Mise en avant

Un itinéraire en Pologne à la découverte des traces juives

Partez à la découverte des 411 sites de mémoire juive visités jusqu’ici à travers la Pologne et venez partager un riche et émouvant voyage dans les anciens shtetl et quartiers juifs. Vous découvrirez également de nombreux articles autour de ce sujet en Pologne et ailleurs.
» Shabbat Goy en chiffres c’est 272 sites sur 411 mis en ligne: 211 cimetières, 134 synagogues, 11 camps, 8 sous-camps et 14 autres sites. C’est aussi 7314 photos présentées dans 371 galeries et de nombreuses autres photos présentées dans les articles.
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Wiera Gran, la diva devenue paria

Les jeunes années

Wiera Gran, de son vrai nom Dwojra Grynberg est née à Białystok le 20 avril 1916, enfin, probablement née là car on ne le sait pas exactement. Elle était la fille de Eliasz Grynberg et de Luba Kaplan, et la plus jeune sœur de Hinda (Helena) et de Maryam (Maryla). Białystok, grande ville du nord-est où vivait une importante communauté juive était alors sous domination russe, comme toute la partie orientale de la Pologne. Après la fin de la première guerre mondiale, la famille partit s’installer à Wołomin, une ville située à une vingtaine de kilomètres à l’est de Varsovie, là elle fréquenta l’école élémentaire juive. Après la mort du père, Eliasz, la mère et ses filles partirent s’installer à Paris; elles revinrent à Wołomin à peine deux années plus tard. Dwojra intégra alors l’école primaire. En 1931, la famille déménagea une nouvelle fois et alla s’installer à Varsovie, rue Elektoralna, une rue située au sud du quartier juif de Muranów. A 17 ans, elle termina ses études et entra à l’école de danse de Irena Prusicka qui dirigeait alors l’une des trois écoles de danse les plus réputées de Varsovie. C’est en février 1934 qu’elle fit ses débuts dans la chanson.

La naissance d’une étoile

Sa carrière démarra sur les chapeaux de roues, et curieusement Dwojra commença à chanter depuis les coulisses du cabaret Paradis situé dans le quartier de Nowy Świat, car elle portait un plâtre suite à un accident d’automobile, mais surtout parce qu’elle était aussi terrifiée à l’idée de chanter devant un public. On voulait également éviter certains problèmes car elle était encore mineure. C’est le 1er février 1934 qu’elle se produisit pour la première fois sous les feux de la rampe, face au public. Sa prestation fit sensation. Le cabaret était alors sous la direction musicale du compositeur Julian Front.

Wiera Gran
Wiera Gran (Cliquer pour agrandir)

L’une de ses premières chansons entendue par le public était Tango Brazylijskie, le tango brésilien. Elle enregistra un premier disque en 1934 pour la fameuse maison de disques de Varsovie Syrena Elektro dirigée par Juliusz Feigenbaum. C’est à partir de ce moment là qu’elle prit le nom de scène de Wiera Gran. Wiera Gran offrait une tessiture de voix de type contralto avec un timbre chaud, c’est à dire plutôt grave. Elle s’installa avec sa mère dans un appartement dans un immeuble situé 40 rue Hoża, dans un des quartiers plutôt huppés de la capitale. Tout au long de sa carrière musicale, avant et après la guerre, elle chanta également sous d’autres noms de scène comme Wiera Green, Sylvia Green, Mariol, Vera Gran, Weronika Tomaszewska, Weronika Gacka.

Disque de Wiera Gran enregistré dans les studios de Syrena Elektro à Varsovie
Disque de Wiera Gran enregistré dans les studios de Syrena Elektro à Varsovie (Cliquer pour agrandir)

En 1936, Edward Kurtz (Eddie Court), un compositeur d’origine juive, écrivit pour elle les chansons Pamiątka (souvenir) puis List () (la lettre). Elle se produisit au cabaret Paradis jusqu’en 1938. Parallèlement, dès le 28 mars 1937, elle joua au théâtre Wielka Rewia (la grande revue) qui se trouvait alors rue Karowa (la rue de l’hôtel Bristol), et où on jouait des opérettes, des comédies musicales et des ballets. Le poète Julian Tuwim et le compositeur Marian Hemar, tous deux d’origine juive, participaient aux créations. Elle se produisit également à la radio polonaise dans l’émission Podwieczorku przy mikrofonie (qui pourrait se traduire par l’heure du thé, goûter, près du micro), au cabaret Instytut Propagandy Sztuki (IPS, l’institut de propagande des arts), aux cafés Sztuka i Moda, Bagatela et au café Vogue de la rue Złota. On la vit également se produire sur d’autres scènes, à Łódź, à Cracovie, en Poméranie. Lors de chacune de ses prestations elle pouvait gagner entre 25 et 150 złoty, et 300 lors de chaque passage à la radio. Elle se produisit également à Lwów (Lviv) et à Brześć (Brest) villes alors polonaises et aujourd’hui respectivement situées en Ukraine et en Biélorussie. Elle devint alors très célèbre, ses chansons portées sur les scènes et diffusées sur les ondes firent d’elle une grande artiste reconnue du monde musical et très appréciée du public de cette Pologne d’avant guerre.
Entre les années 1938 et 1939, elle enregistra également pour la maison de disques française Odeon. Ici un enregistrement original () sur disque 78 tours dont on peut écouter 2 chansons dans la vidéo ci-dessous; Gdy miłość zapuka do drzwi (Quand l’amour frappe à la porte) et Księżyc i ja (la lune et moi). Cet enregistrement fut le dernier réalisé par Wiera Gran avant le déclenchement de la seconde guerre mondiale.

En 1938, elle enregistra entre autres la chanson () à succès Tango Notturno, un titre créé en 1937 sur une mélodie du compositeur allemand Hans-Otto Borgmann et des paroles de Józef Lipski et du journaliste et poète d’origine juive Władysław Szlengel qui écrivirent ensemble les paroles de nombreuses chansons d’avant guerre. Egalement un autre succès, Zawołaj mnie () (Appelle-moi) créé en 1924 sur une musique de George Gershwin et sur des paroles de Marian Hemar.
Cette même année, elle participa au tournage du film On a Hajm (Bezdomni – sans abri) tourné en langue yiddish, sous la houlette du metteur en scène Aleksander Marten (Marek Tennenbaum), film dans lequel jouait également Ida Kamińska, grande actrice de la scène théâtrale juive, plus tard directrice des théâtre juifs de Wrocław, de Łódź et de Varsovie.
Wiera Gran en 1939
Wiera Gran en 1939 (Cliquer pour agrandir)
Wiera chantait plusieurs titres dont Libe mame, libe mameniu (). Ce fut le dernier film d’avant guerre tourné en langue yiddish. A l’été 1939, Wiera Gran avait déjà enregistré une soixantaine de chansons gravées sur une vingtaine de disques.

La guerre et le ghetto

Au déclenchement de la seconde guerre mondiale, Wiera Gran se trouvait à Lwów où elle se produisait au cabaret Palace et aux théâtres Marisieńka et Stylowym. Elle se maria avec Kazimierz Jezierski, un médecin juif qui l’avait déjà pris sous sa coupe, à la mort de son père, il avait 2 ans de plus qu’elle. Elle rentra à Varsovie en 1940, mais sa mère et elle furent expulsées de leur appartement par les allemands. Elle partit pour Cracovie où elle se produisit sur la scène du cabaret Polonia. C’est en mars 1941 qu’elle revint à Varsovie et qu’elle entra volontairement dans le ghetto, après avoir monnayé son passage, afin de rejoindre sa mère et ses sœurs qui se trouvaient là. Son mari était resté caché dans la zone aryenne et continua à vivre grâce à de faux papiers.
Dès l’enfermement des juifs de Varsovie en novembre 1940, la vie s’organisa sous la houlette du Judenrat afin de répondre au mieux aux attentes des 350 000 juifs qui se retrouvèrent entassés dans le ghetto. A côté des urgences à apporter en terme de logements, de nourritures et de soins, une nouvelle vie s’organisa tant bien que mal, plutôt mal le temps avançant, dans ce monde clos avec ses rues encombrées de gens déracinés faisant du troc de leurs miséreuses affaires afin de pouvoir acheter sur des marchés improvisés un bout de pain, quelques légumes à ramener au logis. Toutes les catégories sociales juives dont certaines qui s’ignoraient avant la guerre se retrouvèrent liées ensemble vers un même destin. Il se recréa dans le ghetto des points de rencontre où se retrouvèrent artistes, écrivains, journalistes, poètes et intellectuels, on mis en place des centres dédiés à l’apprentissage, à l’éducation, et ce malgré les interdictions, des foyers religieux se recréèrent et rassemblèrent des juifs orthodoxes, hassidiques. On essaya de réinstaurer un semblant de vie et d’humanité dans ce qui allait devenir un mouroir à ciel ouvert. Les juifs plus ou moins aisés se retrouvaient dans des restaurants qui parvenaient à s’approvisionner depuis le côté aryen, ou dans des cafés et plusieurs cabarets d’avant guerre qui s’étaient retrouvés confinés dans le ghetto.
C’est d’abord au Melody Palace que Wiera Gran commença à se produire, peu de temps après qu’elle eut rejoint sa famille, puis au café Sztuka du 2 de la rue Leszno qu’elle commença à chanter, en polonais et en yiddish. Le café était principalement fréquenté par des intellectuels, c’était alors un des lieux les plus populaires du ghetto. On y jouait pas seulement de la musique mais on y donnait aussi des sketchs, on y comptait des histoires, notamment sur la police juive, sur le Judenrat. Non loin de là, de l’autre côté de la rue, au numéro 13, se trouvait le siège de la collaboration juive qui était dirigé par Abraham Gancwajch et qui travaillait très étroitement avec la police juive et sous les ordres de la Gestapo. Il est très probable que des membres aient fréquenté le café, mais aucun témoignage ne l’a confirmé.

Le pianiste et compositeur Władysław Szpilman
Le pianiste et compositeur Władysław Szpilman (Cliquer pour agrandir)
Wiera Gran était accompagnée par deux pianistes qui jouaient souvent en duo, Adolf Goldfeder et Władysław Szpilman. Elle collabora étroitement avec ce dernier qui lui composa une chanson d’une durée de 15 minutes tirée d’un thème de l’opéra Casanova du compositeur polonais Ludomir Różycki sur des paroles écrites par le poète Władysław Szlengel et qui s’intitulait Jej pierwszy bal (Son premier bal).
Władysław Szpilman est aujourd’hui connu du grand public grâce au film de Roman Polański, Le Pianiste.
Vue du café Sztuka avec Marysia Ajzensztadt
Vue du café Sztuka avec Marysia Ajzensztadt (Cliquer pour agrandir) © Bundesarschiv Koblenz
Wiera Gran ne portait jamais le brassard à l’étoile de David quand elle était dans le café Sztuka. Le café ne désemplissait pas à ce moment là. Sa collaboration avec le pianiste dura une année et demi jusqu’en août 1942. Cependant une animosité s’installa par la suite entre eux, on ignore si c’est elle qui l’avait recommandé pour venir jouer au piano au café Sztuka. D’autres artistes se produisirent également, comme la chanteuse Marysia Ajzensztadt. Wiera Gran était alors surnommée Magnes.
Au centre sur le mur, une affiche avec le nom de Wiera Gran, dans le ghetto de Varsovie
Au centre sur le mur, une affiche avec le nom de Wiera Gran, dans le ghetto de Varsovie (Cliquer pour agrandir)
Dans ses entretiens qu’elle tînt au milieu des années 2000, elle raconta qu’elle créa un orphelinat dans un appartement qu’elle avait loué afin de recueillir des enfants du ghetto et qu’elle gagna de l’argent pour leur acheter de la nourriture et des vêtements. Elle récoltait cet argent sans en regarder la provenance, que ce soit même de la part de voleurs et de membres de la police juive. Elle rapporta qu’un boulanger du nom de Blajman lui fournissait des pains et des rations. Elle organisa des concerts afin de pourvoir aux besoins de l’orphelinat, également des soirées et elle chanta une ou deux fois rapporta-t-elle au domicile d’agents de la Gestapo ou de membres de la police juive, on ne sait pas exactement. Elle avait alors peur de refuser. Un certain Szymowicz, un collaborateur juif, l’aborda dans la rue et lui demanda de chanter chez lui à l’occasion d’une soirée qu’il organisait avec des invités. Prétextant qu’elle n’aurait pas de piano pour l’accompagnement, elle essaya de décliner la demande mais il lui rétorqua qu’il l’accompagnerait à l’accordéon. Elle accepta alors pour une somme de 500zł qu’elle consacra aux enfants.
Dans le courant 1941, Wiera Gran se produisit sur la scène du Femina de la rue Leszno dans la revue Szafa gra écrite par Jerzy Turandot, un célèbre auteur, poète et dramaturge, et dans laquelle se produisaient les acteurs Michał Znicz, Stefania Grodzieńska et Dianą Blumenfeld. Les bénéfices des représentations furent versés à l’orphelinat de Janusz Korczak.
Plusieurs artistes qui s’étaient produits dans des cabarets ou des soirées organisées par l’occupant ou des membres de la collaboration furent condamnés à mort par la résistance polonaise et juive. Une même sentence fut proclamée à l’encontre de Wiera Gran. A l’époque du ghetto, jusqu’au printemps-été 1942, se côtoyaient alors deux types de population. La première englobait l’immense majorité des juifs qui vivaient dans la misère et le besoin, c’est bien sûr celle que l’on voit dans les archives d’époque, cette foule immense qui marche dans les rues, se presse sur les étals des marchés où on ne trouvait pas grand chose, celle qui mourait sur les trottoirs; et une autre frange de cette population juive qui elle faisait au mieux pour retrouver, de manière assez artificielle, et surtout avec l’aide d’argent qu’elle possédait, une vie moins miséreuse. C’est cette clientèle qui fréquentait les lieux de spectacles du ghetto et qui arrivait à s’approvisionner sur le marché de la contrebande. Elle était amené à croiser, ou à côtoyer pour certains, des personnes peu recommandables comme les contrebandiers, les maîtres chanteurs, les collaborateurs qui faisaient affaire avec la Gestapo, certains membres de la police juive qui jouissaient d’une grande autonomie à l’intérieur du ghetto, ou certains membres du Judenrat.

Wiera Gran quitta le ghetto le 2 août 1942 en passant par le tribunal situé également rue Leszno, avec l’aide de son mari. C’était durant la période des grandes déportations et de la liquidation du petit ghetto. Le tribunal qui était exclu de la zone de confinement ne communiquait avec la zone aryenne que par son entrée sud donnant sur la rue Biała qui était bordée de part et d’autre par le mur du ghetto. Dans cette rue et aux abords sévissaient des dénonciateurs polonais (Szmalcownik). Cependant, le tribunal fut durant cette période l’un des lieux de passage de nombreux juifs qui réussirent à s’exfiltrer du ghetto, généralement en soudoyant des intermédiaires avec de l’argent ou des objets de valeur. Elle laissa derrière elle sa mère et ses sœurs qui plus tard furent déportés vers Treblinka où elle moururent. Elle partit se réfugier avec son mari à Babice, une localité située au sud de Varsovie. Elle teint ses cheveux en blond et prit le nom de son mari, Weronika Jezierska. Le 10 juin 1944, elle mit au monde un enfant dénommé Jerzy Zbigniew qui fut baptisé mais qui mourut trois mois plus tard, elle l’enterra elle-même. Elle resta confinée le reste de la guerre, car son visage était alors connu.
Le café Sztuka fut fermé durant les déportations de l’été 1942.
Après son évasion du ghetto, Wiera Gran fut accusée par Jonas Turkow de collaboration avec les allemands. Acteur et metteur en scène d’origine juive, durant la période du ghetto, Jonas Turkow mettait clandestinement en place des événements culturels et était responsable de l’organisation de spectacles dans le ghetto. Il fut l’un des membres qui participa à l’élaboration des archives du ghetto sous la direction de Emanuel Ringelblum.

L’accusation

A la fin de la guerre, Wiera Gran remonta sur scène à Łódź et à Cracovie, et elle apparut également au café Kukułka (le coucou) à Varsovie.
Elle se rendit à la radio polonaise afin de trouver un travail, et là elle tomba sur le pianiste Władysław Szpilman qui fut étonné de la voir vivante comme quelques autres personnes alors présentes. Il refusa de l’aider dans sa démarche et l’accusa d’avoir collaboré pendant la période du ghetto. C’est de lui qu’elle entendit pour la première fois l’accusation qui était portée contre elle. Elle se rendit chez le procureur afin de lever les soupçons. Le 30 avril 1945, elle fut arrêtée au motif d’avoir entretenu des relations avec la Gestapo. Elle fut libérée deux semaines plus tard. La direction de l’association des artistes de théâtre, de cinéma et de radio (ZASP) témoigna en octobre 1945 que Wiera Gran avait, pendant l’occupation allemande, eut un comportement irréprochable. le mois suivant, le procureur mit fin à l’enquête en raison de l’absence de preuves tangibles. Dès novembre 1945, elle se produisit à la radio polonaise lors de concerts. La commission de vérification du syndicat des musiciens acta le 20 avril 1946 que Wiera Gran n’avait pas entaché l’honneur de la Pologne et qu’elle pouvait pleinement poursuivre ses activités artistiques. Cette même année, elle réalisa des enregistrements à Poznań pour la maison de disques Odeon. En 1949, après un an et demi d’enquête (septembre 1946-novembre 1947), la cour des citoyens du comité central des Juifs polonais prononça son acquittement. Cette cour avait été saisie par Jonas Turkow afin de juger Wiera Gran, et une centaine de témoins furent auditionnés, mais aucune charge ne fut retenue. Parmi les déclarations contenues dans la documentation d’enquête figurait celle de Jerzy Turandot. Plusieurs témoignages appuyèrent cette décision, déclarant sans valeur ces accusations, faisant état de sa philanthropie et d’associer ces allégations à des règlements de compte, des rumeurs et des calomnies.
Jonas Turkow, qui était membre du Comité central des Juifs de Pologne (Centralny Komitet Żydów Polskich), enquêta sur 18 cas de collaboration de Juifs avec la Gestapo. Il était convaincu de sa culpabilité. Un témoignage reporta qu’elle avait été vu accompagnée d’un nazi dans le ghetto. Il propagea la rumeur qui allait suivre Wiera Gran. Marek Edelman, l’un des commandant de l’insurrection du ghetto était également convaincu de sa culpabilité.
Les rumeurs et les soupçons de collaboration la poursuivront toute sa vie.
De son côté, Wiera Gran affirma qu’elle avait vu Władysław Szpilman, le pianiste, portant une casquette de la police juive, participer à une rafle de juifs en vue de les amener vers Umschlagplatz. Elle précise en outre qu’elle l’avait vu de face et que ce dernier tirait par les cheveux une femme juive, durant période de l’été 1942 pendant laquelle 300 000 juifs du ghetto furent déportés vers le camp d’extermination de Treblinka.

L’après guerre

En 1946, elle se produisit à Cracovie au café Kazanowa et elle reprit les enregistrements de disques avec la firme Odeon à Poznań. L’année suivante, elle apparut à Łódź au côté de Mieczysław Fogg (Fogiel), un chanteur extrêmement connu sur la scène polonaise jusqu’à sa mort en 1990. En 1950 elle participa à une série d’émissions théâtrales diffusées à la radio. C’est cette même année qu’elle émigra en Israël et qu’elle perdit sa nationalité polonaise, mais elle se considérait toujours comme polonaise. Elle fit de nouveau face aux accusations et ses prestations furent boycottées. Comprenant que son avenir artistique serait plus qu’incertain en Israël, elle partit pour la France en 1952. Elle apparut en 1955 à l’hôtel Commodore du boulebard Hausmann à Paris. Elle déclina par la suite les avances du directeur qui la traita de collaboratrice de la Gestapo et elle se produisit dans le restaurant russe Le Dinarzade où vint la voir le roi de Jordanie durant toute une semaine. En aôut 1953, elle partit pour le Venezuela où elle donna des concerts.

Vera Gran 1958
Vera Gran 1958 (Cliquer pour agrandir) Source www.encyclopedisque.fr
De retour en France, elle collabora avec Charles Aznavour au théâtre de l’Alhambra et enregistra en décembre 1958 des titres pour le label Ducretet Thomson sous le nom de scène de Vera Gran. Elle enregistra également un disque () pour la firme Westminster aux Etats-Unis. On la vit également sur la scène de la salle Pleyel pour un récital. En 1956, elle fut invitée à se produire en Israël.
Ci-dessous un disque de Vera Gran qui interprète des chansons () de Charles Aznavour et de Jacques Brel.
Chansons interprétées par Vera Gran sur des paroles de Charles Aznavour et de Jacques Brel
Chansons interprétées par Vera Gran sur des paroles de Charles Aznavour et de Jacques Brel. Photo source BNF Gallica

A l’invitation de Marian Hemar et de Feliks Konarski, Wiera Gran chanta au théâtre Polonia de Londres. Elle se produisit sur la station Radio Free Europe dans un programme en langue polonaise, et sur des scènes en Suède, en Grande-Bretagne, au Canada, en Suisse, en Espagne.
En 1961, elle apparu dans le film Le temps du Ghetto réalisé par Frédéric Rossif. Dans la vidéo ici, on peut voir un extrait dans lequel Wiera Gran parle du ghetto.

En 1965, elle revint passer trois mois en Pologne pour des concerts et participer à une émission télévisée de fin d’année. En 1969, elle se produisit au Carnegie Hall à New York.
En 1971, elle effectua un second voyage en Israël pour se produire sur scène, mais la rumeur n’avait pas disparue, les gens boycottèrent ses spectacles et des survivants la menacèrent de venir à ses concerts en tenue de déporté. Elle tenta de rencontrer Jonas Turkow en vain. C’est après cette difficile expérience qu’elle s’arrêta de chanter. Yad Vashem refusa de recueillir son témoignage sur la vie dans le ghetto. Elle revient en France et s’attela à l’écriture d’un livre intitulé Le relais des calomniateurs et qui fut publié en 1980.
Beaucoup plus tard, Marek Edelman reconnut que les allégations qu’il avaient portées à son encontre n’étaient pas fondées, de fait sa vision de la culpabilité de Wiera Gran fut complètement renversée.
Irena Sendler, héroïne polonaise et membre de l’organisation Żegota qui permit l’exfiltration et le sauvetage de 2500 enfants juifs du ghetto vers la zone aryenne, a rapporté en 1983 dans un document devant être utilisé par l’Institut Historique Juif en vue de la préparation d’un ouvrage sur les juifs polonais, que Wiera Gran aurait également chanté du côté aryen, au café Mocca qui était situé sur l’avenue Marszałkowska et qu’elle aurait collaboré avec la Gestapo et la cellule des collaborateurs juifs, notamment Leon Skosowski, et dont le siège se trouvait à proximité du café Sztuka, au numéro 13 de la rue Leszno.

Wiera Gran
Wiera Gran (Cliquer pour agrandir)

Wiera Gran, éloignée pour toujours des lumières de la scène, se renferma dans son appartement à Paris où, les années passant, elle vécut solitaire, sans avoir eut les moyens et les possibilités de contredire ses détracteurs et taire cette rumeur qui la poursuivra jusqu’à la fin de sa vie. Avec le temps, elle développa une phobie des gens, de son entourage, au point de ne pratiquement plus avoir de relation, se méfiant de tout le monde.

La polémique

En octobre 2010, la biographie Oskarżona: Wiera Gran (l’accusée: Wiera Gran) écrite par Agata Tuszyńska fut éditée en langue polonaise à partir d’une recherche documentaire fouillée. Le livre fut par la suite édité en plusieurs langues. Elle était aussi l’auteur de plusieurs biographies dont une, passionnante, sur Isaac B. Singer, Pejzaże pamięci (Les paysages de la mémoire).

Agata Tuszyńska, auteur de la biographie L'accusée: Wiera Gran
Agata Tuszyńska, auteur de la biographie L’accusée: Wiera Gran (Cliquer pour agrandir) Photo source www.polki.pl
Tuszyńska fut véritablement la première personne à avoir établi un contact régulier dans la durée avec Wiera Gran, qui vivait alors reclus dans son appartement parisien. Quatre années furent nécessaires pour établir un climat de confiance et organiser de très nombreuses rencontres régulières durant lesquelles elle fut amenée à découvrir de multiples facettes de l’ancienne chanteuse. C’est dans les années 1990 qu’elle avait entendu parler de Wiera Gran alors qu’elle était à Paris. Au cours de ses lectures et de ses recherches, elle se rendit compte que le nom de Wiera Gran ne figurait pas dans les mémoires du pianiste Władysław Szpilman alors que ce dernier et la chanteuse s’étaient retrouvés ensemble presque tous les soirs, une année et demi durant, sur la scène du café Sztuka dans le ghetto de Varsovie. Au début, c’est sur le pas de sa porte que les rencontres se déroulèrent, Wiera Gran vivait alors complètement isolée dans son appartement plongé dans une quasi pénombre et dont les volets étaient même clos le jour, dans un enchevêtrement d’affaires, d’objets et de souvenirs. L’ancienne chanteuse vivait également dans la hantise d’être écoutée, espionnée, et avait développé une véritable phobie de telle sorte que Tuszyńska dut faire preuve d’une grande patience et détermination pour arriver à gagner sa confiance et pouvoir rentrer dans l’appartement afin de poursuivre les entretiens.
Si le livre de Agata Tuszyńska fut bien accueilli par le public et la critique littéraire, une polémique surgit en Pologne mais aussi outre-Atlantique à propos de la manière dont avait été restitués les entretiens qu’elle avait menés avec Wiera Gran; le New York Times lui reprocha alors sa compassion. L’absence de la chanteuse dans les mémoires de Szpilman mais aussi dans le film le pianiste de Polański qui illustre des scènes de cette période du café Sztuka, la décidèrent que cette période de l’histoire dans le ghetto devait mettre en évidence la présence du pianiste et sa relation avec Wiera Gran, ainsi que l’accusation portée après guerre par la chanteuse à l’encontre de Szpilman.
Andrzej Szpilman
Andrzej Szpilman (Cliquer pour agrandir) Photo Reuters/ Thomas Peter

Cette accusation, qui ne fut jamais étayée par quelque preuve qu’il soit, déclencha une vive réaction de la part de la famille du pianiste disparu et de son représentant, son fils Andrzej Szpilman, qui reprochaient à Tuszyńska d’avoir retranscrit des accusations venant d’une femme mentalement dérangée. Il faut garder à l’esprit que Władysław Szpilman était un personnage connu et apprécié du public en Pologne après la guerre. De plus, le pianiste étant décédé en 2000, il ne pouvait se défendre.
Andrzej Szpilman fit remarquer que son père avait publié un récit de son expérience durant la guerre et que personne n’avait remis en question la présentation des événements.
Ce qui était reproché alors à Tuszyńska était d’avoir outrepassé la rigueur universitaire dont elle aurait dû faire preuve lors de l’analyse des entretiens qu’elle avait menés et la portée de cette accusation, au profit d’une compassion et d’un parti pris qui l’auraient amenée à retranscrire ces éléments recueillis dans un contexte où la santé et l’équilibre mental de Wiera Gran à ce moment là laissaient plus qu’à penser qu’elle ne possédait plus toutes ses facultés d’analyse et de restitution de situations de sa vie passée.
Cependant, la conviction de Agata Tuszyńska lors de ses entretiens qu’elle eut avec Wiera Gran était que sa mémoire et sa lucidité étaient intactes lorsqu’elle discutait de cette période du ghetto.
Wiera Gran à la porte de son appartement parisien
Wiera Gran à la porte de son appartement parisien lors des premiers entretiens avec Agata Tuszyńska (Cliquer pour agrandir) Photo collection Agata Tuszyńska
Cette polémique met effectivement en exergue une difficulté face à laquelle peuvent être confrontées des personnes qui retranscrivent le témoignage pour des cas où le souvenir des porteurs d’histoire peut se retrouver quelque peu altéré, imprécis, invérifiable, d’autant plus quand la mémoire est impactée à divers degrés par des problèmes psychiques ou d’autres types de pathologie.
Pour sa défense, Tuszyńska fit remarquer que sa biographie présentait le portrait d’une chanteuse et qu’elle retranscrivait ses paroles, sa mémoire. Sa démarche concernant le pianiste était qu’il avait fait partie d’un moment de sa vie dans le ghetto et qu’elle ne pouvait pas concevoir d’ignorer cette présence dans la biographie comme Wiera Gran avait été effacée dans les mémoires du pianiste.
Lors d’un entretien qu’elle eut avec Władysław Bartoszewski, une grande personnalité publique, de la vie politique polonaise et témoin de l’histoire, il lui répondit que si une personne l’avait interviewé dans des conditions où ses facultés auraient été altérées, il aurait souhaité que son fils poursuivre cette personne en justice. Il désapprouva les allégations de Wiera Gran en les qualifiant de sans fondements et honteuses.
La pertinence de retranscrire cette accusation que porte de Wiera Gran envers le pianiste pouvait aussi sembler légitime pour Agata Tuszyńska d’autant plus que le contexte psychique dans lequel se trouvait l’ancienne star du ghetto en ce milieu des années 2000 était clairement présenté et porté à la connaissance du lecteur dans des détails qui pouvaient parfois déranger lorsqu’on découvrait cette vie d’ermite et qu’on devinait percer une certaine paranoïa. Cela laissait et apportait au lecteur une latitude de réflexion suffisante, lui apportait des éléments précis afin qu’il puisse être juge de la pertinence et de la portée de l’accusation.
A sa décharge, Agata Tuszyńska mis l’accent sur le fait que cette accusation à l’encontre de Władysław Szpilman fut déjà portée à 2 reprises par le passé, sans créer pour autant de réactions. Une première fois dans l’autobiographie que publia Wiera Gran en fonds propre en 1980 à Paris, en langue polonaise, et intitulée Sztafeta oszczerców (Le relais des calomniateurs), un ouvrage qui certainement n’eut pas une grande audience. Cependant Wiera Gran participa à une interview à la radio polonaise en 1993 à l’occasion du cinquantième anniversaire du soulèvement du ghetto, et elle fut amenée à parler de son livre. Puis elle décrit et repris la même scène durant laquelle elle avait aperçu Szpilman portant une casquette de la police juive et tirant une femme par les cheveux, lors d’un témoignage réalisé en 1996 pour le compte des archives Spielberg. Elle précise qu’au moment où elle l’aurait vu, il était juste devant elle.
Était-ce bien lui, alors qu’aucun autre témoignage n’est venu confirmer la version de la chanteuse ? Était-ce bien elle, alors qu’elle fut acquittée en 1947 après l’audition d’une centaine de témoignages qui n’apportèrent pas d’éléments précis, à charge, durant son procès ?
Si la recherche de la vérité se heurte souvent à la parole, la rumeur s’alimente toujours de la parole.

Quoi qu’il en soit, l’affaire fut portée devant les tribunaux en 2013 et la famille Szpilman représentée par sa veuve et son fils furent déboutés une première fois, la cour ayant statué que Tuszyńska en tant qu’auteur avait droit à la libre parole. La famille Szpilman obtint cependant réparation après avoir saisi la cour d’appel de Varsovie en 2016 pour diffamation et la maison d’édition et Agata Tuszyńska furent condamnés à publier des excuses auprès de la famille Szpilman et à retirer les passages incriminés des futures éditions de la biographie. Une décision semblable avait précédemment été rendue en Allemagne par le tribunal de Hambourg.

Plaque à la mémoire de Wiera Gran à Wołomin
Plaque à la mémoire de Wiera Gran à Wołomin (Cliquer pour agrandir) Photo Łukasz Rigało
Wiera Gran a passé la fin de sa vie dans une maison de retraite dirigée par des religieuses. Elle est décédée le 19 novembre 2007 à Paris à l’âge de 91 ans, elle était atteinte de la maladie d’Alzheimer. Elle a été inhumée le 26 novembre à Paris, au cimetière de Pantin. Comme elle n’avait pas laissé de testament, les biens qu’il lui restait sont devenus propriété de l’Etat français.
En 2013, une plaque a été apposée sur le mur de l’immeuble où elle a habité à Wołomin dans les années 20.

Son destin a inspiré en 2007 Remigiusz Grzela, un auteur polonais de passage Paris qui a été amené à rencontrer Wiera Gran, il en a tiré un livre intitulé Bądź moim Bogiem (Sois mon Dieu). En 2010 sortit donc en librairie Oskarżona: Wiera Gran (L’accusée: Wiera Gran), la biographie écrite par Agata Tuszyńska. Le livre sera publié peu de temps après la disparition de l’artiste. Une pièce de théâtre sera également jouée en Pologne sous la direction de Jędrzej Piaskowski, à l’occasion du dixième anniversaire de sa disparition, sous le titre Vera Gran, dont la première représentation se déroula au théâtre juif de Varsovie.

Kazimierz Jezierski

Kazimierz Jezierski
Kazimierz Jezierski (Cliquer pour agrandir) Photo zolnierzeniezlomni.com.pl
Après la guerre le mari de Wiera Gran, Kazimierz Jezierski travailla en tant que médecin à l’hôpital Wolski de Varsovie, puis comme médecin au Bureau de Sécurité (UB – Urząd Bezpieczeństwa) mis en place par les communistes à la fin de la guerre. En 1948, il participa à l’exécution de Witold Pilecki, l’officier et résistant polonais qui s’était fait volontairement déporter à Auschwitz en 1940 afin d’y organiser la résistance, camp d’où il s’échappa en 1943. En 1951, Jezierski était présent lors de l’exécution de membres de l’Union Liberté et Indépendance (Wolność i Niezawisłość – WiN), une organisation anticommuniste fondée à la fin de la guerre. En 1952 il participa à l’exécution de Karol Sęk, un commandant de l’Union Militaire Nationale (Narodowe Zjednoczenie Wojskowe) qui avait été condamné à mort par le procureur Stefan Michnik. En 1963 il quitta la Pologne. Il conserva un contact épistolaire avec Wiera Gran jusqu’en 1975. Un témoignage rapporte qu’il exerça la médecine dans l’état du New Jersey. Il mourut en 1994 à Podkowa Leśna, une localité située non loin de Varsovie.

> Voir Władysław Szpilman jouer le Nocturne N° 20 de Chopin, l’un des thèmes musicaux du film Le Pianiste de Roman Polański.

La maisonnette des poupées

La maison de Abram Szajnberg

Dom dla Lalek, la maisonnette des poupées. Noter la grande cheminée
Dom dla Lalek, la maisonnette des poupées. Noter la grande cheminée (Cliquer pour agrandir)
Les arrière-cours de la capitale recèlent parfois de petites curiosités qui méritent le détour.
Dans une arrière cour de Varsovie, au numéro 70 de la rue Hoża, se trouve un petit immeuble atypique qui avait été surnommé autrefois par les habitants du quartier, La maisonnette des Poupées (domek dla lalek). La maison était aussi parfois surnommée le chalet de bébé (domek baby jagi).
Ce bâtiment avait été édifié en 1895, à l’origine pour le compte de Abram Szajnberg. Il avait été construit au fond d’une arrière cour, contre l’immeuble numéro 65 de la rue Wspólna voisine. Il arrivait souvent que des remises, des entrepôts, des ateliers soient construits dans ces endroits, mais une maisonnette c’était beaucoup moins fréquent.
Le petit immeuble qui a survécu à la guerre possède un étage et un grenier.
Annuaire 1938-1939 , Majewski Hipolit
Annuaire 1938-1939 , Majewski Hipolit (Cliquer pour agrandir)
Entre 1910 et 1937 une entreprise s’était établie là. C’était une petite manufacture de colorants chimiques qui appartenait à un riche marchand du nom de Hipolit Majewski, et qui produisait du savon, des produits cosmétiques et qui procédait également à la teinture de vêtements en laine.
Comme l’édifice était inséré au milieu de grands immeubles, le conduit de la cheminée avait dû être édifiée très haut, jusqu’à la hauteur de l’immeuble voisin, afin que les fumées ne puissent pas envahir l’arrière cour.
Le bâtiment appartient aujourd’hui à la ville et est occupé par un cabinet d’avocats.
La maison Abram Szajnberg - Hoża 70, Varsovie
La maison Abram Szajnberg – Hoża 70, Varsovie (Cliquer pour agrandir)

Malheureusement, il est difficile d’y accéder car l’accès à la cour est contrôlé par interphone, comme presque toutes les arrières-cour de Varsovie, il faut donc attendre qu’un habitant des immeubles entre ou il arrive parfois que la porte cochère soit restée ouverte.
Hoża 70, la maison des poupées
Hoża 70, la maison des poupées (Cliquer pour agrandir)

Les combattants de l’insurrection de Varsovie

Avec le ghetto, l’autre marqueur de l’histoire de la ville

Donc le 1er août 1944, à Varsovie, c’était le déclenchement de l’insurrection.
Comme beaucoup l’ignorent, ce soulèvement de la résistance et de la population de la capitale intervint à peine plus d’un an après le soulèvement du ghetto qui se déroula en avril-mai 1943 et qui se solda par plus de 13 000 victimes et 57 000 déportations, et la destruction complète de ce qui restait encore de surface occupée du ghetto.
Effectivement cet épisode reste souvent ignoré ou confondu avec celui de l’insurrection du ghetto, à tel point que même au niveau de personnalités politiques, l’oubli ou l’erreur entre les deux événements est commise.
Cette initiative de déclenchement du soulèvement fut prise alors que l’Armée Rouge arrivait aux abords de Varsovie, mais fut repoussée par les troupes allemandes du général Model, à l’est de la capitale.
L’insurrection, appelée action tempête (burza), fut menée principalement par l’Armée de l’Intérieur (Armia Krajowa – AK), premier mouvement de résistance en Europe occupée par son nombre et qui était dirigé depuis Londres par le gouvernement polonais en exil, les Forces Armées Nationales (Narodowe Siły Zbrojne), deuxième mouvement par le nombre qui était également dirigé depuis Londres, l’Armée du Peuple (Armia Ludowa) une organisation communiste créée en janvier 1944 qui ne prêta pas allégeance au gouvernement en exil, des membres survivants de l’Organisation Juive de Combat (Żydowska Organizacja Bojowa – ŻOB), un mouvement de résistance créé à l’été 1942 dans le ghetto, le mouvement des Rangs Gris (Szare Szeregi) de l’association du scoutisme polonais, qui avait été créé dès le début de la guerre.
La décision de déclencher l’insurrection fut loin de faire l’unanimité de la part des militaires, notamment du commandant en chef de l’Armée Polonaise, le général Anders, conscient que les conditions étaient loin d’être réunies, face aux responsables politiques en exil qui étaient eux favorables.
L’insurrection se termina le 2 octobre 1944 avec la défaite des insurgés. Dans une ville déjà détruite à 25% depuis le début de la guerre, et encore détruite à 25% durant l’insurrection, le nombre de victimes s’éleva à 18 000 soldats tués, 25 000 blessés et environ 200 000 civils tués dont 50 000 en l’espace d’une semaine dans le quartier de Wola, au début de l’insurrection. Dans les mois qui suivirent la fin de l’insurrection, la ville fut vidée de ses habitants et détruite sur ordre de Hitler jusqu’au dynamitage du palais de Saxe en décembre 1944. La ville sera dévastée à 85%, tous les principaux monuments, églises et palais encore debout systématiquement détruits.

Monument de l'Insurrection de 1944 à Varsovie
Monument de l’Insurrection de 1944 à Varsovie (Cliquer pour agrandir)

Cet épisode de l’histoire de la capitale reste un marqueur profondément ancré et encore très vivace dans la population de Varsovie et des polonais en général. Il faudra attendre le milieu des années 1970 pour que Varsovie retrouve son niveau de population d’avant guerre et la reconstruction durera plusieurs décennies.

Les juifs durant l’insurrection de Varsovie

Nombre de juifs vivaient à Varsovie au moment du déclenchement de l’insurrection, plusieurs milliers, cachés chez des polonais, dans des appartements, des greniers, des caves, d’autres vivaient sous une fausse identité.
Le jour du déclenchement du soulèvement, le 1er août, un bataillon qui attaquait la gare de Umschlagplatz afin de récupérer du matériel et des armes libéra une cinquantaine de juifs qui se trouvaient encore sur la place. Deux juifs enrôlés dans la résistance participèrent au coup de main, Stanisław Aronson et Stanisław Likiernik. Plusieurs des prisonniers libérés rejoignirent les rangs de la résistance, dont Chaim Goldstein un résistant français qui avait été déporté au camp d’Auschwitz puis envoyé au camp de Gęsiowka de Varsovie.
Le 3 août, à l’appel de Icchak Cukierman – Antek, l’un des leaders de l’Organisation Juive de Combat, les anciens insurgés du ghetto furent appelé à rejoindre l’insurrection polonaise. Tous ne furent pas admis au sein de l’Armia Krajowa en raison de leurs orientations politiques à gauche (majorité des anciens mouvements de résistance dans le ghetto, sionistes et antisionistes), et un certain nombre rejoignirent l’Armia Ludowa, mouvement armé communiste, comme Marek Edelman, Zivia Lubetkin, Cukierman. Ces anciens membres et leaders survivants de l’Organisation Juive de Combat formèrent une section spéciale combattante au sein du 3ème bataillon de l’Armée du Peuple, rejoints par Symcha Rotem (Kazik), Julian Fiszgrund, Józef Sak, Irena Geldblum, Sara Biderman, Tuwia Borzykowski.
Le 5 août, les soldats du bataillon Zośka attaquèrent le camp de Gęsiowka et libérèrent 348 juifs dont une bonne partie rejoignirent également la résistance, dont Henryk Poznański, un ancien combattant de l’Organisation Juive de Combat.
Nombre de juifs participèrent en tant que personnel médical dans les différentes antennes et hôpitaux mis en place par les insurgés dans la ville comme les docteurs Adina Blady-Szwajger, Michał Lejpuner, Szmul Gilgun, Stefan Rotmil, Idel Singer, Edward Zwilling, Roman Born-Bornstein. Egalement Emilia Rozencwajg en tant que commandant de liaison du personnel médical dans le bataillon Łukasiński, Alicja Zipper comme infirmière. Les jeunes agents de liaison qui suivent, étaient âgés de 14 ans et plus, les frères Zalman et Perec Hochman, Henryk Arnold, Jehuda Nira, Stanisław Pinkus.
Parmi les jeunes combattants se trouvaient aussi Nehemiah Szulklaper, Alexander, Zrubawel Werba, Efraim Krasucki, Erwin Junarz.
De très nombreux autres combattants d’origine juive s’illustrèrent comme le général de brigade Edwin Rozłubirski, Jan Szelubski comme commandant et qui fut décoré de l’ordre Virtuti Militari par le général Bór-Komorowski qui dirigeait l’insurrection.
La population juive qui avait survécu jusqu’à l’été 1944 partagea le sort des civils polonais en quête d’abris et de nourriture, et beaucoup moururent sous les bombes ou lors d’exécutions. Dans les entrepôts de l’usine Kirchmayer et Marczewski, le 6 août, plus de 2000 civils furent exécutés, dont une cinquantaine de juifs, pour la plupart qui avaient été libérés la veille du camp de Gęsiowka.
Beaucoup de juifs qui furent capturés à la fin de l’insurrection furent exécutés par les allemands. D’autres utilisant des fausses identités furent envoyés avec les polonais vers le camp de Pruszków (Dulag 121), d’autre se cachèrent dans les ruines de la ville et moururent lorsque les allemands dévastèrent la capitale.
Des anciens combattants juifs sont inhumés dans le cimetière juif de la rue Okopowa, et les noms de nombreux autres sont gravés dans le cimetière militaire de Varsovie et sur le mur du souvenir du Musée de l’Insurrection.
Le nombre de combattants juifs durant l’insurrection de Varsovie de 1944 est évalué entre plusieurs centaines à 3000.
Source Vitual Shtetl – Krzysztof Bielawski

Samuel Willenberg

Samuel Willenberg à Varsovie en 2015 - Photo Jacques Lahitte - www.shabbat-goy.com
Samuel Willenberg à Varsovie en 2015 – Photo Jacques Lahitte – www.shabbat-goy.com (Cliquer pour agrandir)
Samuel Willenberg, originaire de Częstochowa où il était né en 1923, fut blessé en 1939 dans la région de Chełm en combattant en tant que volontaire dans l’Armée Polonaise. Il rejoignit par la suite sa famille près de Varsovie et ils partirent vers l’est à Opatów en 1940. De là, ils retournèrent à Częstochowa et furent par la suite confinés dans le ghetto. Willenberg fut déporté en 1942 au camp d’extermination de Treblinka. Il fut le seul de son convoi à survivre et fut enrôlé dans le kommando chargé de trier les affaires des déportés. Il s’évada lors de la révolte du camp en août 1943 et retourna à Varsovie où il rejoignit la résistance polonaise. Il participa à l’insurrection de 1944 au sein de l’Armia Krajowa puis de l’Armia Ludowa dès septembre 1944. Il servit dans l’Armée Polonaise après la guerre puis émigra en Israël en 1950 où il exerça comme ingénieur. Pendant sa retraite il étudia les arts et la sculpture en particulier. Nombre de ses œuvres furent exposées dont un monument en mémoire des victimes du ghetto qui fut inauguré à Częstochowa. Il mourut en 2016.

August Agbola O’Browne

August Agbola O'Browne, combattant de l'insurrection de Varsovie de 1944
August Agbola O’Browne, combattant de l’insurrection de Varsovie de 1944 (Cliquer pour agrandir)
Parmi les insurgés, une figure inhabituelle, celle de August Agbola O’Browne, un nigérian né à Lagos en 1895, de l’union d’un nigérian et d’une polonaise. Arrivé en 1922 à Varsovie, il exerça ses talents comme musicien de jazz et batteur dans de nombreux clubs de la capitale. Il fut le premier africain de l’ouest à enregistrer un disque en 1928. Il se maria avec une polonaise et eut 2 enfants. Il participa à la défense de Varsovie en septembre 1939 puis il combattit durant l’insurrection de 1944 au sein de l’Armia Krajowa dans le bataillon « Iwo », dans le quartier de Śródmieście sous le nom de code Ali. Après la guerre, il travailla au département de la culture et des arts de la ville de Varsovie et continua ses activités musicales jusqu’à son départ vers l’Angleterre en 1958 où il mourut en 1976.

Chaque année, le 1eraoût à 17 heures, les sirènes retentissent dans la capitale et la population arrête ses activités pour une minute de silence en mémoire des insurgés et des disparus.

Lien vers le site du Musée de l’Insurrection de Varsovie.

Le film Miasto 44 retrace cette page d’histoire.

Le camp de concentration de Varsovie

Photo prise à l'intérieur du camp
Photo prise à l’intérieur du camp (Cliquer pour agrandir)
Du camp de concentration de Varsovie, il ne reste plus de trace aujourd’hui.
Sa présence n’était connue jusqu’ici que d’initiés qui s’intéressaient de près à l’histoire du ghetto de Varsovie, mais son existence a aujourd’hui été l’objet de nombreux articles de presse et ouvrages.
Ce camp entra en fonction dès la fin de l’insurrection du ghetto en mai 1943 jusqu’à l’insurrection de Varsovie d’août 1944…
> Lire la suite.

Nalewki 24 à Varsovie

Un noyau unique de vie juive en Pologne

Situé au coeur du quartier juif de Muranów, l’immeuble numéro 24 de la rue Nalewki se trouvait au croisement avec la rue Franciszkańska (39). A cet endroit régnait la plus dense présence juive de la capitale et l’activité commerciale qui animait le carrefour pouvait être comparée à celle située au croisement des grandes avenues Marszałkowska et Jerozolimskie.

L'immeuble 24 de la rue Nalewki et la rue Franciszkańska sur la gauche, dans les années 1930. Un policier règle la circulation
L’immeuble 24 de la rue Nalewki et la rue Franciszkańska sur la gauche, dans les années 1930. Un policier règle la circulation. Photo Willem van de Poll (Cliquer pour agrandir)

Topologie du croisement des rues Nalewki, Franciszkańska et Gęsia dans le quartier juif de Muranów
Topologie du croisement des rues Nalewki, Franciszkańska et Gęsia dans le quartier juif de Muranów (Cliquer pour agrandir)
Les tramways qui arrivaient depuis les environs du parc Krasiński entre les numéros 2 et 10 au sud (voir carte au bas de l’article) continuaient leur chemin le long de la rue Nalewki pour se rendre au quartier voisin de Żoliborz (Joli bord [de la Vistule]) au nord ou alors bifurquaient sur la droite dans la rue Franciszkańska pour se diriger vers la vieille ville à l’est ou emprunter à gauche, vers l’ouest, la rue Gęsia qui se terminait du côté du cimetière juif de la rue Okopowa.
Un policier réglait la circulation (photo du haut) tant bien que mal les jours de forte affluence, c’est à dire presque toute la semaine, entre les piétons, les tramways, les charrettes à bras lourdement chargées et souvent tirées par des juifs munis de harnais, des porteurs et autres voitures à cheval. L’endroit restait fortement animé jusqu’au shabbat qui voyait alors les rues du quartier étrangement désertées hormis les juifs religieux se rendant à la synagogue ou dans les maisons de prières du voisinage.
La population, essentiellement juive, qui s’était fortement développée durant la seconde moitié du XIXème siècle, était très mélangée entre les artisans, les commerçants, les religieux, les juifs venus d’autres quartiers, de toutes origines sociales, pour acheter des articles et marchandises principalement tournées vers les domaines du textile, du cuir, de l’habillement et de la confection.
L'immeuble 24 de la rue Nalewki sur la droite, dans les années 1930. Photo Willem van de Poll
L’immeuble 24 de la rue Nalewki sur la droite, dans les années 1930 (orientation sud-nord). Photo Willem van de Poll (Cliquer pour agrandir)

L’immeuble Nalewki 24 possédait un seul étage où se trouvaient de nombreuses boutiques et ateliers et un second niveau d’habitations situé sous les toits dans sa partie sud. Il possédait une cour intérieure qui ouvrait sur deux dépendances. Dans la seconde moitié du XVIIIème siècle, la rivière Bełcząca s’écoulait encore à cet endroit, et un premier bâtiment fut édifié probablement vers la fin du XVIIIème siècle sur ce long chemin de terre bordé de jardins et de quelques autres maisons et qui allait devenir le siècle suivant la rue Nalewki avec l’installation des juifs dès 1824 suite à un décret d’installation émis par l’empereur Alexandre 1er, qui fut roi de Pologne dès 1815; Varsovie étant alors sous domination russe .
Dans la première moitié du XIXème siècle, le bâtiment visible sur les photos fut édifié, dans un style classique mais plutôt modeste. Dès le milieu du XIXème siècle, l’immeuble appartint à Abram Goldman, puis à ses héritiers jusqu’à l’entre-deux guerres.
(*) Dans la seconde moitié du XIXème siècle se trouvaient déjà de nombreuses boutiques dans l’immeuble dont la librairie hébraïque de Szaj Mąk, la pharmacie de Ludwik Gronau, l’entrepôt de marchandises de maroquinerie de Izrael Tom, la papeterie de Zelman Zilber, la boucherie de Judel Mielczyk, l’horloger Hersz Bachner, la boutique de laitage de Moszek Glejchmann et la bijouterie de Abram Juwiler. Durant l’entre-deux guerres, le gardien du bâtiment était Julian Prorok. Ce dernier fut accusé par Abram Elster de la société W. Kwas, de détourner des colis de cosmétiques.
(* source Jerzy S. Majewski).
Immeuble 24 de la rue Nalewki après les bombardements allemands de 1939
Immeuble 24 de la rue Nalewki après les bombardements allemands de 1939 (Cliquer pour agrandir)
L’immeuble fut entièrement détruit lors des bombardements allemands durant le siège de Varsovie le 16 ou le 17 septembre 1939 et on retrouva de nombreux cadavres dans la cour. Enserrée dans le grand ghetto dès novembre 1940, la rue, comme le quartier, fut entièrement détruite lors de l’insurrection du ghetto de 1943.

Seulement imaginer l’absence

Difficile d’imaginer aujourd’hui ce que fut le cœur du quartier juif de Varsovie quand on déambule le long de l’avenue du général Anders qui a été bâtie après guerre, sur les ruines du ghetto, sans forcément suivre le tracé initial de la rue Nalewki. La connaissance de l’histoire et de la topologie du quartier permet, à travers la vision des immeubles d’après guerre qui illustre le réalisme socialiste alors en vigueur, et surtout, beaucoup d’imagination, de percevoir des bribes de vie passée où se mêlaient les pas des habitants du quartier, les crissements des charrettes et les roues stridentes des tramways sur les rails, les odeurs de cuir qui s’exhalaient des ateliers et des boutiques, les voix, les cris et les exclamations yiddish de ce peuple juif, représentation unique en Pologne et en Europe Centrale d’un monde disparu.
Seules 4 années de présence allemande auront suffit pour effacer plus de 2 siècles d’intense vie juive dans ce quartier de Varsovie.
Si le Musée de l’Histoire des Juifs Polonais se trouve à seulement 200 mètres d’où se situait l’immeuble Nalewki 24 et son fameux carrefour, autrefois toujours animé, essayer de s’imprégner d’un environnement, d’une atmosphère unique est illusoire pour les visiteurs d’un jour, mais aussi pour l’inconditionnel de la Varsovie d’avant-guerre que je suis devenu. C’est un sentiment de tristesse, d’amertume, et parfois de colère qui s’empare du visiteur, mais c’est surtout une impression de vide et d’absence qui fige le regard lorsqu’il scrute le néant qu’offre aujourd’hui Varsovie quand on s’élance sur les traces d’autrefois.
Alors, l’esprit se transporte vers une autre époque et se remémore des photos anciennes, ces témoignages d’antan, d’une autre ville, d’une autre vie, d’autres gens.
La photo ci-dessous présente une vue de certaines boutiques de l’immeuble Nalewki 24. On y distingue la boutique de maroquinerie et de bas de Hanina Esterowicz à gauche, puis la boutique de S. Szuldiner qui vend du fil, de la laine et du coton. Peut être est-ce lui qui discute à gauche, sur le pas de porte. Ensuite une enseigne de Nusyn Kohn pour sa boutique de maroquinerie et de boutons, juste en dessous un panneau pour un cordonnier dont on ne distingue pas le nom, puis l’enseigne de N. B. Sznur qui fabrique des cravates; dessous un petit panneau pour la boutique de Finkielsztejn qui est située au premier étage et qui propose des bas, des chaussettes, des gants. Puis à droite, en haut, un autre panneau de D. Finkielsztejn, le cordonnier du 27 et dessous une réclame pour l’atelier de Judel Pieprzyk qui fabrique des porte-documents et des cartables d’écoliers.

Vue de boutiques de l'immeuble Nalewki 24 durant l'entre-deux guerres
Vue de boutiques de l’immeuble Nalewki 24 durant l’entre-deux guerres (Cliquer pour agrandir)

Durant l’entre-deux guerres se trouvaient de très nombreuses boutiques et fabriques de sous-vêtements (bielizna) et de maroquinerie (galanteria) dans la rue Nalewki, également au 24 de la rue. Dans l’immeuble on trouvait également un marchand de fruits (owocarnia), une parfumerie, quelques boutiques de vêtements, d’objets en métal, une fabrique de chapeaux et de fourrures, un pharmacien.
Ci-après, la liste des abonnés du téléphone pour la période 1938-1939 de l’immeuble Nalewki 24 :
Alfus Jada, sprzed. galant. i guzik
Altman Jakub Szulim, prac. bielizny
« Bramur », wyr. stalowe, Brachweld D. i Muranower W.
« Bresco », Strumpfman B-cia, fabr. bielizny
Brodt Szymon Chaim, prac. haftów
Bursztyn M., hurt. perfum.
Elenberg Salomon, skl. galant.
Esterowicz Hanina, m.
Feinmesser J., sprzed. tow. galant.
Frydman Jankiel, owocarnia
Hepner Symcha, sprz. ubior. męsk.
Kiselstein F., sprzed. korali, biżuteri i galant.
Klein M., skł. podszewek i watol.
Kohn Nusyn, sprzed. guzik. i galant
Kronenberg M., skl. ozdób. wojsk.
Lachman Dawid, przedst. f. Fabr. wyr. Met. « I. Fogelnest »
Lachman L., sprz. wyr. stal.
Polus I., sprz. pończoch, wyr. trykot. i wytw. krawat
Rozen B-cia M. i I., fabr. kapel. i wyr. futrzanych
Silbergeld M. i S-ka
Szuldiner S., skł. przędzy, wełny, bawełny i nici
Światło Abram, wyr. skórz.-galant.
Wajnberg Icek, sprz. guzików
Welt J. i Zylber S., apteka
La plupart des personnes listées ici ont du disparaître durant la période du ghetto ou celle des déportations vers le camp d’extermination de Treblinka.


> Découvrir l’histoire de la rue Nalewki.

Les lieux de culte du quartier de Praga

Localisation des maisons de prières et des synagogues du quartier de Praga à Varsovie
Localisation des maisons de prières et des synagogues du quartier de Praga à Varsovie

A ce jour, 44 lieux de culte juifs, maisons de prières et synagogues, ont été identifiés dans le quartier de Praga de Varsovie, sur une période allant du début du XIXème siècle jusqu’à l’entrée en guerre.
> Découvrir tous les lieux existants et disparus.

Les mises en ligne (région Podlaskie)

Le cimetière juif de Krynki en région de Podlachie (nord-est)
Le cimetière juif de Krynki en région de Podlachie (nord-est) (Cliquer pour agrandir) © www.shabbat-goy.com
Les mises à jour de sites continuent mais n’apparaissent pas comme activité de rédaction d’articles, c’est un travail souterrain qui se concentre actuellement sur la région de Podlachie (Podlaskie). Ont été mis dernièrement en ligne les sites de :
Białowieża, Kleszczele, Drohiczyn, Knyszyn, Krynki, Narewka, Nowy Dwór, Narew.

Le cimetière juif de Knyszyn

Parmi les cimetières juifs aujourd’hui visibles en région de Podlachie (nord-est de la Pologne), il en est un qui, malgré les disparitions de stèles intervenues depuis la guerre, offre une image particulière de nécropole juive, où les tombes sont agencées autour de deux étangs. Remis en valeur il y a quelques années et aujourd’hui préservé, c’est un passage à ne pas manquer lorsqu’on visite la région, et notamment la synagogue de Tykocin, non loin de là.
>Voir la présentation du cimetière juif de Knyszyn.

Le cimetière juif de Knyszyn
Le cimetière juif de Knyszyn (Cliquer pour agrandir) © www.shabbat-goy.com