Mise en avant

Un itinéraire en Pologne à la découverte des traces juives

Partez à la découverte des 411 sites de mémoire juive visités jusqu’ici à travers la Pologne et venez partager un riche et émouvant voyage dans les anciens shtetl et quartiers juifs. Vous découvrirez également de nombreux articles autour de ce sujet en Pologne et ailleurs.
» Shabbat Goy en chiffres c’est 272 sites sur 411 mis en ligne: 211 cimetières, 134 synagogues, 11 camps, 8 sous-camps et 14 autres sites. C’est aussi 7316 photos présentées dans 371 galeries et de nombreuses autres photos présentées dans les articles.
La page BASE Sites présente tous les sites visités avec possibilité de localisation de chaque site sur Google Maps.
The page BASE Sites presents all visited sites associated to a direct location for each site on Google Maps.

> For non-french speaking visitors, you can use the translation functionality. A translation into english is preferred.

Nalewki 24 à Varsovie

Un noyau unique de vie juive en Pologne

Situé au coeur du quartier juif de Muranów, l’immeuble numéro 24 de la rue Nalewki se trouvait au croisement avec la rue Franciszkańska (39). A cet endroit régnait la plus dense présence juive de la capitale et l’activité commerciale qui animait le carrefour pouvait être comparée à celle située au croisement des grandes avenues Marszałkowska et Jerozolimskie.

L'immeuble 24 de la rue Nalewki et la rue Franciszkańska sur la gauche, dans les années 1930. Un policier règle la circulation
L’immeuble 24 de la rue Nalewki et la rue Franciszkańska sur la gauche, dans les années 1930. Un policier règle la circulation. Photo Willem van de Poll (Cliquer pour agrandir)

Topologie du croisement des rues Nalewki, Franciszkańska et Gęsia dans le quartier juif de Muranów
Topologie du croisement des rues Nalewki, Franciszkańska et Gęsia dans le quartier juif de Muranów (Cliquer pour agrandir)
Les tramways qui arrivaient depuis les environs du parc Krasiński entre les numéros 2 et 10 au sud (voir carte au bas de l’article) continuaient leur chemin le long de la rue Nalewki pour se rendre au quartier voisin de Żoliborz (Joli bord [de la Vistule]) au nord ou alors bifurquaient sur la droite dans la rue Franciszkańska pour se diriger vers la vieille ville à l’est ou emprunter à gauche, vers l’ouest, la rue Gęsia qui se terminait du côté du cimetière juif de la rue Okopowa.
Un policier réglait la circulation (photo du haut) tant bien que mal les jours de forte affluence, c’est à dire presque toute la semaine, entre les piétons, les tramways, les charrettes à bras lourdement chargées et souvent tirées par des juifs munis de harnais, des porteurs et autres voitures à cheval. L’endroit restait fortement animé jusqu’au shabbat qui voyait alors les rues du quartier étrangement désertées hormis les juifs religieux se rendant à la synagogue ou dans les maisons de prières du voisinage.
La population, essentiellement juive, qui s’était fortement développée durant la seconde moitié du XIXème siècle, était très mélangée entre les artisans, les commerçants, les religieux, les juifs venus d’autres quartiers, de toutes origines sociales, pour acheter des articles et marchandises principalement tournées vers les domaines du textile, du cuir, de l’habillement et de la confection.
L'immeuble 24 de la rue Nalewki sur la droite, dans les années 1930. Photo Willem van de Poll
L’immeuble 24 de la rue Nalewki sur la droite, dans les années 1930 (orientation sud-nord). Photo Willem van de Poll (Cliquer pour agrandir)

L’immeuble Nalewki 24 possédait un seul étage où se trouvaient de nombreuses boutiques et ateliers et un second niveau d’habitations situé sous les toits dans sa partie sud. Il possédait une cour intérieure qui ouvrait sur deux dépendances. Dans la seconde moitié du XVIIIème siècle, la rivière Bełcząca s’écoulait encore à cet endroit, et un premier bâtiment fut édifié probablement vers la fin du XVIIIème siècle sur ce long chemin de terre bordé de jardins et de quelques autres maisons et qui allait devenir le siècle suivant la rue Nalewki avec l’installation des juifs dès 1824 suite à un décret d’installation émis par l’empereur Alexandre 1er, qui fut roi de Pologne dès 1815; Varsovie étant alors sous domination russe .
Dans la première moitié du XIXème siècle, le bâtiment visible sur les photos fut édifié, dans un style classique mais plutôt modeste. Dès le milieu du XIXème siècle, l’immeuble appartint à Abram Goldman, puis à ses héritiers jusqu’à l’entre-deux guerres.
(*) Dans la seconde moitié du XIXème siècle se trouvaient déjà de nombreuses boutiques dans l’immeuble dont la librairie hébraïque de Szaj Mąk, la pharmacie de Ludwik Gronau, l’entrepôt de marchandises de maroquinerie de Izrael Tom, la papeterie de Zelman Zilber, la boucherie de Judel Mielczyk, l’horloger Hersz Bachner, la boutique de laitage de Moszek Glejchmann et la bijouterie de Abram Juwiler. Durant l’entre-deux guerres, le gardien du bâtiment était Julian Prorok. Ce dernier fut accusé par Abram Elster de la société W. Kwas, de détourner des colis de cosmétiques.
(* source Jerzy S. Majewski).
Immeuble 24 de la rue Nalewki après les bombardements allemands de 1939
Immeuble 24 de la rue Nalewki après les bombardements allemands de 1939 (Cliquer pour agrandir)
L’immeuble fut entièrement détruit lors des bombardements allemands durant le siège de Varsovie le 16 ou le 17 septembre 1939 et on retrouva de nombreux cadavres dans la cour. Enserrée dans le grand ghetto dès novembre 1940, la rue, comme le quartier, fut entièrement détruite lors de l’insurrection du ghetto de 1943.

Seulement imaginer l’absence

Difficile d’imaginer aujourd’hui ce que fut le cœur du quartier juif de Varsovie quand on déambule le long de l’avenue du général Anders qui a été bâtie après guerre, sur les ruines du ghetto, sans forcément suivre le tracé initial de la rue Nalewki. La connaissance de l’histoire et de la topologie du quartier permet, à travers la vision des immeubles d’après guerre qui illustre le réalisme socialiste alors en vigueur, et surtout, beaucoup d’imagination, de percevoir des bribes de vie passée où se mêlaient les pas des habitants du quartier, les crissements des charrettes et les roues stridentes des tramways sur les rails, les odeurs de cuir qui s’exhalaient des ateliers et des boutiques, les voix, les cris et les exclamations yiddish de ce peuple juif, représentation unique en Pologne et en Europe Centrale d’un monde disparu.
Seules 4 années de présence allemande auront suffit pour effacer plus de 2 siècles d’intense vie juive dans ce quartier de Varsovie.
Si le Musée de l’Histoire des Juifs Polonais se trouve à seulement 200 mètres d’où se situait l’immeuble Nalewki 24 et son fameux carrefour, autrefois toujours animé, essayer de s’imprégner d’un environnement, d’une atmosphère unique est illusoire pour les visiteurs d’un jour, mais aussi pour l’inconditionnel de la Varsovie d’avant-guerre que je suis devenu. C’est un sentiment de tristesse, d’amertume, et parfois de colère qui s’empare du visiteur, mais c’est surtout une impression de vide et d’absence qui fige le regard lorsqu’il scrute le néant qu’offre aujourd’hui Varsovie quand on s’élance sur les traces d’autrefois.
Alors, l’esprit se transporte vers une autre époque et se remémore des photos anciennes, ces témoignages d’antan, d’une autre ville, d’une autre vie, d’autres gens.
La photo ci-dessous présente une vue de certaines boutiques de l’immeuble Nalewki 24. On y distingue la boutique de maroquinerie et de bas de Hanina Esterowicz à gauche, puis la boutique de S. Szuldiner qui vend du fil, de la laine et du coton. Peut être est-ce lui qui discute à gauche, sur le pas de porte. Ensuite une enseigne de Nusyn Kohn pour sa boutique de maroquinerie et de boutons, juste en dessous un panneau pour un cordonnier dont on ne distingue pas le nom, puis l’enseigne de N. B. Sznur qui fabrique des cravates; dessous un petit panneau pour la boutique de Finkielsztejn qui est située au premier étage et qui propose des bas, des chaussettes, des gants. Puis à droite, en haut, un autre panneau de D. Finkielsztejn, le cordonnier du 27 et dessous une réclame pour l’atelier de Judel Pieprzyk qui fabrique des porte-documents et des cartables d’écoliers.

Vue de boutiques de l'immeuble Nalewki 24 durant l'entre-deux guerres
Vue de boutiques de l’immeuble Nalewki 24 durant l’entre-deux guerres (Cliquer pour agrandir)

Durant l’entre-deux guerres se trouvaient de très nombreuses boutiques et fabriques de sous-vêtements (bielizna) et de maroquinerie (galanteria) dans la rue Nalewki, également au 24 de la rue. Dans l’immeuble on trouvait également un marchand de fruits (owocarnia), une parfumerie, quelques boutiques de vêtements, d’objets en métal, une fabrique de chapeaux et de fourrures, un pharmacien.
Ci-après, la liste des abonnés du téléphone pour la période 1938-1939 de l’immeuble Nalewki 24 :
Alfus Jada, sprzed. galant. i guzik
Altman Jakub Szulim, prac. bielizny
« Bramur », wyr. stalowe, Brachweld D. i Muranower W.
« Bresco », Strumpfman B-cia, fabr. bielizny
Brodt Szymon Chaim, prac. haftów
Bursztyn M., hurt. perfum.
Elenberg Salomon, skl. galant.
Esterowicz Hanina, m.
Feinmesser J., sprzed. tow. galant.
Frydman Jankiel, owocarnia
Hepner Symcha, sprz. ubior. męsk.
Kiselstein F., sprzed. korali, biżuteri i galant.
Klein M., skł. podszewek i watol.
Kohn Nusyn, sprzed. guzik. i galant
Kronenberg M., skl. ozdób. wojsk.
Lachman Dawid, przedst. f. Fabr. wyr. Met. « I. Fogelnest »
Lachman L., sprz. wyr. stal.
Polus I., sprz. pończoch, wyr. trykot. i wytw. krawat
Rozen B-cia M. i I., fabr. kapel. i wyr. futrzanych
Silbergeld M. i S-ka
Szuldiner S., skł. przędzy, wełny, bawełny i nici
Światło Abram, wyr. skórz.-galant.
Wajnberg Icek, sprz. guzików
Welt J. i Zylber S., apteka
La plupart des personnes listées ici ont du disparaître durant la période du ghetto ou celle des déportations vers le camp d’extermination de Treblinka.


> Découvrir l’histoire de la rue Nalewki.

Les lieux de culte du quartier de Praga

Localisation des maisons de prières et des synagogues du quartier de Praga à Varsovie
Localisation des maisons de prières et des synagogues du quartier de Praga à Varsovie

A ce jour, 44 lieux de culte juifs, maisons de prières et synagogues, ont été identifiés dans le quartier de Praga de Varsovie, sur une période allant du début du XIXème siècle jusqu’à l’entrée en guerre.
> Découvrir tous les lieux existants et disparus.

Les mises en ligne (région Podlaskie)

Le cimetière juif de Krynki en région de Podlachie (nord-est)
Le cimetière juif de Krynki en région de Podlachie (nord-est) (Cliquer pour agrandir) © www.shabbat-goy.com
Les mises à jour de sites continuent mais n’apparaissent pas comme activité de rédaction d’articles, c’est un travail souterrain qui se concentre actuellement sur la région de Podlachie (Podlaskie). Ont été mis dernièrement en ligne les sites de :
Białowieża, Kleszczele, Drohiczyn, Knyszyn, Krynki, Narewka, Nowy Dwór, Narew.

Le cimetière juif de Knyszyn

Parmi les cimetières juifs aujourd’hui visibles en région de Podlachie (nord-est de la Pologne), il en est un qui, malgré les disparitions de stèles intervenues depuis la guerre, offre une image particulière de nécropole juive, où les tombes sont agencées autour de deux étangs. Remis en valeur il y a quelques années et aujourd’hui préservé, c’est un passage à ne pas manquer lorsqu’on visite la région, et notamment la synagogue de Tykocin, non loin de là.
>Voir la présentation du cimetière juif de Knyszyn.

Le cimetière juif de Knyszyn
Le cimetière juif de Knyszyn (Cliquer pour agrandir) © www.shabbat-goy.com

Les lettres du rabbin Jakub Szulman

Dernières traces avant l’anéantissement

Jakub Szulman était le rabbin de la petite ville de Grabów où vivait autrefois une communauté juive forte de quelques centaines de membres, les juifs étaient présents dans la localité depuis la seconde moitié du XVIIIème siècle, ils représentaient la moitié de la population. Après la première guerre mondiale, beaucoup d’entre-eux émigrèrent vers l’Allemagne. La communauté juive s’établissait à 800 personnes à l’entrée en guerre. Un ghetto fut établi par les allemands et des juifs d’autres localités furent confinés avec ceux de Grabów. La population du ghetto s’éleva jusqu’à 1400 personnes. Les juifs encore présents dans le ghetto furent déportés en avril 1942 vers le camp d’extermination voisin de Chełmno.

19 janvier 1942
«Mes très chers,
Je ne vous ai pas répondu jusqu’ici car je ne savais rien de précis sur tout ce qu’on m’a dit.
Hélas, pour notre grand malheur, nous savons déjà tout maintenant.
J’ai eu chez moi un témoin occulaire, qui, grâce à un hasard, fut sauvé. J’ai tout appris de lui.
L’endroit où ils sont exterminés s’appelle Chełmno, près de Dąbie, et on les enterre tous dans la forêt voisine de Rzuchów.
Les juifs sont tués de deux manières, par les fusillades ou par les gaz.
Depuis quelques jours, on amène des milliers de juifs de Łódź et on en fait de même avec eux.
Ne pensez pas que tout ceci vous soit écrit par un homme frappé de la folie, hélas c’est la tragique, l’horrible vérité.
Horreur, horreur, homme ôte tes vêtements, couvre ta tête de cendre, cours dans les rues et danse, pris de folie.
Je suis tellement las que ma plume ne peut plus écrire, créateur de l’univers, viens nous en aide

Lors du tournage de l’une des séquences du film Shoah à Grabów, Claude Lanzmann lut la lettre du rabbin Szulman devant la synagogue du village. Voir la séquence du film Shoah.
Présentation de la La synagogue de Grabów

Le mercredi 21 janvier 1942, soit 2 jours après l’envoi de la première lettre, le rabbin Szulman écrivit un nouveau courrier à Łódź.
«A ma chère et aimée famille,
… quatre semaines se sont passées depuis que tous les juifs, hommes, femmes et enfants, ont été déportés vers Koło. Ils ont été déportés par camions vers une destination inconnue. Et la même chose est arrivée à Dąbie, Kłodawa, Izbica Kujawska et d’autres petites bourgades du comté. Malgré tous nos efforts intenses pour connaître quelque chose de leur sort, nous n’avons eu aucune nouvelle sur eux, de quoi que ce soit. Seulement cette semaine, des gens qui se sont enfuit de là nous ont rejoint. Ils disent que tout le monde, espérons que cela ne nous arrivera pas, est empoisonné avec du gaz, les corps incinérés, par 50-60, dans des fosses communes. De plus en plus de victimes sont amenées là et le danger n’a pas encore passé

Lettre du rabbin Jakub Szulman
Lettre du rabbin Jakub Szulman – Archive du ghetto de Varsovie – Institut Historique juif (Cliquer pour agrandir) Photo www.shabbat-goy.com
Cette seconde lettre a pu être transmise par la suite à Varsovie où elle a été intégrée dans les archives du ghetto mise en place par l’organisation Oneg Shabbat dirigée par Emanuel Ringelblum. La lettre du rabbin Szulman a été retrouvée dans une partie des archives qui avaient été mises au jour après la guerre dans les ruines du ghetto de Varsovie.
En avril 1942, les juifs de Grabów ont été déportés vers le camp d’extermination de Chełmno où ils ont été assassinés.
C’est Szlamek Bejler, un juif originaire de Izbica Kujawska et qui s’était échappé du camp de Chełmno alors qu’il était assigné au Waldlager, le site des fosses communes dans la forêt de Rzuchów, qui arriva à Grabów le 19 janvier à 14 heures et qui informa le rabbin de l’existence du camp et de ce qu’il s’y passait. Il partit ensuite pour Varsovie et son témoignage fut retranscrit dans les archives du ghetto d’Emanuel Ringelblum, alors en élaboration.
Le village de Chełmno nad Nerem (Chelmno sur le Ner) ne doit pas être confondu avec la ville de Chełmno située 180 kilomètres plus au nord.

Le cimetière juif de Grabów
Le village de Grabów

Le motard de Chełmno

Retour sur les camps d’extermination

Le camp de Chełmno est peut être l’un des moins connus du grand public. Comme finalement peut être la plupart de ces camps, camps d’extermination, dont il ne reste rien aujourd’hui si ce n’est des sites où des monuments que l’on a érigé rappellent leur activité de mort.
Et pour cause, les camps d’extermination, qui se distinguent radicalement des camps de concentration, n’ont eu qu’une existence très éphémère dans la marche du temps et dans l’histoire de l’holocauste. Une année tout au plus. Raoul Hilberg, grand historien de l’holocauste leur avait donné un nom, les centres de mise à mort. En outre, il s’agissait de petits camps par leur superficie et leurs infrastructures. Seules de petites unités SS administraient ces camps qui pour certains étaient également gardés par des SS d’origine étrangère, essentiellement ukrainiens.
Ces sites avaient été établis dans des zones éloignées afin que leur fonctionnement reste le plus anonyme possible, dans des forêts et non loin d’axes ferroviaires.
Il y eut 4 camps d’extermination établis en Pologne occupée par les Allemands; Sobibór, Treblinka, Bełżec, Chełmno. Les 3 premiers furent établis dans cette portion de territoire annexée de la Pologne et soumise à un régime spécial par l’occupant, le Gouvernement Général. Le dernier camp fut établi dans le Reichsgau Wartheland, les territoires de Pologne occidentale qui furent annexés et soumis au pouvoir du IIIème Reich. Cet espace avait été redéfini comme une zone de repeuplement où de nombreuses familles allemandes furent envoyées afin de coloniser un espace vital de fait revendiqué par le pouvoir nazi. Nombre de polonais furent expulsés et dirigés vers les régions de l’est devenues parties intégrantes du Gouvernement Général.
Chełmno nad Nerem (Chełmno sur le Ner, du nom de la rivière qui traverse l’endroit) se trouvait alors dans cette zone de repeuplement et des familles allemandes s’installèrent dans la région et dans le village qui fut renommé Kulmhof an der Nehr.

Le village de Chełmno nad Nerem (Chelmno sur le Ner) vu depuis l'autoroute A2. Au centre, l'église où étaient enfermés les déportés dans l'attente de leur tragique destin.  Le musée se trouve sur la gauche de l'église (toit gris) dans les arbres, où se trouvait à l'origine le manoir
Le village de Chełmno nad Nerem (Chelmno sur le Ner) vu depuis l’autoroute A2. Au centre, l’église où étaient enfermés les déportés dans l’attente de leur tragique destin. Le musée se trouve à gauche de l’église (toit gris) dans les arbres, où se trouvait à l’origine le manoir (Cliquer pour agrandir) Photo www.shabbat-goy.com
Deux autres grands camps de concentration possédèrent une double activité de concentration et d’extermination; les camps de Majdanek et d’Auschwitz. Pour le second, c’est plus précisément le camp de Birkenau (aussi appelé Auschwitz II) qui prit essentiellement en charge l’extermination des populations juives, et roms.
Les camps d’extermination sont apparus dès la mise en oeuvre de l’Aktion Reinhard, dont le but était la mise à exécution à un niveau industriel de la solution finale à la question juive qui se déroula essentiellement entre le printemps 1942 et l’été 1943 avec la liquidation des ghettos d’Europe Centrale et de l’est et la déportation des juifs d’Europe de l’ouest. Cette vaste organisation à la fois politique, administrative, militaire et industrielle d’un processus d’annihilation d’un peuple reste à ce jour un événement unique dans l’histoire de l’humanité. C’est cette singularité qui tend malheureusement à se banaliser aujourd’hui, lorsque des comparaisons sont avancées entre génocides, même s’il n’existe pas d’évaluation arithmétique dans le pire que l’homme puisse être capable. C’est l’organisation même de ce processus de mort qui échappe à toute raison humaine et qui reste un marqueur dans notre histoire commune.
Dans les camps d’extermination, les déportés n’étaient pas confinés dans des baraquements en vue d’une exploitation ultérieure de la main d’oeuvre dans des ateliers et d’autres camps de travail comme c’était le cas pour les camps de concentration. Ils étaient éliminés dès leur arrivée. Cette organisation millimétrée permettait de faire disparaître un convoi de déportés en une heure en moyenne après leur arrivée au camp. Les infrastructures de ces camps furent détruites par les allemands durant l’été 1943 afin d’effacer toutes traces du forfait accompli. Il arriva même que l’on déterra les cadavres qui n’avaient pas été brûlés des fosses communes afin de broyer les ossements. A Sobibór et à Treblinka, des détenus se révoltèrent durant cette période et un certain nombre réussirent à s’échapper.
Situé à une heure de route au nord-ouest de la ville de Łódź, le camp d’extermination de Chełmno eut un fonctionnement quelque peu différent. Son activité se concentra durant 2 années distinctes, 1942 et 1944.
C’était le premier camp en Pologne où furent menés des gazages de prisonniers, avec l’aide de camions. Les opérations débutèrent fin 1941 jusqu’au printemps 1943. L’activité meurtrière reprit au printemps 1944 avec la liquidation des habitants du ghetto de Łódź, la grande ville du textile d’avant guerre où la population juive du ghetto fut longuement exploitée dans des usines et des ateliers pour le compte de l’occupant.

Et de la terre surgit un nom

Manoir de Chelmno et  grenier à céréales en arrière plan
Manoir de Chelmno et grenier à céréales en arrière plan
En 1998, une campagne de fouilles archéologiques fut entreprise autour de l’ancien manoir, dans le village de Chełmno. Du manoir, il ne reste aujourd’hui que les fondations. C’est dans ce manoir, déjà délabré au début de la guerre, qu’étaient amenés directement les déportés, ou depuis l’église où ils étaient confinés la nuit s’ils avaient été amenés le soir au village. Leur arrivée se faisait dans le calme car il leur avait été expliqué que de là, ils seraient dirigés vers l’Allemagne ou vers l’est, pour le travail. Les déportés pouvaient voir le manoir où ils allaient pénétrer, depuis l’entrée du site. Ce n’est qu’une fois dépossédés de leurs biens et déshabillés, dans les caves du manoir, qu’on les dirigeait de manière brutale vers une plateforme où ils étaient poussés dans des camions. Durant la première période de fonctionnement du camp, les déportés pouvaient conserver leurs sous-vêtements. On employa au départ des substances chimiques expédiées depuis l’Allemagne pour les asphyxier par le CO², puis on utilisa les gaz d’échappement des moteurs qui se révélèrent plus efficaces et économiques; 15 minutes étaient nécessaires pour que les gaz firent leur effet mortel. De là, les camions se dirigeaient ensuite vers la forêt voisine de Rzuchów, distante de 5 kilomètres, où il étaient enterrés dans d’immenses fosses communes. Le manoir fut rasé par les allemands à la fin de la première campagne d’extermination.
Les fondations du manoir de Chełmno
Les fondations du manoir de Chełmno (cliquer pour agrandir) Photo www.shabbat-goy.com
Cette campagne de fouille avait pour but de rechercher de nouveaux indices quant à l’histoire de ce site. Le village étant situé en hauteur, des fouilles furent entreprises sur le terrain situé légèrement en contrebas à l’arrière du manoir, vers la rivière Ner, là où les allemands jetèrent des affaires des déportés qui n’avaient aucune valeur à leurs yeux. On procéda à la manière de fouilles archéologiques sur un site historique plus ancien, par couches. De fait, on mis au jour 2 couches distinctes qui correspondaient aux deux périodes de déportation et de fonctionnement du site. On retrouva de nombreux objets dont une partie sont aujourd’hui exposés dans le musée qui se trouve sur le site, et dans l’ancien grenier à céréales mitoyen (Spichlerz) qui a été rénové ces dernières années à cet effet: des couverts, des colliers, des bracelets et des médailles sans valeur, certains portant des initiales qui témoignent aujourd’hui de l’anonymat de nombre de ces victimes, aussi des ustensiles de cuisine, des jouets pour enfants, des centaines de flacons pharmaceutiques provenant pour certains d’Allemagne, de Tchécoslovaquie, du Luxembourg. On retrouva même, parmi des flacons d’origine polonaise des aiguilles de seringue qui certainement témoignaient de la liquidation des hôpitaux du ghetto de Łódź. Egalement deux broches avec les prénoms de Bela et Irka. Une partie de ces objets avaient déjà été retrouvée lors des fouilles entreprises sur le site du manoir et des fosses communes en forêt dès le milieu des années 1980.
Le porte-cigarettes de Józef Jakubowski, retrouvé sur le site du camp de Chełmno
Le porte-cigarettes de Józef Jakubowski, retrouvé sur le site du camp de Chełmno (Cliquer pour agrandir) Source photo (à determiner)

Et en 1998, un objet singulier apparu, métallique, jauni par le temps. On le retrouva dans la couche de fouille n°2 de l’année 1944, une zone située en dehors du périmètre, au delà d’une grille, qui se trouvait côté ouest du manoir.
Il s’agissait du couvercle d’un porte-cigarettes qui, dans sa partie intérieure, comportait la gravure suivante :
p. Józefowi Jakubowskiemu
za 1 miejsce
na gymkhanie motocyklowej
na motocyklu Sokół 600
« Gordon-Bennet »
od A. R Klinger
dn. 30 VIII. 36

Mr Józef Jakubowski, pour la première place du gymkhana motocycliste sur une moto Sokół 600. « Gordon-Bennet ». De la part de Klinger, le 30 août 1936.
Des initiales, des prénoms avaient été découverts lors des fouilles entreprises en 1998 ou antérieurement (fouilles réalisées sous la direction du couple Nowak), sur certains objets, on pu aussi déchiffrer un nom sur la photo d’une tombe prise dans le cimetière juif de Częstochowa, mais c’était la première fois qu’un nom complet apparaissait, qu’un objet pouvait être identifié à une personne précise.
Józef Jakubowski sur la place Piłsudski à Varsovie en mai 1937 lors d'un raid motocycliste.
Józef Jakubowski sur la place Piłsudski à Varsovie en mai 1937 lors d’un raid motocycliste. (Cliquer pour agrandir) Photo Narodowe Archiwum cyfrowe
Józef Jakubowski était un motocycliste et sportif reconnu durant l’entre-deux guerres qui avait participé à de nombreuses compétitions. Il excellait notamment dans le gymkhana à moto, une discipline alors reconnue dans laquelle les concurrents rivalisaient avec des exercices de précision, de vitesse et d’équilibre. Kuba, le surnom par lequel on s’était habitué à l’appeler, Kuba étant le diminutif de Jakub(owiski)-Jacob; était membre du club motocycliste de Varsovie. Ce club fédérait alors 70% des motards de la capitale. Il était d’une humeur agréable, gaie et souriant et aimé de ses proches amis motocyclistes comme Józef Docha, Tadeusz Tomaszewski, Tadeusz Heryng, Konstanty Rogoziński, Witold Rychter qui formaient une équipe inséparable qui se retrouvait toujours pour assouvir leur passion.
James Gordon Bennett (1841-1918) était un magnat américain de la presse et passionné de sport qui créa au début du XXème siècle une compétition automobile puis une autre de ballons libres qui perdure jusqu’à aujourd’hui. En 1936 (également en 1934 et 1935), elle se déroula à Varsovie. C’est à l’occasion de cette compétition que fut organisé un concours motocycliste qui se tint les 29 et 30 août.
Moto Sokoł 600 modèle 1936
Moto Sokoł 600 modèle 1936 (Cliquer pour agrandir) Photo zabytkowemotocykleirowery.pl
Le premier jour, la compétition fut remportée par Docha, Jakubowski terminant second et le lendemain, l’ordre fut inversé et Jakubowski remporta le concours. Parallèlement aux épreuves de gymkhana se déroulaient d’autres exercices de maîtrise d’obstacles et de sauts au tremplin, spécialité où excellait Kuba. Il participa alors aux compétitions au guidon d’une moto de fabrication polonaise, le modèle Sokoł 600 fabriqué par la société PZInż.
On notera la faute d’orthographe sur le porte-cigarettes dont le nom Bennett ne comporte qu’un seul t.
On ignore aujourd’hui où et quand est né Józef Jakubowski. D’après certains recoupements, on pense qu’il est né vers 1902. Zdzisław Lorek, qui avait participé à une campagne de fouille et qui aujourd’hui travaille au musée de Chełmno, contacta après la découverte, Tomasz Szczerbicki, un spécialiste du monde automobile et motocycliste qui effectua des recherches. On apprit que Kuba était un grand motocycliste qui avait également eut un épisode sportif dans le monde automobile puisqu’il participa au rallye automobile de Monte Carlo en 1937 avec Tadeusz Marek et en 1938 avec Lucjan Borowik. Il participait jusqu’à 30/40 compétitions par an. La moto était sa passion et il adapta au mieux sa vie pour l’assouvir. A la fin des années 1920, avec son ami Konstanty Rogoziński, il devint représentant de la marque anglaise de motos Excelsior. Dès 1935, avec le développement des motos polonaises et de la série Sokoł, il roula principalement avec ce modèle.
Józef Jakubowski au centre sur une moto Excelsior et Tadeusz Tomaszewski à droite, lors d'une course de rue organisée à Tarnów en 1933
Józef Jakubowski au centre sur une moto Excelsior et Tadeusz Tomaszewski à droite, lors d’une course de rue organisée à Tarnów en 1933 (Cliquer pour agrandir) Photo Archives Tomasz Szczerbicki

Certaines informations sur la vie de Józef Jakubowski dans les années 1920 ont pu être extraites d’après l’autobiographie publiée en 1985 par son ami Witold Rychter après la guerre. Autrement ce sont essentiellement des classements sportifs que l’on retrouve à son sujet dans la presse spécialisée. Sur une photo, il apparaît avec le titre inż. (ingénieur), mais on n’est pas certain qu’il était effectivement diplômé, car à l’époque, une personne spécialiste en motorisation pouvait être également appelée par ce titre. Si tel était le cas, il pouvait alors être officier de réserve et militaire au début de la guerre, car un autre recoupement fut envisagé lorsqu’on appris que des habitants de Chełmno avaient vu un jour les allemands amener sur le site 5 militaires et 12 officiers polonais, provenant certainement d’un camp de prisonniers, pour être exécuté.
Club motocycliste polonais dans les années 1930 lors des tests du modèle militaire CWS M55
Club motocycliste polonais dans les années 1930 lors des tests du modèle militaire CWS M55 (Cliquer pour agrandir) Photo Archives Tomasz Szczerbicki
Avec la renaissance de la Pologne durant l’entre-deux guerres, on réorganisa l’armée et on l’équipa de nouveaux matériels, notamment des motos de fabrication polonaise afin de conserver une indépendance matérielle. Un modèle spécifique fut étudié pour le compte des militaires, le modèle CWS M55 (side-car), mis au point en 1929 par la firme PZInż. de Varsovie, et durant une saison, des motos de type side-car furent remises aux meilleurs motards du pays dont Jakubowski et ses amis, afin de la tester sur le terrain et lors d’événements sportifs et de remonter les problèmes et améliorations à apporter. Les motards participèrent à cette campagne en remettant au constructeur et militaires des rapports de tests. Kuba effectua des tests notamment avec l’ingénieur concepteur Rudawski.
Józef Jakubowski  (29) le 2 août 1939
Józef Jakubowski (29) le 2 août 1939 (Cliquer pour agrandir) Photo Narodowe Archiwum Cyfrowe

Dans la fougue de leur jeunesse, Jakubowski et 4 de ses camarades participèrent avec des motos Sokoł 200 et 600 au raid des Tatras (Rajd Tatrzanski), organisé en août 1939 dans le sud du pays, dans les montagnes du même nom, où ils entamèrent l’ascension du mont Kasprowy Wierch, le plus haut sommet (1987 m).
C’est la dernière information dont on dispose sur Kuba. Plus tard après la guerre, des photos ont été retrouvées dans un album qui appartenait à l’un de ses amis, Tadeusz Tomaszewski. Il n’était pas très grand, un peu corpulent, avec une allure jeune même à l’âge de 35 ans, et toujours souriant.
De ce simple morceau de porte-cigarettes, un nom et des bribes d’histoire d’une vie ont resurgit. Finalement, on ignore si Józef Jakubowski était juif. Probablement, mais comment expliquer sa présence à Chełmno alors qu’il était d’après son parcours un sportif de Varsovie. Peut être était-il militaire au début du conflit, prisonnier de guerre envoyé ici avec d’autres comme des témoins l’avaient signalé, On ne le saura probablement jamais.
Józef Jakubowski (à gauche) et Michał Nahorski qui participa également au raid es Tatras de 1939
Józef Jakubowski (à gauche) et Michał Nahorski qui participa également au raid es Tatras de 1939 (Cliquer pour agrandir) Photo Archiwum Narodowe Cyfrowe
Kuba restera une personne au visage souriant et dont la silhouette s’est évanouie dans les fosses de la forêt de Rzuchów parmi des dizaines de milliers d’autres, et dont le porte-cigarettes jeté parmi des broches, des flacons, des peignes et quelques jouets reste une trace de ces vies perdues.

La halle Gościnny Dwór

Un haut lieu du commerce des juifs

Le quartier autour de la place Żelazna Brama (la porte de fer), un grand espace situé à l’ouest du jardin du palais de Saxe, fut jusqu’à la seconde guerre mondiale, un haut lieu de commerce et de marché, qu’il était devenu depuis le XVIIème siècle. On y édifiât au XIXème siècle, une superbe halle marchande où de très nombreux juifs possédaient encore à l’entrée en guerre, des boutiques ainsi que des magasins et des entreprises dans les rues avoisinantes. En fait, le quartier autour de la halle était très majoritairement habité par une population juive, comme l’illustre la liste des abonnés du téléphone daté de 1938-1939.
Le quartier de la porte de fer s’inscrivait dans la prolongation de la présence des juifs entre le quartier nord de Muranów, le grand quartier juif de Varsovie, situé autour de la rue Nalewki et l’autre concentration juive localisée un peu plus au sud, autour de la place Grzybowski. La présence des juifs ici remontait à une période où ils commencèrent à s’installer dans les villages de Grzybów (future place Grzybowski) et de Wielopole (futur quartier de la porte de fer), c’est à dire à partir du XVIIème siècle.

Une grande halle pour dynamiser le commerce

La grand halle Gościnny Dwór fut édifiée en 1841 d’après un projet architectural réalisé par Jan Jakub Gay (1801-1849) et Alfons Kropiwnicki (1803-1881). Elle fut érigée à l’endroit appelé la porte de fer.

La halle Gościnny Dwór vue par Józef Pankiewicz 1888 - Au premier plan un couple de marchands de légumes juif. Au second plan un marchand juif en tablier, en arrière plan un juif près d'une boucherie.
La halle Gościnny Dwór vue par Józef Pankiewicz 1888 – Au premier plan un couple de marchands de légumes juif. Au second plan un marchand juif en tablier, en arrière plan un juif près d’une boucherie. (Cliquer pour agrandir)

Le nom du bâtiment s’inspirait des noms qui étaient donnés alors en Russie pour de nombreux édifices commerciaux comme la galerie marchande Gostiny Dvor construite sur la perspective Nevski à Saint Petersbourg et édifiée sous la houlette de l’architecte français Jean-Baptiste-Michel Vallin de La Mothe ou celui de Hostynnyi Dvir à Kiev.

Varsovie était alors sous la domination russe et le commerce avec l’empire tsariste se développa tout au long du XIXème siècle et s’accentua avec l’arrivée du chemin de fer et l’édification de gares dans les quartiers est de Varsovie (Praga) à destination de Moscou, de Saint Petersbourg, de Kiev. Le commerce des animaux en provenance de l’est se concentrait essentiellement dans le marché à bestiaux et la foire aux chevaux qui étaient localisés dans le secteur de la rue Brukowa (actuelle rue Okrzei) dans le quartier de Praga. Les marchandises arrivaient dans les gares Peterburski (emplacement de l’actuelle gare Wileńska) et Terespol (emplacement de l’actuelle gare de l’est – Warszawa Wschodnia) du quartier de Praga et dans la gare de marchandises, située près de la gare Kowelski (aujourd’hui gare de Gdańsk), et dont une section fut utilisée pour la déportation des juifs de Varsovie durant la guerre (Umschlagplatz). Des dépôts de marchandises existaient également à côté de la gare Wiedeński (gare de Vienne) en centre ville (emplacement de l’actuelle gare centrale Warszawa Centralna). Le commerce avec l’est et la Russie était alors très actif et florissant durant tout ce XIXème siècle jusqu’à la révolution russe de 1917 et la période de la guerre russo-polonaise (1919-1921) avec la bataille de Varsovie qui mit fin à l’avancé bolchevique vers l’ouest. Le commerce des juifs avec l’est était alors très actif jusqu’à ces événements de première moitié de XXème siècle.

L’édification de la halle

La construction de cette halle avait pour but de dynamiser le commerce dans ce secteur de la ville.

Le marché de la place Żelazna Brama d'après F. Sypniewski.  Un porteur juif à droite
Le marché de la place Żelazna Brama d’après F. Sypniewski. Un porteur juif à droite (Cliquer pour agrandir)
Un marché existait déjà depuis 1829 sur la place de la porte de fer, marché que l’on appelait Wielopole, du nom du village qui autrefois se trouvait là. Cet espace était également appelé Targowica (Targ – Marché). Les échoppes et les étals de ce marché furent détruits en 1841 suite à un incendie.
Dès le XVIIIème siècle, de nombreux juifs s’étaient installés autour de cette place qui faisait déjà office de place de marché.
Plan de Varsovie autour de la place de Fer - Żelazna Brama. 1829
Plan de Varsovie autour de la place de Fer – Żelazna Brama. 1829 (Cliquer pour agrandir)

Le projet décrivait l’édification du bâtiment et le pavement de la place. Les fonds publics n’étant pas suffisants pour financer la réalisation des travaux, on fit appel à des investisseurs privés qui sélectionnèrent le projet des architectes Gay et Kropiwnicki.
La place de la porte de fer (Żelazna Brama) d'après Canaletto - 1779. A gauche le palais Lubomirski. Au seond plan, des échoppes. Au fond la porte de fer qui ouvre l'accès vers le jardin de Saxe.
La place de la porte de fer (Żelazna Brama) d’après Canaletto – 1779. A gauche le palais Lubomirski. Au second plan, des échoppes. Au fond la porte de fer qui ouvre l’accès vers le jardin de Saxe. (Cliquer pour agrandir)
La place de la porte de fer, Żelazna Brama, portait ce nom à cause de l’édifice en forme d’arc de triomphe qui s’ouvrait sur le jardin de Saxe mitoyen, dans l’axe qui menait vers le palais de Saxe. Cette porte fut démolie en 1818.
La place Targowica s’étendait jusqu’aux bâtiments des écuries de la couronne, devenus caserne Wielopolski (et également appelés caserne Mirowski), qui furent démolis puis remplacés au début du XXème siècle par les deux halles Mirowski (hale Miroswskie).
Le marché de la place Żelazna Brama en 1894.  L'entrée du jardin e Saxe en arrière plan
Le marché de la place Żelazna Brama en 1894.
L’entrée du jardin e Saxe en arrière plan (Cliquer pour agrandir)
Le contrat fut signé en avril 1841 entre le général Józef Rautenstrauch et les architectes après que le conseil d’administration eut approuvé l’autorisation du général, qui était en charge des infrastructures d’adduction d’eaux à Varsovie, de réaliser le projet.
La construction de la halle fut terminée en octobre 1841.
Halle Gościnny Dwór d'après une maquette réalisée par  l'association Park Miniatur
Halle Gościnny Dwór d’après une maquette réalisée par l’association Park Miniatur (Cliquer pour agrandir)
Son architecture tout à fait unique en faisait un bâtiment très caractéristique à Varsovie. La halle possédait une forme triangulaire avec des coins arrondis. Il s’agissait d’une construction en briques qui était entourée à l’intérieur comme à l’extérieur d’une série d’arcades métalliques finement dessinées et de colonnes en fonte, une technique novatrice pour l’époque et alors réservée pour des petites architectures.
Perspective de la place Żelazna Brama. Le palais Lubomirski à gauche, la halle Gościnny Dwór à droite. Le jardin de Saxe au fond
Perspective de la place Żelazna Brama. Le palais Lubomirski à gauche, la halle Gościnny Dwór à droite. Le jardin de Saxe au fond (Cliquer pour agrandir)
Topologie autour de la place Żelazna Brama. En jaune, les localisations des synagogue, maisons de prières, écoles religieuses sur une période allant de la première moitié du XIXème siècle à l'entre-deux guerres. Au centre la halle Gościnny Dwór
Topologie autour de la place Żelazna Brama. En jaune, les localisations des synagogue, maisons de prières, écoles religieuses sur une période allant de la première moitié du XIXème siècle à l’entre-deux guerres. Au centre la halle Gościnny Dwór (Cliquer pour agrandir)
La partie intérieure possédait une grande cour dans laquelle se trouvait un second bâtiment plus petit qui reprenait la forme de la halle. Il s’agissait alors de la plus grande halle de Varsovie.
Entrée principale de la halle Gościnny Dwór
Entrée principale de la halle Gościnny Dwór (Cliquer pour agrandir)
Le portail principal de la halle, surmonté d’un panneau Gościnny Dwór, était orienté au nord, face au palais Lubomirski. Au dessus cette entrée s’élevait une statue représentant le dieu Mercure, bras levé tenant un caducée, entre autres dieu du commerce dans la mythologie romaine. Il pivotait, indiquant la direction du vent.
Dans le bâtiment avaient été aménagées 168 boutiques et autant de stands du côté intérieur. Les investisseurs qui avaient financé la construction de l’édifice reçurent l’autorisation de procéder à la facturation auprès des marchands pour la location des boutiques durant une période de 25 ans. C’est en 1867 que le bâtiment devint propriété de la ville. Dans les années 1880, on construisit dans la cour centrale une cave destinée à recevoir les entrepôts des magasins.
Le marché de la place  Żelazna Brama avec un public à forte proportion juive. La halle Gościnny Dwór au second plan à gauche
Le marché de la place Żelazna Brama avec un public à forte proportion juive. La halle Gościnny Dwór au second plan à gauche (Cliquer pour agrandir)
Nombre de marchandises provenaient alors de Russie. Se trouvaient là également de nombreux marchands russes.
Les magasins de la halle étaient organisés par activité, céréales, cuir, tissus, robes, produits d’alimentations, verre, porcelaine, chaussures, caftans, merceries, fleurs… Beaucoup de juifs possédaient des boutiques dans la halle, ils vendaient leurs marchandises également sur la place avec des produits laitiers, des canards, des poules, des légumes, du poisson. Le marché fonctionnait jusqu’à midi.
Sur la place de la porte de fer régnait une activité intense et les juifs étaient majoritaires dans le commerce. Les populations locales s’y rendaient et celle de Varsovie s’y donnait rendez-vous les vendredis matin, le jour de plus forte activité et d’affluence car le lendemain les échoppes et étals juifs étaient fermés pour cause de shabbat. La communication vers la halle et la place Żelazna Brama fut facilitée avec la construction du tramway à cheval en 1881 et son électrification en 1909.
Vue aérienne de la place et du quartier autour de Żelazna Brama durant l'entre-deux guerres
Vue aérienne de la place et du quartier autour de Żelazna Brama durant l’entre-deux guerres (Cliquer pour agrandir)
La halle Gościnny Dwór était voisine d’un autre bâtiment commercial édifié en 1884, le bazar Janasz (bazar Janasza), initialement conçu comme une grande poissonnerie. Ce bazar était administré par Daniel Janasz à l’entrée en guerre.
Marchand juif à Żelazna Brama
Marchand juif à Żelazna Brama (Cliquer pour agrandir) Photo Narodowe Archiwum Cyfrowe
Il régnait les jours de marché une activité extrêmement dense et bruyante dans et autour de la halle ainsi que dans les rues adjacentes qui devenaient alors noires de monde. Le palais Lubomirski en face de l’entrée de la halle accueillait également de nombreux étals les jours d’activité. A l’intérieur, on y célébrait des mariages juifs dans la synagogue qui se trouvait à l’étage.
Un vieux juif fume la pipe, appuyé contre une colonne des arcades de la halle Gościnny Dwór
Un vieux juif fume la pipe, appuyé contre une colonne des arcades de la halle Gościnny Dwór (Cliquer pour agrandir)
La halle était également dénommée Wielopole. Elle s’inscrivait dans une tradition de commerce et d’échanges entre l’hétéroclisme d’un bazar et l’organisation d’une halle marchande.
En 1916, la cour de la halle fut recouverte d’une grande verrière à architecture bois soutenue par 42 piliers et le bâtiment intérieur fut démantelé. La cour fut recouverte d’asphalte et on aménagea 232 nouveaux étals.
L’activité était toujours tout aussi soutenue les jours de marché. A l’entrée en guerre, autour de la halle, dans la rue Rynkowa avec le bazar Janasza et la rue Skórzana, pratiquement tous les abonnés au téléphone qui étaient répertoriés étaient juifs. Côté activités commerciales, se distinguaient notamment les importateurs et vendeurs de harengs, les fabriques et boutiques de vente de laitage, les magasins de vente d’œufs, les magasins de vente de produits exotiques et de fruits secs, les ateliers et vente de porcelaines, faïences, des vitriers, les merceries et vente de nécessaires de couture.
Scènes de rue autour de la place Żelazna Brama. Photo du centre, derrière les garçons, la halle Gościnny Dwór
Scènes de rue autour de la place Żelazna Brama. Photo du centre, derrière les garçons, la halle Gościnny Dwór (Cliquer pour grandir)

Destruction et disparition de la halle

Suite aux bombardements allemands sur Varsovie de septembre 1939, la halle fut totalement détruite par un incendie. Les immeubles situés autour de la place et de la halle furent également lourdement touchés par les destructions.

Vue de la place Żelazna Brama vers 1940. Les ruines de la halle ont été déblayées. Le mur du ghetto n'a pas encore été édifié. A gauche le bazar Janasz et la halle Mirowski. Le palais Lubomirski en ruines. A droite, une partie des immeubles de la rue Skórzana en ruines ainsi que ceux de la rue Rynkowa en bas à gauche
Vue de la place Żelazna Brama vers 1940. Les ruines de la halle ont été déblayées. Le mur du ghetto n’a pas encore été édifié. A gauche le bazar Janasz et la halle Mirowski. Le palais Lubomirski en ruines. A droite, une partie des immeubles de la rue Skórzana en ruines ainsi que ceux de la rue Rynkowa en bas à gauche (Cliquer pour agrandir)
Un soldat allemand fouille avec un bâton dans les ruines de la halle. En arrière plan, les immeubles en ruines de la rue Skórzana
Un soldat allemand fouille avec un bâton dans les ruines de la halle. En arrière plan, les immeubles en ruines de la rue Skórzana (Cliquer pour agrandir)
Le marché continua à se tenir sur la place à côté des ruines de la halle qui furent déblayées courant 1940. Alors que le ghetto n’était pas encore bouclé, les juifs qui étaient déjà tenus de porter le brassard à l’étoile de David et les polonais continuaient à échanger et vendre des affaires autour des ruines de la halle (photo du haut) mais l’intense activité d’avant guerre était définitivement terminée.
En novembre 1940, le mur du ghetto fut édifié et le secteur de l’ancienne halle fut inséré dans le petit ghetto jusqu’en novembre 1941. Le marché se poursuivit sur la place, mais à petite échelle à cause de l’absence des juifs et des difficultés liées à la période de la guerre. Les photos disponibles de cette époque ont été essentiellement prises par des soldats allemands. En 1944, tous les bâtiments autour de la place furent détruits ou incendiés lors de l’insurrection de 1944.
> Présentation du mémorial du mur du ghetto de la place Żelazna Brama.
Des soldats allemands traversent la rue Rynkowa et passent devant les ruines de la halle Gościnny Dwór et se dirigent vers la place Grzybowski. Au fond le palais Lubomirski en ruines.
Des soldats allemands traversent la rue Rynkowa et passent devant les ruines de la halle Gościnny Dwór et se dirigent vers la place Grzybowski. Au fond le palais Lubomirski en ruines. (Cliquer pour agrandir)

Le nouveau quartier d’immeubles appelé Żelazna Brama (la porte de fer) a été édifié en 1965 sur les ruines de la halle et de l’ancien quartier d’avant guerre. Il n’existe plus de marché sur l’actuelle place, seules les halles Mirowski ont perpétué les activités commerçantes. En 1970, le palais Lubomirski fut pivoté de 74 degrés afin de se retrouver dans l’axe du jardin de Saxe et des halles Mirowski. Son élévation sud repose aujourd’hui sur les fondations de l’ancienne entrée principale de la halle Gościnny Dwór.
Perspective de la halle Gościnny Dwór fin XIXème/début XXème siècle. A gauche la rue Rynkowa, à droite la rue Skórzana
Perspective de la halle Gościnny Dwór fin XIXème/début XXème siècle. A gauche la rue Rynkowa, à droite la rue Skórzana (Cliquer pour agrandir)
La topologie historique de ce quartier emblématique et historique de la capitale a été complètement bouleversée avec la guerre et la reconstruction qui a suivi. Des rues ont disparues et il est bien difficile aujourd’hui de s’imaginer ce que pouvait être l’ambiance et la vie qui animaient autrefois cet espace de Varsovie.

Les synagogues et écoles juives autour de la halle

(Localisation voir plan plus haut)
Une école religieuse appelée Tora Wodaat se tenait au numéro 1 de la rue Rynkowa dès le début des années 1930. Elle comportait 5 classes de garçons. L’enseignement s’effectuait en polonais et en hébreu. Il y avait 9 professeurs et 121 élèves.
Une synagogue établie par Chaim Gerszon Halle se tenait au 5 de la rue Rynkowa. Elle était présente déjà avant la construction de la halle Gościnny Dwór. Elle était appelée la synagogue de la porte de fer. Elle fut ouverte en septembre 1840.
Au début des années 1930, une école religieuse se trouvait en face au numéro 6 de la rue Skórzana et comportait une classe de garçons où l’on enseignait en polonais, en hébreu et en yiddish. Elle avait 2 professeurs et 25 élèves. Se trouvait également une école générale de l’association des enseignants.
Une synagogue en bois appelée synagogue Nowakowski s’élevait dans une arrière cour adjacente au jardin de Saxe, en direction de la rue Graniczna. Edifiée vers 1811 elle fut démolie après 1824.
A l’entrée en guerre, le rabbin Ostrowiekcki Chil habitait au 8 de la rue Skórzana.
A proximité de la place Żelazna Brama, au milieu du XIXème siècle était inventoriée une maison de prières orthodoxe au 1/3 de la rue Przechodnia. Elle fut fort probablement ouverte par le banquier Cwi Hersz Wawelberg. Elle fut transformée en 1875 en une petite synagogue par un enseignant dénommé H. Muszkat et où officiait Moshe Perlo, un juif originaire de Łomża. Elle était probablement installée dans une arrière-cour. La limite du ghetto longeait le lieu en 1940.
Au 4 de la rue Ptasia se trouvait une maison de prières établie certainement avant 1813 et qui fut active de manière intermittente.

Les abonnés du téléphone autour de la halle Gościnny Dwór

Une analyse de l’annuaire d’avant guerre nous donne un aperçu de la population qui vivait dans le secteur de la halle Gościnny Dwór et de la place Żelazna Brama. L’immense majorité des commerçants et des entreprises étaient juifs.
Visualiser la liste des abonnés du téléphone de la rue Skórzana.
Visualiser la liste des abonnées du téléphone de la rue Rynkowa.
Visualiser la liste des abonnées du téléphone de la place Żelazna Brama.

La place Żelazna Brama aujourd’hui

Hormis les halles Mirowski et le palais Lubomirski qui a été pivoté de son emplacement initial, il ne reste quasiment rien de la topologie d’avant guerre de tout ce quartier. Cela donne une idée des destructions de la guerre à Varsovie. Comparer cette photo avec la vue aérienne d’avant guerres présentée plus haut.

Vue actuelle de la place Żelazna Brama
Vue actuelle de la place Żelazna Brama (Cliquer pour agrandir)

> Visite virtuelle de la place Żelazna Brama.

Les moines Studites et les juifs

Le sauvetage de juifs dans les monastères uniates

Klemens Szeptycki
Klemens Szeptycki (Sheptytskyi) (Cliquer pour agrandir) Photo Yad Vashem
En 1941, les parents d’Adam Daniel Rotfeld, qui avait alors 3 ans, décidèrent de le laisser sous la protection du père Klemens Szeptycki, qui était archimandrite (titre honorifique accordé dans les églises de rite byzantin, l’église orthodoxe arménienne et certaines églises catholiques orientales) au monastère grecque-catholique studite de Uniów dans la région de Peremychliany (Przemyślany), aujourd’hui en Ukraine.
Dehors, il y avait un chariot tiré par des chevaux. C’est la dernière fois que l’enfant vit son père et sa mère qui mourront deux ans plus tard. Le garçonnet et sa sœur âgée de 11 ans qui se cachaient dans les forêts furent les seuls membres de la famille à survivre à la guerre. Après une année passée au cloître, Adam Daniel fut baptisé et reçu un nouveau nom.
Il y avait un orphelinat au cloître où séjournaient d’autres enfants de diverses origines. Ils étaient pris en charge par le cloître après une décision entérinée par le métropolite de l’église grecque-catholique, Andrzej Szeptycki, qui appela tous les moines qui se trouvaient sous son autorité à cacher les orphelins juifs parmi les autres enfants polonais et ukrainiens. Les enfants étaient dispersés dans les différents monastères par le moine Marko Stek. Le métropolite était un homme sage et d’expérience. « Il voulait éviter les pogroms à l’encontre des juifs, mais également contre les polonais (répression des milices ukrainiennes à l’encontre des populations polonaises et juives) » relata Kurt Lewin, des années plus tard, l’un de ceux qui furent sauvés.
Grâce à l’aide du métropolite, les personnes ci-après, parmi d’autres, survécurent à la guerre : Lili Pohlmann et sa mère, Adam Daniel Rotfeld, la famille de Dawid Kahane, les 2 fils de Ezekiel Lewin dont ses fils Kurt Lewin, Natan Lewin, un rabbin de Lwów , 2 fils du grand rabbin de Katowice (dont le cardiologue Leon Chameides), la famille Podoszyn, mme Abraham et sa fille.
Les moines studites et les juifs
Les moines studites : à gauche Klemens Szeptycki, assis Andrzej Szeptycki (Cliquer pour agrandir) Photo Kancelaria Prezydenta RP / Muzeum Historii Żydów Polskich

Pour son courage durant la guerre, son martyre et sa mort, alors qu’il était entre les mains des agents du NKWD après la guerre, en 1951, Klemems Szeptycki fut déclaré bienheureux (personne béatifiée par l’église catholique) par le pape Jean Paul II.
Klemens Szeptycki fut archimandrite de l’ordre Studite de 1945 à 1951.
Andrey Sheptytsky (Andrzej Szeptycki) (1865-1944), qui fut à l’origine de la congrégation qui était régie par les règles monastiques de Théodore le Studite, fit recueillir des centaines de juifs dans sa résidence et dans les monastères gréco-catholiques. Il fit diffuser une lettre condamnant l’oppression nazie en Ukraine, ainsi que le massacre des juifs. En 1943, lors de la création de la division SS Galicie (Waffen-Grenadier-Division der SS Galizien), composée de 27 000 hommes d’origine ukrainienne, il effectua une bénédiction des troupes. C’est ce geste qui l’empêchera plus tard d’être reconnu comme Juste en Israël. Il fut reconnu vénérable par le pape François en 2015.
Après la guerre, Kurt Lewin aida Marko Stek à émigrer vers l’ouest.
En 1995, Klemens Szeptycki et Marko Stek furent honorés du titre de Juste parmi les Nations par Yad Vashem.

L’église grecque-catholique (églises catholiques orientales) aussi appelée uniate était très présente dans le sud-est de la Pologne actuelle dans les communautés Łemko et Bojko qui furent déportés par le gouvernement communiste polonais en 1947 vers l’Ukraine et d’autres régions de la Pologne lors de l’opération Wysła (Vistule). En 2002, le président Kwaśniewski reconnu la responsabilité de l’état polonais dans ces événements. A l’origine, les uniates sont issus de l’église orthodoxe (église de Byzance) qui se sépara de l’église catholique romaine en 1054. Les uniates revinrent en communion avec l’église catholique en 1596. Ils ont conservé depuis des rites orthodoxes.

Adam Daniel Rotfel

Adam Daniel Rotfeld
Adam Daniel Rotfeld lors d’une journée de nettoyage au cimetière juif de Varsovie (Cliquer pour agrandir) Photo Kuba Atys / Agencja Gazeta
Adam Daniel Rotfeld (1938-2005) est rapatrié en Pologne en 1951 où il est placé dans un orphelinat à Cracovie. Après des études à Varsovie et à Cracovie, il devint chercheur, enseignant à l’université et diplomate. Nommé sous-secrétaire d’État aux Affaires étrangères en 2001, il fut promu secrétaire d’État en 2003 sous le gouvernement social-démocrate de Leszek Miller. En 2005 il fut nommé ministre des Affaires étrangères dans le gouvernement social-démocrate Belka sous la mandature du président Kwaśniewski.
Toujours en 2005, lors de la vive polémique concernant la dénonciation par la Pologne de l’expression camps polonais, Adam Daniel Rotfeld souligna que cette expression énoncée de manière intentionnelle ou pas, tendait à « faire supporter la responsabilité dans la mise en place, l’organisation et les opérations dans les camps des allemands vers le peuple polonais ». Cette prise de position qui fut également partagée par l’ancien ambassadeur d’Israël en Pologne Shewach Weiss, l’American Jewish Committee, les gouvernements polonais et israélien, menèrent l’Unesco à renommer le camp d’Auschwitz comme Ancien camp de concentration de l’Allemagne nazie d’Auschwitz-Birkenau (Former Nazi German Concentration Camp Auschwitz-Birkenau).

Source Poles who rescued Jews during the Holocaust – Recalling Forgotten History et autres.