Un itinéraire en Pologne à la découverte des traces juives

Partez à la découverte des 334 sites de mémoire juive que j’ai visité jusqu’ici à travers la Pologne et venez partager un riche et émouvant voyage dans les anciens shtetl et quartiers juifs. Vous découvrirez également de nombreux articles autour de ce sujet en Pologne et ailleurs.
» Shabbat Goy en chiffres c’est 256 sites sur 334 mis en ligne: 167 cimetières, 112 synagogues, 11 camps, 4 sous-camps et 9 autres sites. C’est aussi 316 galeries.

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Les décorations murales Judaica sont disponibles à la vente dans notre boutique.
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Et une pierre tombale juive à vendre, une !

Comme j’aime à dire, abruti un jour, abruti toujours…

Depuis des années maintenant, de nombreuses pierres tombales juives qui avaient été dérobées dans les cimetières durant et après la guerre et pendant le communisme pour être utilisées comme matériaux de construction ou de terrassement réapparaissent au gré des rénovations urbaines. Dans les campagnes beaucoup d’entre-elles dérobées par des paysans peu regardant ont été utilisées comme pavement dans des fermes, fondations pour des granges ou transformées en outils agricoles, notamment en meules à aiguiser.
Aujourd’hui ces héritages encombrants que découvrent de nouveaux propriétaires ou descendants retournent généralement dans les cimetières d’où elles ont été dérobées ou sont réutilisées dans projets d’édifications de lapidarium menés par certaines communes quand le cimetière juif a disparu.
Cependant certains esprits ne trouvent pas mieux à faire que de les proposer à la vente sur des sites de vente en ligne sur Internet comme cela a été dernièrement le cas sur le site www.allegro.pl

Pierre tombale à vendre sur le site www.allegro.pl

Pierre tombale à vendre sur le site www.allegro.pl (cliquer pour agrandir)


Ci-dessus, une stèle juive qui avait été transformée en meule est proposée au prix de 990 złoty (~240 euros), port non compris, 100 złoty (~23 euros).
Devant les protestations de nombreux internautes, la stèle a été retirée de la vente. Il s’agirait d’un vendeur localisé à Kopytowa, un petit village située dans le sud-est de la Pologne en région de Basses-Carpates. La pierre tombale aurait pu être dérobée il y a longtemps dans le cimetière juif de Krosno ou de Nowy Żmigród.
Les gravures encore visibles ne permettent pas d’identifier le défunt.
On peut effectivement se demander comment un esprit sain peut être amené à proposer à la vente une ancienne stèle funéraire juive qui plus est qui avait été dérobée et volontairement détériorée afin d’en détourner l’usage. La cupidité n’a malheureusement pas de limites pour certains. Ont-ils seulement pensé de la manière dont ils réagiraient si ils découvraient la pierre tombale d’un de leurs grands-parents transformée en meule et proposée à la vente ! Une seule expression me vient à l’esprit quand je pense à eux :
Abruti un jour, abruti toujours !

D’après Krzysztof Bielawski, le spécialiste des cimetières juifs au Musée de l’Histoire des Juifs Polonais de Varsovie, ces dernières années, plusieurs cas de mises en vente de pierres tombales juives ont été signalés et bloqués, et dans certains cas la police s’est déplacée chez le vendeur.

Articles sur le sujet:
Matzevah project, le projet de préservation des cimetières juifs en Pologne de l’association From the Depths dirigée par Jonny Daniels.
Les meules juives.

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Jack Tramiel ou l’histoire d’un capitaine d’industrie

Du ghetto vers les sommets de la micro-informatique, un parcours hors du commun

Sur l’immense mur blanc qui s’élève à l’intérieur du Musée de l’Histoire des Juifs Polonais de Varsovie ont été gravés les noms des plus éminents donateurs, des fondations, des sociétés et des organisations qui ont largement participé au financement de l’aménagement du Musée.

Jack Tramiel - Jacek Trzmiel

Jack Tramiel – Jacek Trzmiel (cliquer pour agrandir) © www.shabbat-goy.com

Parmi tous ces noms, il y en a un qui a retenu mon attention, car il m’a rappelé la période où j’ai démarré mon activité dans l’informatique.
Ce nom est celui de Jack Tramiel, l’un des capitaines d’industrie du monde de la micro-informatique des années 1980 alors en pleine éclosion.
Jack Tramiel, de son vrai nom Jacek Trzmiel est né le 13 décembre 1928 en Pologne à Łódź dans une famille juive. Durant la guerre il fut interné dans le ghetto de Łódź (Litzmannstadt) avec sa famille. Il travailla dans une usine de confection de pantalons durant 5 années. La famille fut déportés en août 1944 vers le camp de concentration et d’extermination d’Auschwitz. Après la sélection à l’arrivée il fut dirigé avec son père vers un peloton de travail, il ne reverra plus sa mère. Plus tard lui et son père furent transférés vers le camp de travail de Ahlem près de Hanovre, après une sélection menée par Joseph Mengele. Il survécut à la guerre et émigra aux Etats-Unis en 1947 où il intégra l’armée américaine en tant que technicien de maintenance de matériels bureautiques.
Après avoir quitté l’armée il commença à travailler pour 50$ par semaine dans la réparation de machines à écrire. Dès le début des années 1950, il démarra une activité de réparation de matériels de mécanographie sous le nom de Commodore Portable Typewriter pour le compte de l’armée. Durant les années 1960 il créa l’entreprise Commodore Business Machines et développa l’activité de vente de calculatrices mécaniques jusqu’à l’arrivée de la concurrence japonaise. C’est lors d’un voyage au Japon qu’il découvrit les premières calculatrices électroniques. Commodore lança ses premières calculatrices électroniques sur le marché américain puis dû faire face à la concurrence directe de son fournisseur de circuits intégrés Texas Instruments. Avec l’aide de l’homme d’affaires Irving Gould qui l’avait aidé auparavant, il racheta le fabricant de composants électroniques MOS Technology Inc. qui équipait également ses produits en circuits intégrés, une acquisition stratégique.
Ordinateur Commodore PET

Ordinateur Commodore PET (Cliquer pour agrandir) – Source Source Tomislav Medak / Bill Bertram

En suivant les recommandations de son ingénieur concepteur Chuck Peddle, il s’orienta vers la conception d’ordinateurs personnels avec le Commodore PET (ci-contre), lancé en 1977, qui fut le premier véritable ordinateur personnel mis sur le marché et qui rencontra un grand succès dans les domaines de l’éducation au Canada et aux Etats-Unis. Suivirent les ordinateurs personnels VIC-20 et Commodore 64 qui firent face à la concurrence de l’Apple II et de l’Atari 800 au début des années 1980.
Notons qu’en 1982, alors qu’ils ne pouvaient réunir suffisamment de fonds pour fabriquer en série leur ordinateur Apple II, Steve Jobs et Steve Wozniak tentèrent de vendre leur ordinateur à Commodore, Jack Tramiel rejeta la proposition.
Le Commodore 64 deviendra l’ordinateur le plus vendu dans le monde à cette époque. Jack Tramiel quitta la société Commodore en 1984 après des dissensions avec Irving Gould qui contrôlait la compagnie. Il créa la société Tramel Technology Ltd et fit l’aquisition de la division grand public de Atari qui devint par la suite Atari Corporation dont l’un des produits phares était l’Atari ST, concurrent direct des produits Apple. Son fils reprit les rênes de la société dans les années 90.
Jack Tramiel fit face à des problèmes de santé. Il se retira dans sa propriété située sur les hauteurs de Monte Sereno en Californie.

Jack Tramiel fut également l’un des co-fondateurs du Musée du Mémorial de l’Holocauste des Etats-Unis (United States Holocaust Memorial Museum – USHMM). Sa femme Helen était également une rescapée du camp de Bergen-Belsen.

Jack Tramiel en 2004

Jack Tramiel en 2004

Jack Tramiel est mort d’une crise cardiaque le 8 avril 2012 en Californie.
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Un lieu, une histoire: Nowolipki 7

Derrière les photos, les instants de vie

De nombreuses photos du ghetto de Varsovie sont aujourd’hui visibles sur le réseau, mais elles nous parlent de gens disparus, d’un monde disparu, d’une ville disparue, d’endroits disparus, devenus étrangers aux visiteurs.
L’une d’entre-elles présentée ci-dessous nous dépeint deux enfants assis sur le rebord d’une devanture d’un magasin dans une rue de Varsovie. Ils sont habillés de guenilles et leurs visages sont déjà fortement marqués par la faim.

Rue Nowolipki 7 - Varsovie

Rue Nowolipki 7 – Varsovie (cliquer pour agrandir) – Source Fotopolska.eu


La rue Nowolipki était située dans le quartier juif de Muranów. Elle était orientée est-ouest et débouchait côté est non loin de la rue Nalewki, l’artère centrale de la vie juive de la capitale. Durant la guerre, elle se retrouva insérée dans le ghetto.
73 années séparent ces photos prises dans la rue Nowolipki, à une quinzaine de mètres près. Le 7 de la rue Nowolpiki où se trouvait une confiserie appartenant à un certain E. Merensztejn (Merenstein) était située dans le grand ghetto non loin de l’entrée du parc Krasiński.
Les images qui suivent donnent un idée de ce qu’il advint du ghetto qui fut entièrement détruit durant l’insurrection.
Ne restent plus que des photos, souvent prises par l’occupant nazi, qui nous sont parvenues et qui nous rappellent que sur les trottoirs que nous foulons aujourd’hui déambulaient autrefois des enfants qui un jour s’arrêtèrent de rire.
Quand on se promène à Varsovie, notamment du côté de Muranów, et que l’on se penche un peu sur le passé, l’histoire resurgit à chaque coin de rue.
Ci-dessous, le 7 de la rue Nowolipki.

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Appel à la préservation des cimetières juifs

Il est de notre devoir moral de prendre soin des lieux où des gens qui étaient nos anciens voisins durant des années ont été assassinés et enterrés

C’est jeudi dernier à l’occasion de la célébration de la journée du Judaïsme en Pologne que l’évêque du diocèse de Lublin Mieczysław Cisło s’est ainsi exprimé lors d’un entretien avec le quotidien national Rzeczpospolita (la République), appelant ainsi tous les fidèles à prendre soins des cimetières juifs.
On dénombre environ 1200 cimetières juifs aujourd’hui en Pologne. Pratiquement tous ont été dévastés durant la guerre et, durant des décennies, les organisations juives de Pologne n’ont pas eu la possibilité de s’en occuper pour la très grande majorité.

Le cimetière juif de Zator

Le cimetière juif de Zator (Cliquer pour agrandir) – © www.shabbat-goy.com

Depuis la chute du communisme, de nombreuses communes et associations s’en préoccupent, cependant auprès de l’opinion publique c’est a pensée que « ces lieux ne nous appartiennent pas » qui revient souvent.
Le problème avait également été soulevé par le pape Jean-Paul II des années en arrière : « Ces cimetières juifs sont un pan de notre histoire commune. Ce sont des lieux de profonde spiritualité d’où émanent une importance historique et eschatologique. Que ces lieux puissent unir les polonais et les juifs dans l’attente du jour du jugement dernier et de la résurrection ».
L’évêque Mieczysław Cisło a également appelé les polonais à aider à l’identification des nombreuses fosses communes présentes en Pologne.
Si l’initiative de l’évêque est bien sûr à souligner, combien de polonais répondront à l’appel ? Dans combien de communes les habitants s’occuperont-ils des cimetières juifs ? Nous aurons des réponses dans quelques années mais il était très important que l’église fasse entendre sa voix sur ce sujet.

D’après un article de Krzysztof Bielawski paru sur Virtual Shtetl.

L’association Yahad – In Unum, créée et présidée par le père Patrick Desbois a déjà mené des investigations en Pologne à la recherche de témoignages sur les assassinats de juifs et la localisation de fosses communes. Ces tueries de masse ont été perpétrées en Europe de l’est dès l’été 1941 par les sections Einsatzgruppen lors de l’invasion de l’URSS par les troupes allemandes.

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La précision des informations avant tout !

ou les dangers d’articles non vérifiés

La précision et la vérification des informations que l’on diffuse sur le réseau au sujet de la Shoah sont extrêmement importantes.
Chaque mauvaise information, qu’elle soit involontaire ou volontaire peut au mieux diffuser de fausses informations et au pire alimenter le discours négationniste sur un sujet souvent difficile à transmettre auprès de jeunes générations.
Ci-dessous, une photo qui circule sur plusieurs sites anglo-saxons censée représenter un épisode intervenu durant la rafle des juifs du Vel d’Hiv du 16 juillet 1942, notamment sur le site Bonjour Paris et sur la page Facebook Next Generation to Holocaust&Heroism-עמותת דורות ההמשך

Rafle du Vel d'Hiv - Expulsion algériens 1961 présenté comme une photo prise durant la rafle du Vel d'Hiv

Expulsion algériens 1961 présenté comme une photo prise durant la rafle du Vel d’Hiv


Un œil français remarque immédiatement que cette photo pose un problème avec le pistolet mitrailleur MAT 49 du policier qui a équipé l’Armée Française et la police dès le début des années 1950.
Cette photographie illustre en fait un autre événement intervenu durant la période de la guerre d’Algérie. Il s’agit ici de l’expulsion d’algériens intervenue le 17 octobre 1961, la photo a été prise à l’aéroport de Orly à Paris. L’avion au second plan est un Loockheed Constellation d’Air France, avion qui a effectué son premier vol transatlantique en décembre 1945.
Ci dessous un lien vers l’information correcte en relation avec cette photographie qui présente les mêmes personnes prises sous un autre angle:
Explusion d'algériens le 17 octobre 1961

Explusion d’algériens le 17 octobre 1961 – Photo AFP


http://akram-belkaid.blogspot.com/2012/10/entretien-accorde-lexpressfr-17-octobre.html
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Jestem Charlie

Je suis Charlie

Jestem Charlie
La liberté, tout simplement.
Je suis
Aujourd’hui je suis Charlie parce que je ne lisais pas ce canard et parce que certains de leurs dessins que je pouvais entrevoir pouvaient me blesser mais par principe de liberté je les acceptais.
Je suis policier parce que la mère de mes petits enfants est policier et peut risquer sa vie, mais même si elle ne l’était pas je serai avec eux.
Je suis juif parce que je suis Shabbat Goy et que je connais un peu leur histoire et qu’ils ne méritent pas cette haine.
Et je suis déjà fatigué d’aligner des badges en ce début d’année…

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Mots et maux de fin d’année

ou, peut-on vivre sans Facebook ?

Evidemment !
Après avoir (volontairement) expérimenté durant ces cinq derniers jours cette diète médiatique, à défaut de l’autre, je commence même à prendre l’habitude de me balader sans téléphone. Quelle étrange sensation de se balader sans son téléphone !
Quelle étrange remarque de penser qu’il est étrange de se balader sans son téléphone…
J’avoue que je suis par moments fatigué de cette manie prise à regarder régulièrement ce petit écran et d’être à l’écoute du moindre bruit, jingle ou bip qui s’en échappe. C’est un peu comme ce jour où, las d’écumer les dimanches soirs des bureaux de tabac à la recherche du précieux paquet qui me tuait à petit feu, j’avais décidé il y a maintenant bien longtemps, d’arrêter de fumer, du jour au lendemain.
Moi qui baigne dans la technique informatique depuis la version 1.22 du DOS, depuis la disquette 8 pouces simple face ou comme dernier témoin de machines équipées de mémoires à tores (y’en a un paquet qui vont dire « de quoi il cause ? »), j’avoue que la technique me saoule, que le téléphone m’horripile, que l’info en continue m’exaspère.

Certes, je ne vais pas me déconnecter, m’installer au fin fond du Périgord (quoique, j’y retournerai bien, habiter là, c’était… comment dire…), mais juste prendre quelques distances, avec cette fâcheuse manie de penser « vais-je avoir assez de batterie ? »

Joli tag - For my Lady

Joli tag – For my Lady © Jacques Lahitte


Il y a 10 ans naissait Facebook. Dans 10 ans il sera peut être mort, remplacé par autre chose, d’encore plus connecté, suivi, décodé, pisté, mouchardé, gravé ? tatoué !? Que deviendront tous ces messages, accumulés, stockés, classés, digérés et déjà oubliés. On poste virtuellement tellement de choses qu’on a oublié ce que l’on a posté trois jours en arrière. Nous sommes noyés dans ce flot ininterrompu d’images et de messages qui nous font oublier qu’une vieille tante ou un grand-père définitivement déconnectés à tous points de vue se réjouissent avec simplicité d’une bonne vieille carte postée à l’ancienne qu’ils ouvriront en souriant. Vous savez ? La carte écrite à la main avec le Waterman, le goût curieux de la colle du timbre sur le bout de la langue, l’enveloppe léchouillée, tamponnée, expédiée et distribuée et parfois égarée, mais jamais passée à l’antivirus.
Je fais partie de ces tiraillés entre modernité connectée et simplicité déconnectée. Quelque part, je fais résistance ou peut être n’est-ce qu’une illusion ?
Je me suis accommodé de la police courrier ou arial de ma messagerie, j’ai entendu dire que certains voulaient abandonner l’écriture cursive, d’autres mettre des gamins qui ne lisent plus au codage informatique. Je fais partie de ces dinosaures, ceux du paléolithique supérieur qui aiment l’odeur du papier et qui se rappellent avec mélancolie le bruit de la plume qui esquichait la feuille jaune du cahier ou la carte de vœux avec ses paillettes encollées. La mélancolie, quelle horreur !
Toujours est-il que les connectés d’aujourd’hui seront les ringards de demain, les futurs mélancoliques qui regretteront, sourire en coin, la douce sensation du doigt qui courrait sur la tablette, comme moi j’aime à me rappeler le bruit de la craie sur la tablette ! … Heu non, sur l’ardoise, vous vous rappelez ? L’ardoise ? Ce lointain ancêtre de la tablette ?
D’aucuns vont penser qu’il est plus que temps que je passe à l’année suivante, que ma crise de connectivité aiguë se résorbera, noyée dans les vapeurs de fin d’année.
C’est probable.
Toujours est-il qu’il me faudra trouver le temps pour continuer d’avancer avec Shabbat Goy, ce site qui m’a un peu débordé, qui me demande du temps, mais aussi une motivation que je ne trouve pas toujours face à cette condamnation définitive des gens de ce pays dont beaucoup s’investissent comme nulle part aujourd’hui en Europe afin de perpétuer cette mémoire juive qui finalement n’a jamais disparu comme je l’entends ou lis souvent mais qui ne demande qu’à être extirpée, écoutée, découverte.
Je ferai évoluer le site pour qu’il devienne accessible depuis ces nouveaux médias prisés par beaucoup, même si les jeunes finalement sont loin d’être les principaux visiteurs. Très loin en fait…
Mon impression est que la Shoah est devenue un épisode de cette guerre aujourd’hui lointaine pour la jeune génération que l’on forme, et finalement déjà bien lointaine pour celle qui a précédé. J’irai même jusqu’à dire un détail pour certains pour ne pas dire une supercherie pour d’autres. Mon impression est que l’événement s’est banalisé, ou plutôt a été banalisé, dans les mots et les multiples comparaisons plus que douteuses. Mais bon, c’est un autre débat.
Juste pour dire que je continuerai ce que j’ai commencé, même si l’avenir du cimetière juif de Jasionówka ou d’un autre n’intéresse pas grand monde, ce que je peux comprendre aussi.
Mon but n’étant que de laisser les traces d’un passage, les images d’un instant et montrer qu’ici on préserve, là on se rappelle, là on restaure et ailleurs on pose des questions, on s’intéresse, quoi qu’on pense ailleurs, finalement par méconnaissance, voire par simple ignorance ou définitive conviction.
Et puis aussi, je fais surtout ça en souvenir ceux qui vivaient là, pour qu’on s’en rappelle, pas seulement pour les goys, mais également pour les juifs, dont beaucoup finalement ignorent cette histoire vieille de mille ans, pour qu’ils ne limitent pas la vision de ce pays et de ces gens simplement à la période de la guerre. Aussi pour que ceux qui visitent Auschwitz et d’autres lieux de l’holocauste dans des bus aux rideaux tirés, pour qu’ils poussent plus loin la curiosité d’aller visiter Oświęcim, son vieux cimetière juif et sa synagogue préservés, la ville, Shabbat Goy finalement s’adresse aux gens curieux et intéressés d’aller creuser, fouiller et découvrir. Comme dit Françoise Milewski dans son bouquin, « …J’avais longtemps pensé, par principe, qu’il n’y avait rien à trouver, donc à chercher, du côté du monde englouti. C’était à tort. Seuls ceux qui ont décidé qu’il n’y avait rien à voir ne verront effectivement rien »
A bientôt, je vais continuer ma pause Facebook !

Et pensez à écrire une carte, une vraie !

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Le cimetière juif enseveli, à Białystok

De l’effacement vers la renaissance ?

A Białystok, la grande ville du nord-est située en région de Podlachie, à la fin de la guerre, c’était un peu comme à Varsovie, une partie de la ville avait été détruite et le ghetto rasé. Auparavant, dans cette grande ville qui avait vu naître Zamenhof, le père de l’esperanto, les juifs représentèrent jusqu’à 76% de la population vers le milieu du XIXème siècle et ils étaient encore 45 000 à l’entrée en guerre.

Le cimetière Rabinique - The rabbinical cemetery - Bialystok

L’ancien cimetière Rabinique – The former rabbinical cemetery – Bialystok (Cliquer pour agrandir) © Google Maps


Ci-dessous, le lien vers le film documentaire Central Park réalisé par Tomasz Wiśniewski, un grand spécialiste et une référence de l’histoire juive pour toute cette région de la Pologne, qui présente l’histoire du cimetière dit « Rabinique » (Rabbinical cemetery) aujourd’hui disparu et qui abritait encore avant la guerre de très nombreuses tombes anciennes de personnalités religieuses éminentes de la communauté juive.
Durant les années 1950, avec la bénédiction des autorités communistes, le cimetière fut enseveli sous des milliers de tonnes de gravats des ruines de la ville et fut transformé en parc, le parc central qui trône aujourd’hui vers le centre-ville.
Tomasz Wiśniewski a interviewé Michał Bałasz un ancien ingénieur de la ville qui a été en charge des travaux durant cette période. Ce dernier évalue que sur ce qui restait du cimetière au moment de l’ensevelissement, plus d’un millier de tombes étaient encore présentes.
En 1939, le cimetière rabinique s’étendait sur 4 hectares et abritait 5000 tombes.
Aujourd’hui l’idée de redonner vie au cimetière disparu émerge avec la certitude que d’innombrables pierres tombales juives reposent sous le parc.

» Cliquer ici pour visionner le film (sous-titres en anglais).


Découvrir la Présentation grand du cimetière juif de Białystok sur Shabbat Goy.
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Shérif, fais-moi peur !

De la mémoire à la banalisation ou le parcours du combattant

Qui n’a pas gardé un souvenir ému de John Wayne (Zara) et de sa célèbre marinière à l’étoile de Shérif dans ses majestueuses apparitions dans Rio Bravo ou dans la Chevauchée fantastique ?
Hein ?!

Aujourd’hui, c’est un groupe de k-pop (kézako* ?) de donzelles sud-coréennes appelé Pritz qui se sont inspirées de la signalisation routière.
En effet, d’après un article de presse (voir plus bas), afin de promouvoir les bons comportements au volant, enfin je présume, elles se sont affublées d’un costume qui nous fait effectivement penser à un agent de la circulation routière, ou peut être à un Shérif américain avec un écusson qui nous rappelle un panneau de signalisation.
Un panneau. Oui. Mais lequel au fait ?
Voir un article sur le costume k-pop de signalisation routière

(* Kézako : de l’occitan « Qu’es aquò ? », qu’est-ce que c’est ?)

John Wayne Zara

John Wayne Zara (Cliquer pour agrandir)

B comme business et banalisation

B comme business et banalisation – Le groupe de k-pop Pritz

Les années aidant, on aurait pu penser qu’à force d’éducation et de communication les choses iraient en s’améliorant, mais force est de constater que c’est plutôt le contraire qui est en train de se produire. Certes il ne faut pas généraliser et vous me rétorquerez que Séoul est à 13 heures d’avion d’Auschwitz et qu’en 1942 les coréens se débattaient avec les japonais, mais quel habitant d’une grande métropole n’a pas vu un jour, dans un film, un documentaire, ne serait-ce qu’une image de membres et de grands rassemblements nazis d’avant guerre au point de ne pas faire ce genre de lien ?

Ce nouvel article qui s’ajoute désormais à bien d’autres me fait penser au thème du documentaire présenté lors du dernier festival du film juif de Varsovie, dans lequel deux jeunes filles russes qui participaient à un jeu télévisé et à qui on demandait ce que signifiait le mot holocauste répondaient par cette question : « L’holocauste !? Est-ce que c’est de la colle pour papiers peints !? »
Holocaust – is that wallpaper paste? : extrait vidéo

Le thème de l’holocauste que, pour ma part, je considère comme un événement unique dans l’histoire des hommes, de par sa construction, son organisation et son exécution, tend à devenir un événement parmi d’autres quand il n’est pas sous-estimé, voire réduit à un simple détail. Et avec la disparition des derniers survivants et témoins, nous entrerons dans l’ère du romanesque avec tout ce que cela comportera.

Shabbat Goy restera une petite goutte d’eau dans ce déluge de n’importe quoi.
A ma minuscule mesure j’essaie d’inverser la tendance, mais bon… Comme il m’arrive de dire, je ne sais pas où on va, mais on y va.

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Enc… d’allemand !

Est-ce que j’ai une tête d’allemand ? Et alors ? Si j’en avais une ?

Cet été nous avons passé une semaine de vacances au bord d’un magnifique lac dans un patelin qui s’appelle Stare Juchy, c’est à une dizaine de kilomètres de la ville de Ełk, l’ancienne Lyck allemande et encore avant la ville prussienne de Luks. Parce que la région avant la guerre s’appelait la Prusse Orientale. Pour ce qui ignorent de quoi je parle, mais je le comprends, wikipedia nous renseigne très bien sur cet endroit.

Stare Juchy

Une vieille maison allemande (Cliquer pour agrandir) © www.shabbat-goy.com


Pour en revenir à mon titre inhabituel, je confirme tout d’abord que je n’éprouve aucune animosité envers les voisins teutons :-)
Je me baladais donc dans cette petite bourgade autrefois allemande. Il arrive d’ailleurs de croiser des voitures allemandes dans la région avec des tempes grisonnantes à l’intérieur, souvent des enfants de familles expulsées après la guerre de territoires qu’ils habitaient depuis des générations, une histoire difficile à découvrir également.
A un moment, je passais devant le jardinet d’une maison où trois gamins gesticulaient sur un trempoline à moitié déglingué. La tentation m’avait pris de faire une photo, mais je jugeais la scène sans trop d’intérêt. Je passais donc mon chemin, et, dans mon dos, j’entendis crier l’aîné (qui devait avoir tout au plus 8 ou 9 ans) « Enc… d’allemand » ! en polonais bien sûr. Je regardais autour de moi pour savoir à qui s’adressait le compliment mais je m’étais douté qu’il me concernait, le gamin ayant pensé que j’étais un allemand de passage avec son appareil photos. Je retournais donc devant le jardinet pour expliquer au gamin qu’il se trompait et que je n’étais qu’un « enc… de français« .
Je repartis quand même assez énervé, pas du gamin non, mais du fait que 70 années après la fin de la guerre, un enfant de la troisième génération née après guerre puisse sortir une chose pareille. Evidemment il l’avait entendue et répétée, certainement à la maison, et pour couronner le tout, dans une ancienne maison allemande !
L’éducation est à la base de tous comportements afin de prévenir les préjugés et les stéréotypes en dépit des expériences de la guerre, qui dans les familles polonaises ont été difficiles et souvent dramatiques. Mais ces genres de réflexions peuvent aussi cibler d’autres populations.
J’ai vraiment parfois l’impression qu’on n’apprend pas grand chose de l’histoire car ce genre de situation peut se répéter n’importe où, et pas qu’en Pologne.
La prochaine fois, je vous parlerai d’une réflexion du même acabit qu’on m’a adressée, mais sur les juifs… Encore un gamin.
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Les forêts juives

Sous les feuilles, les tombes

La particularité de nombreux cimetières juifs en Pologne, c’est que ce sont devenu des bois, voire des forêts. C’est d’ailleurs à cela qu’on les localise quand on s’approche et qu’on recherche l’emplacement exact lorsqu’on est à la périphérie d’une ville notamment. Ou un bois isolé au milieu d’un champ avec des arbres plus grands, des vieux arbres, visibles de loin.

Le cimetière juif de Częstochowa

Le cimetière juif de Częstochowa (Cliquer pour agrandir) © www.shabbat-goy.com

Parfois on devine une ancienne allée centrale avec un alignement de quelques grands arbres, comme sur la photo ci-contre.
A Varsovie c’est comme ça. Le cimetière juif de la rue Okopowa est devenu une grande forêt et la comparaison est saisissante si on observe une photo d’avant guerre où on n’avait pas la moindre végétation. Dans l’autre cimetière juif, celui de Bródno dans le quartier de Praga, on a aussi une forêt, mais de pins, un petit peu plus récente puisque le cimetière avait été démantelé dans les années 50, les communistes voulaient le transformer en parc, puis le projet avait été abandonné. Les pierres tombales ont été entassées au fond et les pins se sont mis à pousser.
Avec les années, la végétation s’accumule et des pierres tombales qui étaient affaissées peuvent disparaître sous les feuilles.
D’un côté, ces arbres bouleversent le terrain et bousculent les tombes. D’un autre côté, cette végétation protège les monuments et les pierres tombales d’autres types de dégradations, parfois plus volontaires.
Le cimetière juif de Głubczyce

Le cimetière juif de Głubczyce (Cliquer pour agrandir) © www.shabbat-goy.com

Quand une commune s’attaque à la restauration de son cimetière juif, la tâche peut être de taille, mais le résultat est une renaissance du cimetière qui resurgit dans le paysage. Alors parfois, une pierre tombale peut apparaître, mais c’est quand même rarement le cas car démantelées durant la guerre, volées après la guerre, les pierres tombales ne sont plus là. Elles dorment sous des routes, sous des trottoirs, dans des fondations. Alors on élève une clôture pour préserver ce qui reste du cimetière ou on restaure le mur quand il existe encore, on érige un monument, parfois un lapidarium avec des restes de pierres tombales retrouvées par-ci, par-là.

Et quelques fois, il n’y a plus rien, juste un bois, des arbres, comme sur la photo ci-dessous, et sous ces arbres, des défunts, les oubliés, les sans nom, les anonymes, ceux des forêts juives.

le cimetière juif de Sobota

Le cimetière juif de Sobota (Cliquer pour agrandir) le cimetière juif de Sobota


Voir les cimetières de Częstochowa, de Głubczyce et de Sobota.

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Auschwitz, l’équation aux milliers d’inconnues et disparus

Des chiffres, mais plus que ça

Deux années en arrière environ, j’ai acheté un livre d’occasion intitulé KL Auschwitz et qui avait été édité par l’Agence Nationale de l’Edition (Krajowa Agencja Wydawnicza) pour le compte du Musée d’Etat d’Auschwitz. Ce livre avait été édité en 1980 en 5 langues, en polonais, en anglais, en français, en allemand et en russe.
Il présente sur plus de 230 pages une abondante collection photographique des camps d’Auschwitz, mais également quelques photographies de sous camps comme ceux de Trzebinia, Świętochłowice et Blechhammer.

Les quarante premières pages sont consacrées à une présentation dans chaque langue, scindée en deux parties, la première sur l’origine de la base photographique et la seconde sur les camps eux-mêmes. Voici le premier paragraphe de l’introduction :
« Le camp d’extermination de Auschwitz-Birkenau, ledit Konzentrationslager Auschwitz-Birkenau où périrent environ 4 millions d’êtres humains amenés de toute l’Europe fut le plus grand centre de génocide nazi. A Auschwitz-Birkenau périrent des hommes de diverses convictions politiques et religieuses, des membres de la résistance, des personnes déportées de leurs villes et de leurs villages, des prisonniers de guerre soviétique et des civils, des Juifs, des Tziganes, des hommes, des femmes, des enfants, des citoyens de 24 pays. »
Il est précisé ensuite que « les premiers détenus polonais furent amenés le 14 juin 1940, venant de la prison de Tarnów » et plus loin que « …le camp de concentration d’Auschwitz, devint, à partir de 1942, l’un des plus grands centres d’extermination de la population juive » mais aucun chiffre du détail des victimes par nationalité, ethnie, confession n’est alors avancé dans l’ouvrage. Les premiers prisonniers politiques ont effectivement été déportés en juin 1940, ils étaient 728 polonais dont un petit groupe de juifs.

Auschwitz I (Cliquer pour agrandir)  ©  www.shabbat-goy.com

Auschwitz I (Cliquer pour agrandir) © www.shabbat-goy.com


Concernant le chiffre de 4 millions de victimes présenté dans l’ouvrage, il fut avancé par la « Commission extraordinaire d’enquête soviétique » qui enquêta sur les très nombreux sites de camps en Pologne puis il fut confirmé par « les calculs estimatifs du Tribunal de Nuremberg et le tribunal national suprême en Pologne« .
Ce chiffre avait été établi dès la fin de la guerre et fut effectivement mis en évidence à Auschwitz jusqu’au début des années 1990. Le film « Nuit et Brouillard » de Alain Resnais, que j’avais visionné la première fois au milieu des années 1970 dans le cadre scolaire, reprenait une estimation de 9 millions de victimes où dans le commentaire Auschwitz était présenté comme symbole à travers cette évaluation totale de victimes dans les camps durant la guerre.

Depuis, ce chiffre a été revu à la baisse et aujourd’hui les données avancées par le Musée Auschwitz-Birkenau et par la très grande majorité des historiens au vu des données aujourd’hui disponibles recense environ 1 100 000 victimes dont 1 million de juifs avec 438 000 juifs hongrois, 300 000 juifs polonais et 69 000 juifs français; entre 70 000 et 75 000 polonais, 21 000 tziganes, 14 000 prisonniers de guerre soviétiques et entre 10 et 15 000 victimes d’autres nationalités.
Si nombre d’historiens depuis longtemps s’accordaient à re-évaluer ce premier chiffre de 4 millions de victimes à Auschwitz, cette estimation fut utilisée pendant des décennies par les régimes communistes soviétiques et dans les pays satellites de l’URSS et notamment en Pologne pour re-écrire le récit historique national en minimisant l’extermination juive au profit des victimes polonaises et russes. Mais ce chiffre fut également repris dans le monde occidental, des décennies durant.
De fait, chez nombre de polonais de cette génération ayant connu la guerre, beaucoup pensent que Auschwitz est un lieu de martyr essentiellement polonais. Cette perception ayant été inculquée par des ré-évaluations historiques au cours des années communistes non seulement auprès de cette catégorie de population mais également auprès de la première génération née après la guerre, les quinquas d’aujourd’hui. Avec l’avènement de la démocratie, l’historiographie polonaise sur le thème de cette période a considérablement évolué et l’éducation a permis d’aborder les réalités historiques sous un autre angle. Cependant, depuis quelques années, il semblerait qu’une petite partie de la nouvelle génération porte un regard plus national et replié sur cette période de l’histoire pour plusieurs raisons, en réaction face à une perception intrusive de l’UE dans la vie politique, sociale, un repli nationaliste pour certains, l’accès instantané au discours révisionniste sur Internet, une perception de saturation de l’histoire de la Shoah au détriment d’autres conflits et génocides et la pollution du message sur fond de conflit israélo-palestinien certes à un moindre niveau qu’en France, un problème éducatif. Au final des éléments d’appréciation et d’évaluation que l’on retrouve aujourd’hui dans beaucoup de pays de l’UE. Ajouté à cette condamnation quasi génétique d’antisémitisme faite aux polonais dans leur ensemble et à cette nouvelle génération de jeunes polonais dont la réaction pour certains est le repli ou la radicalisation alors que d’autres s’investissent en profondeur comme nulle part ailleurs en Europe dans la découverte de l’histoire et du passé juif.

Cette évaluation initiale de 4 millions déjà remise en cause alimentait et continue d’alimenter parallèlement le discours négationniste. La réévaluation désormais officielle de 1,1 million de victimes est utilisée plus que jamais pour minimiser au mieux l’importance actuelle de ce chiffre en pointant les 3 millions de victimes « volatilisées » et donc forcément à déduire du nombre total de juifs disparus durant la Shoah. Et partant de là, avancer des chiffres qui minorent complètement la réalité du génocide si on s’appuie sur le recensement des communautés et populations juives d’avant guerre en Europe centrale, en Europe de l’est et du sud.

La liste ci-dessous présente la population juive dans la plupart des pays d’Europe centrale, de l’est et du sud en 1933 et en 1950
Pologne : 3 000 000 / 45 000
Tchécoslovaquie : 357 000 / 17 000
Allemagne : 565 000 / 37 000
Autriche : 250 000 / 18 000
Hongrie : 445 000 / 155 000
Roumanie : 980 000 / 280 000
Yougoslavie : 70 000 / 3 500
Bulgarie : 50 000 / 6 500
Grèce : 100 000 / 7 000
URSS : 2 525 000 / 2 000 000
Source : United States Holocaust Memorial Museum

70 années après la fin de la guerre, dans une Europe où l’antisémitisme resurgit et s’exhibe sous d’autres formes, le rappel de l’histoire et de la mémoire reste un travail quotidien. Curieusement, dans cette large Europe, la Pologne se singularise aujourd’hui avec sa quarantaine de festivals et manifestations sur le thème de la culture juive qui ont rythmé l’année 2014, l’ouverture de son grand Musée juif et la revitalisation de ses quelques communautés juives. Qui pourrait aujourd’hui imaginer un festival de la culture juive place de la République à Paris sans manifestations d’hostilité, voire émeutes ? Cependant, ces espaces de vie juive disséminés à l’est ne remplaceront jamais ces milliers de shtetl et communautés qui faisaient vibrer le yiddishland d’antan.
L’avenir ne peut pas s’envisager avec la relativisation, la banalisation, la minoration ou l’occultation du passé.

Le site du Musée Auschwitz-Birkenau et sa brochure de présentation en français.

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Bande de couillons !

A propos d’une recherche d’un cimetière juif

Le cimetière juif de Leśnica en voïvodie de Opole.

Le cimetière juif de Leśnica (Cliquer pour agrandir) © www.shabbat-goy.com

Le cimetière juif de Leśnica (Cliquer pour agrandir) © www.shabbat-goy.com


Hier, je discutais avec une personne à propos de mes visites de cimetières juifs en Pologne et je soulignais que finalement durant toutes ces années, je n’avais jamais rencontré le moindre problème, la moindre insécurité. Bien souvent, des polonais m’avaient aidé à localiser l’endroit recherché lorsque les informations sur Internet n’étaient pas encore aussi fournies qu’aujourd’hui, notamment au niveau des cartes, ou alors ils m’avaient directement accompagné sur les lieux.

Cela m’a aussi rappelé la visite que j’avais effectuée en 2009 au cimetière juif de Leśnica, une petite bourgade au sud est de Opole dans la région du même nom, en Haute Silésie. Je n’avais que le nom d’un chemin et je savais que le lieu était situé en pleine campagne. Arrivé sur ce chemin de terre que je ratissais de long en large, j’avais beau scruter dans tous les sens, je ne voyais rien. Cependant en le remontant, j’avais remarqué dans un bosquet flanqué au beau milieu d’un champ ce qui me semblait être une grille métallique noyée dans la végétation.
Finalement, j’aperçu un couple de jeunes gens qui remontait le chemin et vers lequel je me dirigea pour demander de l’aide. Au bout de trois phrases déchiffrées péniblement, je compris que les tourtereaux habitaient dans les environs et qu’il n’y avait aucun cimetière juif dans les parages ou alors qu’il se trouvait du côté du cimetière chrétien, distant de 500 mètres de là. La chose me troubla d’autant que le quidam de par son élocution et ses mouvements me semblait avoir une case en moins tandis que la donzelle l’air absent me semblait être absorbée par une réinitialisation impromptue de son cortex. Au bout de quelques minutes et après leur avoir parlé de ce sous-bois que j’avais aperçu non loin, ils me soutinrent mordicus qu’il n’y avait pas de cimetière juif dans les parages et qu’il fallait plutôt se rendre du côté du cimetière catholique.
Déçu du résultat, je redescendis le chemin, mais ma curiosité me poussa malgré tout à aller jeter un oeil dans ce petit sous-bois que j’avais remarqué au milieu de ce champ. Et je découvris finalement ce qui restait du cimetière juif de Leśnica.
Je repensais alors à ce curieux échange…
Bande de couillons !

Le cimetière juif de Leśnica (Cliquer pour agrandir) © www.shabbat-goy.com

Le cimetière juif de Leśnica (Cliquer pour agrandir) © www.shabbat-goy.com


Un de ces jours, il faudra que je rassemble ces petites anecdoctes qui ont jalonnées mes visites à travers la Pologne.

Découvrir le cimetière juif de Leśnica.

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POLIN, une histoire de A à Z

Prochaine inauguration de la grande exposition permanente du Musée de l’Histoire des Juifs Polonais à Varsovie

Musée de l'Histoire des Juifs Polonais - Inauguration de la grande exposition permanente

Musée de l’Histoire des Juifs Polonais – Inauguration de la grande exposition permanente


Cette exposition qui occupe plus de 4000 m² autour de 8 galeries retrace 1000 ans de présence juive en Pologne, depuis leur arrivée jusqu’à la chute du communisme.
L’inauguration démarre le 28 octobre 2014 et s’étale sur 3 jours.
Cliquer ici pour découvrir le programme
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Un petit monde, à Varsovie

Avec des si…

Par moments, je me surprends à essayer d’imaginer ce que serait Varsovie aujourd’hui si elle n’avait pas ou peu été détruite durant la guerre, ou si le temps s’était comme suspendu. Notamment la Varsovie populaire, grouillante et foisonnante de vie, celle où se côtoyaient juifs et polonais, du côté des halles Mirowski.
Ce serait alors un immense dédale de rues, de cours et de recoins, d’arrière-cours, un paradis pour les peintres et les photographes. A côté des majestueuses halles Mirowski (en vert sur la photo), nous pourrions encore flâner dans cette magnifique halle Gościnny Dwór (en marron sur la photo) avec sa fine architecture métallique unique et qui abritait 168 boutiques dont de très nombreuses tenues par des juifs, et ce bazar Janasza (en bleu sur la photo), initialement dédié à la vente du poisson et où on vendait et s’échangeait un peu de tout.
On pourrait remonter la rue Krochmalna si chère à Isaac Bashevis Singer qui logeait avec sa famille au numéro 10 puis 12 (en jaune sur la photo) et croiser son petit monde fait de boutiques et d’ateliers, d’immeubles décrépis et fatigués, d’hôtels et d’auberges surchauffées, de petites yeshivas animées et des tripots enfumés, où se croiseraient pêle mêle une foule de petites gens, juifs orthodoxes en caftans élimés, ouvriers courbés et pressés, boutiquiers aux aguets, voleurs aux aguets, artisans pliés sur leur ouvrage, rombières gouailleuses et beaux parleurs parfumés, gamins nu-pieds, jeunettes effarouchées, prostituées usées et bigotes égarées…
Mais voilà, le petit monde est parti, les rues se sont évanouies, les immeubles engloutis…

Warsaw - Vanished world

Un petit monde, à Varsovie (Cliquer pour agrandir)

De la photo ci-dessus, il ne reste pratiquement rien si ce ne sont les halles Mirowski, la caserne des pompiers (en rouge foncé sur la photo) et cette maison en vert à droite qui abritait une ancienne fabrique d’accessoires et plateaux en argent. Cette zone hormis les halles était insérée dans le ghetto.
Tout s’est volatilisé, fracassé, éteint.
Varsovie serait aujourd’hui une autre ville, avec une autre atmosphère, d’autres couleurs et d’autres saveurs, un autre monde.
Avec des si, on pourrait en refaire des petits mondes…

Découvrir la très belle biographie de Isaac Bashevis Singer par Agata Tuszyńska, Singer, paysages de la mémoire.

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Gwoździec, la synagogue du Musée Juif de Varsovie

A la découverte de l’histoire de la synagogue de Gwoździec

Bien qu’elle avait été érigée dans une localité située aujourd’hui en Ukraine, dans l’actuelle région de Podolie, la synagogue de la communauté juive de Gwoździec se trouvait dans la partie sud orientale de l’Union polono-lituanienne qui réunissait le Royaume de Pologne et le Grand Duché de Lituanie.

L’intérêt de présenter cette synagogue réside dans le fait que sa coupole intérieure a fait l’objet d’une reconstruction fidèle qui reprend toute l’architecture de la charpente et les panneaux ornées de magnifiques polychromies qui viendront habiller l’une des salles (Miasteczko – Jewish town) du Musée de l’Histoire des juifs Polonais de Varsovie…

> Découvrir l’histoire de la synagogue de Gwoździec
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La synagogue de Gwoździec

La synagogue de Gwoździec © Tel Aviv Museum of Arts

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Nalewki ou les fantômes du passé

Un lieu, une histoire

Anciennement rue Nalewki aujourd’hui avenue du Général Anders.

Nalewki, the jewish district

Nalewki, the jewish district – Le quartier juif (Cliquer pour agrandir) © www.shabbat-goy.com

Environ années séparent la topologie des rues présentées sur ces deux photographies.
Sur celle en noir et blanc, le cœur du quartier juif avec la rue Nalewki (orientation sud/nord et la place Muranowski au fond) au niveau du croisement avec les rues Gęsia (sur la gauche) et Franciszkańska (sur la droite).
Aujourd’hui la rue Nalewki n’existe plus et l’avenue Anders qui l’a remplacé lors de la reconstruction du quartier Muranów a pivoté d’une quinzaine de degrés vers l’est.
La rue Nalewki, endommagée durant les bombardements du début de la guerre en 1939, fut intégrée dans le grand ghetto avec tout le quartier de Muranów qui fut entièrement détruit lors de l’insurrection du ghetto de 1943 à tel point qu’on ne trouvait plus le moindre pan de mur encore debout sur les 150 hectares réduits à néant.

La rue Nalewki et ses environs en 1939, 1945 et aujourd’hui

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L’avenue de Jérusalem à Varsovie

Un lieu, une histoire

Des deux longues et majestueuses avenues Marszałkowska et Jerozolimskie qui brillaient par leur splendeur et leur architecture, cet alignement d’immeubles reste l’un des rares vestiges d’avant guerre aujourd’hui visible sur ces deux axes.

Aleje Jerozolimskie - Jerusalem avenue

Aleje Jerozolimskie – Jerusalem avenue (Cliquer pour agrandir) © Jacques Lahitte

Présente dès le début du XVème siècle dans la vieille ville, hormis quelques familles, la petite communauté juive du quitter Varsovie en 1527 lorsque la cité fut déclarée « de non tolerandis Judaeis ». Les juifs s’installèrent dans les localités avoisinantes, notamment au sud sur un axe auquel on donna de nom de Nowa Jerozolima (la nouvelle Jérusalem). Dès la fin du XVIème siècle, les juifs purent revenir s’installer dans la vieille ville et ses faubourgs mais le nom le Nouvelle Jérusalem demeura et aujourd’hui le grand axe qui traverse la capitale d’est en ouest s’appelle Aleje Jerozolimskie, l’avenue de Jérusalem.

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