieliczka, une ville située au sud de Cracovie, mondialement célèbre pour ses mines de sel multicentenaires.
La première a été prise au début des années 1980 par le photographe Chuck Fischman, elle représente Jerzy Kiszler qui, avec son père, avaient fait ériger un mémorial sur le site de la fosse commune où périrent de très nombreux juifs et certainement des membres de sa famille puisqu’on arrive à lire 2 Kiszler sur le monument.

Cimetière juif de Wieliczka

Cimetière juif de Wieliczka (Cliquer pour agrandir) – © Chuck Fishman


La seconde photo a été prise par mes soins, sous la pluie, lors de ma visite du cimetière en 2011. Une trentaine d’années séparent ces 2 photographies.
Mémorial du cimetière juif de Wieliczka

Mémorial du cimetière juif de Wieliczka (Cliquer pour agrandir) – © www.shabbat-goy.com


La première chose que l’on constate est que le mémorial a été détérioré, le travail du temps ne suffit pas à expliquer les dommages.
A la vue de ces photos, à peu près tout le monde conviendra qu’il s’agit là d’un acte délibéré de profanation du mémorial, d’un acte antisémite. Quoi de plus normal en Pologne diront certains. C’est du reste ce que j’ai pensé dès que je suis arrivé sur le site.
Pourtant, je vais vous faire la démonstration du contraire.
Quand on y regarde de plus près, on constate que le monument n’a pas été touché. On peut l’affirmer en regardant d’autres photos présentées sur le site (lien plus bas) qui confirme qu’il n’y a eu aucune dégradation sur le mémorial sinon celles des éléments.
Effectivement, quand on y regarde de plus près, on constate que les piliers de la clôture ont été démolis. Pourquoi seulement les piliers me direz-vous ? Hé bien tout simplement pour récupérer les barres métalliques horizontales qui s’y trouvaient.
Ah bon !? et pour faire quoi ?
Hé bien pour les revendre chez le ferrailleur du coin et en tirer peut être 100 złoty (~24 euros) pour acheter quelques canettes de bière ou 2 bouteilles de wódka.
Ceci est effectivement un acte de vandalisme certainement perpétré par les poivrots du coin qui comme les autres dans le reste du pays récupèrent toutes les ferrailles possibles pour les revendre, de fait ils n’hésitent pas détériorer pour dérober. Ici le cimetière étant isolé, dans un bois sur les hauteurs de Wieliczka, la tache a du être relativement facile à mener, malheureusement.

Découvrir la superbe collection de photographies de Chuck Fishman intitulée: « Les juifs polonais: La vie sous le communisme 1975-1983 »
Le cimetière juif de Wieliczka sur Shabbat Goy.

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Le cimetière, marqueur d’histoire et de respect

Les cimetières délaissés

Après avoir visité des douzaines et des douzaines de cimetières juifs en Pologne, notamment certains qui ont complètement disparus et dont il ne reste qu’un bois, un parc ou un champ de patates, j’ai été également amené à entrevoir au gré de mes visites et déplacements aussi bien en France qu’ailleurs, de nombreux autres cimetières, héritages des deux guerres mondiales et de la guerre franco-prussienne de 1870, et encore d’autres, nos lieux du dernier repos.
En Pologne, il y a une chose qui peut sembler taboue, voire incongrue à dire, et ce que je vais dire ensuite pourra certainement en choquer quelques-uns, mais quand on s’attaque à des cimetières quels qu’ils soient, on efface des pans d’histoire, on efface des histoires, des histoires de lieux, on fait mourir une seconde fois ces gens qui disparaissent à jamais de la mémoire.
Malgré leur histoire passée et les tragédies dont ils ont été victimes, les cimetières juifs de Pologne ne sont pas ceux qui ont été les plus dévastés, négligés ou éradiqués. Ceux qui ont été les plus atteints par l’inconscience des hommes sont les cimetières allemands. Dans la très grande majorité des cas, ils ont tout simplement disparus. Il en reste peu de visibles sur ces anciens territoires autrefois prussiens puis allemands et devenus polonais après la guerre et quand ils sont encore là, ils sont généralement dans un triste état.

Ci-dessous, le cimetière allemand de Koźle, l’ancienne citadelle prussienne de Cosel, en Haute-Silésie. Dévasté après la guerre, même des noms de défunts ont été effacés sous les coups du burin.

Le cimetière allemand de Koźle

Le cimetière allemand de Koźle en Haute-Silésie (Cliquer pour agrandir) – © www.shabbat-goy.com


Dans une Pologne exsangue et dévastée d’après guerre, ils ont été pillés et démantelés afin de pouvoir les recycler en matériaux de reconstruction. Mais souvent également, dans ces territoires devenus ou redevenus polonais après la guerre, c’étaient les marqueurs profonds d’une identité de gens qui vivaient là depuis de longues générations, ils représentaient la trace de l’histoire qu’il fallait effacer, l’image du pays qui en avait détruit un autre.
Aujourd’hui, ces derniers cimetières qui n’ont pas disparus ne bénéficient pas des attentions que l’on apporte aux autres. Parfois des stèles érigées par leurs descendants rappellent leur présence.
Les cimetières sont silencieux mais ils racontent beaucoup de choses. Ils racontent l’histoire, ils racontent des vies, ils racontent des gens.
Je reste persuadé que c’est à l’attention que l’on porte aux générations passées et donc aux lieux où ils reposent que l’on mesure un aspect de notre humanité.
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Un festival de la culture juive à Paris en plein air !

Rêvons un peu, juste quelques instants…

Oui, imaginons un grand festival d’une semaine au cœur de la capitale française, sur le thème du judaïsme, avec pour point d’orgue des concerts qui se dérouleraient tout un week-end durant sur une grande scène dressée par exemple place de la République ou place de la Nation.

Je parle ici d’un festival en extérieur, ouvert à tous, comme ceux qui se déroulent à Cracovie depuis 25 ans et à Varsovie depuis 11 ans, avec certaines retransmissions télévisées, avec des affiches un peu partout à travers la capitale et des annonces à la radio nationale.

Festival Singer à Varsovie

Festival Singer à Varsovie (cliquer pour agrandir) – © www.shabbat-goy.com


Imaginons donc un festival avec pour démarrer la fin de semaine une célébration du Shabbat en plein air sur l’une de ces places parisiennes, autour d’une grande tablée de 40 mètres de long ou plus, d’où s’élèveraient la cérémonie proprement dite puis des chants enthousiastes et plein d’entrain en hébreu.
Imaginons quelques balades à thèmes organisées dans certains quartiers, accompagnées par un groupe de musique klezmer, imaginons des visites guidées dans certains arrondissements sur l’histoire d’un quartier, de personnages emblématiques du monde juif, imaginons un cour de danse juive en plein air, des ateliers, des concerts, des rencontres, des expositions, un marché ouvert à tous, sans protection particulière…
Oui imaginons juste cela.
Simplement pour comprendre qu’une telle chose est tout simplement irréalisable à Paris, même dans l’imagination. Et également impossible à organiser dans d’autres grandes villes de France au risque de manifestations, de perturbations, voire d’émeutes.
Pourtant, en Pologne, ces grands festivals en plein air, au cœur de grandes villes, c’est possible, et depuis longtemps déjà.

En 2014 se sont déroulés plus d’une quarantaine de festivals et manifestations à travers le pays consacrés à la culture juive.

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Voisins

Quand les anciens se rappellent leurs voisins juifs

Un film réalisé par François Chilowicz, Anne Bettenfeld et Agata Krolikowska. Une très intéressante enquête en français menée en 2003 à Frysztak, une petite localité située dans le sud-est de la Pologne en région de Basses-Carpates (Galicie)

Une longue présence

Les premiers juifs s’établirent à Frysztak durant le XVIème siècle. Au milieu du XIXème siècle, les juifs représentaient les trois-quarts des habitants et plus de 2000 personnes en 1900. Ils résidaient essentiellement en ville, la population polonaise très minoritaire habitait les alentours. C’était une communauté hassidique qui vivait selon les préceptes rigoureux établis par cette branche religieuse apparue dès la seconde moitié du XVIIIème siècle dans cette région de la Pologne. Ils exerçaient des activités autour de l’artisanat et du commerce et habitaient pour l’essentiel tout le centre ville.

L’anéantissement

Les allemands arrivèrent en ville le 8 septembre 1939. Il établirent par la suite un ghetto ainsi qu’un Judenrat. Une première liquidation de ce ghetto intervint en juillet 1942, elle fut menée conjointement par la police militaire allemande et un détachement ukrainien (membres d’une unité ukrainienne de la Waffen-SS). Par la suite d’autres juifs furent déportés vers le camp de concentration de Płaszów ou furent exécutés dans des forêts voisines. Plus tard, les juifs restants furent transférés vers le ghetto de Jasło puis ensuite dirigés vers le camp d’extermination de Bełżec. Durant l’année 1943, des juifs qui se cachaient dans les forêts avoisinantes furent découverts ou dénoncés et exécutés, ainsi que certains qui étaient cachés par des polonais.

Ils racontent

Des anciens polonais de Frysztak sont interrogés et racontent leurs souvenirs de ces juifs, leurs voisins, leurs amis d’enfance, avec leurs mots, leurs expressions, les clichés, les idées colportées mais aussi les réalités de cette époque. Tous se rappellent les noms, les fêtes, les commerces, même pour certains des chansons en yiddish ou une prière en hébreu. La mémoire est restée intacte et surprenante.
Un juif venu d’Angleterre s’attache, avec l’aide de la nouvelle municipalité, à protéger le vieux cimetière juif malmené et négligé des décennies durant et où se retrouvent des désœuvrés pour boire de l’alcool en toute tranquillité. Au vue de mes très nombreuses visites sur le terrain, le chiffre qu’il avance de 99% des cimetières juifs en Pologne abandonnés ou complètement négligés est assez inexact et ne reflète pas le gros travail déjà effectué, même dès 2003, pour la conservation des cimetières juifs, même si nombre de situations restent encore à régler aujourd’hui.

Juifs, petits juifs, youpins

Dans le langage polonais, comme dans le langage français avec les termes petits juifs, youpins, feujs aujourd’hui, le terme żydek, littéralement petit juif, avec son pluriel żydki est souvent utilisé mais avec une connotation très large qui englobe selon la nature du locuteur, de la conversation, du sujet et du contexte, une signification familière sans arrière pensée appuyée, volontaire et parfois machinale ou alors une portée violente avec la plus basse insulte.
En français, rien que le mot juif, de la manière dont il sera présenté pourra restituer des perceptions totalement différentes, exemple:
» C’est un très bon ami à moi, c’est un juif ! «
ou
» C’est ce présentateur de la télé, c’est un juif !«
Aussi dans certains contextes comme ici où une dame qui fait certains reproches aux juifs est interviewée, l’interprète traduit żydki par youpins qui pour un français a une connotation insultante très forte alors qu’il ne me semble nullement que ce soit la volonté réelle de cette dame dans la suite de l’interview.

C’est dans cette région que se sont illustrés les 500 hommes du 101ème bataillon de réserve de la police allemande de Hambourg.
Des hommes trop âgés pour être engagés au début de la guerre, des pères de famille, des employés, des ouvriers, des artisans, nullement encartés au parti nazi.
Ils seront directement responsables du massacre de 38 000 juifs, hommes, femmes et enfants exécutés dans des forêts de cette région et dans les cimetières juifs, et également de la déportation de 45 000 autres juifs vers les camps d’extermination.

Découvrir le livre de Christopher Browning Des hommes ordinaires qui retrace cette tragique période et analyse ce comportement de la nature humaine.
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Le juif et les sablonniers

Regard sur une oeuvre de Gierymski

Aleksander Gierymski (1850 Varsovie – 1901 Rome)
Les sablonniers (titre original Piaskarze 1887) Musée National de Varsovie
Cette superbe et saisissante oeuvre réalisée par Aleksander Gierymski présente une équipe de sablonniers au travail sur la rive gauche de la Vistule à Varsovie, à hauteur du pont Kierbedzia (le premier pont métallique enjambant la Vistule construit à Varsovie et détruit lors de l’insurrection de 1944) qui reliait le centre du quartier de Praga à la vieille ville.

Les sablonniers - Aleksander Gierymski

Les sablonniers (Cliquer pour agrandir) – Aleksander Gierymski – Photo prise à Varsovie par Shabbat Goy


Au premier plan, un ouvrier en plein songe, cigarette à la bouche, les yeux perdus dans les eaux de la Vistule, au second plan trois autres de ses compères installés dans les embarcations voisines l’ont remarqué et le fixent du regard. Sur la droite, une embarcation attend son tour pour décharger.
En haut du quai en réfection, des gens observent les sablonniers qui déchargent leur cargaison. Parmi eux, à l’extrême gauche, un juif en habit traditionnel appuyé sur une canne regarde également les ouvriers au travail.
L’attique en haut d’un petit bâtiment visible au centre en arrière plan est l’auberge Kurtz édifiée vers 1825-1830 au bas de l’actuelle rue Mariensztat. L’autre bâtiment sur la gauche semble situé du côté d’un secteur autrefois appelé Kasztelanka.
Comme chez d’autres peintres de cette seconde période du XIXème siècle, les juifs sont présents soit comme personnages principaux à l’image d’une autre oeuvre de Gierymski avec la femme juive aux oranges ou comme personnages de second plan à l’image d’autres tableaux comme celui de l’arrivée de la diligence postale, une oeuvre réalisée par Alfred Wierusz-Kowalski dans laquelle plusieurs juifs sont représentés parmi les personnages de la scène à l’instar de leur visibilité dans le paysage et dans la société de l’époque.

Quand on visite le Musée National de Varsovie et sa galerie dédiée à la peinture du XIXème siècle, il est intéressant d’analyser et scruter des tableaux pour apercevoir sur certains d’entre-eux la présence juive de cette population alors en pleine expansion durant ce XIXème siècle.

Les sablonniers - Aleksander Gierymski

Les sablonniers – Le juif (Cliquer pour agrandir) – Aleksander Gierymski

Les sablonniers - Aleksander Gierymski

Les sablonniers – Détail (Cliquer pour agrandir) – Aleksander Gierymski

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Les créations Judaica de Shabbat Goy

Judaica creations

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Judaica Decoration - Shabbat

Carte Judaica Decoration – Shabbat – © Tolonensis Creation

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Et une pierre tombale juive à vendre, une !

Comme j’aime à dire, abruti un jour, abruti toujours…

Depuis des années maintenant, de nombreuses pierres tombales juives qui avaient été dérobées dans les cimetières durant et après la guerre et pendant le communisme pour être utilisées comme matériaux de construction ou de terrassement réapparaissent au gré des rénovations urbaines. Dans les campagnes beaucoup d’entre-elles dérobées par des paysans peu regardant ont été utilisées comme pavement dans des fermes, fondations pour des granges ou transformées en outils agricoles, notamment en meules à aiguiser.
Aujourd’hui ces héritages encombrants que découvrent de nouveaux propriétaires ou descendants retournent généralement dans les cimetières d’où elles ont été dérobées ou sont réutilisées dans projets d’édifications de lapidarium menés par certaines communes quand le cimetière juif a disparu.
Cependant certains esprits ne trouvent pas mieux à faire que de les proposer à la vente sur des sites de vente en ligne sur Internet comme cela a été dernièrement le cas sur le site www.allegro.pl

Pierre tombale à vendre sur le site www.allegro.pl

Pierre tombale à vendre sur le site www.allegro.pl (cliquer pour agrandir)


Ci-dessus, une stèle juive qui avait été transformée en meule est proposée au prix de 990 złoty (~240 euros), port non compris, 100 złoty (~23 euros).
Devant les protestations de nombreux internautes, la stèle a été retirée de la vente. Il s’agirait d’un vendeur localisé à Kopytowa, un petit village située dans le sud-est de la Pologne en région de Basses-Carpates. La pierre tombale aurait pu être dérobée il y a longtemps dans le cimetière juif de Krosno ou de Nowy Żmigród.
Les gravures encore visibles ne permettent pas d’identifier le défunt.
On peut effectivement se demander comment un esprit sain peut être amené à proposer à la vente une ancienne stèle funéraire juive qui plus est qui avait été dérobée et volontairement détériorée afin d’en détourner l’usage. La cupidité n’a malheureusement pas de limites pour certains. Ont-ils seulement pensé de la manière dont ils réagiraient si ils découvraient la pierre tombale d’un de leurs grands-parents transformée en meule et proposée à la vente ! Une seule expression me vient à l’esprit quand je pense à eux :
Abruti un jour, abruti toujours !

D’après Krzysztof Bielawski, le spécialiste des cimetières juifs au Musée de l’Histoire des Juifs Polonais de Varsovie, ces dernières années, plusieurs cas de mises en vente de pierres tombales juives ont été signalés et bloqués, et dans certains cas la police s’est déplacée chez le vendeur.

Articles sur le sujet:
Matzevah project, le projet de préservation des cimetières juifs en Pologne de l’association From the Depths dirigée par Jonny Daniels.
Les meules juives.

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Jack Tramiel ou l’histoire d’un capitaine d’industrie

Du ghetto vers les sommets de la micro-informatique, un parcours hors du commun

Sur l’immense mur blanc qui s’élève à l’intérieur du Musée de l’Histoire des Juifs Polonais de Varsovie ont été gravés les noms des plus éminents donateurs, des fondations, des sociétés et des organisations qui ont largement participé au financement de l’aménagement du Musée.

Jack Tramiel - Jacek Trzmiel

Jack Tramiel – Jacek Trzmiel (cliquer pour agrandir) © www.shabbat-goy.com

Parmi tous ces noms, il y en a un qui a retenu mon attention, car il m’a rappelé la période où j’ai démarré mon activité dans l’informatique.
Ce nom est celui de Jack Tramiel, l’un des capitaines d’industrie du monde de la micro-informatique des années 1980 alors en pleine éclosion.
Jack Tramiel, de son vrai nom Jacek Trzmiel est né le 13 décembre 1928 en Pologne à Łódź dans une famille juive. Durant la guerre il fut interné dans le ghetto de Łódź (Litzmannstadt) avec sa famille. Il travailla dans une usine de confection de pantalons durant 5 années. La famille fut déportés en août 1944 vers le camp de concentration et d’extermination d’Auschwitz. Après la sélection à l’arrivée il fut dirigé avec son père vers un peloton de travail, il ne reverra plus sa mère. Plus tard lui et son père furent transférés vers le camp de travail de Ahlem près de Hanovre, après une sélection menée par Joseph Mengele. Il survécut à la guerre et émigra aux Etats-Unis en 1947 où il intégra l’armée américaine en tant que technicien de maintenance de matériels bureautiques.
Après avoir quitté l’armée il commença à travailler pour 50$ par semaine dans la réparation de machines à écrire. Dès le début des années 1950, il démarra une activité de réparation de matériels de mécanographie sous le nom de Commodore Portable Typewriter pour le compte de l’armée. Durant les années 1960 il créa l’entreprise Commodore Business Machines et développa l’activité de vente de calculatrices mécaniques jusqu’à l’arrivée de la concurrence japonaise. C’est lors d’un voyage au Japon qu’il découvrit les premières calculatrices électroniques. Commodore lança ses premières calculatrices électroniques sur le marché américain puis dû faire face à la concurrence directe de son fournisseur de circuits intégrés Texas Instruments. Avec l’aide de l’homme d’affaires Irving Gould qui l’avait aidé auparavant, il racheta le fabricant de composants électroniques MOS Technology Inc. qui équipait également ses produits en circuits intégrés, une acquisition stratégique.
Ordinateur Commodore PET

Ordinateur Commodore PET (Cliquer pour agrandir) – Source Source Tomislav Medak / Bill Bertram

En suivant les recommandations de son ingénieur concepteur Chuck Peddle, il s’orienta vers la conception d’ordinateurs personnels avec le Commodore PET (ci-contre), lancé en 1977, qui fut le premier véritable ordinateur personnel mis sur le marché et qui rencontra un grand succès dans les domaines de l’éducation au Canada et aux Etats-Unis. Suivirent les ordinateurs personnels VIC-20 et Commodore 64 qui firent face à la concurrence de l’Apple II et de l’Atari 800 au début des années 1980.
Notons qu’en 1982, alors qu’ils ne pouvaient réunir suffisamment de fonds pour fabriquer en série leur ordinateur Apple II, Steve Jobs et Steve Wozniak tentèrent de vendre leur ordinateur à Commodore, Jack Tramiel rejeta la proposition.
Le Commodore 64 deviendra l’ordinateur le plus vendu dans le monde à cette époque. Jack Tramiel quitta la société Commodore en 1984 après des dissensions avec Irving Gould qui contrôlait la compagnie. Il créa la société Tramel Technology Ltd et fit l’aquisition de la division grand public de Atari qui devint par la suite Atari Corporation dont l’un des produits phares était l’Atari ST, concurrent direct des produits Apple. Son fils reprit les rênes de la société dans les années 90.
Jack Tramiel fit face à des problèmes de santé. Il se retira dans sa propriété située sur les hauteurs de Monte Sereno en Californie.

Jack Tramiel fut également l’un des co-fondateurs du Musée du Mémorial de l’Holocauste des Etats-Unis (United States Holocaust Memorial Museum – USHMM). Sa femme Helen était également une rescapée du camp de Bergen-Belsen.

Jack Tramiel en 2004

Jack Tramiel en 2004

Jack Tramiel est mort d’une crise cardiaque le 8 avril 2012 en Californie.
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Un lieu, une histoire: Nowolipki 7

Derrière les photos, les instants de vie

De nombreuses photos du ghetto de Varsovie sont aujourd’hui visibles sur le réseau, mais elles nous parlent de gens disparus, d’un monde disparu, d’une ville disparue, d’endroits disparus, devenus étrangers aux visiteurs.
L’une d’entre-elles présentée ci-dessous nous dépeint deux enfants assis sur le rebord d’une devanture d’un magasin dans une rue de Varsovie. Ils sont habillés de guenilles et leurs visages sont déjà fortement marqués par la faim.

Rue Nowolipki 7 - Varsovie

Rue Nowolipki 7 – Varsovie (cliquer pour agrandir) – Source Fotopolska.eu


La rue Nowolipki était située dans le quartier juif de Muranów. Elle était orientée est-ouest et débouchait côté est non loin de la rue Nalewki, l’artère centrale de la vie juive de la capitale. Durant la guerre, elle se retrouva insérée dans le ghetto.
73 années séparent ces photos prises dans la rue Nowolipki, à une quinzaine de mètres près. Le 7 de la rue Nowolpiki où se trouvait une confiserie appartenant à un certain E. Merensztejn (Merenstein) était située dans le grand ghetto non loin de l’entrée du parc Krasiński.
Les images qui suivent donnent un idée de ce qu’il advint du ghetto qui fut entièrement détruit durant l’insurrection.
Ne restent plus que des photos, souvent prises par l’occupant nazi, qui nous sont parvenues et qui nous rappellent que sur les trottoirs que nous foulons aujourd’hui déambulaient autrefois des enfants qui un jour s’arrêtèrent de rire.
Quand on se promène à Varsovie, notamment du côté de Muranów, et que l’on se penche un peu sur le passé, l’histoire resurgit à chaque coin de rue.
Ci-dessous, le 7 de la rue Nowolipki.

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Appel à la préservation des cimetières juifs

Il est de notre devoir moral de prendre soin des lieux où des gens qui étaient nos anciens voisins durant des années ont été assassinés et enterrés

C’est jeudi dernier à l’occasion de la célébration de la journée du Judaïsme en Pologne que l’évêque du diocèse de Lublin Mieczysław Cisło s’est ainsi exprimé lors d’un entretien avec le quotidien national Rzeczpospolita (la République), appelant ainsi tous les fidèles à prendre soins des cimetières juifs.
On dénombre environ 1200 cimetières juifs aujourd’hui en Pologne. Pratiquement tous ont été dévastés durant la guerre et, durant des décennies, les organisations juives de Pologne n’ont pas eu la possibilité de s’en occuper pour la très grande majorité.

Le cimetière juif de Zator

Le cimetière juif de Zator (Cliquer pour agrandir) – © www.shabbat-goy.com

Depuis la chute du communisme, de nombreuses communes et associations s’en préoccupent, cependant auprès de l’opinion publique c’est a pensée que « ces lieux ne nous appartiennent pas » qui revient souvent.
Le problème avait également été soulevé par le pape Jean-Paul II des années en arrière : « Ces cimetières juifs sont un pan de notre histoire commune. Ce sont des lieux de profonde spiritualité d’où émanent une importance historique et eschatologique. Que ces lieux puissent unir les polonais et les juifs dans l’attente du jour du jugement dernier et de la résurrection ».
L’évêque Mieczysław Cisło a également appelé les polonais à aider à l’identification des nombreuses fosses communes présentes en Pologne.
Si l’initiative de l’évêque est bien sûr à souligner, combien de polonais répondront à l’appel ? Dans combien de communes les habitants s’occuperont-ils des cimetières juifs ? Nous aurons des réponses dans quelques années mais il était très important que l’église fasse entendre sa voix sur ce sujet.

D’après un article de Krzysztof Bielawski paru sur Virtual Shtetl.

L’association Yahad – In Unum, créée et présidée par le père Patrick Desbois a déjà mené des investigations en Pologne à la recherche de témoignages sur les assassinats de juifs et la localisation de fosses communes. Ces tueries de masse ont été perpétrées en Europe de l’est dès l’été 1941 par les sections Einsatzgruppen lors de l’invasion de l’URSS par les troupes allemandes.

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La précision des informations avant tout !

ou les dangers d’articles non vérifiés

La précision et la vérification des informations que l’on diffuse sur le réseau au sujet de la Shoah sont extrêmement importantes.
Chaque mauvaise information, qu’elle soit involontaire ou volontaire peut au mieux diffuser de fausses informations et au pire alimenter le discours négationniste sur un sujet souvent difficile à transmettre auprès de jeunes générations.
Ci-dessous, une photo qui circule sur plusieurs sites anglo-saxons censée représenter un épisode intervenu durant la rafle des juifs du Vel d’Hiv du 16 juillet 1942, notamment sur le site Bonjour Paris et sur la page Facebook Next Generation to Holocaust&Heroism-עמותת דורות ההמשך

Rafle du Vel d'Hiv - Expulsion algériens 1961 présenté comme une photo prise durant la rafle du Vel d'Hiv

Expulsion algériens 1961 présenté comme une photo prise durant la rafle du Vel d’Hiv


Un œil français remarque immédiatement que cette photo pose un problème avec le pistolet mitrailleur MAT 49 du policier qui a équipé l’Armée Française et la police dès le début des années 1950.
Cette photographie illustre en fait un autre événement intervenu durant la période de la guerre d’Algérie. Il s’agit ici de l’expulsion d’algériens intervenue le 17 octobre 1961, la photo a été prise à l’aéroport de Orly à Paris. L’avion au second plan est un Loockheed Constellation d’Air France, avion qui a effectué son premier vol transatlantique en décembre 1945.
Ci dessous un lien vers l’information correcte en relation avec cette photographie qui présente les mêmes personnes prises sous un autre angle:
Explusion d'algériens le 17 octobre 1961

Explusion d’algériens le 17 octobre 1961 – Photo AFP


http://akram-belkaid.blogspot.com/2012/10/entretien-accorde-lexpressfr-17-octobre.html
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Jestem Charlie

Je suis Charlie

Jestem Charlie
La liberté, tout simplement.
Je suis
Aujourd’hui je suis Charlie parce que je ne lisais pas ce canard et parce que certains de leurs dessins que je pouvais entrevoir pouvaient me blesser mais par principe de liberté je les acceptais.
Je suis policier parce que la mère de mes petits enfants est policier et peut risquer sa vie, mais même si elle ne l’était pas je serai avec eux.
Je suis juif parce que je suis Shabbat Goy et que je connais un peu leur histoire et qu’ils ne méritent pas cette haine.
Et je suis déjà fatigué d’aligner des badges en ce début d’année…

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Mots et maux de fin d’année

ou, peut-on vivre sans Facebook ?

Evidemment !
Après avoir (volontairement) expérimenté durant ces cinq derniers jours cette diète médiatique, à défaut de l’autre, je commence même à prendre l’habitude de me balader sans téléphone. Quelle étrange sensation de se balader sans son téléphone !
Quelle étrange remarque de penser qu’il est étrange de se balader sans son téléphone…
J’avoue que je suis par moments fatigué de cette manie prise à regarder régulièrement ce petit écran et d’être à l’écoute du moindre bruit, jingle ou bip qui s’en échappe. C’est un peu comme ce jour où, las d’écumer les dimanches soirs des bureaux de tabac à la recherche du précieux paquet qui me tuait à petit feu, j’avais décidé il y a maintenant bien longtemps, d’arrêter de fumer, du jour au lendemain.
Moi qui baigne dans la technique informatique depuis la version 1.22 du DOS, depuis la disquette 8 pouces simple face ou comme dernier témoin de machines équipées de mémoires à tores (y’en a un paquet qui vont dire « de quoi il cause ? »), j’avoue que la technique me saoule, que le téléphone m’horripile, que l’info en continue m’exaspère.

Certes, je ne vais pas me déconnecter, m’installer au fin fond du Périgord (quoique, j’y retournerai bien, habiter là, c’était… comment dire…), mais juste prendre quelques distances, avec cette fâcheuse manie de penser « vais-je avoir assez de batterie ? »

Joli tag - For my Lady

Joli tag – For my Lady © Jacques Lahitte


Il y a 10 ans naissait Facebook. Dans 10 ans il sera peut être mort, remplacé par autre chose, d’encore plus connecté, suivi, décodé, pisté, mouchardé, gravé ? tatoué !? Que deviendront tous ces messages, accumulés, stockés, classés, digérés et déjà oubliés. On poste virtuellement tellement de choses qu’on a oublié ce que l’on a posté trois jours en arrière. Nous sommes noyés dans ce flot ininterrompu d’images et de messages qui nous font oublier qu’une vieille tante ou un grand-père définitivement déconnectés à tous points de vue se réjouissent avec simplicité d’une bonne vieille carte postée à l’ancienne qu’ils ouvriront en souriant. Vous savez ? La carte écrite à la main avec le Waterman, le goût curieux de la colle du timbre sur le bout de la langue, l’enveloppe léchouillée, tamponnée, expédiée et distribuée et parfois égarée, mais jamais passée à l’antivirus.
Je fais partie de ces tiraillés entre modernité connectée et simplicité déconnectée. Quelque part, je fais résistance ou peut être n’est-ce qu’une illusion ?
Je me suis accommodé de la police courrier ou arial de ma messagerie, j’ai entendu dire que certains voulaient abandonner l’écriture cursive, d’autres mettre des gamins qui ne lisent plus au codage informatique. Je fais partie de ces dinosaures, ceux du paléolithique supérieur qui aiment l’odeur du papier et qui se rappellent avec mélancolie le bruit de la plume qui esquichait la feuille jaune du cahier ou la carte de vœux avec ses paillettes encollées. La mélancolie, quelle horreur !
Toujours est-il que les connectés d’aujourd’hui seront les ringards de demain, les futurs mélancoliques qui regretteront, sourire en coin, la douce sensation du doigt qui courrait sur la tablette, comme moi j’aime à me rappeler le bruit de la craie sur la tablette ! … Heu non, sur l’ardoise, vous vous rappelez ? L’ardoise ? Ce lointain ancêtre de la tablette ?
D’aucuns vont penser qu’il est plus que temps que je passe à l’année suivante, que ma crise de connectivité aiguë se résorbera, noyée dans les vapeurs de fin d’année.
C’est probable.
Toujours est-il qu’il me faudra trouver le temps pour continuer d’avancer avec Shabbat Goy, ce site qui m’a un peu débordé, qui me demande du temps, mais aussi une motivation que je ne trouve pas toujours face à cette condamnation définitive des gens de ce pays dont beaucoup s’investissent comme nulle part aujourd’hui en Europe afin de perpétuer cette mémoire juive qui finalement n’a jamais disparu comme je l’entends ou lis souvent mais qui ne demande qu’à être extirpée, écoutée, découverte.
Je ferai évoluer le site pour qu’il devienne accessible depuis ces nouveaux médias prisés par beaucoup, même si les jeunes finalement sont loin d’être les principaux visiteurs. Très loin en fait…
Mon impression est que la Shoah est devenue un épisode de cette guerre aujourd’hui lointaine pour la jeune génération que l’on forme, et finalement déjà bien lointaine pour celle qui a précédé. J’irai même jusqu’à dire un détail pour certains pour ne pas dire une supercherie pour d’autres. Mon impression est que l’événement s’est banalisé, ou plutôt a été banalisé, dans les mots et les multiples comparaisons plus que douteuses. Mais bon, c’est un autre débat.
Juste pour dire que je continuerai ce que j’ai commencé, même si l’avenir du cimetière juif de Jasionówka ou d’un autre n’intéresse pas grand monde, ce que je peux comprendre aussi.
Mon but n’étant que de laisser les traces d’un passage, les images d’un instant et montrer qu’ici on préserve, là on se rappelle, là on restaure et ailleurs on pose des questions, on s’intéresse, quoi qu’on pense ailleurs, finalement par méconnaissance, voire par simple ignorance ou définitive conviction.
Et puis aussi, je fais surtout ça en souvenir ceux qui vivaient là, pour qu’on s’en rappelle, pas seulement pour les goys, mais également pour les juifs, dont beaucoup finalement ignorent cette histoire vieille de mille ans, pour qu’ils ne limitent pas la vision de ce pays et de ces gens simplement à la période de la guerre. Aussi pour que ceux qui visitent Auschwitz et d’autres lieux de l’holocauste dans des bus aux rideaux tirés, pour qu’ils poussent plus loin la curiosité d’aller visiter Oświęcim, son vieux cimetière juif et sa synagogue préservés, la ville, Shabbat Goy finalement s’adresse aux gens curieux et intéressés d’aller creuser, fouiller et découvrir. Comme dit Françoise Milewski dans son bouquin, « …J’avais longtemps pensé, par principe, qu’il n’y avait rien à trouver, donc à chercher, du côté du monde englouti. C’était à tort. Seuls ceux qui ont décidé qu’il n’y avait rien à voir ne verront effectivement rien »
A bientôt, je vais continuer ma pause Facebook !

Et pensez à écrire une carte, une vraie !

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Le cimetière juif enseveli, à Białystok

De l’effacement vers la renaissance ?

A Białystok, la grande ville du nord-est située en région de Podlachie, à la fin de la guerre, c’était un peu comme à Varsovie, une partie de la ville avait été détruite et le ghetto rasé. Auparavant, dans cette grande ville qui avait vu naître Zamenhof, le père de l’esperanto, les juifs représentèrent jusqu’à 76% de la population vers le milieu du XIXème siècle et ils étaient encore 45 000 à l’entrée en guerre.

Le cimetière Rabinique - The rabbinical cemetery - Bialystok

L’ancien cimetière Rabinique – The former rabbinical cemetery – Bialystok (Cliquer pour agrandir) © Google Maps


Ci-dessous, le lien vers le film documentaire Central Park réalisé par Tomasz Wiśniewski, un grand spécialiste et une référence de l’histoire juive pour toute cette région de la Pologne, qui présente l’histoire du cimetière dit « Rabinique » (Rabbinical cemetery) aujourd’hui disparu et qui abritait encore avant la guerre de très nombreuses tombes anciennes de personnalités religieuses éminentes de la communauté juive.
Durant les années 1950, avec la bénédiction des autorités communistes, le cimetière fut enseveli sous des milliers de tonnes de gravats des ruines de la ville et fut transformé en parc, le parc central qui trône aujourd’hui vers le centre-ville.
Tomasz Wiśniewski a interviewé Michał Bałasz un ancien ingénieur de la ville qui a été en charge des travaux durant cette période. Ce dernier évalue que sur ce qui restait du cimetière au moment de l’ensevelissement, plus d’un millier de tombes étaient encore présentes.
En 1939, le cimetière rabinique s’étendait sur 4 hectares et abritait 5000 tombes.
Aujourd’hui l’idée de redonner vie au cimetière disparu émerge avec la certitude que d’innombrables pierres tombales juives reposent sous le parc.

» Cliquer ici pour visionner le film (sous-titres en anglais).


Découvrir la Présentation grand du cimetière juif de Białystok sur Shabbat Goy.
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