Un itinéraire en Pologne à la découverte des traces juives

Partez à la découverte des 353 sites de mémoire juive que j’ai visité jusqu’ici à travers la Pologne et venez partager un riche et émouvant voyage dans les anciens shtetl et quartiers juifs. Vous découvrirez également de nombreux articles autour de ce sujet en Pologne et ailleurs.
» Shabbat Goy en chiffres c’est 259 sites sur 353 mis en ligne: 180 cimetières, 117 synagogues, 11 camps, 4 sous-camps et 10 autres sites. C’est aussi 332 galeries.

La page BASE Sites a été modifiée. Tous les sites visités sont présentés avec possibilité directe de localisation de chaque site sur Google Maps.
The page BASE Sites has been updated. All visited sites are presented with a direct possibility to localize each site on Maps.

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Shabbat Goy, pourquoi ce nom ?

Shabbes goy, kézako (Qu’es aquò) ?

Les gens qui me contactent me demandent souvent pourquoi ce nom. Et généralement, ceux qui me posent la question sont des juifs. Les autres doivent procéder par déduction car rares sont ceux qui m’interrogent.
Ceux qui ont un minimum de connaissances religieuses savent que le shabbat, ce moment de la vie juive, symbolise le jour du repos qui commence le vendredi au coucher du soleil chez les juifs pratiquants, tout comme le dimanche est chez les chrétiens pratiquants jour de repos. De fait chez les juifs le samedi est le jour de repos hebdomadaire. Goy, beaucoup savent aussi que ce nom désigne un non-juif pour les juifs. Par contre, tout le monde ne sait pas forcément ce que signifient ces deux mots lorsqu’ils sont accolés ensemble.

Shabbat Goy, ou shabbes goy en yiddish, désigne le non-juif qui assiste un juif lors de la période du shabbat pour l’exécution de certaines tâches interdites durant ce moment. En effet, la loi juive édicte un ensemble de préceptes auxquels se plient de manière plus ou moins rigoureuse les juifs selon leurs communautés et leur manière de pratiquer la religion juive, beaucoup plus stricte chez les juifs orthodoxes ou hassidiques.
Nous pouvons noter ici que les premiers chrétiens, des juifs convertis, durant la première moitié du premier siècle de notre ère pratiquaient toujours le shabbat et d’autres rites juifs; ces règles et interdits furent ensuite assouplis et adaptés pour les païens (convertis non-juifs) durant l’évangélisation de Saint Paul (Saul de Tarse) et plus tard. En effet, les premiers chrétiens pratiquaient le shabbat, étaient circoncis, suivaient les préceptes culinaires, etc.
Aujourd’hui, chez les juifs, ces règles encadrent et modifient durant le jour du shabbat leur comportement par rapport aux actions qu’ils réalisent quotidiennement dans nos sociétés modernes comme les tâches culinaires, la conduite d’un véhicule, les activités professionnelle et le travail de manière plus générale, la manipulation de l’argent, l’utilisation du téléphone et des lumières de la maison, de l’ascenseur * ainsi que d’autres aspects plus anodins ou anecdotiques.
* Dans certains immeubles un ascenseur a été spécialement adapté de manière à fonctionner en continu entre certaines heures et en s’arrêtant systématiquement à tous les étages de sorte que les usagers ne puissent pas intervenir sur les boutons et donc se conformer aux règles en usage durant le shabbat.

Ascenseur de shabbat

Ascenseur de shabbat

Par courtoisie pour nos visiteurs de confession juive, l’ascenseur sud #9 fonctionne de manière automatique durant le shabbat.

Un juif peut faire appel à un non-juif, le goy (shabbat goy), pour réaliser à sa place certaines tâches qui lui sont interdites durant la période de shabbat. En Pologne, jusqu’à la guerre, dans les quartiers juifs et dans les shtetls, les shabbat goy, moyennant quelques pièces ou verres de vodka, procédaient à des tâches comme l’extinction des bougies de la demeure, l’allumage du foyer en hiver; cette tâche pouvait également être réalisée par une non-juive (shabbat goyah). Dans l’application stricte de la loi juive, il est normalement interdit à un juif de faire travailler un non-juif sous son toit, cependant, des rabbins autorisèrent l’emploi de shabbat goy à la maison, notamment dans les pays d’Europe centrale pour le maintien ou l’allumage du foyer durant les périodes de froid.

Durant son adolescence à Memphis, dans les années 1950, Elvis Presley remplit le rôle de shabbat goy envers la famille juive Fruchter qui logeait à l’étage du dessus.

Mon choix du nom

Le nom de Shabbat Goy pour le site web m’est venu assez simplement. Je trouvais qu’il associait à la fois le non-juif que je suis et l’intérêt que je porte à l’histoire des juifs. De plus il interroge et excite la curiosité, parfois l’étonnement voire le rejet comme cela fut le cas de la part de Didier Bertin, l’auteur d’un article sur le blog Times of Israël truffé de poncifs et de stéréotypes sur les polonais que je relevais dans un commentaire et qui me répondit tout de go : « je devine que vous avez choisi le nom de Goy par provocation.je ne répondrai plus à vos commentaires ».
J’appris également par la suite que le terme de shabbat goy était utilisé de manière très péjorative pour cataloguer et qualifier de manière méprisante des personnes qui supportent la cause juive.

Alors comme ma fonction de shabbat goy reste purement virtuelle, je m’efforce donc de maintenir allumée, aussi bien le jour du shabbat que le reste de la semaine, à ma modeste mesure, la lumière de la connaissance et de la présence passée des juifs de Pologne.

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Danzig 1939, les trésors d’une communauté détruite

La fin d’une histoire juive

Suite au traité de Versailles de 1919 qui mit fin à la première guerre mondiale, la Pologne recouvra son indépendance après plus d’un siècle d’occupation. A l’issu de ce redécoupage des frontières, l’ancienne cité hanséatique de Danzig fut érigée en ville libre (Freie Stadt Danzig) et placée sous la protection de la Société Des Nations (ancêtre de l’ONU).

La grande synagogue de Danzig avant sa démolition en 1939

La grande synagogue de Danzig avant sa démolition en 1939 (Cliquer pour agrandir) © The jewish museum / New York


Ci-dessus la grande synagogue de Danzig édifiée entre 1885-1887, peu avant sa démolition. Sur le porche d’entrée a été étalée une bannière sur laquelle on peut lire: La synagogue sera bientôt démolie. Sur la palissade de chantier qui a été dressée (non visible dans ce montage), une autre bannière avec cette inscription: Viens cher mois de mai et délivre-nous des juifs. La synagogue fut démantelée en mai 1939.

A cette époque là, 90% de la population était germanophone. L’avènement de Hitler au pouvoir, la revendication grandissante de la cité par le parti nazi pour le rattachement des populations allemandes au Reich et la montée du parti nazi à Danzig scellèrent le destin de la communauté juive dont les premiers membres, des marchands, s’étaient installés au XVIème siècle. Leur présence fut longtemps encadrée et autorisée dans de cadre de règles très strictes, la population juive ne dépassa jamais plus de 4% de la population totale. En 1938, la plupart des juifs de Danzig émigrèrent vers l’étranger. C’est durant cette période que les archives de la grande synagogue furent expédiées à Jérusalem et que le trésor constitué d’objets de cérémonie fut expédié à New York. Le dernier office à la synagogue intervint le 15 avril 1939, le démantèlement de l’édifice démarra le mois suivant.

Démolition de la grande synagogue de Danzig

Démolition de la grande synagogue de Danzig (Cliquer pour agrandir) © The jewish museum / New York

A propos du trésor de la grande synagogue

Reçu cette semaine le catalogue Danzig 1939: Treasures of a destroyed community édité en 1980 par le musée Juif de New York à l’occasion de l’exposition présentant une partie du trésor de la grande synagogue de Danzig.
Cette collection était constituée de plus de 300 objets dont une bonne moitié étaient présenté lors de cette exposition. Une partie de ces objets présentés au public provenaient de la collection privée de Lesser Gieldzinski *, une autre partie provenant de la grande synagogue de Danzig et anciennement des synagogues de Danzig-Breitgasse, Mattenbuden, Langfuhr et Schottland; et d’autres objets provenant de personnes privées. La plupart des objets présentés dataient du XVIIIème et XIXème siècle et pour certains du XVIIème siècle.
L’ensemble de cette collection possède une localisation géographique bien définie qui permet d’étudier de manière précise l’art cultuel et les coutumes juives de la région ainsi que les technicités artistiques des artisans chrétiens locaux qui réalisèrent de nombreuses œuvres en s’appropriant les thèmes et les formes de l’art juif contemporain. Seul un artiste juif a pu être identifié parmi ces artisans de Danzig, il s’agit d’un certain Salom Italia, un graveur juif d’origine italienne ayant vécu durant la première moitié du XVIIème siècle. Du fait que les juifs étaient exclus de la guilde des artisans chrétiens, c’est à ces derniers que revenait la réalisation de ces pièces (Gerhard Hintz, un artisan chrétien fut exclu de la guilde en 1702 pour avoir employé des artisans juifs).

* Lesser Gieldzinski (1830-1910) était un collectionneur d’art, un humaniste et citoyen de Danzig. Il fit don d’une partie de sa collection d’objets de culte et de cérémonie à la communauté juive de Danzig en 1904. Parmi ces objets, une couronne de Torah en argent provenant d’Italie et datée de 1699, qui avait été perdue lors d’un pogrom en Russie puis retrouvée.

Couronne de Torah - Joachim Hübner - Berlin 1779 . Collection provenant du trésor de la grande synagogue de Danzig

Couronne de Torah – Joachim Hübner – Berlin 1779 . Collection provenant du trésor de la grande synagogue de Danzig (Cliquer pour agrandir) © The jewish museum / New York




Le thème du trésor de la synagogue de Danzig sera développé lors de la mise en ligne de la présentation de la grande synagogue de Danzig.
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Synagogues de Pologne vues par Wojciech Wilczyk

Vie et destin des synagogues polonaises

Il y a quelques années, j’avais acheté le livre de Wojciech Wilczyk (anglais/polonais) Niewinne oko nie istnieje que l’on pourrait traduire par « l’œil innocent n’existe pas » (ou le regard plutôt). Ce livre édité en 2008 est une véritable petite bible de près de 700 pages sur les synagogues en Pologne.
Son auteur, spécialiste de la photographie documentaire, a en effet parcouru le pays durant plusieurs années et ramené des centaines d’images de ces multiples synagogues et maisons de prières qui ont survécu au temps, ou pas pour certaines d’entre-elles.
Quasiment aucune aujourd’hui est dédiée au culte, pour la bonne et simple raison que les juifs ne sont plus là. Depuis la fin de la guerre, elles ont souvent connu de nombreuses autres vies, généralement elles ont été transformées en entrepôts ou en magasins au sortir de la guerre après avoir été relevées de leurs ruines puisque l’immense majorité des synagogues de Pologne ont été dévastées ou incendiées, souvent dès 1938 (nuit de cristal) pour celles qui étaient situées sur les territoires actuels de la Pologne occidentale.
Elles ont ensuite été transformées durant les décennies communistes qui ont suivi en magasins, halles marchandes, cinémas, restaurants, postes de police, caserne de pompiers, galeries d’art, maisons d’habitation, ateliers, entrepôts, bars, banques, église de Jéhovah, musées, bibliothèques, salles de sport, bureaux administratifs et même piscine municipale comme l’ancienne synagogue de Poznań transformée de la sorte pour la détente des soldats de la Wehrmacht et dont le nouvel usage est encore en activité aujourd’hui.
Nombre d’entre-elles ont été restituées aux communautés juives éparpillées dans le pays. Une partie de ces synagogues ont été rénovées et dédiées à des activités culturelles et de souvenirs du judaïsme, d’autres ont poursuivi leurs activités commerciales dans le cadre de baux initiés par ces mêmes communautés car il est devenu difficile de mener à bien des projets coûteux de restauration. D’autres sont aujourd’hui en ruines ou à l’état d’abandon car les petites communes où elles se situent ne disposent pas de fonds souvent très substantiels à investir pour mener à bien un projet de revitalisation. Restaurer une synagogue ne se limite pas à redresser murs et toitures ou à redonner une certaine magnificence d’antan, restaurer une synagogue, c’est un projet global, conséquent et mûrement réfléchi à mener entre les autorités municipales et régionales qui amènent des fonds et les communautés juives dans une perspective commune qui nécessite la mise en place des activités dédiées, du personnel, des fonds allouées chaque année pour l’entretien et le développement.

Exposition Wojciech Wilczyk

Exposition Wojciech Wilczyk (Cliquer pour agrandir) © www.shabbat-goy.com

A Ostrów Wielkopolski, l’ancienne et dernière grande synagogue de Pologne de style oriental mauresque, restituée à la communauté juive de Wrocław a été vendue en 2005 à la municipalité avec obligation de la dédier à des activités culturelles. En effet, la communauté ne disposait pas des fonds importants pour mener à bien cette grande et magnifique restauration qui a été entreprise par la ville. Elle est devenue à mes yeux l’une des plus belles synagogues de Pologne, encore bien mal connue.
Paradoxalement, toutes ces nouvelles vie dont beaucoup s’offusquent aujourd’hui ont permis à ces centaines de synagogues et maisons de prières de survivre aux vicissitudes du temps et pour plusieurs d’entre-elles de retrouver leur éclat et leur raison d’être.
Il est certain que si durant ces décennies communistes ces synagogues avaient été laissées en l’état il n’y en aurait plus beaucoup encore debout aujourd’hui. Un moindre mal diront certains. C’est tout le dilemme de ces synagogues sans juifs, de ces bâtiments sortis de l’oubli ou de l’indifférence grâce à l’objectif de Wojciech Wilczyk.

Jusqu’au 4 janvier 2016 se tient au Musée de l’Histoire des Juifs polonais de Varsovie l’exposition Wojciech Wilczyk: (nie)widzialne/ (in)visible” qui présente une partie de ses photographies.

Expression antisémite en Pologne

Durant ses visites dans les villes de Pologne, Wojciech Wilczyk en a profité pour saisir sur pellicule les tags et inscriptions antisémites visibles sur de nombreux murs qu’il présente dans le cadre de cette exposition. Si certaines inscriptions sont carrément antisémites, beaucoup d’autres illustrent les invectives et injures proférées entre certains supporters de clubs de football envers l’équipe adverse, « juif » étant devenu l’injure et la caricature ultime pour attaquer l’adversaire, notamment auprès de hooligans de Łódź, de Cracovie ou de Varsovie. Il s’agit là d’un phénomène pas nouveau, apparu depuis la chute du communisme, et déjà présent chez certains supporters d’autres équipes de championnats européens comme cela est arrivé aux Pays-Bas, en Angleterre, en Italie.

Exposition Wojciech Wilczyk au musée de l’Histoire des Juifs polonais

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Les parachutistes

Jürgen Stroop à propos de la liquidation du ghetto

« Un remue-ménage invraisemblable. Incendies, fumées, flammes, étincelles chassées par le vent, poussière, plumes, odeurs de matériaux et de corps brûlés, fracas des canons et des grenades, ces lueurs et ces « parachutistes »…
- Quels « parachutistes » ? demande Schielke.
- Ces juifs, ces femmes et ces enfants qui se précipitaient sur le sol, sur l’asphalte et les pavés, du haut des fenêtres, des balcons et des greniers des maisons dont le rez-de-chaussée était en flammes. Auparavant ils jetaient des édredons, des couvertures et autres guenilles et sautaient là-dessus. Mes S.S. Männer les baptisèrent « parachutistes ». Ce jeu-là dura toute la nuit…

Jeudi 22 avril 1943, liquidation du ghetto de Varsovie – Jürgen Stroop (extrait du livre « Entretiens avec le bourreau »). Stroop était le général SS en charge de la liquidation du ghetto. Il fut jugé puis exécuté en 1952 à Varsovie.

Jürgen Stroop à Umschlagplatz

Jürgen Stroop à Umschlagplatz (Cliquer pour agrandir) – Photo Yad Vashem


Jürgen Stroop à Umschlagplatz. En noir, des éléments de bataillon de milice ukrainienne (Schutzmannschaft). Photo prise à quelques mètres près de l’endroit où se dresse aujourd’hui le mémorial de Umschlagplatz, rue Stawki.
Rue Stawki

Rue Stawki (Cliquer pour agrandir) – Photo Google Maps

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2015, le ghetto de Varsovie

Comprendre la taille du ghetto

Il est toujours difficile de s’imaginer ce que pouvait être le ghetto de Varsovie, par sa taille. Sa superficie s’étalait sur plus de 300 hectares et le mur qui l’entourait à l’origine avait 16 kilomètres de long.

Warsaw ghetto 2015

Warsaw ghetto 2015 – Le tracé (Cliquer pour agrandir)


La vidéo ci-dessous que j’ai réalisée donne une première approche de cet immense périmètre.
Le circuit démarre depuis la limite nord du ghetto pour se diriger ensuite vers la limite sud. Ensuite le tracé bifurque vers l’extrémité sud-ouest du ghetto pour le remonter, le traverser jusqu’à sa limite est puis nord-est pour se terminer à Umschlagplatz.
Les axes traversés sont les suivants:
  • avenue Jean Paul II (nouvelle section*),
  • rue Złota,
  • rue Żelazna,
  • rue Nowolipie,
  • rue Smoczna,
  • rue Anielewicz (ancienne rue Gęsia),
  • rue Świętojerska (nouvelle section et section originale),
  • rue Bonifraterska,
  • rue Muranowska (nouvelle section),
  • rue Stawki (nouvelle section et section originale).

* nouvelle section signifie que ces axes ne suivent plus le tracé d’avant guerre pour ces rues.


Video (1080p HD 28mn) © Jacques Lahitte 2015

Traduction des textes en fin de vidéo

Le ghetto a été établi en septembre 1940. Sa superficie était de plus de 300 hectares et le mur avait 16 kilomètres de long. Plus de 350 000 juifs de Varsovie et des juifs de la région de Mazovie y furent internés. Egalement des juifs d’Allemagne et de quelques autres pays européens furent envoyés dans le ghetto. Sa population atteint quelques pics de 450 000 personnes. Environ 100 000 juifs moururent de maladie et de faim.
Les grandes déportations commencèrent en juillet 1942 et s’arrêtèrent 2 mois plus tard. 300 000 juifs furent envoyés vers le camp d’extermination de Treblinka. L’insurrection du ghetto commença en avril 1943, 13 000 juifs moururent et 57 000 furent déportés. Le grand ghetto fut rasé durant l’insurrection (de la rue Leszno à Umschlagplatz). Un camp de concentration (KL Warschau – également appelé Gęsiówka) fut établi à partir de juillet 1943 dans la rue Gęsia. Des juifs furent envoyés là en provenance de certains camps de concentration, leur tâche était de nettoyer les ruines du ghetto et de trier les matériaux. Le camp fut évacué en juillet 1944 et les derniers 348 juifs qui restaient furent libérés lors de l’insurrection de Varsovie. Par la suite, le camp fut utilisé par le NKVD pour des prisonniers allemands puis pour l’internement d’opposants polonais au communisme.
Le reste de la ville fut presque entièrement détruit durant l’insurrection de Varsovie entre août et octobre 1944, y compris l’ancien petit ghetto. Malgré les destructions et la reconstruction, beaucoup d’immeubles d’avant guerre du petit ghetto sont encore visibles. Les derniers vestiges du mur original ont été préservés grâce à l’action d’un polonais, mr Mięczysław Jędruszczak. Une autre section du mur est visible dans la rue Waliców. En 2008 et 2010, 22 mémoriaux du mur ont été érigés sur le pourtour de l’ancien ghetto.

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La répression en Pologne occupée

Entre dénonciation de son voisin et sauvetage des juifs

Les 6 et 7 décembre 1942, suite à une dénonciation les informant que les familles Skoczylas et Kosiorów cachaient des juifs, les allemands se rendirent à Rekówka et à Stary Ciepielów, 2 hameaux de la commune de Ciepielów située à une quinzaine de kilomètres au sud-est de Radom, pour arrêter les polonais et les juifs qu’ils aidaient.
Dans une ferme du premier hameau, ils découvrirent dans la cuisine, une trappe qui permettait d’accéder à une cache, mais celle-ci était vide. Ils questionnèrent les membres présents des familles Skoczylas et Kosiorów qui partageaient la même ferme mais n’obtinrent aucune réponse. Ils les exécutèrent, soit 14 membres de la famille Kosiorów et le couple Skoczylas. Les allemands les enfermèrent dans la grange située derrière la ferme et l’incendièrent. 2 garçons réussirent à s’échapper mais ils furent abattus dans leur fuite. Dans le second hameau, ils exécutèrent 6 membres de la famille Obuchowicz et 6 membres de la famille Obuchów. Ce jour là, 33 polonais furent tués dans le secteur de Ciepielów.

En 2014, apprenant cette histoire, Jonny Daniels, le fondateur de l’organisation From the Depths, qui oeuvre notamment pour la récupération et le retour des pierres tombales vers les cimetières juifs, stèles que l’on retrouve un peu partout à travers le pays; se rendit à Rekówka et ouvrit cette trappe qui avait été condamnée depuis la guerre. La cache était restée intacte depuis cette période.

Durant ce tragique événement, toute la famille Kosiorów fut tuée dans la grange. Aujourd’hui, un descendant des enfants de la famille Skoczylas habite cette ferme. C’est lui qui a indiqué à Jonny Daniels, l’endroit où une dizaine de juifs se cachaient, dans le sous-bassement de la cuisine, et d’où ils s’étaient absentés avant l’arrivée des allemands pour aller chercher de la nourriture en forêt. On ne sait ce qu’il advint d’eux. Mr Skoczylas fit part de son désir un jour d’entrer en contact avec des descendants de ces juifs autrefois cachés là, s’il y en avait.
Il ajouta que «sa famille avait aidé des juifs, mais n’attendait rien en retour. Ils ne pensaient pas au danger que cela impliquait et les conséquences».

Jonny Daniels

Jonny Daniels accède à l’ancienne cache des juifs (Cliquer pour agrandir) © Elan Kawesch

Andrzej Skoczylas, le petit-fils de Piotr Skoczylas tué par les allemands

Andrzej Skoczylas, le petit-fils de Piotr Skoczylas tué par les allemands © www.zyciezazycie.pl

Sur ce plan-là,je suis plus réservé, car les polonais savaient parfaitement ce qui les attendait si on découvrait qu’ils cachaient des juifs, c’était la mort. En Pologne, durant la guerre, porter assistance à des juifs de quelque manière que ce soit, cacher des juifs était puni de mort et la sanction était immédiatement appliquée par l’occupant. De fait de très nombreux polonais et leur famille ont été exécutés. Mais dans les campagnes polonaises où les allemands n’avaient pas une connaissance précise de l’environnement, c’est pratiquement dans tous les cas suite à des dénonciations que des juifs furent ainsi découverts, arrêtés et exécutés, et avec eux, les polonais qui les protégeaient.

On évalue à 10% le nombre de juifs qui s’échappèrent des ghettos, et une faible partie, des trains en partance pour les camps ou de camps; sur le territoire du Gouvernement Général, hors district de Białystok et de Galicie. On avance le chiffre de 160 000 juifs qui se réfugièrent dans des abris, des caches, des fôrets, chez l’habitant, dans les campagnes. Le nombre de survivants est évalué entre 30 000 et 60 000 personnes au grand maximum (source Krzysztof Persak). Ce qui signifie que des dizaines de milliers de juifs ont péri suite à des dénonciations, mais pas seulement. Énormément sont également morts suite à des meurtres perpétrés volontairement par des paysans pour des raisons diverses, notamment l’appât du gain, des biens juifs sous forme d’extorsion, de vols, l’obtention d’une récompense de la part de l’occupant (du sucre souvent, denrée rare durant la guerre), suite à des battues organisées soit par l’occupant, soit avec le concours des locaux. Beaucoup de juifs vivaient dans les forêts et se déplaçaient constamment, s’abritaient dans des granges et diverses caches. La plupart faisaient du trocs, revendaient ce qu’il leur restait pour acheter de la nourriture, faisaient des petits travaux quand ils possédaient des papiers (faux), mais généralement ils changeaient très souvent d’endroits. Le danger était partout, permanent, aussi bien du côté allemand que polonais. Les histoires de dénonciations, d’arrestations, de chasses et de meurtres perpétrés par des polonais sont terribles. Et la répression exercée par les allemands sur les polonais l’était également. Aussi, beaucoup de paysans aidaient malgré tout des juifs en fonction de leur situation, souvent pauvre et miséreuse durant cette époque. Mais peu les accueillait chez eux car la peur des risques encourus pour soi et sa famille, d’une dénonciation, ne serait-ce que d’avoir été vu avec un juif, était telle que ceux qui cachaient effectivement des juifs arrivaient jusqu’à une certaine mesure à surmonter cette terreur.
L’un des plus tragiques épisodes durant la guerre en Pologne à propos du sauvetage de juifs concerne le massacre de la famille Ulma en mars 1944 durant lequel le couple, Józef et Wiktoria (alors enceinte de presque neuf mois), et les 6 enfants en bas âge furent exécutés pour avoir caché chez eux 7 juifs qui également furent exécutés. La terreur fut telle dans le village de Markowa où s’était passé le drame et dans les environs, que l’on retrouva le lendemain les corps d’une vingtaine de juifs dans les champs avoisinants, juifs qui pourtant vivaient cachés depuis plus d’un an chez des locaux. La peur engendrée par la répression exercée sur la famille Ulma et celle de la dénonciation éventuelle par des juifs qui seraient interrogés par les allemands s’ils venaient à être pris, fit que des polonais en arrivèrent au point où ils tuèrent les juifs qu’ils avaient aidé, pour protéger leur famille.

Les polonais qui ont péri en cachant des juifs sont morts suite à des dénonciations, essentiellement de la part de leurs voisins. Aussi porter assistance à des juifs durant la guerre avait pris une dimension tout à fait extraordinaire et demandait en dehors du courage et du sang froid dont il fallait faire preuve, une prise de responsabilité extrême qui impliquait directement tous les membres présents sous le toit, les juifs et les membres de sa famille.
Aussi faut-il comprendre que cette prise de décision avait un tout autre sens en Pologne occupée.

Aide et répression en Pologne occupée

Aide et répression en Pologne occupée (Cliquer pour agrandir) – Carte www.zyciezazycie.pl

Cartes ci-dessus: les repères concernent essentiellement des personnes et leur famille qui ont été honorées du titre de Juste parmi les Nations par Yad Vashem. Source Życie za życie – En mémoire des polonais qui ont risqué leur vie en sauvant des juifs. www.zyciezazycie.pl

D’après un article paru dans The Wall Street Journal et complété par d’autres sources.

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L’hôpital évangélique dans le ghetto

Une enclave au cœur du ghetto de Varsovie

Dès la fermeture du ghetto en novembre 1940, un petit périmètre sous accès contrôlé fut délimité, il constitua une enclave dans le grand ghetto qui abritait des bâtiments de la communauté évangélique; l’église, le consistoire et l’hôpital.

Hôpital évangélique - Ghetto de Varsovie

Plaque commémorative de l’ancien hôpital évangélique – Ghetto de Varsovie (Cliquer pour agrandir) © www.shabbat-goy.com

L’hôpital a existé durant une période allant de 1736 à 1943. A l’origine se trouvait à proximité un cimetière protestant. Le bâtiment a subi plusieurs remaniements, notamment durant le XIXèmesiècle en 1835-1837 où il a été agrandi. L’hôpital se trouvait à l’angle des rues Karmelicka et Mylna.
Durant la guerre, l’hôpital s’est retrouvé inséré dans le ghetto dès novembre 1940, mais séparé par un mur, dans une enclave où se trouvait également l’église évangélique. Il a été fermé lors de l’insurrection du ghetto. Il fut ensuite utilisé par les combattants, lors de l’insurrection de Varsovie en 1944.

Sa présence dans le ghetto durant la guerre a permis d’apporter aide et assistance à de nombreux juifs. Une plaque commémorative rappelle sa présence, son histoire, l’aide et le sauvetage de juifs, en polonais, en allemand et en hébreu. En effet, de nombreux juifs et leurs familles eurent recours aux services de l’hôpital et à la protection du père Z. Michelis et de la mère supérieure Józefa Borsch, ainsi qu’à l’assistance de nombreux médecins et infirmières. De nombreuses réunions clandestines se tinrent également dans l’enceinte de l’hôpital. C’est aussi par l’hôpital que de la nourriture pu être apportée vers l’intérieur du ghetto.

Hôpital évangélique - Rue Karmelicka à droite, rue Mylna à gauche

Hôpital évangélique – Rue Karmelicka à droite, rue Mylna à gauche

La plaque aujourd’hui visible sur le bâtiment Nowolipie 9/11 a été apposée par la fondation de l’hôpital évangélique de Varsovie, la ville allemande de Delmold et l’église évangélique allemande de Lippe. Delmold est la ville natale de Jürgen Stroop, le général SS qui dirigea l’écrasement de l’insurrection et la destruction du ghetto de Varsovie en 1943.

Visiter le page du mémorial du mur du ghetto dans l’enclave évangélique.

Vues de l’hôpital avant et après la guerre


Cartes de localisation
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Les fondations de l’ancien café Sztuka

Sous les pavés, les briques et l’Histoire

Dès que l’on gratte un petit peu sous les pavés ou l’asphalte de Varsovie, l’histoire et les images du passé ressurgissent.
Les travaux qui ont actuellement lieu dans le petit parc qui se trouve devant le cinéma Muranów ont mis au jour des éléments de fondations des immeubles qui se trouvaient aux numéros 1 et 3 de la rue Przejazd, une rue aujourd’hui disparue.

Fondations d'immeubles de l'ancienne rue Przejazd

Fondations d’immeubles de l’ancienne rue Przejazd (Cliquer pour agrandir) © www.shabbat-goy.com

Les fondations de l’immeuble qui était situé au numéro 1 de la rue Przejazd et qui faisait l’angle avec la rue Leszno (actuelle avenue Solidarité – Solidarność) par sa façade située au numéro 2 ont été mises au jour.
Le grand immeuble de style classique a été édifié vers les années 1791-1792 pour le compte du propriétaire et marchand de bières Karol Martin au temps du roi Stanisław August. La façade la plus imposante donnait sur la rue Leszno. Durant l’entre-deux guerres, cet immeuble qui avait perdu son architecture originale, et qui disposait de deux cours intérieures abritait un café, le cinéma Era ainsi que le restaurant-Bar Central de Izaak Gertner.
Dans l’immeuble Martin du numéro 2 de la rue Leszno, durant la seconde moitié du XIXème siècle, se trouvait le café de Maria Dębska. Ensuite, avec le retour de l’indépendance après la première guerre mondiale, l’immeuble abrita l’Association des artistes de scène juifs, une bibliothèque, une salle de conférence et un club. Egalement un café tenu par Izaak Ajzenberg. Il y avait aussi le cinéma Riviera (qui succéda au Era).
Leszno 2 - Café Sztuka durant le ghetto

Leszno 2 – Café Sztuka durant le ghetto (Cliquer pour agrandir) © ISPAN

Pendant la guerre, l’immeuble se retrouva inséré à la limite est du ghetto nord, où se trouvait une des portes d’accès principales qui fonctionna de novembre 1940 jusqu’à février 1942.
L’immeuble abrita le café Sztuka qui s’était installé dans les anciens locaux du restaurant de Izaak Gertner. Le café se présentait sous la forme d’un cabaret littéraire où se produisirent les pianistes Władysław Szpilman (le pianiste du film de Roman Polański qui avait abandonné ses concerts au Nowoczesny (le Moderne) pour venir jouer au café Sztuka, et Artur Goldfeder, les pianistes jouant également en duo, la célèbre chanteuse d’avant-guerre Wiera Gran (Weronika Grinberg), également l’auteur et poète Paula Braun, l’actrice et chanteuse Diana Blumenfeld, la chanteuse Marysia Ajzensztadt, le poète
Andrzej Włast (Gustaw Baumritter), le poète et auteur Władysław Szlengel et bien d’autres. Là se réunissaient une intelligenstia juive assimilée. Le café Sztuka devint l’un des lieux de la vie musicale et littéraire dans le ghetto.
Szpilman écrivit la célèbre chanson « Son premier bal (audio ♫) » qui fut interprétée par Wiera Gran.
Le café était composé d’une salle de concert et d’un bar.
Durant cette période tragique du ghetto, il régnait au café Sztuka une ambiance quelque peu hors du temps, « une sorte de snobisme, d’aristocratie, d’élégance factice » rapporte Mary Berg dans son journal du ghetto.

Maria (Marysia) Ajzensztadt (1921-1942)

Elle était la fille de Dawid Ajzensztadt, le dirigeant des chœurs de la synagogue Nożyków et de la grande synagogue de Varsovie. Son répertoire englobait aussi bien la chanson populaire que des arias d’opéra. Elle était aussi pianiste, instrument qu’elle étudia avec Maria Bar puis avec Zbigniew Drzewiecki. Au cours de l’année 1940, la famille envisageait de partir à l’étranger, mais le ghetto fut définitivement bouclé en novembre 1940. Dès cette période, elle débuta comme chanteuse professionnelle et sa voix devint célèbre dans le ghetto à tel point qu’elle fut surnommée le rossignol du ghetto. Szpilman, le pianiste, dit par la suite que si elle avait survécu à la guerre, elle aurait été connu par des millions d’auditeurs. Elle était accompagnée par Ignacy Rosenbaum et parfois Ruth Zandberg. Son timbre de voix la classait parmi les sopranos lyriques, avec une couleur inhabituelle. Malgré son jeune âge, son large répertoire pouvait aborder des pièces de Schubert, Mendelssohn, Schumann, Puccini, Verdi, Mozart, Rossini, Rimski-Korsakov. Son talent était infiniment reconnu et les éloges pouvaient se lire dans la Gazette juive (Gazeta Żydowska). De même que sa beauté et ses traits de caractère étaient très appréciés.
Marysia Ajzensztadt

Marysia Ajzensztadt

Durant la période du ghetto, elle se produisit au Femina (rue Leszno 35) puis au café Sztuka (rue Leszno 2).
Marysia Ajzensztadt est morte dès les premiers jours des grandes aktions de déportation d’août 1942. Elle aurait été tuée lors de la séparation avec son père et sa mère sur la rampe d’Umschlagplatz, lorsqu’elle aurait accouru auprès d’eux alors qu’on les poussait vers le wagon.
Leszno 2, Cafe Sztuka - Marysia Ajzensztadt

Leszno 2, Cafe Sztuka – Marysia Ajzensztadt (Cliquer pour agrandir) © Bundesarschiv Koblenz


L’immeuble Leszno 2 abritait aussi le centre Centos, l’oganisation centrale pour la protection des orphelins. L’organisation avait établi durant l’entre-deux guerres une maison de repos et une autre pour les enfants, ainsi qu’une institution de médecine et organisait aussi des colonies pour l’été. Durant l’occupation et la période du ghetto, le centre Centos était dirigé par l’avocat Briański puis le docteur Adolf Berman et Józef Barski. De nombreuses autres personnalités s’investissaient dans l’organisation dont Yehudit Ringelblum, la femme de Emanuel Ringelblum. Selon des données datant de 1942, l’organisation Centos fournissait une centaine de points de distribution qui alimentaient 45 000 enfants du ghetto.
L’immeuble se trouvait à une centaine de mètres de la grande synagogue Tłomackie.

Le café fut fermé durant les déportations de l’été 1942. Le bâtiment fut partiellement incendié durant l’insurrection du ghetto. Il abrita ensuite des combattants lors de l’insurrection de Varsovie en 1944, période durant laquelle Marek Edelman s’y trouva quelques temps. Les ruines du bâtiment furent détruites avec d’autres aux alentours en 1946 avec le début de la reconstruction et l’élargissement de la rue Leszno qui fut transformée en avenue.
Sztuka signifie l’Art.

Diverses vues des fondations


Cartes de localisation

Une partie des sources présentées ici proviennent des ouvrages de Jacek Leociak et Jerzy Majewski.
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La synagogue et le cimetière juif de Sejny

Le patrimoine juif à Sejny

La synagogue et la Yeshiva de Sejny (Cliquer pour agrandir)  © www.shabbat-goy.com

La synagogue et la Yeshiva de Sejny (Cliquer pour agrandr) © www.shabbat-goy.com


Les juifs ont commencé à s’établir à Sejny durant la seconde moitié du XVIIème siècle. En 1796, on dénombrait à peu près 200 juifs, soit 30% de la population…
>> Présentation de la synagogue de Sejny.
>> Présentation du cimetière juif de Sejny.
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Et vous, qu’auriez-vous fait ?

Marianna Krasnodębska, une Juste parmi d’autres

« Nous devions les aider, » dit-elle à propos des juifs. « C’était simplement le devoir de tout être humain. Ils nous avaient aidé aussi, comme cela est normal lorsqu’on vit ensemble. »

Marianna Krasnodębska

Marianna Krasnodębska (Cliquer pour agrandir) © Anna Musiałówna


Marianna vivait à Piaski, une ville près de Lublin. Son père était greffier, c’était une des élites de la ville; ils possédaient un immeuble et une grande ferme. Il y avait huit enfants dans la famille. Tous faisaient partie de la résistance (Armia Krajowa, armée de l’intérieur) depuis le début de l’occupation. Les allemands tuèrent 4 des frères de Marianna et son grand-père pour avoir hébergé des résistants. Son nom de code dans la résistance était «Wiochna».
« Avec une confiance déterminée et une réelle conscience » raconte-t-elle, « je peux dire qu’aucun des habitants de Piaski n’a trahi des juifs durant leur clandestinité. Ils ont pu être effrayés à l’idée de les aider, mais n’en ont dénoncé aucun. Il y avait 2 informateurs, mais ils furent exécutés par la résistance. »
Elle énumère les juifs cachés à Piaski. Nina Drozdowska de Varsovie qui était dans la famille de Janek Król, madame Makosiowa et son fils chez les Baranowski. Il y avait un petit garçon juif dans la famille Świtacz, un juif tchèque ou allemand chez les Siedliska, et une famille entière chez les Zajączkowski. Les Zajączkowski ont été d’un grand secours pour les juifs, également les prêtres, et aussi le docteur Bażański qui leur fournissait médicaments et bandages. Les amis de sa famille qui furent sauvés, avec leur aide, étaient: Godel Huberman, Mendel Plinka et Józef Honig avec son père et son frère.
Elle a relaté cette histoire dans son livre «Historiach mówionych» (Histoires racontées).
« Chaque guerre, » dit-elle, « apporte à la fois son lot de héros et de bêtes parmi les hommes. Et les gens sont les mêmes, quelle que soit la nation. »

Marianna Krasnodębska (et sa famille) a été honorée en 2001 du titre de Juste parmi les Nations pour le sauvetage de Józef, Moszek et Mordka Honig, Godel Huberman, Mendel Plinka, Aron Pindel, Hersze Apel, Icel Nudel, Mosze Susak, Szmul Wajzer, Szloma Tajerstan, Wolf Lewin et ses filles Hana et Gertrude. Marianna est née Jarosz en 1923.

La Pologne est le premier pays par le nombre de personnes honorées du titre de Juste parmi les Nations par Yad Vashem, mais en fait, j’ai l’intime conviction que ce nombre doit être beaucoup plus élevé. En effet, nombre de familles et polonais se sont tu à la fin de la guerre par peur de représailles pour avoir caché ou sauvé des juifs, de plus le sauvetage d’un seul juif, notamment en ville, nécessitait l’implication de nombreux polonais.

Beaucoup d’entre-vous qui lisent mes articles ne portent pas les polonais dans leur cœur, je peux le comprendre sans problème vu des réalités passées et également un bruit médiatique parfois loin de refléter les réalités de cette période de la guerre dans ce pays.
En Pologne occupée, le sauvetage de juifs avait pris une dimension tout à fait particulière. Aider un juif, lui donner à boire, à manger, le cacher était puni de mort. La sentence était exécutée sur le champ pour le contrevenant et pour les membres de sa famille, généralement devant la maison, au fond du jardin. Des centaines de polonais et de familles polonaises ont été exécutés de cette manière durant la guerre. Il est bon de le savoir.

Source: «Les polonais qui ont sauvé des juifs durant l’holocauste». Un livre édité par le Musée de l’Histoire des Juifs Polonais et par la Chancellerie de la présidence de la République de Pologne, et qui présente l’histoire de 128 Justes.

Partant du constat que votre famille était inévitablement condamnée s’il était advenu que l’on apprenne que vous cachiez des juifs chez vous, souvent par la dénonciation de voisins, qu’auriez-vous fait ? Telle est l’une des questions qui mérite d’être posée par tout un chacun avant de porter certains jugements à l’emporte-pièces.
Je pense que tous ces gens qui ont sauvé des juifs ne se sont finalement pas vraiment posé cette question.

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Juifs, l’histoire de la Pologne, c’est la vôtre aussi !

Lumière sur un épisode quasiment inconnu du grand public

Rue Stawki, à la limite nord du ghetto, les groupes de juifs qui descendent des autobus aux rideaux tirés, sous l’étroite surveillance de la sécurité israélienne qui, déjà présente sur les lieux pour évaluer et sécuriser le périmètre et qui prépare à coups d’oreillettes et micros ostensibles la périlleuse traversée du passage cloutée et des 30 mètres en terrain miné qui séparent les bus garés en face; visitent le mémorial de Umschlagplatz, cette ancienne gare de marchandises disparue qui fut transformée par les allemands en point de rassemblement pour la déportation des juifs de Varsovie vers le camp d’extermination de Treblinka.
Il est rare que des juifs poussent leur curiosité un peu plus loin, à 200 mètres d’Umschlagplatz, vers la place Muranowski. Et si cela est le cas, ils aperçoivent un curieux monument en forme de wagon de marchandises transportant une nuée de croix chrétiennes. Cette vison de croix amassées, symbole pour beaucoup au mieux de la bigoterie polonaise ou du martyr polonais longtemps ressassé , n’attire pas grand monde.
Les juifs eux, passent leur chemin.
Ils ont tort.

Mémorial aux morts et assassinés à l'est - Varsovie

Mémorial aux morts et assassinés à l’est – Varsovie (cliquier pour agrandir) © www.shabbat-goy.com


Ce monument édifié en 1995 s’appelle le mémorial aux morts et assassinés de l’est (Pomnik Poległym i Pomordowanym na Wschodzie). Il rappelle la mémoire des polonais déportés vers l’est et ceux victimes du massacre de Katyn.
Quand on fait le tour du monument, parmi les croix, on aperçoit une tombe juive.
Depuis ces années où je passe très régulièrement devant le monument pour me rendre en centre-ville, je n’ai Jamais aperçu ces petites chandelles juives si caractéristiques de leur passage.

Le pacte Molotov-Ribbentrop signé durant l’été 1939 avait enterriné le partage de la Pologne lorsque l’Allemagne nazie avait envahi la terre slave le 1 septembre 1939 puis lorsque les communistes russes, alors alliés des nazis, avaient envahi à leur tour la Pologne orientale le 17 septembre 1939. Pendant l’année qui suivit, dans la partie orientale sous contrôle russe, on assista à la déportation de centaines de milliers de polonais vers la Sibérie, l’Oural et le Kazakhstan. Parmi eux se trouvaient un peu moins de 10% de juifs. Ces déportations s’effectuèrent en trains à bestiaux et on dénombra des morts par dizaines de milliers.

« La première phase de déportation commença le 10 février 1940. Elle concerna les fonctionnaires de l’Etat et de ses administrations, et les agriculteurs avec leurs familles. 220 000 personnes furent déportées vers le nord de la Russie européenne.
La deuxième phase eut lieu le 13 avril 1940. Elle toucha les riches propriétaires terriens, les administrateurs de domaines, la population frontalière, les familles de militaires, les policiers, … 320 000 personnes, surtout des femmes et des enfants, furent ainsi déportés au Kazakhstan.
La troisième phase de déportation fut opérée à la fin du mois de juin et au début du mois de juillet 1940. Elle concerna la population qui s’était réfugiée sur les territoires orientaux de la Pologne en septembre 1939… 240 000 personnes furent alors déportées.
La quatrième phase eut lieu une année après la troisième, c’est-à-dire au mois de juin 1941. Elle toucha les techniciens supérieurs, les ouvriers qualifiés, les cheminots et leurs familles… Quelque 300 000 personnes furent touchées par cette dernière phase de déportation.»

Source: La Pologne et les polonais dans la tourmente de la seconde guerre mondiale. p35-36. Edmond Gogolewski.

Effectuée en plein hiver, la première déportation fut particulièrement meurtrière.
Ces déportations furent organisées par la police secrète soviétique, le NKVD. De par les distances traversées, les déportations pouvaient durer entre 3 et 6 semaines.
Entre 1944 et 1945, de nouvelles déportations intervinrent et cette fois-là, ce furent de nombreux résistants et chefs de l’Armia Krajowa (L’Armée de résistance intérieure) qui furent déportés.

S’il est difficile d’avancer des chiffres avec précision, c’est au minimum plus d’un million de personnes qui ont été déportées depuis la Pologne, soit plus de 900 000 polonais et plus de 100 000 juifs selon Tadeusz Piotrowski.
Une stèle musulmane est également visible dans le monument parmi les croix. La Pologne abritait et abrite toujours une communauté musulmane d’origine tatar, qui se chiffre aujourd’hui entre 5000 et 6000 personnes.

Suite à ces déportations de familles polonaises vers l’est de la Russie, le ressentiment envers les populations juives qui dans de nombreuses localités de l’est avaient accueilli avec enthousiasme l’arrivée des russes, l’envahisseur historique, fut vif auprès de nombreux polonais dans ce qui était perçu alors comme une forme de complicité. Ce ressentiment fut par la suite exacerbé par les allemands dès la mi-1941 lors de l’opération Barbarossa. Une des origines des pogroms perpétrés à cette époque (comme celui de Jedwabne) puise sa racine dans la mise en perspective de ces tragiques événements par l’occupant allemand.

Mémorial aux morts et assassinés à l'est - Varsovie

Mémorial aux morts et assassinés à l’est – Varsovie (cliquier pour agrandir) © www.shabbat-goy.com

Mémorial aux morts et assassinés à l'est - Varsovie

Mémorial aux morts et assassinés à l’est – Varsovie (cliquier pour agrandir) © www.shabbat-goy.com

Depuis que je consacre une partie de mon temps à faire connaître le passé juif en Pologne, je me suis rendu compte de l’ignorance de bon nombre de juifs, pour ne pas dire d’un très grand nombre, pour l’histoire de leurs peuples en Europe centrale. Pour beaucoup, l’histoire des juifs en Pologne commence dès les années 1930 (témoignages des survivants nés avant la guerre) pour se terminer en 1946 à Kielce. La vision de la Pologne d’avant-guerre est à juste titre présentée par les derniers survivants d’alors dans un contexte d’antisémitisme actif, déjà présent dès le début des années 1930 (comme partout en Europe), principalement sur fond de crise économique. Cet antisémitisme se développa en Pologne après la mort de Józef Piłsudski en 1935 sous l’activisme virulent de mouvements nationalistes dès cette période.
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Rigolades dans la chambre à gaz

Création vs banalisation

Dans le cadre de l’exposition Poland – Israel – Germany: The Experience of Auschwitz, présentée actuellement au Musée d’Art Contemporain de Cracovie, une installation vidéo qui met en scène des gens nus dans une chambre à gaz jouant au chat et à la souris sème la controverse (c’est le moins qu’on puisse dire). Le centre Wiesenthal a émis une protestation officielle auprès du ministre des affaires étrangères polonais pour dénoncer une banalisation de l’holocauste (tu m’étonnes).

Artur Żmijewski

Artur Żmijewski, « Berek », courtesy of the Foksal Gallery Foundation


L’ambassade d’Israël en Pologne, qui est également partenaire de cette exposition (??), a également demandé à ce que l’installation soit retirée. Déjà présentée précédemment dans d’autres lieux, elle avait fait l’objet des mêmes protestations et demandes de retrait.
Je vois d’ici les défenseurs de la liberté d’expression et de création vent debout contre la réaction. Bon, vous aurez compris que c’est pas mon truc.
Mais alors pas du tout.
La création… le machin avec des images est une idée de Artur Żmijewski. Ne connaissant pas l’animal, je ne jugerai donc pas le reste de son travail qui je l’espère est un peu plus créatif (le mot est lâché).

L’exposition présente également les œuvres d’autres créateurs polonais, israéliens et allemands.

Nota: la chambre à gaz est factice pour en rassurer certains. Faut pas charrier non plus.

Page de l’exposition sur le site du Musée d’Art Contemporain de Cracovie – Mocak.

Lien vers un ancien article présentant le Lego Concentration camp de Zbigniew Libera et le Untitled (Arbeit Macht Frei) de Jonathan Horowitz, vus en 2013 au Musée d’Art Moderne de Varsovie.

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Shoahland, ou quand il est question de polonophobie

Il faut toujours préciser avec justesse le fond de sa pensée

Mon article, en lien ci-après, Shoahland, quelques remarques sur des inexactitudes et des préjugés, a donné lieu à certains commentaires sur FB, ce dont je me réjouis. Dans l’une de mes réponses, j’ai parlé de polonophobie, ce qui a suscité, je le comprends, la perplexité d’une intervenante.
J’ai rédigé une réponse qui illustre précisément ce que j’entends par l’emploi de ce terme, dans le contexte de l’article initial de Oriane Cohen paru sur le site Rootsisrael.com.
En voici le contenu afin que ma pensée reste aussi claire que précise pour le lecteur:
Dans mon article en réaction à celui de Oriane, je ne remets nullement en cause la détestation que des juifs peuvent éprouver à l’encontre des polonais. Je les encourage même à vomir sur des comportements exécrables qui se sont déroulés durant la guerre ou après, et j’irai même leur tenir la bassine, pour parler plus trivialement. C’est vous dire si je suis conscient des nombreux événements qui sont intervenus ici, comme beaucoup de polonais du reste.
Il a fallu du temps, et il en faudra encore, car l’histoire d’après-guerre dans les pays de l’est et la lecture de l’histoire ont été quelque peu interféré par la longue séquence communiste qui a pratiquement modelé nombre de perceptions et compréhensions dans ces populations slaves, et ce, durant 2 générations.

Donc, quand je parle de polonophobie et quand on lit entièrement mon article, on comprend parfaitement l’objet de mes récriminations.
La présentation qu’elle renvoie de son voyage en Pologne a, entre autres, de montrer au monde, de montrer aux juifs, que les polonais d’aujourd’hui (pas des) sont restés aux mieux des gens profondément méprisables au motif qu’ils bafouent la mémoire de la Shoah, au motif qu’ils n’ont que faire de la tragédie des juifs de leur pays, au motif qu’ils continuent à entretenir et opposer un martyr polonais (de la manière dont il était présenté durant le communisme) en voulant occulter le poids de leurs responsabilités passées, au motif qu’ils ignorent ou cherchent à cacher cette présence juive éradiquée.
Pour ce faire elle utilise un artifice fallacieux et malhonnête. Elle assène, parmi ses réactions profondément humaines et émouvantes, une suite de contre-vérités voire de mensonges que je démonte point par point dans mon article, et pas forcément de gaieté de cœur car certainement sa famille, des proches, ont été touchés par la tragédie, mais l’une de ses démarches (l’autre réside dans l’émotion que je partage absolument) dans son compte-rendu est de jeter l’anathème sur une génération de polonais qui œuvrent aujourd’hui, et ce, depuis des années déjà, dans un travail de prise de conscience et d’entretien de la mémoire, d’où cette difficulté pour moi à écrire cet article.

Cette manière de mettre à l’index les polonais d’aujourd’hui, pour des événements dont ils ne sont nullement responsables, d’autant plus au regard de l’important travail déjà réalisé dans la connaissance et l’éducation, même si beaucoup restent encore réticents ou hostiles, pour moi cela s’appelle de la polonophobie, ou tout autre synonyme.

J’ajoute que Oriane appelle à la fin de son article « les juifs et les non-juifs à aller en Pologne ». J’ignore si cet appel concerne aussi à rencontrer les polonais dont je parle, je pense qu’au mieux, elle doit les ignorer. C’est bien dommage parce que eux aussi l’aideraient à «comprendre notre présent, et nous battre pour un avenir meilleur».
Mais bon, si mon article en amène certains à dépasser leurs idées préconçues, à réfléchir et à ouvrir des livres, cela me suffira.

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Shoahland, quelques remarques sur des inexactitudes et des préjugés

J’ai été à Shoahland… la mémoire bafouée

Tel est le titre d’un article dernièrement consulté sur le réseau. Il n’est pas dans mon habitude de répondre directement à un article, mais lorsque certaines perceptions entrent frontalement en confrontation avec ce que j’ai pu voir et percevoir sur le terrain, je ne peux que réagir.
Lire la suite…

Birkenau alias Shoaland - © www.shabbat-goy.com

Birkenau alias Shoaland – © www.shabbat-goy.com

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Mémoire vs marteau, le combat inégal

Destruction d’un mémorial à Rajgród

Rajgród, nord-est de la Pologne, voïvodie de Podlachie.
Le mémorial à la mémoire des juifs de Rajgród a été sévèrement endommagé par des individus qui n’ont à ce jour pas été retrouvés par les services de police de Grajewo. La date exacte du dommage n’a pu être précisée.

Mémorial de Rajgród

Mémorial de Rajgród (Cliquer pour agrandir) – Photo Police de Grajewo


Ce monument se trouve sur le site de l’ancien cimetière juif, sur un terrain aujourd’hui sous l’autorité de l’administration des forêts et non des autorités de la ville de Rajgród. Son isolement a facilité sa dégradation qui a nécessité un certain outillage, un acte donc forcément prémédité de par la structure même du monument et perpétré très certainement à l’aide au moins d’une masse amenée sur place par des individus.
Une entreprise locale de construction a proposé bénévolement de procéder à la réparation du monument, toujours est-il que celle-ci ne pourra restituer dans son originalité la création car les sections formant l’étoile de David ont été réduites en pièces. Les autorités communales ont fait part de leur déception et l’administration des forêts a indiqué qu’elle procéderai à un renforcement des mesures de sécurité. Toujours est-il qu’il est bien difficile de surveiller des sites excentrés en pleine nature, comme souvent cela est le cas avec les cimetières juifs.
Le mémorial lors de son inauguration en septembre 2014

Le mémorial lors de son inauguration en septembre 2014 (Cliquer pour agrandir) – Photo Paweł Wądołowski

De nombreux monuments ont été érigés à travers la Pologne depuis des années afin de perpétuer le souvenir des communautés juives disparues durant l’holocauste. Parfois, ils rappellent dans certains lieux des événements tragiques où l’histoire locale se confond ou prend part avec la tragédie des juifs. Ces actes qui tendent à vouloir effacer de l’histoire locale, à éradiquer la présence juive disparue, témoignent de l’importance de l’enseignement et de l’éducation auprès des nouvelles générations et du public.
J’entends d’ici les protestations véhémentes, à juste titre, de mes compatriotes et d’autres, aussi je leur rappellerai les 200 tombes juives fracassées du cimetière juif alsacien de Sarre-Union, acte intervenu durant une période avoisinante à la destruction décrite dans ces lignes pour ne parler que de cet événement.

71 ans après la fin de la guerre, le monument avait été inauguré le 18 septembre 2014 et érigé en bordure de l’ancien cimetière juif aujourd’hui disparu; il avait été l’objet d’un long travail concernant sa conception et son financement.
Karen Kaplan, la fille de Awrum Szteinsaper, un juif né à Rajgród et qui avait survécu à la guerre, après avoir perdu ses proches et s’être caché dans les bois, avait eu l’initiative de ce projet avec Avi Tzur et Risa Dunni. C’est après sa visite à Rajgród en 2011 qu’elle avait décidé de s’investir dans la réhabilitation du cimetière juif avec l’édification d’un mémorial.
Le monument avait été réalisé par le sculpteur israélien Chen Winkler, en Israël, et avait été transporté par bateau jusqu’à Gdańsk puis dirigé par camion jusqu’au site. L’opération avait été encadrée et menée par la fondation pour la préservation de l’héritage juif en Pologne (Foundation for the Preservation of Jewish Heritage in Poland – FODZ). Les fonds récoltés pour le financement du mémorial provenaient principalement des descendants de la communauté juive de Rajgród.

Le monument par sa forme rappelle celle des tombes juives. L’étoile de David symbolisée ici par son absence et barrée par une séparation verticale dépeint la rupture de la vie, de la longue présence de la communauté juive qui vivait ici, à la manière des cassures symbolisées par les arbres coupés ou les chandelles de shabbat brisées que l’on retrouve gravés sur les stèles juives.

Le cimetière juif et les synagogues de Rajgród avant la guerre

Le cimetière juif et les synagogues de Rajgród avant la guerre (Cliquer pour agrandir) Carte igrek.amzp.pl


Les premiers juifs se sont établis à Rajgród durant la seconde moitié du XVIème siècle. Au milieu du XIXème siècle, c’était alors un véritable shtetl avec 86% de juifs. Après la première guerre mondiale, la population déclina jusqu’à 745 juifs. Durant la guerre, un ghetto fut établi en 1941. Une centaine de juifs furent tués durant la période du ghetto. Il fut liquidé en 1942 et les juifs déportés vers la ville voisine de Grajewo, de là vers le camp de travail de Bogusz puis vers le camp d’extermination de Treblinka.

Sources : Virtual Shtetl, Samuel Gruber’s Jewish Art & Monuments.

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Kazimiera ou la photo de l’enfant meurtrie

Une image, plus que des mots

Parmi les photos les plus emblématiques de la guerre en Pologne, il en est une prise par un photographe américain, Julien Bryan (1899-1974), à Varsovie, au début de la guerre, le 14 septembre 1939.

Cette tragique photo (ci-contre) montre une jeune fille au désespoir devant le corps inanimé d’une autre jeune fille.

Alors qu’il circulait à proximité de la scène située rue Jan Ostroróg, la rue qui longe le cimetière chrétien Powązki côté ouest, mitoyen du cimetière juif de la rue Okopowa, Julien Brian s’arrêta sur le lieu où venait de se passer un drame.
Comme elles manquaient de farine alors que Varsovie était assiégée par les allemands, 7 femmes creusaient dans un champ à la recherche de pommes de terre. C’est alors que 2 avions allemands firent un passage et larguèrent 2 bombes sur une petite maison voisine où les 2 occupantes furent tuées. Les femmes dans le champ se jetèrent à plat ventre pour se protéger puis reprirent leur recherche une fois les avions disparus. Cependant ils revinrent quelques minutes après, mitraillèrent le champ et firent 2 nouvelles victimes. L’une d’elles que l’on aperçoit sur la photo s’appelait Anna Kostewicz. C’est alors que le photographe aperçut la petite sœur de Anna, Kazimiera Kostewicz, âgée de 10 ans s’approcher, s’agenouiller et pleurer près de sa sœur mortellement blessée.

Kazimiera Kostewicz (Mika), septembre 1939 Varsovie (Cliquer pour agrandir) - Photo Julien Bryan

Kazimiera Kostewicz (Mika), septembre 1939 Varsovie (Cliquer pour agrandir) – Photo Julien Bryan

Julien Bryan était reporter et photographe et a témoigné par l’image l’invasion allemande en Pologne en septembre 1939. Il avait à la radio polonaise exhorté le président Franklin Roosevelt à venir en aide aux polonais et l’avait mis en garde contre le risque d’une guerre mondiale. Bryan s’était rendu en train à Varsovie le 4 septembre, 3 jours après l’entrée des allemands en Pologne. Il filma et photographia le siège de Varsovie.
> Voir le film Siege de Julien Bryan

En 1959 il rencontra Kazimiera Mika, alors mariée, âgée de 30 ans et mère de deux enfants. Kazimiera et sa famille l’accueillirent chez elle autour d’un repas. Alors qu’il lui demandait si elle se rappelait tous les événements survenus dans ce champ de pommes de terre ce jour là, elle lui répondit que le jour où elle perdit sa sœur, c’était le jour où elle vit un mort pour la première fois et un étranger pour la première fois.

Le siège de Varsovie. L’Allemagne envahit la Pologne sans déclaration de guerre le 1er septembre 1939. La ville est bombardée le jour même. Les combats pour la défense de la capitale commencent le 8 septembre, les allemands sont arrêtés par la défense polonaise et encerclent la ville. Les combats vont durer 20 jours. Entre-temps le 17 septembre, les russes envahissent à leur tour la partie orientale de la Pologne. Le 25 septembre les allemands lance un grand raid aérien sur la capitale. Le 28 c’est la capitulation et 120 000 prisonniers seront transférés vers des camps de prisonniers de guerre. 15% de la capitale est déjà en ruine.

Julien Bryan

Julien Bryan sur une barricade effectue des prises de vue pour son film Siege. La photo a été prise sur l’actuelle avenue Solidarité, rive gauche, quartier de Praga. A gauche l’hôpital Praski. Au fond Varsovie centre (Cliquer pour agrandir) – Photo IPN / Julien Bryan

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Władysław Bartoszewski, témoin de l’histoire

Découverte d’un personnage hors norme

Hier est décédé Władysław Bartoszewski (1922-2015), à l’âge de 93 ans, une grande figure en Pologne, certainement mal connue, peu ou pas assez du grand public, à l’étranger.

Né dans une famille catholique, il entame ses études à Varsovie.
Il prend part à la défense de Varsovie dès le début de la guerre, sera déporté en 1940-1941 à Auschwitz puis libéré suite à l’intervention de la Croix Rouge. Par la suite il entrera en résistance dès 1942 dans l’Armia Krajowa (première armée de résistance en Europe, forte en moyenne de 300 000 résistants) où il transmettra des informations sur le camp de concentration.
Parallèlement, il participe activement à l’action du comité d’aide aux juifs Żegota, mouvement initié au départ par deux polonaises de la résistance; 100 000 juifs purent ainsi être sauvés par l’organisation durant la guerre.

Władysław Bartoszewski

Władysław Bartoszewski – photo Photo M. Kulisiewicz / Muzeum POLIN

Pendant les quatre années de guerre de 41 à 44, il suit aussi des études auprès d’un département de l’université qui mène secrètement ses activités, il s’occupe également de la ligne éditoriale d’un journal engagé pour la renaissance de la Pologne. En 1943, dans le cadre des activité de l’organisation Żegota, il organise l’assistance des insurgés du ghetto. En 1944, il participe à l’insurrection de Varsovie.
Il poursuit après la guerre des activités de résistance et de propagande contre le régime communisme qui se met en place et rejoint le parti d’opposition. Ses idées en opposition frontale avec le communisme en place le mènent en prison pour 8 années sous le prétexte d’espionnage. Libéré en 1954, il se consacre au journalisme.
A l’initiative de l’institut historique juif de Varsovie, il est décoré pour son aide apportée aux juifs une dizaine d’années plus tôt. En 1963 il se rend en Israël puis est honoré du titre de Juste parmi les Nations par Yad Vashem pour ses actions de sauvetages des juifs durant la guerre en 1966.
Au début des années soixante, il voyage en Europe de l’ouest et aux Etats-Unis, il coopère avec Radio Free Europe. Dans les années 1970-1980, il s’engage dans la vie intellectuelle et politique polonaises, et donne de nombreuses conférences à l’université de Varsovie et de Lublin sur des thèmes historiques, notamment la période de la guerre et de l’occupation. Il est également accueilli et honoré par de très nombreuses universités occidentales.
il rejoint le syndicat Solidarność de Lech Wałęsa au début des années 1980, ce qui lui vaudra d’être de nouveau emprisonné suite à la reprise en main du pouvoir par le général Jaruzelski en 1981. Dans les années 1990-2000, il devient ambassadeur en Autriche, puis ministre des affaires étrangères alors qu’il réalise un grand discours au Bundestag lors du cinquantième anniversaire de la fin de la seconde guerre mondiale, puis sénateur au début des années 2000.
Depuis 1990 il était l’un des membres éminents du conseil international du musée d’Auschwitz. Il siège ensuite à l’assemblée. En 2005 il prononce un important discours lors du soixantième anniversaire de la libération du camp d’Auschwitz et participe très activement à la réconciliation germano-polonaise et judéo-polonaise.
Il est l’auteur de très nombreux livres et publications, également en langue allemande. Il a été honoré d’une vingtaine de décorations et reconnaissances aussi bien en Pologne qu’à l’étranger.

Władysław Bartoszewski faisait partie des personnalités polonaises qui furent interviewées par Claude Lanzmann dans le cadre de la réalisation de son film Shoah mais dont l’apparition n’a pas été retenue par le réalisateur malgré sa participation personnelle très active dans le comité d’aide aux Juifs Żegota durant la guerre et pendant l’insurrection du ghetto. La forme narrative utilisée par Bartoszewski, ne répondait pas de manière précise à ce que recherchait Lanzmann à travers des témoignages plus vivants pour son film, il la trouvait dit-on ennuyeuse, sur la forme. Cette interview pourtant importante puisqu’elle abordait l’aspect du sauvetage de juifs par des polonais durant la guerre ne fut donc pas retenue, peut être pour certaines autres considérations qui mériteraient aujourd’hui d’être développées (Il en avait été également de même avec l’interview de Tadeusz Pankiewicz, le pharmacien polonais du ghetto de Cracovie, un autre Juste polonais absent du film.)

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Hermann Graebe, Juste oublié

Le paria réhabilité

La médaille de Juste parmi les Nations décernée par Yad Vashem honore les personnes qui ont, durant la guerre, permis de sauver des juifs, soit en leur fournissant une l’aide, soit en les cachant, au péril de leur vie. Cette distinction est aujourd’hui encore décernée, généralement à titre posthume car la grande majorité des principaux intéressés ne sont plus de ce monde et c’est leurs descendants qui la reçoivent en leur nom.
Quelques Justes sont devenus très célèbres du public comme Oskar Schindler suite au film de Steven Spielberg La liste de Schindler qui retrace le sauvetage de 1000 juifs par l’industriel nazi venu faire des affaires à Cracovie et dont le destin bascula lorsqu’il décida de sauver ses juifs. D’autres restent encore peu connus du public comme Irena Sendler, une infirmière polonaise qui réussit à extraire du ghetto de Varsovie 2500 enfants juifs.
Hermann Graebe

Hermann Graebe

Avec la chute du communisme vers la fin des années 1980, des contacts et des recherches ont pu être entrepris à l’est et de nombreux Justes de ces pays d’Europe centrale purent être identifiés, notamment en Pologne, pays où on dénombre aujourd’hui le plus grand nombre de Justes parmi les Nations (>6500).
De par sa spécificité, l’Allemagne comptabilise à ce jour 569 Justes. Parmi eux, il en est un que le destin choisit, il s’appelait Hermann Graebe (Hermann Friedrich Gräbe).

Hermann Graebe est un Juste un petit peu à part, car c’est le seul allemand qui a témoigné durant le procès de Nuremberg.

Hermann Friedrich Graebe (1900-1986) était donc citoyen allemand. Né dans une famille pauvre, il suivit cependant des études pour devenir ingénieur. Il rejoignit le parti nazi en 1931 mais en 1934 il critiqua ouvertement la campagne antijuive menée par les nazis arrivés au pouvoir un an auparavant. Cela lui valut d’être arrêté par la Gestapo et d’être emprisonné durant plusieurs mois. Il travailla les premières années de la guerre pour une entreprise de construction basée à Solingen et supervisa la construction de fortifications à la frontière occidentale de l’Allemagne. Après l’invasion de l’URSS par les allemands en juin 1941, il fut envoyé en Ukraine par l’organisation Todt dans la région de Volhynie située au nord-ouest du pays en tant qu’ingénieur pour l’entreprise; il travaillait à la réalisation de travaux de construction pour le compte de la Reichsbahn, les chemins de fer allemand, dans la région de Lwów. Son entreprise employait une main d’oeuvre de 5000 juifs.
Le 5 octobre 1942, alors en déplacement à Dubno, une petite ville située à une centaine de kilomètres au nord de Tarnopol, il assista de manière fortuite à l’exécution des juifs du ghetto de Dubno sur le site de l’ancien aérodrome. Le massacre eut lieu près du chantier où il s’était rendu, il fut perpétré par des SS de l’Einsatzgruppe C*, des membres du SD et des supplétifs ukrainiens. 5000 juifs furent exécutés en quelques jours dans trois fosses communes de 30 mètres de long sur 3 mètres de profondeur, au cours des massacres aujourd’hui connus sour le nom de Shoah par balles.

A l’entrée en guerre, 12000 juifs vivaient à Dubno dont 4000 réfugiés venus de Pologne. Les exécutions commencèrent après l’arrivée des allemands à l’été 1941. Le ghetto fut liquidé le 23 octobre 1942. 300 juifs survécurent à la guerre et ils étaient encore une dizaine en vie en l’an 2000.
Axel von dem Bussche-Streithorst, un officier allemand, fut également le témoin du massacre de 3000 juifs à Dubno. Il entra en résistance et, encouragé par le Comte Claus von Stauffenberg, planifiat un attentat suicide contre Hitler en 1943 qui avorta.

Au mois de juillet 1942, Hermann Graebe apprit qu’une liquidation imminente du ghetto de Rovno allait être entreprise alors que des juifs de cette ville et d’autres localités avoisinantes travaillaient pour sa société à Rovno. Fusil à la main, il se rendit sur les lieux où il put libérer 150 juifs qui étaient sur le point d’être embarqués par la police ukrainienne. Par la suite, il fournit des faux papiers à 25 juifs et les emmena à plusieurs centaines de kilomètres vers l’est dans une filiale fictive de l’entreprise où il les aida financièrement. Ils purent par la suite s’échapper vers l’est grâce à l’avancée de l’Armée Rouge. Ces activités intrigèrent la maison mère de Solingen et l’entreprise le rappela afin de l’inculper de détournement de fonds. Face à l’avancée soviétique, Hermann Graebe transféra son bureau avec son équipe juive à Varsovie puis en Rhénanie. En septembre 1944, il passa les lignes américaines avec une vingtaine de ses protégés.
Dès la fin de la guerre, il coopéra avec le bureau en charge des crimes de guerre de l’armée américaine en vue de la préparation du procès de Nuremberg. Il fut le seul allemand qui témoigna durant le procès. Son témoignage permit d’identifier les fosses communes et les responsables du massacre de Dubno.
En 1948, il reçu des menaces de mort et émigra aux Etats-Unis où il s’installa avec sa famille à San Francisco.
Il s’employa à faire comparaître les criminels de guerre auprès de la justice d’Allemagne de l’ouest. Il devint alors un paria aux yeux de nombreux allemands de son pays. Il fut accusé de faux témoignage en 1966 lors du procès en révision de Georg Marschall qui avait été condamné durant le procès de Nuremberg suite à son témoignage. Le journal Spiegel reprit également à son compte les accusations.

Il devint citoyen américain en 1953.
C’est en 1965 que Hermann Graebe fut reconnu comme Juste parmi les Nations par Yad Vashem et c’est durant les années 1990 que sa réhabilitation intervint en Allemagne. Pour le centième anniversaire de sa naissance, une plaque fut dévoilée par les autorités de Soligen, sa ville natale. Un rue devait également porter son nom mais le projet n’a pas abouti. Graebe n’a jamais pu retourner en Allemagne et n’aura pas eu connaissance de cette réhabilitation intervenue après sa mort en 1986.

* Le procès des Einsatzgruppen est le neuvième des douze procès qui se sont tenus à Nuremberg entre 1946 et 1949.
Herman Graebe a également permis la libération en 1943 de Kazimierza Bessendowski et de 50 soldats de l’AK, Armia Krajowa.

Extrait du témoignage de Hermann Graebe durant le procès de Nuremberg:
«Le chef d’équipe et moi-même sommes allés directement vers les fosses. Personne ne nous en a empêchés. Alors j’ai entendu des tirs de fusil se succéder rapidement de derrière l’une des buttes de terre. Les gens qui étaient descendus des camions – des hommes, des femmes et des enfants de tout âge – ont dû se déshabiller sur ordre d’un SS qui tenait une cravache. Ils ont dû déposer leurs vêtements à des endroits précis, triés selon les chaussures, les vêtements et les sous-vêtements. J’ai vu des tas de chaussures d’environ 800 à 1000 paires, de grands tas de sous-vêtements et de vêtements. Sans crier ni pleurer, ces gens se déshabillaient, se tenaient groupés en familles, ils s’embrassaient, se disaient adieu et attendaient un signe d’un autre SS qui se tenait près de la fosse, lui aussi tenant un fouet dans sa main. Durant les quinze minutes où je me tenais là, je n’ai entendu aucune plainte ou demande de grâce. Je regardais une famille d’environ huit personnes, un homme et une femme tous deux âgés environ de cinquante ans, avec leurs enfants d’environ vingt à vingt-quatre ans, et deux grandes filles de vingt-huit ou vingt-neuf ans. Une vieille femme avec des cheveux blancs comme la neige tenait dans ses bras un enfant âgé d’un an tout en lui chantant et le chatouillant. L’enfant gazouillait avec délice. Les parents regardaient avec les larmes aux yeux. Le père tenait par la main un garçon d’environ dix ans et lui parlait doucement, tandis que le garçon retenait ses larmes. Le père a montré le ciel, lui a caressé la tête et a semblé lui expliquer quelque chose. À ce moment là, le SS près de la fosse a commencé à crier quelque chose à son camarade. Ce dernier a compté une vingtaine de personnes et leur a ordonné d’aller derrière la butte de terre. Parmi eux se trouvait la famille que je viens de décrire. Je me rappelle bien d’une jeune fille, mince avec des cheveux noirs qui, alors qu’elle passait devant moi, s’est désignée et a dit: « vingt-trois ans ». J’ai contourné la butte et je me suis trouvé devant une fosse épouvantable. Les gens étaient étroitement serrés ensemble et étaient empilés les uns sur les autres si bien que seules leurs têtes étaient visibles. Presque tous avaient du sang qui coulait de leur tête sur leurs épaules. Certains d’entre-eux alors touchés bougeaient encore. D’autres levaient les bras et tournaient leur tête pour montrer qu’ils étaient toujours vivants. La fosse était pleine presque aux deux tiers. J’ai estimé qu’elle contenait déjà environ un millier de personnes. J’ai regardé l’homme qui avait procédé aux exécutions. C’était un SS qui était assis au bord de l’extrémité étroite de la fosse, les pieds ballants dans la fosse. Il avait une mitraillette sur ses genoux et fumait une cigarette. Les gens, entièrement nus descendaient quelques marches creusées dans la paroi d’argile de la fosse et grimpaient sur la tête de ceux qui gisaient déjà là, vers où le SS les dirigeait. Ils se couchaient face aux morts ou aux blessés, certains caressaient ceux qui étaient encore en vie et leur parlaient à voix basse. Alors j’ai entendu une série de coups de feu. J’ai regardé dans la fosse et j’ai vu que les corps frémissaient ou que les têtes gisaient déjà, immobiles au-dessus des corps couchés dessous. Le sang coulait de leur nuque. Le groupe suivant s’approchait déjà. Ils sont descendus dans la fosse, se sont alignés par dessus les victimes précédentes et ont été abattus

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