Mise en avant

Un itinéraire en Pologne à la découverte des traces juives

Partez à la découverte des 396 sites de mémoire juive visités jusqu'ici à travers la Pologne et venez partager un riche et émouvant voyage dans les anciens shtetl et quartiers juifs. Vous découvrirez également de nombreux articles autour de ce sujet en Pologne et ailleurs.
» Shabbat Goy en chiffres c'est 263 sites sur 396 mis en ligne: 202 cimetières, 129 synagogues, 11 camps, 8 sous-camps et 14 autres sites. C'est aussi 358 galeries photos. La page BASE Sites a été modifiée. Tous les sites visités sont présentés avec possibilité directe de localisation de chaque site sur Google Maps.
The page BASE Sites has been updated. All visited sites are presented with a direct possibility to localize each site on Maps.

Żelazna 103, immeuble de la terreur

Centre de répression et de déportation du ghetto

Il est des endroits à Varsovie où les juifs, en visite mémorielle dans la capitale, à travers des visites souvent balisées et généralement encadrées, ne passent jamais; certainement par ignorance, par habitude des circuits programmés et recommandés, que les autres visiteurs suivent également.
C'est le cas pour un bâtiment qui se trouve au bout de la rue Żelazna (appelée Eisenstrasse par l'occupant allemand durant la guerre). Là se trouvent 3 immeubles (99, 101, 103) que l'on pense reconstruits après la guerre, d'après leur architecture plus moderne, mais dont la construction remonte juste avant la guerre. Notre attention se portera sur le numéro 103, le dernier immeuble. Cette petite section de la rue Żelazna n'existait pas quelques années avant la guerre puisque s'élevaient là les immeubles 76 et 78 de la rue Nowolipie. La séparation du mur (grand ghetto) avait été définie entre les immeubles numéros 72 et 74 lors du bouclage de 1940.
Les immeubles 99, 101 et 103 de la rue Żelazna. Au fond à droite, le siège du SD-Befehlstelle
Les immeubles 99, 101 et 103 de la rue Żelazna. Au fond à droite, le siège du SD-Befehlstelle (Cliquer pour agrandir) Photo www.shabbat-goy.com
Jusqu'au 15 juillet 1942, date des premières grandes déportations, l'immeuble abritait le poste de commandement de la SD, le service de sécurité de la SS, et la Gestapo du ghetto. L'endroit était appelé SD-Befehlstelle. C'était plus précisément les locaux du Sonderkommando der Sipo-Umsiedlung qui avait remplacé le bureau du commissariat au quartier juif.
Żelazna 103
Żelazna 103 (Cliquer pour agrandir) Photo www.shabbat-goy.com
Dès l'été 1942, de cet immeuble, Hermann Höfle planifia les déportations des juifs de Varsovie vers le camp d'extermination de Treblinka. C'est lui qui se rendit au Judenrat le 22 juillet 1942 et qui ordonna à Adam Czerniaków, le président du Judenrat, de livrer quotidiennement un contingent de 6000 juifs en vue de leur transfert vers l'est, en réalité leur déportation vers Treblinka.
Durant la première période s'étalant jusqu'à la mi-1942, les juifs arrêtés en dehors de la zone de confinement étaient dirigés vers l'immeuble 103 où ils étaient torturés afin de leur soutirer des renseignements sur leur évasion et les aides qu'ils avaient reçues, puis ils étaient exécutés dans l'arrière-cour.
Parmi les membres de la sécurité se trouvaient deux exécutants particulièrement violents et redoutés de la population du ghetto, Karl Heinrich Klaustermeyer et Josef Blösche. Ils s'illustrèrent dans l'assassinat de nombreux juifs dans la zone du ghetto en circulant dans un rickshaw ou en voiture et en tirant sur des juifs rencontrés au hasard de leur chemin, que ce soient des femmes, des enfants ou des vieillards. L'un de leurs exercices consistait à tuer le plus de juifs avec une seule balle en les alignant côte à côte. Blösche était tristement connu des habitants du ghetto qui l'avaient surnommé Frankenstein, nombre de témoignages relatent de ces exactions meurtrières, également de viols et exécutions de femmes. Tous deux participèrent activement à la liquidation du ghetto. Ils apparaissent dans plusieurs photos du rapport Stroop, rédigé par le général SS Jurgen Stroop alors en charge de la liquidation du ghetto de Varsovie en avril-mai 1943.
La photo ci-dessous fut prise lors de l'insurrection du ghetto dans la rue Nowolipie, à une centaine de mètres environ des bureaux Żelazna 103. Au centre le général Jurgen Stroop, à droite Josef Blösche et Karl Heinrich Klaustermeyer (second en partant de la droite), ces derniers étant rattachés aux bureaux du SD-Befehlstelle de l'immeuble Żelazna 103.
Insurrection du ghetto. Jurgen Stroop, Josef Blösche et Karl Heinrich Klaustermeyer
Insurrection du ghetto. Jurgen Stroop, Josef Blösche et Karl Heinrich Klaustermeyer (Cliquer pour agrandir)
Les caves et le sous-sol de l'immeuble furent utilisés comme prison et lieu d'exécution.
Lors de l'insurrection du ghetto, un groupe de combattant juifs menés par Natan Szulc, qui commandait un peloton de l'Union Militaire Juive (Żydowski Związek Wojskowy - ŻZW), l'une des deux organisations qui combattit durant le soulèvement du ghetto; attaqua l'immeuble et essaya de libérer des prisonniers mais la tentative échoua et le ghetto fut par la suite liquidé. Les allemands quittèrent le bâtiment en juillet 1943.
Plaque apposée sur l'immeuble Żelazna 103 en mémoire des
Plaque apposée sur l'immeuble Żelazna 103 en mémoire des "milliers de juifs torturés à mort par la Gestapo" (Cliquer pour agrandir) Photo www.shabbat-goy.com
Josef Blösche. 1912-1969. Membre du SD (Sicherheitsdienst) durant la guerre, il se rendit à l'Armée Rouge, fut fait prisonnier et envoyé en camp. Il fut rapatrié en Allemagne de l'est en 1946 en camp de travail où il subit un grave accident qui déforma notoirement son visage. Il fut libéré en 1947 et commença une vie civile normale, il se maria et eut 2 enfants. Sa déformation faciale le protégea durant de longues années des recherches entreprises afin d'identifier les criminels de guerre d'après des photos prises durant la guerre.
Josef Blösche au second plan derrière le petit garçon, mitraillette en main. Selon une source, le petit garçon s'appelle Artur Siematek, fils de Leon et Sarah Dąb, natif de Łowicz
Josef Blösche au second plan derrière le petit garçon, mitraillette en main. Selon une source, le petit garçon s'appelle Artur Siematek, fils de Leon et Sarah Dąb, natif de Łowicz (Cliquer pour agrandir)
Il fut accusé par un ancien SS qui était en procès à Hambourg en 1961. La police entreprit alors des recherches qui aboutirent à son arrestation en 1967. Il fut jugé en 1969 à Erfurt et condamné pour sa participation dans le meurtre de 2000 juifs en 1943. Condamné à mort, il fut exécuté la même année à Leipzig.
L'image de Josef Blösche reste à jamais gravée sur la photo devenue emblématique du ghetto de Varsovie où il apparaît au second plan, mitraillette à la main.

Karl Heinrich Klaustermeyer. 1914-1976. Il fut arrêté par les britanniques après la guerre alors qu'il circulait avec un simple uniforme de soldat, mais son identité ne fut pas découverte, il fut libéré en 1946. Malgré son passif d'avant guerre dans la dénonciation de juifs et ses lourdes exactions en Pologne, il put travailler librement après la guerre comme chauffeur livreur. Suite à une enquête, il fut arrêté en 1961, jugé et condamné en 1965 à la prison à perpétuité par la cour de Bielefeld dans la région de Rhénanie-du-Nord–Westphalie pour le meurtre de 20 juifs.

Hermann Höfle - 1911-1962. SS-Sturmbannfuhrer et adjoint d'Otto Globocnik. Après diverses fonction dans la déportation des juifs en Pologne, il est nommé dès juillet 1942 commissaire à la déportation des juifs de Varsovie. Il est arrêté par les alliés en Carinthie en 1945, est interrogé puis libéré. Il put mener une existence tranquille en Italie, suite à un mandat d'arrêt lancé par la Pologne, puis en Autriche et en Allemagne jusqu'en 1961 où il travailla notamment durant 5 mois pour le compte de l'organisation Gehlen, une unité de renseignements de l'Armée Américaine. Arrêté et transféré à Vienne, il se pend dans sa cellule en août 1962 dans l'attente de son procès.


Insurrection de Varsovie 1944. Lancement de roquettes vers la vieille ville depuis la rue Żelazna
Insurrection de Varsovie 1944. Lancement de roquettes vers la vieille ville depuis la rue Żelazna (Cliquer pour agrandir) Photo Bundesarschiv.
Lors de l'insurrection de Varsovie de 1944, la section de rue fut utilisée comme base de lancement de roquettes contre les insurgés polonais. Des centaines de projectiles furent lancés en direction de la vieille ville qui fut entièrement détruite.

Les pavés juifs de Treblinka

Treblinka, 2 sites distincts de mémoire

Morceau de stèle de tombe juive, au premier plan, utilisée comme pavement sur le chemin forestier qui relie les camps de Treblinka I et de Treblinka II
Morceau de stèle de tombe juive, au premier plan, utilisée comme pavement sur le chemin forestier qui relie les camps de Treblinka I et de Treblinka II (Cliquer pour agrandir) - Photo www.shabbat-goy.com
Treblinka est le camp d'extermination qui fit le plus de victimes après celui d'Auschwitz (plus précisément celui de Birkenau). Selon le site du Musée, le sinistre décompte s'élève à près de 900 000 victimes.
Ce camp est dénommé Treblinka II. Il fut édifié à la mi-1942 dès que les allemands procédèrent à la liquidation des ghettos de Pologne durant la période 1942-1943. Plus de 300 000 juifs de Varsovie et de sa région furent exterminés dans ce camp. Les autres victimes furent constituées de juifs des régions nord, nord-est et est de la Pologne, ainsi que de groupes de populations juives déportées depuis la Biélorussie et la Lituanie lorsque celles-ci n'avaient pas déjà été exterminées par les unités Einsatzgruppen et leurs supplétifs locaux (lituaniens, lettoniens).
Un premier camp de travail fut construit dans cette zone complètement isolée dès 1941, qui fonctionna jusqu'à l'été 1944, dénommé Treblinka I, à destination des polonais. 20 000 prisonniers polonais y furent internés et la moitié moururent d'épuisement et d'exécutions. Aujourd'hui peu de gens qui se rendent à Treblinka visitent le site du camp de Treblinka I, distant de 2 kilomètres du site du camp d'extermination, où est également visible une stèle à la mémoire des roms et des sinté également exterminés.

Les pavés juifs

Morceau de stèle de tombe juive, utilisée comme pavement sur le chemin forestier qui relie les camps de Treblinka I et de Treblinka II
Morceau de stèle de tombe juive, utilisée comme pavement sur le chemin forestier qui relie les camps de Treblinka I et de Treblinka II (Cliquer pour agrandir) - Photo www.shabbat-goy.com
Une route pavée longue de 2 kilomètres traverse la forêt pour relier les deux camps. On l'appelle la route noire (czarna droga). Elle est constituée de pavés, plus précisément de galets, ramenés de je ne sais où. Sur un tronçon de cette longue voie forestière, en portant un regard aigu sur ces pierres, on peut observer quelques restes de tombes juives.
Dès 1941, lorsque les allemands envahirent la zone orientale de la Pologne alors occupée par les russes après le pacte germano-soviétique Molotov-Ribbentrop (1939) de partage de la Pologne scellé entre les russes et les nazis, les allemands détruisirent et dévastèrent méthodiquement tous les cimetières juifs, c'est à dire des centaines. Les stèles alors démantelées étaient réutilisées pour renforcer des infrastructures routières, des berges, et étaient également revendues comme matériaux de construction et de terrassement. On peut dire aujourd'hui que plus de 80% des tombes des cimetières juifs reposent sous des routes et dans des fondations diverses.
Lors de mon premier passage en 2000 à Treblinka, j'avais observé un morceau de stèle juive le long de cette route forestière. J'y suis donc retourné en août 2017 et j'ai porté une attention particulière à ce tronçon de chemin et j'ai pu en effet retrouver plusieurs de ces pavés insolites. On ignore leur origine, certainement de quelques cimetières juifs des alentours, comme ceux de Brok ou Zaręby Kościelne distants d'une quinzaine de kilomètres, ou peut être celui de Strękowo à 25 kilomètres de là.
Là gisent des fragments de stèles de juifs et de juives, aujourd'hui anonymes, et évanouis dans ce cataclysme qui s'abattit alors en Pologne.

La synagogue ronde de Praga à Varsovie

La synagogue disparue

Simulation de la synagogue de Praga sur une vue actuelle.
Simulation de la synagogue de Praga sur une vue actuelle. (Cliquer pour agrandir) Photo Google Maps et inconnu. Montage www.shabbat-goy.com
La synagogue en briques de Praga fut édifiée en 1836 et fut financée par Ber Sonnenberg, le grand-père du philosophe français Henri Bergson. Ce fut le premier lieu de culte construit dans le quartier du vieux Praga au XIXème siècle, avant l'édification de l'église orthodoxe Sainte Marie Madeleine et de la grande église Saint Florian. Ces 3 lieux de culte situés dans un rayon de 200 mètres témoignaient de la diversité religieuse de la population d'alors.
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Krochmalna, le commerce des souvenirs

Les ultimes témoignages du ghetto

En vente sur e-bay Allemagne, ces derniers jours, une photo rare de la rue Krochmalna, à Varsovie.
Depuis plusieurs années, on assiste à la mise en vente de nombreuses photographies qui ont été prises par des soldats allemands en Pologne et à Varsovie. Ces photos réapparaissent au gré des décès de leurs auteurs et de la mise sur le marché de ces témoignages de vies passées durant la dernière guerre. Certains vendeurs, qui découvrent ces clichés dans un grenier ou dans un vieil album photos ont bien compris l'intérêt qu'il pouvait y avoir à commercer ces clichés, sans pour autant en connaitre la véritable valeur historique.
La rue Krochmalna et les gens du ghetto, en 1942
La rue Krochmalna et les gens du ghetto, en 1942 (Cliquer pour agrandir) - Source ebay.de

Pour ceux qui comme moi, sans être spécialiste, peuvent localiser instantanément certains lieux, ces images peuvent prendre une importance tout à fait particulière.
La photo présentée ici nous montre une vue de la rue Krochmalna prise, durant la période du petit ghetto, depuis le croisement de la rue Żelazna. On distingue une population juive qui se déplace, une femme transportant un sac en direction du grand ghetto, une femme avec son enfant, des rickshaws (véhicule tricycle) qui permettaient de transporter des personnes d'un coin à l'autre du ghetto, et qui étaient nombreux durant cette époque.
Perspective de la rue Krochmalna en 1936 et localisation des immeubles de la photo
Perspective de la rue Krochmalna en 1936 et localisation des immeubles de la photo (Cliquer pour agrandir)

La rue Krochmalna s'élançait depuis la magnifique halle Gościnny Dwór située à proximité du jardin de Saxe , à l'est (que je présenterai prochainement), jusque vers l'ouest, sur une longueur d'un kilomètre et demi environ. C'était une rue juive typiquement populaire et dont on peut imaginer la réalité à travers le roman du prix Nobel de littérature Isaac B. Singer dans son livre Le petit monde de la rue Krochmalna.
En 1938-1939 on recensait 2 abonnés du téléphone dans l'immeuble 46, Łosicki F. et Sokól Hersz.
La photo a été prise après décembre 1941, période durant laquelle la zone ouest du petit ghetto fut exclue de la zone de confinement. Une portion de la rue Żelazna fut donc séparée en deux par une clôture barbelée que l'on aperçoit ici. D'après la tenue vestimentaire des gens du ghetto, le cliché a du être réalisé durant le printemps 1942, soit quelques mois avant les grandes déportations de l'été et la liquidation du petit ghetto.
Aujourd'hui, environ 5 immeubles de cette époque ont survécus. Notamment les 2 premiers visibles sur la photos, le numéro 46 (immeuble aux balcons) et le numéro 66 de la rue Żelazna (ici à gauche) dont une élévation courrait rue Krochmalna.
Vue actuelle de la rue Krochmalna depuis la rue Żelazna
Vue actuelle de la rue Krochmalna depuis la rue Żelazna (Cliquer pour agrandir) - Photo www.shabbat-goy.com

Krochmal signifie amidon. Autrefois, plusieurs fabriques d'amidon étaient localisées dans cette rue.

Visite de la rue Twarda

Un foyer de vie juive à Varsovie

Le grand quartier juif de la Varsovie d'avant guerre, celui de Muranów, était situé entre la vieille ville et le quartier de Żoliborz (Joli bord) situé au nord de la capitale. Cependant, nombre de juifs résidaient également un peu plus au sud, dans le quartier de Śródmieście Północne (centre-ville nord), dans le secteur de la place Grzybowski (autrefois le village de Grzybów). C'est aujourd'hui l'un des rares vestiges de la vie juive qui subsiste de cette époque. Sur la place Grzybowski et rue Próżna se déroule chaque mois d'août le festival Singer de la culture juive. On trouve également le long de cette place, le théâtre juif et le siège de la fondation Szalom, aujourd'hui démolis; une tour devant s'élever en lieu et place et abriter de nouveau, une fois édifiée, théâtre et fondation. Si la rue Próżna, aujourd'hui présentée aux visiteurs comme rue symbolique de la vie juive d'avant-guerre, ne témoigne dans sa partie ouest, à travers certains immeubles brillamment restaurés, une certaine bourgeoisie juive, la rue véritablement représentative de cette vie juive passée était la rue Twarda, celle qui s'élance de la place Grybowski vers le sud-ouest, non loin de l'avenue de Jérusalem (Aleje Jerozolimskie), dans le quartier voisin de Mirów.
Localisation de la rue Twarda à Varsovie
Localisation de la rue Twarda à Varsovie (Cliquer pour agrandir)

La rue Twarda était véritablement un foyer de vie juive où se trouvaient de nombreux ateliers, fabriques et commerces juifs, ainsi que plusieurs maisons de prières et deux synagogues, dont la synagogue Nożyk au numéro 6, préservée par miracle, à côté de l'actuel bâtiment de la communauté juive de Varsovie (Twarda 6).

C'est durant le XVIIème siècle que la future rue Twarda prit cette direction nord-est vers le sud-ouest en partant de la place qui autrefois se trouvait au milieu du village de Grzybów. La rue a pris ce nom (Twarda, dur) en 1770, en référence au sol dur de la route qui longeait des zones humides.

Développement de la rue Twarda

En 1783 fut établie la première brasserie, 8 années plus tard, 47 familles étaient recensées. Vers la fin de ce siècle, elle rejoignit la rue Żelazna (rue du fer) pour courir ensuite plus au sud. On dénombrait déjà 14 maisons en briques et 24 maisons et manoirs en bois de part et d'autre de cette rue en terre. La rue fut coupée à son extrémité actuelle sud-ouest avec la construction de la ligne de chemin de fer Varsovie-Vienne. Les pavés furent installés lors des travaux de terrassement en 1864-1866. C'est notamment pendant la seconde moitié du XIXème siècle, que l'on construisit une partie des immeubles qui étaient encore visibles avant la guerre. Durant le XIXème siècle, le quartier se développa, et avec, la communauté juive. Cependant les juifs étaient déjà présents dans le secteur autour de la place Grzybowski, depuis leur expulsion de la vieille ville au début du XVIIème siècle. On trouvait alors dans la partie sud de la rue de nombreux ateliers d'horlogerie. C'est en 1881 que les premiers tramways à cheval empruntèrent la rue Twarda. L'assainissement fut installé en 1889. En 1900, la spécificité juive de la population de la rue Twarda était déjà établie; on dénombrait 46 maisons juives et 21 maisons chrétiennes. En 1902 fut inaugurée la synagogue Nożyków (Twarda 6), à 150 mètres de la synagogue Serdyner (Twarda 4) qui était déjà présente depuis la seconde moitié du XIXème siècle. 1908 vit l'arrivée du tramway électrique numéro 22. Durant la première guerre mondiale, les immeubles 4, 7 et 22 servirent de refuges pour les sans-abris; des maisons de prières se trouvaient également aux 4 et 22. En 1926, on recensait 18 maisons de prières. Les cinémas Antinea et Cyla se trouvaient aussi dans cette rue. La cour de l'immeuble du 1 de la rue Twarda abritait le marché Icek Borowski.

La vie religieuse

C'est en 1815 que fut ouverte la première synagogue dans une maison en dur, elle pouvait accueillir une vingtaine de fidèles. La communauté juive était représentée par les mouvements orthodoxes dès l'arrivée des juifs dans le faubourg de Grzybów, puis vinrent s'installer les juifs hassidiques au XIXème siècle et les mouvements progressistes se développèrent durant la seconde moitié de ce siècle, en fait à l'image du monde juif dans les grandes villes polonaises.
Au milieu de l'entre-deux guerres, on dénombrait 13 synagogues et maisons de prières seulement dans la rue Twarda. Les synagogues étaient situées aux numéros 4 (synagogue Serdyner) et 6 (synagogue Nożyk), les maisons de prières se trouvaient dans les immeubles 1, 3, 8, 10, 12, 13, 14, 15, 16, 18, 22, 24, 48-52, 52.
La synagogue située dans l'immeuble 22 appartenait à l'association Chevra Shas et était alors très renommée, dès le milieu du XIXème siècle. Selon les sources, il semble qu'elle ait été fondée par Dawid Maliniak, un juif hassidique, commerçant dans le faubourg de Grzybów (avant son rattachement en quartier à la ville de Varsovie).
Maisons de prières et synagogues dans la section ouest de la rue Twarda
Maisons de prières et synagogues dans la section ouest de la rue Twarda (Cliquer pour agrandir)
Cette concentration de lieux de prières illustre la forte prédominance de population juive religieuse dans la rue Twarda, en particulier dans la première section de rue qui s'étire jusqu'au croisement de la rue Ciepła. Mais la population juive restait fortement implantée jusque vers les numéros 50 à partir desquels on recense plus de noms à consonance polonaise, d'après l'annuaire des abonnés du téléphone de Varsovie pour l'année 1938-1939 (Voir en fin d'article le lien vers la page où sont présentés tous les abonnés).
La rue Twarda présentait alors cette apparence particulière des quartiers juifs des villes d'Europe centrale et de Pologne, faite de juifs à longues barbes et en caftan portant casquettes et chapeaux qui déambulaient dans les rues, de succession de boutiques et d'échoppes tenues par des juifs en chemise et penchés sur leur ouvrage comme nous l'a si bien témoigné Roman Vishniac à travers ses extraordinaires photos du yiddishland prises dans les années 30. C'est d'ailleurs l'une de ses photos qui est présentée ci-dessous, prise à hauteur de l'immeuble 18 (suivi des 20, 22...) de la rue Twarda.
Un vieux juif, portant ses livres de prières, se dirige sans doute vers l'une des synagogues (4 ou 6) de la rue Twarda. En chemin, il passe devant le numéro 18. A droite, on aperçoit le magasin de nettoyage et teinturerie de Józef Targoński, et juste après, le magasin de vente de boissons de Froim Rajchcajg
Un vieux juif, portant ses livres de prières, se dirige sans doute vers l'une des synagogues (4 ou 6) de la rue Twarda. En chemin, il passe devant le numéro 18. A droite, on aperçoit le magasin de nettoyage et teinturerie de Józef Targoński, et juste après, le magasin de vente de boissons de Froim Rajchcajg - Photo Roman Vishniac

Le rabbin Kanał I. habitait au Twarda 12, le rabbin Lewinzohn Icek Hersz habitait lui dans l'immeuble Twarda 22, le rabbin Kohn Michal Moszek logeait au 32. En 1896, un article de la presse juive décrit l'existence d'une synagogue (Sztybel - Shtiebel) située dans une arrière-cour au numéro 2 de la rue Twarda, animée par le rabbin Iciele en provenance de Radzymin (nord-est de Varsovie) et dont la plus grande pièce était utilisée par les femmes pour prier. Iciele qui logeait au premier étage officiait également comme juge rabbinique. Dans ces arrière-cours et également sur les balcons, on pouvait apercevoir de très nombreuses cabanes en bois (kuczka - pl) édifiées à l'occasion de la fête de Souccot. Les différentes strates de la société juive du quartier se retrouvaient réunies pour la fête, les riches, les pauvres, les religieux de diverses confessions. Tout se déroulait dans la stricte observance des préceptes religieux, à commencer par la cacherout (le code alimentaire).
Durant l'entre-deux guerres, une synagogue se tenait également au numéro 21, elle était animée par un tzadik (maître spirituel dans le mouvement hassidique) venu de Parysów (sud-est de Varsovie). Une autre maison de prière hassidique avait aussi été établie au numéro 32 par le reb Mojsze Lejb Twerski, un rebbe à la tête de 200 juifs hassidiques répartis entre les rues Twarda et Nalewki (grand quartier juif au nord de Varsovie).

La synagogue Serdyner

En 1861, les époux Aron et Perla Serdyner furent à l'origine de l'établissement d'une synagogue orthodoxe au numéro 4 de la rue Twarda, suite à une donation qui transférait la propriété de la parcelle et des bâtiments attenants à la communauté juive, après leur mort. Il s'agissait d'un bâtiment, la synagogue, situé au milieu d'une grande cour asphaltée, sur une parcelle où se trouvaient également un beth midrash et une école talmudique, qui restaient ouverts sans interruption, ainsi qu'une maison de prières pour femmes.
Localisation de la synagogue Serdyner dans la rue Twarda
Localisation de la synagogue Serdyner dans la rue Twarda (Cliquer pour agrandir)
Ruines de la synagogue Serdyner en 1945
Ruines de la synagogue Serdyner en 1945 (Cliquer pour agrandir)
On ne dispose pas de documents plus précis sur l'origine de ce bâtiment, mais il semble qu'il existait déjà vers le milieu du XIXème siècle. Aujourd'hui s'élève en lieu et place, le grand immeuble Cosmopolitan. Aron bar Mosze Dawid Serdyner était un commerçant et philanthrope qui légua toute sa fortune pour l'aide sociale, il est enterré au cimetière juif de la rue Okopowa (secteur 1, rangée 12). L'ensemble était considéré alors comme le centre de la pensée religieuse juive de la capitale. La synagogue fut démolie par les allemands au début de la seconde guerre mondiale. De plan rectangulaire, 15 x 13 mètres, elle possédait des vitraux.
Synagogue Serdyner du numéro 4 de la rue Twarda
Synagogue Serdyner du numéro 4 de la rue Twarda (Cliquer pour agrandir) Photo Żydowski Instytut Historyczny
Les synagogues Nożyk et Serdyner de la rue Twarda
Les synagogues Nożyk et Serdyner de la rue Twarda

La synagogue Nożyk

(Synagogue Nożyków dans sa forme déclinée) Elle fut édifiée au début du XXème siècle au numéro 6 de la rue Twarda grâce à des fonds substantiels alloués par les époux Nożyk qui habitaient au numéro 9 de la rue Próżna voisine. Zalman Nożyk acquit auprès de Jan Teodor Engelbert, pour 157 000 roubles, une parcelle vide où il fit édifier la synagogue que nous pouvons visiter aujourd'hui.
Retrouver la présentation de la synagogue Nożyk.

Des gens et les activités de la rue Twarda

La cinquantaine d'immeubles qui s'élancent depuis la place Grzybowski le long de la rue Twarda en direction du sud-ouest était quasi exclusivement habitée par des juifs. C'était le cœur de la concentration de la population juive, dans la partie sud de Varsovie.
A partir de la gauche, l'immeuble Art Nouveau de la place Grzybowski puis les immeubles 1, 3, 5 et 7 de la rue Twarda
A partir de la gauche, l'immeuble Art Nouveau de la place Grzybowski puis les immeubles 1, 3, 5 et 7 de la rue Twarda (Cliquer pour agrandir)

Les visiteurs qui aujourd'hui essaient de s’imprégner d'un soupçon de Varsovie juive en se rendant à la rue Próżna située côté est, de l'autre côté de la place Grzybowski, n'ont pas la moindre idée de cette richesse de vie et de cette lourde absence.
Le tronçon de la rue Twarda présenté ici, où circulaient alors les tramways, était un foyer extraordinaire du judaïsme, c'est ici que se trouvaient plus d'une douzaine de synagogues et maisons de prières. Se croisaient là tout l'éventail de ce qui constituait le monde juif de l'entre-deux guerres; les religieux orthodoxes, hassidiques et progressistes, les ouvriers et artisans, les marchands et représentants de commerce.
A la lecture de l'annuaire téléphonique, on prend conscience de la richesse et de la variétés des activités professionnelles, on recense :
14 tailleurs,
5 dentistes,
12 médecins et 1 chirurgien,
6 boulangers et pâtissiers,
une quinzaine d'activités autour du métal,
5 avocats,
10 marchands de fruits,
5 bijoutiers et orfèvre,
13 ingénieurs,
5 musiciens,
3 fabriques de chocolat,
5 pressings et teintureries,
3 fabriques d'eau gazeuse et limonade,
7 électriciens,
3 journalistes,
6 coiffeurs,
4 imprimeries,
4 cafés et 2 salons de thé,
5 fabriques de meubles.
des artistes-peintres, des professeurs, des commerciaux, grossistes et acheteurs en tous genres, des fourreurs, des cordonniers, des matelassiers, des vitriers, des marchands de vin, de vodka, de charbon...
Il va s'en dire que les chiffres présentés dans l'annuaire peuvent être multipliés par 5 ou plus si l'on prend en compte le nombre réel.
A côté des activités liées à la vie religieuse autour de cette concentration de lieux de culte, en début de rue, une partie de l'activité commerciale s'articulait autour du travail et de la vente d'objets en métal en tous genres. Cette activité de ferblantier, de vente d'ustensiles, équipements et objets en métal, de récupération et revente, remontait déjà au XIXème siècle autour de la place Grzybowski, notamment avec le bazar de la rue Bagno (une rue située au sud de la place).

Au numéro 6, dans les bâtiments qui jouxtaient la synagogue Nożyk, se trouvaient un dispensaire et une clinique qui regroupaient 14 spécialités médicales comme la dermatologie, l'urologie, la pédiatrie, la gynécologie, la chirurgie, les maladies rhumatismales, nerveuses, un cabinet d'ophtalmologie et 4 de maladies infectieuses. Ces services enregistraient dans la seconde moitié des années 30 plus de 55 000 patients à l'année. 34 médecins, 5 dentistes et 6 pharmaciens se relayaient dans le dispensaire et la clinique. Elja Melchior était l'un des administrateurs de la clinique. Sa femme Ruchla tenait une petite épicerie et leur fils Szmul étudiait à l'école voisine Mizrachi. Déjà en 1862, le psychiatre et neurologue Stalisław Chomętowski ouvrit rue Twarda 6 un cabinet privé pour accueillir des patients atteints de maladies psychiques. Le docteur Bernard Szancer habitat et exerçât également à cette adresse durant la seconde moitié du XIXème siècle.
Comme noté un peu plus haut, la rue Twarda était habité à une très forte proportion par une population juive jusqu'à la rue Żelazna. Peut-être faut-il y voir là une explication à la limite du ghetto au sud-ouest qui sera fixée à cet endroit précis en 1940, à la jonction des rue Twarda, Żelazna et Złota.
L'orphelinat du numéro 7 de la rue Twarda
L'orphelinat du numéro 7 de la rue Twarda (Cliquer pour agrandir) Photo Yad Vashem
Dès le XIXème siècle, la rue a abrité des centres d'aides aux sans-abris et aux démunis. Au numéro 3 se trouvait une antenne dédiée à l'aide et à l'enseignement de la lecture et de l'écriture pour les analphabètes. Au numéro 22, un hôpital pour enfants et jeunes filles. Ces structures mises en place par le centre d'aide sociale de Varsovie (Warszawskie Towarzystwo Dobroczynności) accueillaient toutes personnes quelle que soit leur confession. D'autres structures mises en place par la communauté juive accueillaient également des patients comme le centre Ezra d'aide aux juifs démunis situé au 15 de la rue Twarda, l'organisation de protection sociale TOZ (Towarzystwo Ochrony Zdrowia Ludności Żydowskiej) à l'adresse Twarda 35 où se trouvait une maternité, la société d'aide aux juifs victimes de guerre (Towarzystwo Niesienia Pomocy Żydom) au numéro 4. On trouvait également des soupes populaires aux numéros 4, 7 et 8. En outre, le numéro 21 abritait un orphelinat pour fillettes et jeunes filles et le numéro 7 un autre orphelinat.

Zone sud-ouest de la rue Twarda
Zone sud-ouest de la rue Twarda (Cliquer pour agrandir)
Dans sa partie sud-ouest, la rue Twarda se terminait en cul de sac et sa population, à l'ouest d'un axe fixé par la rue Żelazna était plus mélangée, juifs et polonais. Dans les deux dernières sections de rues qui menaient vers les voies de chemin de fer menant à la gare centrale, étaient installés quelques ateliers de mécanique automobile, des carrossiers, un garage et des bureaux du constructeur Renault, également quelques entreprises travaillant autour des activités du chemin de fer voisin avec un entrepôt d'expédition (notés en rouge sur le plan, le bâtiment en vert est le dernier immeuble - 62, datant de l'avant-guerre encore debout).

Diverses personnalités ont habité la rue Twarda. Au numéro 16 résidait Aleksander Ford (1908-1980), de son véritable nom Mosze Lifszyc, un metteur en scène et scénariste. Après la guerre, il enseigna à Łódź, à l'école nationale de cinéma et eut pour étudiants Andrzej Wajda et Roman Polański. Au numéro 13 habitait le musicien Jerzy Bielacki, d'origine juive, qui joua dans l'orchestre de Henryk Warszawski (Henryk Wars). Il composa des chansons pour Wiera Gran (Weronika Grynberg) et Mieczysław Fogg, des grands artistes. Au numéro 11 logeait Samuel Eilenberg (1913-1998), mathématicien et collectionneur d'art asiatique qui fit carrière dans le monde universitaire outre-atlantique après la guerre. Au numéro 20 habitait le docteur Minc qui, tous les samedi soir, tenait un salon où se réunissaient des personnalités juives du monde de la culture, dont Icchak Lejb Perec (Isaac Leib Peretz), le grand écrivain et dramaturge de langue yiddish. Au numéro 27 se trouvait Felicia Maria Przedborska, une poétesse et journaliste d'origine juive qui enseignait au collège Fanny Poznerowa situé également à ce numéro.
Gerszon Sirota, surnommé le Caruso juif, était le chantre (kantor) de la synagogue Nożyk. Il était également ténor et dès 1927 devint le chantre attitré de la grande synagogue Tłomackie de Varsovie. Les vendredi soir et samedi, des milliers de fidèles se réunissaient dans la cour du numéro 6 pour écouter le chantre et participer aux études et prières du Beth Midrash qui se déroulait alors. Ecouter un extrait audio du chantre Gerszon Sirota .
Dans l'arrière-cour au numéro 2 habitaient Reb Berish et Szil Wilner, des juifs hassidiques, qui étaient connus dans tout Varsovie pour leur particularité physique, c'était des nains. Après la naissance de Szil, la mère mourut de honte et c'est Berish qui éleva son enfant. Le père resta cloîtré presque toute sa vie chez lui et dans l'arrière-cour alors que son fils Szil se déplaçait dans la capitale mais forcément attirait la curiosité voire les quolibets. On dit qu'il se rendit plus tard en Allemagne pour jouer comme clown dans un cirque et qu'il revint à Varsovie où il mourut dans la solitude.
Au 27 habitait Kojfman Judel, un grand gaillard, juif hassidique et chantre, doté d'une superbe voix de ténor. Un jour il rasa sa barbe et quitta ses vêtements religieux pour aller chanter à l'opéra, mais il continua cependant à chanter dans la maison de prière hasside - le Shtiebel Modrzycki du numéro 28.
Reb Hirsz Rajszer habitait au numéro 2. Bien que non religieux au sens strict, c'était un juif riche, à barbe blonde, qui menait une vie rigoureuse comme les hassidim. Avec ses filles et sa femme, et quelques ouvriers, il dirigeait une boulangerie-pâtisserie, mais il avait également installé dans l'arrière-cour un élevage de volailles. Un récit relate de la témérité du coq de la basse-cour qui terrorisait le voisinage lorsque les habitants de l'immeuble s'en approchait ou traversaient la cour. Le gallinacé s'attaqua même au rabbin Iciele à coups de bec et en tirant sur son talit.

L'immeuble qui comptait le plus de personnes raccordées au réseau téléphonique était le numéro 10 avec 48 abonnés. Sur l'ensemble de la rue Twarda, on dénombrait plus de 700 abonnés au téléphone, un chiffre à mettre en perspective avec les 800 abonnés connectés au central du premier réseau téléphonique de la ville de Varsovie (alors situé du Próżna) à la fin du XIXème siècle.

La disparition du petit monde de la rue Twarda

A l'entrée en guerre, on dénombrait 72 immeubles le long de la rue Twarda. Aujourd'hui, il n'en reste que 3: les numéros 62, 28 (immeuble Lejb Osnos) et 6 (mitoyen à la synagogue). En 1938, on pouvait encore apercevoir au moins 2 immeubles en bois, les numéros 51 et 53, habités principalement par des polonais. La rue est aujourd'hui séparée en deux par l'avenue Jean-Paul II et le rond-point ONZ. Autrement dit, il ne reste quasiment plus rien de cette rue témoin du monde juif d'autrefois. C'est toujours en se penchant sur le passé que l'on constate le niveau des destructions qui s'est opéré pendant la guerre et durant la reconstruction de la ville. Durant les bombardements intervenus lors du siège de la capitale en septembre 1939, plusieurs immeubles furent touchés, notamment les numéros 1, 3, 5, 8, 10, 12, 19, 21 qui furent entièrement détruits et les numéros 7, 9, 11, 13 partiellement détruits.
Porte du ghetto de la rue Twarda en 1940, avant le bouclage du ghetto
Porte du ghetto de la rue Twarda en 1940, avant le bouclage du ghetto. A gauche immeubles 52, 50, 48, 46 dans le secteur sud-ouest de la rue (Cliquer pour agrandir)

La rue Twarda fut insérée dans le petit ghetto dès novembre 1940 jusqu'à hauteur du numéro 52 qui délimitait l'extrémité sud-ouest du ghetto de Varsovie (découvrir le mémorial du mur de la rue Twarda).
Secteur est de la rue Twarda  avant son enfermement dans le petit ghetto (1939-1940)
Secteur est de la rue Twarda avant son enfermement dans le petit ghetto (1939-1940)

Au numéro 11 se trouvait le Judenrat et le service d'ordre, structures dirigées par les juifs, sous les ordres de l'occupant allemand. En octobre 1941, un redécoupage de la surface du ghetto ramena la limite au niveau de l'immeuble 44. La rue Twarda fut exclue de la zone de confinement des juifs de Varsovie lors des grandes déportations de l'été 1942 et la liquidation du petit ghetto, cependant, les ateliers Toebbens qui se trouvaient dans cette partie continuèrent à fonctionner jusqu'en août 1944. Durant les âpres combats menés lors de l'insurrection de 1944, la plupart des immeubles furent lourdement endommagés ou détruits, comme dans le reste de la ville. Une partie des immeubles subsistants furent démolis lors de la construction de l'axe nord-sud (aujourd'hui avenue Jean-Paul II), ainsi que quelques autres dans les années 60.
La rue Twarda en ruines en 1945
La rue Twarda en ruines en 1945 (Cliquer pour agrandir)

Les ruines des immeubles 3 et 5 de la rue Twarda après la guerre, à hauteur de la place Grzybowski. Au second plan l'église de Tous les Saints, en arrière plan la tour PAST-a (ancien central téléphonique) de la rue Zielna
Les ruines des immeubles 3 et 5 de la rue Twarda après la guerre, à hauteur de la place Grzybowski. Au second plan l'église de Tous les Saints, en arrière plan la tour PAST-a (ancien central téléphonique) de la rue Zielna (Cliquer pour agrandir)
Les vestiges des immeubles 11 et 13 de la rue Twarda en 1967
Les vestiges des immeubles 11 et 13 de la rue Twarda en 1967 (Cliquer pour agrandir)

Dénommée Querstrasse durant la guerre puis rue du Conseil National en 1947 (ul. Krajowej Rady Narodowej - KRN), la partie est actuelle de la rue repris son nom original de Twarda en 1970 et sa section sud-ouest en 1990.
Liste de personnes recensées dans la rue Twarda durant la période de la guerre.
Liste des abonnés du téléphone (1938-1939) de la rue Twarda.
Voir un film de Danuta Halladin (moja ulica - ma rue) sur la rue Twarda, tourné en 1965.
Aujourd'hui, les bureaux de la communauté juive de Varsovie se trouvent au 6 de la rue Twarda.

La rue Twarda aujourd'hui

Même avec beaucoup de volonté et de connaissance, il est bien difficile d'imaginer ce que fut cette rue, ses habitants. Il est impossible de renouer avec le passé. La profonde cassure de la seconde guerre mondiale a irrémédiablement modifié la nature de cette ville, la structure de ses habitants.
En 1938, on dénombrait 1 200 000 habitants à Varsovie dont 368 000 juifs. En 1945, il n'en restait plus que 420 000. Il fallu attendre la fin des années 1970 pour que le niveau de la population d'avant guerre soit atteint. Aujourd'hui, Varsovie compte 1,7 million d'habitants mais la surface administrative de la ville s'est étendue. La Varsovie d'avant-guerre était plus petite mais densément peuplée. Il habitait 2 à 3 fois plus de personnes en centre ville avant la guerre qu'aujourd'hui. La ville était alors un maillage de rues constituées de milliers d'immeubles agencés en file indienne avec des innombrables cours et arrière-cours aujourd'hui disparues, tout au moins dans la partie nord de la ville. La rue Twarda, avec son tracé en diagonale, participait à ce foisonnement de vie judéo-polonaise qui faisait la particularité de cette grand métropole. Le vendredi soir, on peut croiser quelques familles juives qui se rendent à la synagogue, elles témoignent, à leur minuscule échelle, cette vie juive qui se perpétue.
On dénombre 4 synagogues à Varsovie, la synagogue Nożyk de la rue Twarda, et 3 autres , loubavitch et progressistes installées dans des immeubles. Tout un monde a disparu, mais une lumière brille toujours.
Découvrir la section est de la rue Twarda (depuis la place Grzybowski). Découvrir la section ouest de la rue Twarda.

Le camp de travail de Althammer

Un sous camp d'Auschwitz parmi d'autres

Les grands camps de concentration nazis établis en Pologne occupée fournissaient à l'industrie de guerre allemande une énorme main d'oeuvre gratuite et disponible.
Le camp de travail de Althammer
Le camp de travail de Althammer (Cliquer pour agrandir) - Photo www.shabbat-goy.com
Les déportés étaient alors dirigés vers ces camps dans des kommandos de travail, principalement situés dans le sud de la Pologne, en Silésie, grande région industrielle et minière. Les prisonniers étaient employés à des tâches très diverses dans l'industrie lourde, dans les mines et les carrières, dans la construction, le terrassement de routes, dans une multitude d'entreprises allemandes. A l'ouest de Katowice, dans la zone industrielle de Halemba, aujourd'hui située sur la commune de Ruda Śląska, fut établi le camp de travail de Althammer... >> Présentation de l'histoire du camp de Althammer. D'autres camps de travail rattachés au camp d'Auschwitz : Le camp de travail de Blechhammer. Le camp de travail de Jaworzno/Neu-Dachs. Le camp de travail de Trzebinia.

Włocławek, une communauté juive disparue

Restes de vie, traces de l'histoire

Si les mises en ligne des sites tardent par manque de temps, les visites des lieux de mémoire juive ne s'arrêtent pas. La dernière en date à Włocławek, une ville située à 160 kilomètres au nord-ouest de Varsovie, non loin de Toruń, la ville de Copernic, en région de Couïavie-Poméranie (kujawsko-pomorskie). La photo panoramique ci-dessous présente une vue apparemment anodine d'un endroit situé un peu à l'écart du centre ville de Włocławek, c'est là que se trouvait le ghetto durant la guerre.
L'ancien ghetto de Włocławek
L'ancien ghetto de Włocławek (Cliquer pour agrandir) © www.shabbat-goy.com
A Włocławek vivaient environ 12 000 juifs à l'entrée en guerre, ils représentaient un peu moins de 20% des habitants de la ville. Les juifs s'installèrent à Włocławek au début du XIXème siècle, mais des marchands juifs commerçaient déjà dans la cité depuis le XVIIème siècle. Après l'extermination nazie de la seconde guerre mondiale, une petite communauté émergeât après la guerre et survécu jusque dans les années 1970. Durant la guerre, les allemands établirent un ghetto au sud de la ville, puis déportèrent par vagues, les juifs de Włocławek vers d'autres villes de l'est, et également vers le ghetto de Łódź et vers Poznań. Le ghetto fut liquidé en avril 1942 et pratiquement entièrement détruit.
Rue Rakutowska, juifs dans le ghetto de Włocławek durant une action de déportation
Rue Rakutowska, juifs dans le ghetto de Włocławek durant une action de déportation (Cliquer pour agrandir) © www.shabbat-goy.com - Fighter Ghetto's House
Le terrain de l'ancien cimetière juif de Włocławek
Le terrain de l'ancien cimetière juif de Włocławek (Cliquer pour agrandir) © www.shabbat-goy.com
Les deux synagogues furent détruites durant la guerre et la modeste communauté qui se ré-installa en ville après la guerre établit une petite maison de prières. Le cimetière juif qui se trouvait dans le périmètre du ghetto fut démantelé par les allemands en 1941 et les stèles réutilisées comme matériaux de construction. Néanmoins, une partie du cimetière survécut, quelques inhumations eurent lieu après la guerre, mais la nécropole fut liquidée au début des années 1950 par les autorités locales. Un complexe scolaire fut édifié sur le terrain de l'ancien ghetto et du cimetière juif dans les années 1960.
Le carré juif dans le cimetière chrétien de Włocławek
Le carré juif dans le cimetière chrétien de Włocławek (Cliquer pour agrandir) © www.shabbat-goy.com
Des stèles du vieux cimetière juif ainsi que des restes furent transférés vers un nouveau carré juif établi au sein du cimetière catholique. Une stèle en mémoire des victimes du ghetto fut inaugurée devant l'entrée du groupe scolaire en 2001.
Le monument du ghetto de Włocławek
Le monument du ghetto de Włocławek (Cliquer pour agrandir) © www.shabbat-goy.com
Je rappelle encore ici que les ghettos établis en Pologne durant la guerre l'ont été par les allemands, à l'initiative des allemands, dans le cadre du regroupement, du contrôle et de la déportation des populations juives.

Rue Stawki depuis les ruines du ghetto

Une photo pour raconter l'histoire

Insurrection de Varsovie 1944, ruines du ghetto
Insurrection de Varsovie 1944, ruines du ghetto (Cliquer pour agrandir) Photo Józef Jerzy Karpiński Source Musée de l'Insurrection de Varsovie - Google Maps
La photo ci-dessus présente une perspective est-ouest de la rue Stawki avec au fond l'immeuble 4/6 de la rue Stawki (actuellement le numéro 10), situé sur la zone de Umschlagplatz, l'ancienne gare de marchandises utilisée pour la déportation des juifs de la capitale et de ses environs. Cet immeuble était utilisé comme zone de confinement pour les juifs, notamment la nuit, lorsque ces derniers ne pouvaient être embarqués dans les convois à destination du camp d'extermination de Treblinka. Au premier plan, un insurgé polonais scrute à la jumelle la zone située au nord vers le quartier de Żoliborz, l'action se situe début août 1944, les premiers jours de l'insurrection de Varsovie. Au premier plan, les ruines du ghetto (grand ghetto), au niveau des gravas des immeubles 13 et 15 de la rue Stawki.
La zone nord du ghetto de Varsovie, dans le quartier de Muranów, l'ancien quartier juif, fut systématiquement détruite par les allemands et leurs supplétifs, principalement ukrainiens, durant l'insurrection du ghetto qui intervint entre le 19 avril 1943 et 16 mai 1943, et pendant laquelle 13 000 juifs furent tués et le reste de la population du ghetto, environ 58 000 juifs, furent déportés. Entre la date du bouclage du ghetto de Varsovie en novembre 1940 et le déclenchement de l'insurrection, entre 90 000 et 100 000 juifs moururent de faim et de maladie et 300 000 furent déportés depuis Umschlagplatz. La zone entièrement détruite du grand ghetto fut nivelée entre l'été 1943 et juillet 1944 lorsqu'un camp de concentration fut établi sur ses ruines (KL Warschau), dépendant dès 1944 du camp de concentration de Majdanek, avec pour objectif le déblaiement des ruines du ghetto et le tri des matériaux, réalisé par des prisonniers juifs (notamment d'origine grecque) envoyés depuis Auschwitz.
Le 1er août 1944 fut déclenché l'insurrection de Varsovie contre l'occupant allemand. Ce soulèvement dura jusqu'au 2 octobre 1944 et plus de 200 000 personnes, combattants mais surtout civils furent tués. A la fin de l'insurrection, la ville fut vidée de ses habitants et systématiquement détruite par les allemands.

Quelques chiffres pour cerner la dimension du nombre de victimes

En comptant le nombre de tués durant le siège de Varsovie en septembre 1939, le nombre de polonais tués durant la guerre, le nombre de juifs morts pendant la période du ghetto puis tués pendant son soulèvement et le nombre de polonais morts durant l'insurrection de 1944, on peut avancer un chiffre d'une fourchette basse de 400 000 morts à Varsovie, répartis entre 70% de non juifs et 30% de juifs, ces derniers ayant été exterminés principalement au camp de Treblinka.
A cela si on rajoute les 300 000 juifs de Varsovie et de sa proche région exterminés en camp, le chiffre total du nombre de victimes habitant à Varsovie et sa proche région durant la seconde guerre mondiale s'élève à une fourchette avoisinant les 650 000/700 000 personnes.
Des chiffres qui donnent une petite idée de ce qu'à pu représenter les pertes dans la capitale polonaise et comprendre ce marqueur toujours vivace dans la société de ce pays. 200 000 tués lors de l'insurrection de 1944, c'est plus que le nombre de victimes à Hiroshima et Nagasaki réunis. Ce qui revient à dire que le nombre total de victimes à Varsovie et sa proche région dépasse de 15% environ le nombre total de français morts durant la seconde guerre mondiale.
Au delà de Varsovie, la seconde guerre mondiale a provoqué une cassure irrémédiable dans l'histoire de la Pologne et dans la structure même de sa population avec la disparition définitive d'une société multiple, composée avant guerre à 30% environ de polonais ethniquement russes, ukrainiens, biélorusses, lituaniens et allemands, sans parler des 10% de juifs.
Aujourd'hui, la population juive revendiquée dans les communautés s'élève entre 6000 et 8000 personnes, et environ 25 000 autres qui se revendiquent d'origine juive, ou juifs.

La photo ci-dessous présente l'actuelle vue de la photo du haut.
Situation de la rue Stawki aujourd'hui
Situation de la rue Stawki aujourd'hui (cliquer pour agrandir) - Photo Google Earth
> Découvrir l'histoire de Umschlagplatz.

The zookeeper’s wife

Un couple de Justes parmi les Nations

Ces temps-ci sort sur les écrans le film The Zookeeper's Wife, une production américano-britannique réalisée par Niki Caro et qui retrace un épisode de la vie du directeur du zoo de Varsovie Jan Żabiński et de son épouse Antonina, et qui sauvèrent la vie de nombreux juifs en les cachant dans l'enceinte du zoo et dans la cave de leur villa. Le scénario du film est bâti autour d'Antonina, dont le rôle est joué par l'actrice Jessica Chastain.
The zookeeper's wife, un film réalisé par Niki Caro et qui retrace la vie du couple Żabiński durant la guerre et qui sauvèrent de nombreux juifs
The zookeeper's wife, un film réalisé par Niki Caro et qui retrace la vie du couple Żabiński durant la guerre et qui sauvèrent de nombreux juifs (Cliquer pour agrandir)
En 2015, à l'initiative de Jonny Daniels, fondateur de l’organisation From the Depths qui oeuvre pour la sauvegarde du patrimoine juif en Pologne et pour une reconnaissance plus visible des polonais honorés du titre de Justes parmi les Nations, le musée de la villa des Żabiński a été inauguré en présence des enfants Żabiński, Ryszard et Teresa, et de Moshe Tirosh un enfant juif qui vécut caché dans les caves de la villa. > Découvrir l'histoire des Żabiński et les photos de l'inauguration du musée au zoo de Varsovie.
The zookeeper's wife
The zookeeper's wife

Restauration de la synagogue de Cieszanów

Renaissance d'une synagogue en région de Basses-Carpates

La restauration de la synagogue de Cieszanów
La restauration de la synagogue de Cieszanów (Cliquer pour agrandir) - Photo www.shabbat-goy.com
Lors d'un récent déplacement dans cette région du sud-est de la Pologne, qui m'a mené à découvrir et revoir certains sites de l'histoire juive, je me suis arrêté à Cieszanów, une petite ville située au nord de Przemyśl (Galicie) à proximité de la frontière ukrainienne, à une quinzaine de kilomètres du site de l'ancien camp d'extermination de Bełżec. J'ai pu découvrir la très belle restauration de la synagogue de Cieszanów dont seules les ruines étaient visibles depuis les années 1990. Les travaux, menés par la Fondation pour la Préservation du Patrimoine Juif en Pologne (FODZ), devraient se terminer au mois de mai 2017. > Découvrir la synagogue de Cieszanów.

Découverte d’un panneau du ghetto de Legionowo

Une valeur historique unique

En décembre 2016, un panneau d'information en bois, datant de la seconde guerre mondiale, a été proposé à la vente par un particulier, sur un site de vente aux enchères sur internet. Ce panneau, retrouvé dans le grenier d'une maison lors de travaux, sur la commune de Legionowo (aujourd'hui un quartier situé au nord de Varsovie, rive droite), avait été mis à prix pour la somme de 10 000 złoty, soit un peu moins de 2500 euros, et le prix s'est envolé peu de temps après à 50 000 złoty, soit plus de 11 500 euros.
Le panneau du ghetto de Legionowo
Le panneau du ghetto de Legionowo (Cliquer pour agrandir) - Photo Musée Historique de Legionowo
Ce panneau, d'une valeur historique unique, est écrit en allemand, et avait été installé aux abords du ghetto de Legionowo qui avait été établi dès le 15 novembre 1940 par l'occupant et qui fut liquidé en octobre 1942, le jour de la fête de Sim'hat Torah. Les juifs de Legionowo furent alors dirigés vers la ville de Radzymin et de là vers le camp d'extermination de Treblinka.
Le panneau du ghetto de Legionowo durant la guerre
Le panneau du ghetto de Legionowo durant la guerre (Cliquer pour agrandir) - Photo Collection privée
Cette mise en vente intéressait le Musée Historique de Legionowo mais également l'Institut Historique Juif de Varsovie qui ne voulait cependant pas entrer dans ce genre de transaction. En janvier 2017, la police a été alertée, et après avoir pris connaissance de la position de l'Union des Communautés Juives de Pologne, le panneau a été retiré de la vente et déposé au musée de Legionowo dans l'attente d'une décision. Selon le code civil, toute découverte par un particulier d'un objet possédant une valeur scientifique ou historique importante doit être remise aux autorités compétentes de l'Etat qui en devient propriétaire tandis que la personne à l'origine de la découverte doit être rétribuée. Le musée de Legionowo attend donc la décision permettant d'intégrer le panneau du ghetto à leur collection. Sur ce panneau sont notées les mentions Quartier juif et Entrée strictement interdite aux allemands et aux polonais. Source de l'article : Virtual Shtetl - Krzysztof Bielawski

Une pierre tombale particulière

Les références à la terre d'Israël

La tombe du Rabbin Eliezer Chmielnicki-Katvan dans le cimetière juif de Bodzentyn
La tombe du Rabbin Eliezer Chmielnicki-Katvan dans le cimetière juif de Bodzentyn (Cliquer pour agrandir) - Photo www.shabbat-goy.com
Lors de ma dernière visite au cimetière juif de Bodzentyn, j'ai pu observer une stèle avec une représentation graphique peu commune, représentant des édifices religieux situés en terre d'Israël. Bodzentyn est une petite localité située au nord-est de Kielce, en région de Sainte Croix (Świętokrzyskie).
La tombe du Rabbin Eliezer Chmielnicki-Katvan dans le cimetière juif de Bodzentyn
La tombe du Rabbin Eliezer Chmielnicki-Katvan dans le cimetière juif de Bodzentyn (Cliquer pour agrandir) - Photo www.shabbat-goy.com
Ayant une connaissance de l'hébreu à peu près équivalente à celle que je peux avoir du chinois (d'où cette expression bien de chez nous, c'est de l'hébreu, c'est du chinois...), j'ai donc demandé à mon ami Yitzhak, un juif israélo-polonais vivant à Paris et amoureux de la Pologne, dont il connait très bien l'histoire judéo-polonaise sous tous ses angles et les régions qu'il visite très régulièrement, de me décrire cette magnifique représentation graphique. Il s'agit ici de la tombe du rabbin Eliezer Chmielnicki-Katvan. On notera au passage le nom de Chmielnicki, qui, à la tête du soulèvement mené par les cosaques d'Ukraine alliés au Tatars de Crimée contre la République des deux Nations - Pologne-Lituanie au milieu du XVIIème siècle, fut responsable du massacre de dizaines de milliers de juifs (entre 60 000 et 100 000 selon les historiens) en terre ukrainienne. A droite la mention en hébreu indique une vue du tombeau des patriarches à Hébron et à dans la partie gauche on a une représentation des tombeaux de la maison de David. Cette stèle représente «2 lieux saints très chers aux juifs polonais et aux juifs à travers le monde... et l’attachement de juifs polonais au Judaïsme biblique et traditionnel et leur nostalgie d’Israël et ses villes saintes toujours habitées par des juifs». Comme sur de très nombreuses autres tombes visibles dans ce cimetière et bien d'autres, les livres dans la partie supérieure indiquent une personne qui étudie et ayant la connaissance des textes sacrés. La communauté juive de Bodzentyn a été anéantie par les allemands pendant la guerre. Le cimetière, établi en 1876, dévasté durant la guerre, abrite encore une soixantaine de tombes dont de nombreuses très bien conservées, il est entretenu. Durant une déportation des juifs de Bodzentyn depuis la gare de la ville voisine de Suchedniów d'un convoi vers la destination probable de Majdanek, un témoin (Franciszek Gładysz) rapporte que des polonais qui tentaient d'apporter un peu d'eau aux juifs en partance ont été tués par les allemands. (source Virtual Shtetl)

Szmul Zbytkower, commerçant et banquier du Roi

... ou Szmul Jakubowicz Sonnenberg, l'ancêtre d'une grande famille

Shmul (Samuel) Zbytkower, aussi connu sous le nom de Szmul Jakubowicz ou Józef Samuel Sonnenberg est né en 1727. C'était le fils unique de Jakub Awigdor. Il était originaire du village de Zbytki situé vers le quartier actuel de Wawer (sud-est de Varsovie rive droite) d'où son surnom de Samuel de Zbytki, bourgade où il exerçait comme loueur de biens. Shmul Zbytkower développa ses activités commerciales et s'enrichit en faisant commerce avec la fourniture de biens aux armées, aussi bien pour les troupes polonaises dès 1770 que pour les troupes russes présentes en Pologne dès 1773 suite à une nomination édictée par un mandat royal du général russe Romanus. C'est cette activité de négoces qui l'enrichit, même si parallèlement il développa d'autres activités commerciales dans le négoce de chevaux, de bétail et le développement de brasseries, de moulins, de boucheries et d'ateliers de tissage, ainsi que d'une scierie, tannerie et une briqueterie. Il étendit son champ d'action également dans le commerce de prêts et comme banquier. Certains en viennent même à parler de lui comme un précurseur du capitalisme polonais. En 1771, il reçu du roi de Prusse Friedrich August I (Roi de Saxe puis duc de Varsovie) le titre de Commisario, ce qui lui conférait une position de premier plan et avantageuse relative aux personnes en charge de certaines tâches pour le compte de l'état, puis un mandat royal pour St Pétersbourg d'échanges commerciaux pour le compte de la couronne, en 1777, de la main du roi Stanisław August Poniatowski. Toutes ces activités commerciales et de fournitures militaires auprès du souverain polonais, prussien et des russes peuvent sembler quelque peu étranges dans cette période de fin du XVIIIème siècle qui vit la nation polonaise écartelée et disparaître pour longtemps, partagée puis dominée par ses voisins autrichien, prussien et russe. Il préserva cependant sa fidélité à la nation polonaise, notamment lors de son aide durant l'insurrection de Tadeusz Kościuszko et des événements de la bataille de Praga quelques années plus tard. En 1780, il fit l'acquisition de la campagne Golędzinów (à l'ouest du faubourg de Praga, Varsovie rive droite) et, avec l'accord de l'évêque de Płock Michał Poniatowski, il fonda le cimetière juif de Bródno, mitoyen du cimetière chrétien. En 1781, Szmul fit l'acquisition de terrains situés au nord du quartier de Praga (Varsovie rive droite). Il commença par y faire édifier un manoir et une ferme appelée Bojnówek.
Dwór Bojnówek, l'ancien manoir qui appartenait à Szmul Zbytkower en 1911 où se trouve aujourd'hui la rue Nieporęcka
Dwór Bojnówek, l'ancien manoir qui appartenait à Szmul Zbytkower en 1911 où se trouve aujourd'hui la rue Nieporęcka (Cliquer pour agrandir)
Sa position à la cour du roi Stanisław August Poniatowski pris alors une grande importance. Sa troisième femme qu'il épousa en 1799, Judyta (Judith) Gitl Jakubowicz Lewi, dont le salon était très fréquenté par des diplomates, des officiers, des hauts fonctionnaires et de riches marchands, était fréquemment invitée aux dîners du roi dont elle était une protégée. Elle était originaire de Francfort sur Oder. Il semble que ses relations privilégiées aient aidé son mari dans ses affaires, en fait elle était très proche et active dans la conduite de ses affaires. Szmul avait auparavant épousé une première femme dont on ignore aujourd'hui le nom et avec qui il eut 2 enfants, Abel et Berek, puis s'était de nouveau marié avec Eufrozyna Gabriel, avec qui il divorça par la suite. Avec cette seconde épouse, il eut une fille, Atalia Józefa Adolfina . Avec Judyta , ils eurent 3 filles; Marianna Barbara Bona, Ludwika Rebeka et Anna qui épousa l'homme d'affaires Tischler puis le sénateur Morawski.
Szmul Zbytkower et sa femme Judyta
Szmul Zbytkower et sa femme Judyta
Zbytkower était un rude commerçant, intransigeant et intraitable en affaires et qui n'hésitait pas à exploiter la masse juive laborieuse et pauvre de Varsovie. Sa position prédominante dans la communauté juive accentua son influence, tant pour sa férocité dans le commerce que pour ses actions bienfaitrices envers la communauté. Durant la bataille et le massacre de Praga de 1794, dramatique épisode de l'insurrection de Kościuszko contre les russes, Zbytkower aida à la mise en place d'un régiment composé de juifs et mené par le patriote juif polonais Berek Joselewicz à qui il fournit des chevaux pour la troupe. Zbytkower fut alors remarqué pour son sauvetage de très nombreux juifs des mains de l'assaillant, notamment de nombreux enfants extraits des mains des cosaques. Ses propriétés furent confisquées par les russes, cependant il put récupérer une partie de son patrimoine en 1797. La ferme Bojnówek fut en partie endommagée durant l'insurrection de 1794. Vers la fin du XIXème siècle, Zbytkower et sa femme Judyta obtinrent leur droits de résidence, de commerce et de production du monarque prussien Friedrich Wilhelm II. Les terrains que Shmul Zbytkower avait acquis et sur lesquels se trouvaient le manoir et la ferme Bojnówek furent revendus par l'un de ses petits-fils, Stanisław Flatau (de sa fille Ludwika Rebeka Flatau) à la famille von Brühl. En 1807, Szmul Zbytkower était le fournisseur le plus important du duché de Varsovie. Avec la mise en place de la domination russe vers 1815, ses activités se concentrèrent sur les opérations bancaires. Il amassa une immense fortune qui fut répartie à sa mort entre ses enfants et petit-enfants. Il procéda à de nombreux dons financiers auprès de diverses structures sociales telles que l'hôpital juif, l'hôpital de l'Enfant Jésus et de nombreuses fondations comme celles pour les enfants abandonnés, les personnes malentendantes, diverses pensions, le tout sans distinction de religion.

Le cimetière juif de Bródno

Shmul Zbytkower fut inhumé en 1801 dans le grand cimetière juif de Bródno situé à l'ouest du quartier de Praga, cimetière qu'il avait fondé en 1780 et où étaient inhumés surtout des juifs de condition modeste et pauvre. A la mort de Zbytkower, en 1801, Judyta poursuivit les activités commerciales de son défunt mari. Talentueuse en affaires, elle était propriétaire d'une banque et d'une entreprise commerciale et elle maintint des relations d'affaires avec Vienne, Berlin et Saint-Pétersbourg. Ce grand cimetière qu'il avait créé, antérieur au cimetière juif actuel de Varsovie de la rue Okopowa, fut dévasté durant la guerre, puis démantelé durant l'ère communiste, dans les années 1950, afin de le transformer en parc, mais ce projet qui avait démarré fut abandonné. Le cimetière est actuellement en cours de restauration et devrait ouvrir au public. Lors du projet de transformation en parc, toutes les tombes furent démantelées et les stèles déplacées et rassemblées dans la partie nord-ouest du cimetière. Elles sont aujourd'hui empilées et visibles, par contre la tombe de Szmul Zbytkower n'est plus visible.
La tombe de Szmul Zbytkower dans le cimetière juif de Bródno à Varsovie, avant la seconde guerre mondiale
La tombe de Szmul Zbytkower dans le cimetière juif de Bródno à Varsovie, avant la seconde guerre mondiale, réalisée par l'artiste Dawid Friedlander - Photo auteur inconnu

Henri Bergson, descendant de Zbytkower

Shmul Zbytkower est un ancêtre direct du philosophe Henri Bergson, Prix Nobel de littérature en 1927. Szmul eut deux fils de sa première union dont Dow Ber Sonnenberg également appelé Berek Szmulowicz Sonnenberg (1764-1822), banquier et philanthrope, qui fut inhumé dans le cimetière juif de la rue Okopowa à Varsovie et dont le magnifique mausolée, aujourd'hui visité, fut créé par le célèbre artiste Dawid Friedlander qui avait déjà réalisé une création sur la tombe de Zbytkower. Ber Sonnerberg repris les affaires à la mort de son père. C'est lui qui finança la construction de la fameuse synagogue ronde de Praga, qui a malheureusement été démolie durant les années communistes. Berek Sonnenberg reçu du souverain Friedrich August I le droit d'emménager en dehors du quartier juif à Varsovie. Il s'illustra en affaires, avec son beau-frère Samuel Fraenkel (qui était marié avec la fille de Szmul, Atalia Józefa Adolfina), notamment avec la production et le quasi monopole de la commercialisation du sel, dont celui de la mine de Wieliczka, au sud de Cracovie. Les importants revenus engendrés alimentèrent son activité de prêts bancaires. Il s'illustra également pour ses actions de bienfaisance. Ber Sonnenberg eut un fils, Gabriel Bergson (1790-1844) qui exerça comme commerçant à Varsovie et à Hambourg. De son premier mariage, Gabriel eut 6 enfants dont Michał Józef Bergson, (1820-1898). Michał était un pianiste et compositeur de talent, promoteur de la musique de Chopin, qui devint professeur au conservatoire de Genève en 1863. Ce dernier donna naissance au philosophe Henri Bergson (1859-1941). L'ancien grand bâtiment de la communauté juive du quartier de Praga, édifié au début du XXème siècle, porte le nom de Michał Bergson et est toujours visible dans la rue Jagiellońska au numéro 28, à deux pas de là se trouvait la synagogue financée par son grand-père, Ber Sonnenberg. Aujourd'hui, un quartier de Varsovie mitoyen du quartier de Praga (rive droite) s'appelle Szmulowizna (et plus familièrement Szmulki) en mémoire de Shmul Zbytkower qui autrefois possédait de nombreuses terres dans ce secteur. Le nom de la rue Folwarczna, située dans ce même quartier provient de la ferme Folwark Bojnówek qui se trouvait dans les environs.
Le bâtiment Michał Bergson, qui appartenait à la communauté juive du quartier de Praga
Le bâtiment Michał Bergson, qui appartenait à la communauté juive du quartier de Praga. A droite au fond, l'ancien mikveh. La synagogue de Praga se trouvait à l'emplacement du jardin pour enfants (Cliquer pour agrandir)

La dernière synagogue de style oriental en Pologne

Landé, une famille qui a marqué l'histoire des juifs d'Ostrów Wielkopolski

Il est une synagogue quasiment inconnue du grand public qui s'intéresse à l'histoire de la Pologne et qui ne figure pas sur les circuits touristiques dédiés au patrimoine juif. Pourtant cette synagogue possède quelque chose d'unique dans son architecture puisque c'est la dernière grande synagogue de style oriental que l'on peut admirer aujourd'hui en Pologne, à Ostrów Wielkopolski, en région de Grande Pologne (ouest), à une centaine de kilomètres au nord-est de Wrocław. Elle est à mes yeux l'une des plus belles synagogues aussi bien par le style mauresque unique de ses élévations et de ses deux tours que par sa double galerie en bois qui surplombe l'ancienne grande salle de prières. Elle fût inaugurée en 1860 et son architecte et bâtisseur s'appelait Moritz Landé.
La synagogue de Ostrów Wielkopolski restaurée en 2010
La synagogue de Ostrów Wielkopolski restaurée en 2010 (Cliquer pour agrandir) - Photo www.shabbat-goy.com
Moritz Landé
Moritz Landé (Cliquer pour agrandir) - Photo Domaine public
Moritz Landé est né en 1829 à Ostrów Wielkopolski, une ville polonaise alors appelée Ostrowo lorsque la province de Posen (Poznań) était sous domination germanique durant le XIXème siècle. Né dans une famille juive, il était le fils de Löbel Landé, un commerçant prospère établi en ville. Les origines de la famille remontent probablement à leur présence dans la ville de Landau dans le land de Rhénanie-Palatinat et serait affiliée à la lignée de la famille sacerdotale des Lévites. Dans cette ville germanique, les familles Landau étaient installées depuis de très longues générations, et, selon la tradition familiale, installées dès les premiers siècles de la chrétienté avec l'arrivée des légions romaines. Avec la persécution des juifs en terre germanique dès le XIème siècle, les familles émigrèrent vers l'est dans les territoires de la Pologne et de l'actuelle République Tchèque. Des enregistrements des familles sont notés à Cracovie, à Opatów et à Tarnopol en Ukraine. Beaucoup de descendants sont devenus prêtres et rabbins conformément à la tradition des lévites. C'est vers le XVIIIème siècle que le nom de Landau a été transformé en Lande. L'accentuation du nom, Landé, n'étant apparue qu'à partir du début du XIXème siècle à Ostrowo. Le premier représentant de la famille présent à Ostrów était Jakob ben Jicchak ha-Levi Lande, arrivé en ville très probablement depuis Kalisz vers 1770 pour prendre les fonctions de premier rabbin permanent. Il se maria avec Vögele, la fille d'un scientifique dénommé Samuel Cohen. Le rabbin Lande mourut en 1787 et fut enterré dans le cimetière juif de Ostrów. Jakob eut deux fils, Hirsh et Moses, et une fille Torza. Plusieurs générations de la filiation de Moses se sont succédée à travers ses 4 fils et 2 filles. Seul Löbel Landé (1788-1869) est resté à Ostrów alors devenue Ostrowo. un autre fils, Jakob, s'installa à Wrocław (Breslau) et Dawid, entrepreneur et industriel, géra ses affaires au travers d'une mine de tourbe, une trentaine d'ateliers de tissage situés à Kalisz et une filature de coton à Łódź. Löbel se maria avec Blume Zuckermann et ils eurent 14 enfants dont 5 filles et 5 garçons (les autres étant morts en bas-âge). Il exerça de façon prospère à Ostrowo comme commerçant notamment avec l'approvisionnement en fruits exotiques. Il a été le fondateur d'une synagogue et l'un des principaux bienfaiteur d'une école juive. Il fut l'un des premiers juifs naturalisé prussien en 1833. Parmi les enfants du couple Löbel et Blume, il y eut le futur architecte Moritz et Josef, qui devint un commerçant célèbre à Ostrowo puis à Berlin. Il est à noter qu'après la première guerre mondiale, on assista à une forte émigration des juifs d'Ostrowo, redevenue Ostrów, vers l'Allemagne. Hugo, le fils de Josef ouvrit un cabinet d'avocats en Allemagne à Elberfeld, il se maria avec sa cousine Tekla Landé, la fille de Moritz, et le couple fut très actif dans les mouvements socialistes et dans leur ville où Tekla fût l'une des premières femmes d'Allemagne à siéger dans un conseil municipal. Ils eurent quatre enfants. Leur fils aîné, Alfred Landé devint un grand scientifique, professeur à l'Université de Tübingen, puis chercheur à l'université Colombus, Ohio, aux Etats-Unis. Leur fille Charlotte exerça en tant que pédiatre, Franz devint musicien, compositeur et critique, il mourut à Auschwitz; et Eva qui fit carrière en tant que professeur puis œuvra au sein d'une organisation chrétienne d'Amérique dans la lutte contre la pauvreté. Moritz Landé fut éduqué par un percepteur puis il poursuivit ses études à Breslau (Wrocław). Il partit vivre chez son oncle Jacob Landé qui était architecte. Il se maria avec Sophie Block en 1857. Il dessina et dirigea l'édification de la synagogue de Ostrów Wielkopolski dont la construction s'étala entre 1857, avec la pose de la première pierre, et son inauguration en 1860 en présence du rabbin Aron Moses Stössel et des autorités de la ville. La synagogue fut réalisée dans un style architectural oriental mauresque. C'était alors l'un des bâtiments les plus prestigieux de la ville. Un grave accident survint en 1872 à la synagogue le jour de Yom Kippour où une coupure de gaz, qui était utilisé pour éclairer l'intérieur de l'édifice, provoqua un mouvement de foule durant lequel 19 personnes moururent piétinées. Le bâtiment édifié en briques s'inscrit dans un plan perpendiculaire avec une arche Sainte (Aron ha-Kodesh) située au sud de la grande salle de prières qui est surmontée par deux majestueuses galeries réalisées en bois. Les élévations intérieures et les boiseries sont ornées de polychromies. Les élévations extérieures furent réalisées avec des décorations architectoniques inspirées du style mauresque oriental qui se développa alors durant le XIXème siècle en Europe. Les deux tours situées côté rue à chaque extrémité de la synagogue offrent à l'ensemble une architecture unique et grandiose. Moritz Landé a été un bâtisseur et architecte de grand talent. Il a été le concepteur de l'un des cimetières juifs de Berlin. En 1864, il s'installa avec sa famille à Berlin où il mourut en 1888. Il fut inhumé dans le grand cimetière juif de Berlin de Weißensee.
Intérieur de la synagogue de Ostrów Wielkopolski restaurée en 2010
Intérieur de la synagogue de Ostrów Wielkopolski restaurée en 2010 (Cliquer pour agrandir) - Photo www.shabbat-goy.com
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