Mise en avant

Un itinéraire en Pologne à la découverte des traces juives

Partez à la découverte des 402 sites de mémoire juive visités jusqu’ici à travers la Pologne et venez partager un riche et émouvant voyage dans les anciens shtetl et quartiers juifs. Vous découvrirez également de nombreux articles autour de ce sujet en Pologne et ailleurs.
» Shabbat Goy en chiffres c’est 263 sites sur 402 mis en ligne: 206 cimetières, 131 synagogues, 11 camps, 8 sous-camps et 14 autres sites. C’est aussi 358 galeries photos.
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Les catholiques juifs du ghetto de Varsovie

Une histoire méconnue

On évalue qu’au moment du bouclage du ghetto, à la fin de l’année 1940, 2000 chrétiens d’origine juive vivaient dans le ghetto.
Les raisons des conversions étaient très diverses. Pour certains juifs, cela était devenu une nécessité afin de pouvoir accéder à certains postes et positions professionnelles qui étaient devenus interdit aux juifs durant les difficiles années d’avant-guerre notamment dès 1935 avec l’activisme des mouvements nationalistes. De nombreux autres juifs se convertirent au début de la guerre, pensant que leur situation s’améliorerait, ce qui ne fut nullement le cas puisque pour les allemands ils restèrent des juifs. D’autres se retrouvèrent dirigés vers le ghetto car présents sur la liste du conseil central de la protection sociale alors dirigé par Adam Ronikier. Emanuel Ringelblum nota fin février 1941 que 20 familles catholiques d’origine juive entrèrent dans le ghetto, et parmi elles celle du professeur Ludwik Hirszfeld, co-découvreur du système de groupes sanguins ABO.

Eglise de Tous les Saints
Eglise de Tous les Saints sur la place Grzybowski en août 1940, petit ghetto (Cliquer pour agrandir) – Photo Referat Gabarytów
Certains membres de ces familles, d’éducation élevée, servirent au sein du Judenrat. Selon Emanuel Ringelblum, une centaine de juifs convertis servirent également dans la police du ghetto. Ils attisèrent l’animosité des juifs orthodoxes dont certains membres attaquèrent les convertis à coups de bâton sur le parvis de l’église de Tous les Saints (Kościół Wszystkich Świętych) de la place Grzybowski. C’est principalement dans le secteur du petit ghetto situé autour de cette place que se regroupèrent les catholiques juifs.
Ces chrétiens d’origine juive s’organisèrent et se rassemblèrent dans des appartements situés dans les immeubles des rues adjacentes à l’église, devenue dans le ghetto le lieu de culte où se retrouvaient ces juifs convertis, sous la houlette du vicaire Antoni Czarnecki. L’accès à l’office était réglementé par les allemands et la vie pastorale s’organisait dans le presbytère. Le prêtre Marceli Godlewski officiait également à l’église de Tous les Saints, les prélats bénéficiaient d’un laisser-passer pour entrer et sortir du ghetto. Ce prêtre était connu avant la guerre pour son antisémitisme militant.
Sa proximité avec la misère et les souffrances qu’il vit et perçut dans le ghetto l’amena a un changement profond d’attitude et de sentiments envers les habitants du ghetto. Il établit une relation profonde et particulière avec les juifs qu’en fait il ne connaissait pas vraiment avant la guerre si ce n’est à travers leurs traditions et modes de vie, les aspects théologiques et bibliques de la religion juive. Il s’investit activement par la suite dans l’aide et l’assistance aux juifs.
Les bâtiments de la paroisse furent utilisés pour loger aussi bien les juifs baptisés que d’autres non baptisés. L’approvisionnement en nourriture pouvait être réalisé avec l’aide de certaines missions soutenues par le Joint, l’organisation Caritas et de la contrebande. Ce fonctionnement dura jusqu’en décembre 1941, période à laquelle toute aide quelconque apportée aux juifs fut puni de peine de mort. Dès cette date, l’approvisionnement s’effectua par contrebande. Les juifs convertis pratiquants, les juste baptisés non pratiquants, des chrétiens d’autres confessions, des juifs assimilés non convertis se retrouvaient dans l’église, qui avait été partiellement détruite durant les bombardements de 1939. Beaucoup de ces chrétiens juifs retiraient leur brassard à l’étoile de David en pénétrant dans le lieu de culte.
En juillet 1942, peu avant le début des grandes déportations, le prêtre Antoni Czarnecki se rappelait, après guerre, de grands rassemblements dans l’église de plusieurs centaines de fidèles juifs convertis et quelques autres venus écouter les sermons sur fond de messages d’évangile et de patriotisme. Des funérailles catholiques furent aussi été célébrées dans le ghetto, les dépouilles étant menées jusqu’aux portes du ghetto puis dirigées vers le cimetière chrétien de Bródno sur l’autre rive de la Vistule, accompagnés des seuls prêtres.
Les catholiques juifs figurèrent pamis les premiers convois lors des déportations de juillet 1942 vers le camp d’extermination de Treblinka.
Dans la paroisse de l’église de Tous les Saints, les baptêmes étaient organisés autour d’une préparation de 6 semaines environ à ce sacrement. Cette préparation, rapportée dans un témoignage après la guerre dut être suivie au début de la période du ghetto, mais avec le temps et les conditions infernales de l’enfermement, la démarche prit certainement une autre tournure plus rapide. Le professeur Ludwik Hirszfeld agit à plusieurs reprises en tant que parrain et rapporta que nombre de ces baptêmes étaient aussi guidés par une réelle foi pour ces juifs vers leur nouvelle religion, dans ces temps dramatiques. Beaucoup de ces nouveaux baptisés appartenaient à l’intelligentsia. La dernière messe fut célébrée dans l’église de Tous les Saints le 9 juillet 1942. Le presbytère fut détruit le 6 août suivant. Les paroissiens furent conduits vers Umschlagplatz puis déportés vers le camp d’extermination de Treblinka. Des catholiques juifs purent s’échapper durant les périodes de déportations et survivre à la guerre.

Marceli Godlewski
Marceli Godlewski
Le prêtre Marceli Godlewski (1865-1945) fut honoré du titre de Juste parmi les Nations en octobre 2009. Durant cette tragique période, il cacha, aida et secouru de très nombreux juifs dont la liste est visible sur le site de Yad Vashem.
Parmi les personnes secourues et sauvées, Wanda et Krzysztof Zamenhof, le petit-fils du célèbre créateur de la langue esperanto, Ludwik Zamenhof.
La Fondation Raoul Wallenberg dévoile une plaque House of Life dans l'église de Tous les Saints à Varsovie
La Fondation Raoul Wallenberg dévoile une plaque House of Life dans l’église de Tous les Saints à Varsovie – Photo Marek Dusza

En 2017, à l’initiative de la Fondation Raoul Wallenberg, une plaque House of Life a été dévoilée sur le site de l’église de Tous les Saints en mémoire de cette période et de l’aide apportée aux juifs par les prélats.

Les passeports de l’hôtel Polski

Echanges de documents et trahisons

L'hôtel Polski au 29 de la rue Długa (Cliquer pour agrandir) Photo www.shabbat-goy.com
L’hôtel Polski au 29 de la rue Długa (Cliquer pour agrandir) Photo www.shabbat-goy.com

Dès 1942, deux organisations juives suisses initièrent une campagne de sauvetage des juifs de Pologne afin de leur procurer des passeports sud américains en vue de leur départ des territoires occupés, avec le concours de consuls honoraires en Suisse. Les passeports qui avaient été obtenus et qui furent envoyés au Gouvernement Général concernaient les pays suivants : Paraguay, Honduras, Costa Rica, Guatemala, Haïti, El Salvador, Pérou, Bolivie, Équateur, Nicaragua, Panama, Uruguay et le Venezuela.
L'hôtel Polski au 29 de la rue Długa
L’hôtel Polski au 29 de la rue Długa (Cliquer pour agrandir) Photo www.shabbat-goy.com
L’hôtel polonais (Hotel Polski) du 29 de la rue Długa devint l’un des lieux de rencontre (avec 2 autres lieux dans Varsovie) pour de nombreux juifs du ghetto et d’autres juifs qui étaient notamment cachés du côté aryen. Nombre de ces documents arrivèrent effectivement à Varsovie mais leurs destinataires avaient entre temps été déportés puis exterminés au camp de Treblinka durant les grandes déportations de l’été 1942. L’objectif de fourniture de ces passeports était de procéder à un échange entre des soldats allemands détenus par les alliés et des juifs.
En mai 1943, au cours de l’insurrection du ghetto, deux collaborateurs juifs du nom de Leon -Lolek- Skosowki et Adam Żurawin, qui travaillaient pour le compte de la police allemande, récupérèrent les passeports avec l’assentiment de la Gestapo et les revendirent à des juifs qui vivaient cachés côté aryen, et d’autres juifs qui étaient réfugiés à l’hôtel Polski. La transaction pouvait coûter entre 30 et 300 złoty, ou en nature avec des bijoux ou tout autre objet de valeur.
Initialement, les premières tractations s’effectuèrent à l’hôtel Royal au 31 de la rue Chmielna.
Les juifs qui acquirent ces documents falsifiés furent transférés vers le camp de Vittel en France pour 300 d’entre-eux et vers le camp de Bergen-Belsen en Allemagne pour 2000-2500 autres, afin d’être échangés contre des prisonniers allemands. Le directeur de l’organisation du Joint en Pologne, Daniel Guzik, savait qu’il coopéraient avec des collaborateurs juifs.
Les juifs qui avaient été envoyés en Allemagne et en France furent par la suite déportés vers Auschwitz lorsque les allemands vérifièrent les documents et se rendirent compte que les détenteurs de ces passeports n’étaient pas leurs propriétaires légitimes, et que les pays qui avaient délivré les passeports ne confirmèrent pas leur authenticité.

Environ 2500 juifs seraient passés par l’hôtel Polski de Varsovie, les deux tiers dirigés vers ces deux camps, en France et en Allemagne, et les 420 derniers juifs restants qui devaient être déporté vers le camp de Bergen-Belsen furent dirigés vers la prison de Pawiak de Varsovie où ils furent exécutés.
260 juifs réussirent à se procurer des documents palestiniens et purent être échangés contre des prisonniers allemands qui étaient internés en Palestine.
Interrogé par la suite par Yitzhak Zuckerman, Daniel Guzik lui répondit que pour sauver un seul juif, il aurait été prêt à embrasser le c… des collaborateurs Skosowki et Żurawin.
Les historiens s’interrogent encore pour savoir si le commerce de ces passeports après la fin de l’insurrection du ghetto n’avait pas simplement pour but de localiser et débusquer les juifs qui s’étaient réfugiés du côté aryen.

L’immeuble fut détruit durant l’insurrection de 1944, seule la façade a été conservée.

Plaque commémorative apposée sur la façade de l'ancien 'hôtel Polski au 29 de la rue Długa
Plaque commémorative apposée sur la façade de l’ancien ‘hôtel Polski au 29 de la rue Długa (Cliquer pour agrandir) Photo www.shabbat-goy.com
En mémoire des juifs polonais insidieusement attirés par la Gestapo à l’hôtel Polski du 29 de la rue Długa durant le printemps 1943 et assassinés dans les camps d’extermination allemands.
Association des familles de victimes de combattants juifs.

La marche de la mort

Des routes, des victimes, des monuments

Dès le milieu de l’année 1944, l’offensive de l’Armée rouge contre les armées du Reich est lancée vers l’ouest. Face à cette avancée, les allemands décident de procéder à l’évacuation des prisonniers des camps d’Auschwitz et de 27 sous-camps rattachés. Entre le 17 et le 21 janvier 1945, c’est pas moins de 56 000 prisonniers qui s’élancent en colonne sur les routes de Silésie en direction de l’ouest, vers l’Allemagne.
Cette marché forcée empruntera deux routes différentes mais pas très éloignées à travers la Haute-Silésie. Un premier mouvement s’effectue en direction de Wodzisław Śląski (Loslau) sur une distance d’environ 65 kilomètres. Le second tracé s’élancera en direction de Gliwice (Gleiwitz) puis Prudnik (Neustadt) pour une partie des prisonniers; un parcours plus long.
> Route 1 – Auschwitz – Wodzisław Śląski (cliquer pour découvrir les étapes, les monuments)
> Route 2 – Auschwitz – Gleiwitz (à venir)

Retour des stèles juives dans les cimetières

Ultimes retours vers le lieu du repos

On observe une tendance assez symptomatique en Pologne depuis plusieurs années. Nombre de polonais ramènent dans les cimetières des stèles et des morceaux de stèles juives qu’ils ont découverts lors de travaux, suite à un achat d’immobilier dans l’ancien, lors d’une succession, essentiellement à la campagne et dans les petites villes. Ces éléments de monuments funéraires avaient été dérobés après la guerre ou revendus lorsque les autorités municipales de l’époque démantelaient un cimetière juif dans le cadre de la réalisation d’un projet urbain. Ainsi là où reposaient autrefois des hommes, des femmes et des enfants qui faisaient vivre ces communautés juives de Pologne se dresse aujourd’hui, ici un parc (Toruń), là une cour de récréation d’école (Kazimierz Dolny), plus loin une gare routière (Przeworsk), plus loin encore une entreprise (Kępno), ici un bois (Sobota), là un terrain vague (Bielawy), ici encore un lotissement d’immeubles d’habitations édifié durant le communisme (Grajewo).
Ces stèles ainsi démantelées furent transportées vers d’autres endroits et réutilisées souvent comme matériaux de terrassement, de fondation pour des constructions et pour consolider des berges de rivières. Ce pillage commença durant la guerre, période la plus active dans le démantèlement des nécropoles juives. Un commerce qui se mit en place, sous l’autorité allemande dans la majorité des cas, et des entreprises locales profitèrent de ce marché de la pierre pour revendre les matériaux.

Une stèle juive utilisée comme élément de fondation dans une grange dans le village de Milejczyce
Une stèle juive utilisée comme élément de fondation dans une grange dans le village de Milejczyce (Cliquer pour agrandir) Photo Materiały Towarzystwa Inicjatyw Twórczych ‘Ę’

Après la guerre, dans un pays dévasté où tout manquait, nombre de polonais allèrent s’approvisionner en matériaux dans les cimetières déjà en grande partie dévastés et démantelés. Souvent les murs de clôture furent aussi démontés et les briques récupérées.
La Pologne comptait environ 1400 cimetières juifs avant la guerre. Le pays, rappelons-le, était territorialement situé plus à l’est puisqu’il englobait une partie de la Lituanie, la Biélorussie et l’Ukraine occidentale (Galicie). Quasiment tous les cimetières, encore intacts au début de la guerre, furent dévastés par les allemands dès 1939-1940 pour la partie occidentale actuelle de la Pologne, et dès 1941 pour la partie orientale, suite à l’invasion de l’URSS qui jusque là, alliée des nazis, avait occupé la Pologne orientale. La dévastation signifiait le démantèlement des tombes juives afin de les réutiliser. Donc au-delà d’un marqueur identitaire à éradiquer perçait un profit économique. Cette opération participait à l’effacement de la présence et de l’histoire juives dans des villes et des bourgades où s’étaient établies ces communautés plusieurs siècles auparavant. Les synagogues et maisons de prières subirent le même sort et nombre d’entre-elles disparurent. D’autres furent réutilisées pour d’autres fonctions, ce qui paradoxalement les sauvèrent jusqu’à aujourd’hui, mais au prix d’une destruction irrémédiable de leurs décorations et aménagements intérieurs.
Aujourd’hui, on doit dénombrer plus de 800 cimetières juifs en Pologne, le pays ayant perdu 30% de ses territoires après le redécoupage entérinée lors de la conférence de Yalta en 1945.
Si l’essentiel de ces stèles fut réutilisé comme matériaux, un certain nombre d’autres, à la campagne notamment, fut recyclé en meules à aiguiser. Aussi n’est-il plus anecdotique d’observer dans un cimetière juif, dans un coin posée contre un mur, un objet en pierre de forme circulaire et percé d’un axe généralement carré, qui n’est autre qu’une meule. Mais une meule spéciale puisque on peut toujours lire d’un côté des caractères hébraïques.
Une "meule juive", taillée dans un stèle funéraire et ramenée au cimetière juif de Varsovie
Une « meule juive », taillée dans un stèle funéraire et ramenée au cimetière juif de Varsovie (Cliquer pour agrandir) Photo www.shabbat-goy.com

Dans les cimetières juifs de l’actuelle Pologne occidentale, des anciennes provinces allemandes d’avant guerre (dont certaines provinces étaient historiquement polonaises), les cimetières furent également dévastés durant la guerre et aussi après la guerre par des populations polonaises transférées depuis les territoires de l’est où elles vivaient depuis des générations, des territoires devenus étrangers après Yalta. Ces stèles aux inscriptions hébraïques et/ou allemandes subirent le même sort qu’à l’est. De plus, les cimetières juifs allemands recelaient de monuments funéraires réalisés avec des matériaux nobles comme le marbre noir. Beaucoup d’entre-eux furent retaillés et réutilisés comme monuments funéraires chrétiens sans forcément que les familles des défunts eussent connaissance de la provenance exacte du marbre ou de l’élément en marbre. Il est à noter que les cimetières allemands, les plus nombreux dans cette nouvelle partie occidentale de la Pologne subirent un destin tragique puisqu’ils disparurent presque tous. Il s’avère qu’aujourd’hui en Pologne, les cimetières qui ont été le plus dévastés ne sont pas juifs mais allemands.
Lors d’une visite au cimetière juif de Przemyśl, en Pologne sud-est (Galicie), quelle n’a pas été ma surprise de voir quelques stèles juives réalisées dans des stèles qui avaient été réutilisées.
Démantèlement d'un pont enjambant la rivière Mrożycy dans la commune de Brzeziny et qui avait été construit par les allemands durant la guerre, en vu de retourner les stèles dans le cimetière juif local.
Démantèlement d’un pont enjambant la rivière Mrożycy dans la commune de Brzeziny et qui avait été construit par les allemands durant la guerre, en vu de retourner les stèles dans le cimetière juif local. (Cliquer pour agrandir) Photo Fot. Marcin Stępień / Agencja Gazeta
Depuis des années, avec les nombreux travaux de modernisation du pays, on redécouvre des pierres tombales qui avaient été employées comme terrassement sous des routes, sous des places. Les stèles sont systématiquement rassemblées et généralement retournées au cimetière juif lorsque celui-ci n’a pas complètement disparu. Lorsque c’est le cas, en concertation avec les communautés juives, des monuments (Pułtusk) ou des lapidariums (Ostrów Wielkopolski) sont érigés avec les restes de ces stèles.
Très rare, mais visible, une tombe chrétienne réalisée à partir d'une stèle juive et dont les inscriptions en partie effacées subsistent
Très rare, mais visible, une tombe chrétienne réalisée à partir d’une stèle juive et dont les inscriptions en partie effacées subsistent (Cliquer pour agrandir) Photo Łukasz Baksik

Si les polonais dans leur ensemble n’ont pas une connaissance très précise de ce que fut l’histoire des communautés juives de Pologne, une histoire longtemps occultée durant le communisme, nombre d’entre-eux comprennent l’importance et la signification de ces monuments funéraires. En effet, les polonais visitent et entretiennent très régulièrement les tombes de leurs familles dans les cimetières chrétiens, aussi ces nouvelles générations, mais pas seulement, qui découvrent une pierre sur laquelle apparaissent des caractères hébraïques comprennent bien la signification et l’histoire de ces morceaux de stèles et, très souvent de leur propre initiative, retournent au cimetière juif local, ces vestiges qui témoignent de cette histoire anéantie.
Cependant, l’immense majorité de ces pierres tombales reste enfouie et cachée dans des fondations, dans des murs, et une partie de celles qui ont été remises au jour terminent dans un enfouissement de gravas ou disparaissent à jamais.
Souvent, dans les vieux cimetières juifs, essentiellement à l’est, les plus anciennes stèles sont demeurées, car la taille et la gravure de monuments funéraires et de pierres tombales décorées n’étaient pas à l’origine une tradition juive, mais une coutume plutôt inspirée des monuments funéraires chrétiens. Les pierres tombales des gens modestes, les tombes anciennes, étaient surmontées par des rochers de granit de diverses tailles sur lesquels avaient été gravées quelques épitaphes. Ces rochers, moins pratiques à transporter et à réutiliser sont souvent restés sur place.
Dans l’histoire, des cimetières juifs avaient été démantelés dans des communes car édifiés à l’origine non loin des centres villes et furent déplacés en raison du développement de l’habitât. Qu’ont pu devenir les stèles de cette époque, nul ne le sait. Durant la première moitié du XVIIème siècle, le (premier) cimetière juif de Varsovie fut démantelé après l’expulsion des juifs de la vieille ville. Il se dit qu’une partie des pierres tombales fut réutilisée pour la construction de fondations dans la vieille ville, mais à ce jour on n’a pas retrouvé la moindre trace, ni d’ailleurs de ce cimetière qui se dressait alors aux alentours actuels de l’hôtel Bristol et de la rue Karowa.

Changement de comportement *

Au printemps 2017, 38 stèles furent ramenées au cimetière juif de Ciechanowiec. Ce cimetière dont le mur d’enceinte fut reconstruit en 2008 comportait à peine une vingtaine de tombes. Depuis quelques années, les habitants commencèrent à rapporter des stèles qu’ils avaient retrouvées et aujourd’hui on dénombre plus de 70 tombes dans le cimetière.
Lorsque ces stèles réapparaissent, c’est aussi des morceaux de vie qui resurgissent. Ce fut le cas à Otwock (sud-est de Varsovie) où un habitant déterra 3 stèles juives. Il signala sa découverte au Musée Juif de Varsovie, et on pu découvrir des personnes derrière ces pierres : la tombe de Awraham Józef Zylbersztajn originaire de Sobolewo, qui mourut en 1917; celle de Miriam Messing, morte en 1926, et celle de Iska Fajga, décédée en 1938, la fille du rabin Chaim Icchak Płocki de Turk et petite-fille d’un rabin très connu, Meir Dan Płocki de Ostrów Mazowiecki. Les stèles furent rapatriées au cimetière de Otwock en juin 2017 par les autorités locales.

Une des stèles retrouvées lors des tavaux à Wrocław
Une des stèles retrouvées lors des tavaux à Wrocław – Photo Ryszard Bielawski
Lors de travaux de fondation d’un hôtel réalisés par un investisseur à Wrocław, des ossements apparurent là où se trouvait autrefois le cimetière juif de la rue Gwarna, démantelé durant l’ère communiste. On fit appel à des archéologues qui mirent au jour 150 restes humains ainsi que des morceaux de tombes. L’ensemble fut transféré vers le cimetière juif de la rue Lotnicza.
A Góra Kalwaria, une ville située au sud de Varsovie, on mis au jour plusieurs dizaines de tombes juives qui avait été utilisées comme matériaux de terrassement pour la place du camp de prisonniers de guerre russes, qui avait été établi par les allemands. On ramena les tombes au cimetière juif.

D’autres stèles encore ont été mises à jour et cela n’est pas terminé pour 2017.
Ewa Krychniak et la stèle funéraire juive qu'elle a pu sauver et qui était utilisée comme établi par un menuisier
Ewa Krychniak et la stèle funéraire juive qu’elle a pu sauver et qui était utilisée comme établi par un menuisier – Photo Mirosław Szut
Beaucoup plus rare et qui mérite d’être souligné, une stèle qui avait été réalisée en fonte a été retrouvée à Sokółka (région est) par une habitante du lieu, Ewa Krychniak, une institutrice et bibliothécaire. Cette stèle a été retrouvée dans l’atelier d’un menuisier, qui l’utilisait comme établi. Il s’agissait de la tombe de Masza Lei, fille de Yakov. Afin que l’objet précieux ne soit pas la convoitise de collectionneurs peu scrupuleux, et qui aurait pu être dérobée si la stèle avait été ramenée au cimetière, elle fut envoyée au Musée Régional de Sokółka afin d’être préservée.
* source Virtual Shtetl

La fondation From the Depths

Jonny Daniels, sur les rives de la Vistule à Varsovie durant l'été 2015, lors de la découverte de pierres tombales juives
Jonny Daniels, sur les rives de la Vistule à Varsovie durant l’été 2015, lors de la découverte de pierres tombales juives (Cliquer pour agrandir) AP Photo / Czarek Sokolowski
Jonny Daniels, juif anglo-israélien, et qui s’investit depuis des années en Pologne à travers sa fondation From the Depths, dont il est le fondateur et le directeur, oeuvre activement à la récupération et au retour des stèles vers les cimetières. Son action de terrain, peu soutenue par les communautés juives du pays, s’inscrit dans une démarche complémentaire et volontaire qui implique directement les polonais et les autorités locales qui participent pleinement à ses actions. Une de ses premières actions médiatisées a été le retour de plusieurs palettes de morceaux de tombes juives au cimetière juif de Bródno à Varsovie, stèles qui avaient été utilisées durant la période communiste pour édifier une pergola et des murets dans un jardin du quartier de Praga. Plusieurs retours de stèles funéraires ont également été organisés au cimetière de Varsovie et à d’autres endroits avec le concours d’une association culturiste polonaise, car il ne faut pas oublier que rapatrier de telles masses de granit nécessite des moyens conséquents ainsi qu’une force humaine pour les déplacer. Dans un village, c’est avec l’aide des sapeurs pompiers que des stèles d’un cimetière juif ont pu être relevées. La fondation est également intervenu à de multiples endroits en Pologne, comme par exemple à Słomniki, une petite ville située au nord de Cracovie, ou plusieurs pavées de la grande place centrale qui s’étaient révélés être des morceaux de tombes juives ont pu être retournés au cimetière local avec l’aide de la municipalité. C’est aussi au zoo de Varsovie que des éléments de stèles ont été identifiés.
Une équipe de l'association polonaise Strongmen déplace un monument funéraire juif sous l’œil attentif de Jonny Daniels dans le cimetière de Varsovie
Une équipe de l’association polonaise Polish Strongman déplace un monument funéraire juif sous l’œil attentif de Jonny Daniels dans le cimetière de Varsovie (Cliquer pour agrandir) Photo info. nadesłana

Les traces de mezouzah en Pologne

Sur les traces des mezuzah

La mezouzah est un objet de culte fixé sur le linteau de la porte d’entrée d’une maison juive. Elle renferme 2 parchemins sur lesquels ont été écrits des passages du Deutéronome qui correspond au cinquième livre du Pentateuque – la Bible hébraïque. La mezouzah fait partie de l’une de ces nombreuses prescriptions qui rythment la vie religieuse des juifs.
> Ces parchemins comportent les versets 6.4 à 6.9 :
6.4 Écoute, Israël! l’Éternel, notre Dieu, est le seul Éternel.
6.5 Tu aimeras l’Éternel, ton Dieu, de tout ton coeur, de toute ton âme et de toute ta force.
6.6 Et ces commandements, que je te donne aujourd’hui, seront dans ton coeur.
6.7 Tu les inculqueras à tes enfants, et tu en parleras quand tu seras dans ta maison, quand tu iras en voyage, quand tu te coucheras et quand tu te lèveras.
6.8 Tu les lieras comme un signe sur tes mains, et ils seront comme des fronteaux entre tes yeux.
6.9 Tu les écriras sur les poteaux de ta maison et sur tes portes.
> et les verset 11.13 à 11.21 :
11.13 Si vous obéissez à mes commandements que je vous prescris aujourd’hui, si vous aimez l’Éternel, votre Dieu, et si vous le servez de tout votre cœur et de toute votre âme,
11.14 je donnerai à votre pays la pluie en son temps, la pluie de la première et de l’arrière-saison, et tu recueilleras ton blé, ton moût et ton huile;
11.15 je mettrai aussi dans tes champs de l’herbe pour ton bétail, et tu mangeras et te rassasieras.
11.16 Gardez-vous de laisser séduire votre coeur, de vous détourner, de servir d’autres dieux et de vous prosterner devant eux.
11.17 La colère de l’Éternel s’enflammerait alors contre vous; il fermerait les cieux, et il n’y aurait point de pluie; la terre ne donnerait plus ses produits, et vous péririez promptement dans le bon pays que l’Éternel vous donne.
11.18 Mettez dans votre coeur et dans votre âme ces paroles que je vous dis. Vous les lierez comme un signe sur vos mains, et elles seront comme des fronteaux entre vos yeux.
11.19 Vous les enseignerez à vos enfants, et vous leur en parlerez quand tu seras dans ta maison, quand tu iras en voyage, quand tu te coucheras et quand tu te lèveras.
11.20 Tu les écriras sur les poteaux de ta maison et sur tes portes.
11.21 Et alors vos jours et les jours de vos enfants, dans le pays que l’Éternel a juré à vos pères de leur donner, seront aussi nombreux que les jours des cieux le seront au-dessus de la terre.

La mezouzah à l'entrée de la synagogue Nożyk de Varsovie
La mezouzah à l’entrée de la synagogue Nożyk de Varsovie (Cliquer pour agrandir) Photo www.shabbat-goy.com
La mezouzah est positionnée de manière inclinée, la partie supérieure orientée vers l’intérieur de la demeure. On peut avoir une mezouzah à l’entrée de chaque pièce de la demeure sauf à l’entrée des lieux d’aisance. On trouve également des mezouzah à l’entrée de la synagogue et d’autres lieux de cultes et d’études religieuses.
Sur la mezouzah est gravée ou imprimée la lettre shin qui est l’un des noms (shaddaï) que les juifs attribuent à Dieu.

Le scribe – Sofer

Le parchemin de la mezouzah est écrit par un sofer, un scribe en calligraphie hébraïque. Sa fonction est de rédiger les documents sacrés tels que la Torah, les tefillin et les mezuzot. Il a également en charge l’écrite d’autres livres sacrés comme le Cantique des cantiques, le livre de Ruth, le livre d’Esther, l’Ecclésiaste, le livre des Lamentations. Egalement des documents comme les ketoubah (contrat de mariage). Les soferim (pluriel) suivent un apprentissage auprès d’un autre scribe, ce sont des juifs religieux très pratiquants et spécialistes des lois applicables à cette fonction.

Inventaire de mezouzah en Pologne

Krzysztof Bielawski, grand spécialiste polonais des cimetières juifs en Pologne, en Biélorussie et en Ukraine, et qui travaille au Musée de l’Histoire des Juifs Polonais (et qui gère le site Virtual Shtetl) a créé quelques années en arrière un site internet qui recense les mezouzah (mezouzot au pluriel pour être plus rigoureux) que l’on peut observer en Pologne, Il ne s’agit pas d’un site qui les recense de manière exhaustive, mais qui est alimenté au gré des visites et des informations et photographies transmises par les visiteurs.
> Le site internet www.mezuzy.eu

Trace de mezouzah à l'entrée d'une ancienne maison juive dans le village de Radziłów en région de Podlachie (nord-est)
Trace de mezouzah à l’entrée d’une ancienne maison juive dans le village de Radziłów en région de Podlachie –
nord-est (Cliquer pour agrandir) Photo www.shabbat-goy.com

Après la disparition des juifs lors de l’anéantissement du yiddishland par les allemands il y a trois-quarts de siècle, il est encore possible d’observer des traces de mezouzah sur des chambranles et des cadres de portes d’anciennes maisons et appartements où vivaient des juifs avant la guerre. Les mezouzah ont elles disparues, soient retirées par leurs propriétaires lors du départ vers le ghetto où vers le lieu de rassemblement avant la déportation, soit retirées par les habitants qui prirent possession des lieux pendant ou après la guerre. Les évidements caractéristiques creusés dans le bois furent souvent comblés, puis avec le temps et les rénovations, les portes et leurs encadrements furent remplacés. Cependant, il n’est pas anecdotique, avec un œil averti, de deviner l’ancienne présence d’une mezouzah malgré les couches de peinture successives ou en devinant la déformation caractéristique d’un logement de mezouzah jadis comblé mais toujours visible.
Trace de mezouzah à l'entrée de l'ancienne synagogue de Puńsk en région de Podlachie - nord-est
Trace de mezouzah à l’entrée de l’ancienne synagogue de Puńsk en région de Podlachie – nord-est (Cliquer pour agrandir) Photo www.shabbat-goy.com

Żelazna 103, immeuble de la terreur

Centre de répression et de déportation du ghetto

Il est des endroits à Varsovie où les juifs, en visite mémorielle dans la capitale, à travers des visites souvent balisées et généralement encadrées, ne passent jamais; certainement par ignorance, par habitude des circuits programmés et recommandés, que les autres visiteurs suivent également.
C’est le cas pour un bâtiment qui se trouve au bout de la rue Żelazna (appelée Eisenstrasse par l’occupant allemand durant la guerre). Là se trouvent 3 immeubles (99, 101, 103) que l’on pense reconstruits après la guerre, d’après leur architecture plus moderne, mais dont la construction remonte juste avant la guerre. Notre attention se portera sur le numéro 103, le dernier immeuble. Cette petite section de la rue Żelazna n’existait pas quelques années avant la guerre puisque s’élevaient là les immeubles 76 et 78 de la rue Nowolipie. La séparation du mur (grand ghetto) avait été définie entre les immeubles numéros 72 et 74 lors du bouclage de 1940.

Les immeubles 99, 101 et 103 de la rue Żelazna. Au fond à droite, le siège du SD-Befehlstelle
Les immeubles 99, 101 et 103 de la rue Żelazna. Au fond à droite, le siège du SD-Befehlstelle (Cliquer pour agrandir) Photo www.shabbat-goy.com

Jusqu’au 15 juillet 1942, date des premières grandes déportations, l’immeuble abritait le poste de commandement de la SD, le service de sécurité de la SS, et la Gestapo du ghetto. L’endroit était appelé SD-Befehlstelle. C’était plus précisément les locaux du Sonderkommando der Sipo-Umsiedlung qui avait remplacé le bureau du commissariat au quartier juif.
Żelazna 103
Żelazna 103 (Cliquer pour agrandir) Photo www.shabbat-goy.com
Dès l’été 1942, de cet immeuble, Hermann Höfle planifia les déportations des juifs de Varsovie vers le camp d’extermination de Treblinka. C’est lui qui se rendit au Judenrat le 22 juillet 1942 et qui ordonna à Adam Czerniaków, le président du Judenrat, de livrer quotidiennement un contingent de 6000 juifs en vue de leur transfert vers l’est, en réalité leur déportation vers Treblinka.
Durant la première période s’étalant jusqu’à la mi-1942, les juifs arrêtés en dehors de la zone de confinement étaient dirigés vers l’immeuble 103 où ils étaient torturés afin de leur soutirer des renseignements sur leur évasion et les aides qu’ils avaient reçues, puis ils étaient exécutés dans l’arrière-cour.

Parmi les membres de la sécurité se trouvaient deux exécutants particulièrement violents et redoutés de la population du ghetto, Karl Heinrich Klaustermeyer et Josef Blösche. Ils s’illustrèrent dans l’assassinat de nombreux juifs dans la zone du ghetto en circulant dans un rickshaw ou en voiture et en tirant sur des juifs rencontrés au hasard de leur chemin, que ce soient des femmes, des enfants ou des vieillards. L’un de leurs exercices consistait à tuer le plus de juifs avec une seule balle en les alignant côte à côte. Blösche était tristement connu des habitants du ghetto qui l’avaient surnommé Frankenstein, nombre de témoignages relatent de ces exactions meurtrières, également de viols et exécutions de femmes. Tous deux participèrent activement à la liquidation du ghetto. Ils apparaissent dans plusieurs photos du rapport Stroop, rédigé par le général SS Jurgen Stroop alors en charge de la liquidation du ghetto de Varsovie en avril-mai 1943.

La photo ci-dessous fut prise lors de l’insurrection du ghetto dans la rue Nowolipie, à une centaine de mètres environ des bureaux Żelazna 103. Au centre le général Jurgen Stroop, à droite Josef Blösche et Karl Heinrich Klaustermeyer (second en partant de la droite), ces derniers étant rattachés aux bureaux du SD-Befehlstelle de l’immeuble Żelazna 103.
Insurrection du ghetto. Jurgen Stroop, Josef Blösche et Karl Heinrich Klaustermeyer
Insurrection du ghetto. Jurgen Stroop, Josef Blösche et Karl Heinrich Klaustermeyer (Cliquer pour agrandir)

Les caves et le sous-sol de l’immeuble furent utilisés comme prison et lieu d’exécution.
Lors de l’insurrection du ghetto, un groupe de combattant juifs menés par Natan Szulc, qui commandait un peloton de l’Union Militaire Juive (Żydowski Związek Wojskowy – ŻZW), l’une des deux organisations qui combattit durant le soulèvement du ghetto; attaqua l’immeuble et essaya de libérer des prisonniers mais la tentative échoua et le ghetto fut par la suite liquidé. Les allemands quittèrent le bâtiment en juillet 1943.
Plaque apposée sur l'immeuble Żelazna 103 en mémoire des
Plaque apposée sur l’immeuble Żelazna 103 en mémoire des « milliers de juifs torturés à mort par la Gestapo » (Cliquer pour agrandir) Photo www.shabbat-goy.com

Josef Blösche. 1912-1969. Membre du SD (Sicherheitsdienst) durant la guerre, il se rendit à l’Armée Rouge, fut fait prisonnier et envoyé en camp. Il fut rapatrié en Allemagne de l’est en 1946 en camp de travail où il subit un grave accident qui déforma notoirement son visage. Il fut libéré en 1947 et commença une vie civile normale, il se maria et eut 2 enfants. Sa déformation faciale le protégea durant de longues années des recherches entreprises afin d’identifier les criminels de guerre d’après des photos prises durant la guerre.

Josef Blösche au second plan derrière le petit garçon, mitraillette en main. Selon une source, le petit garçon s'appelle Artur Siematek, fils de Leon et Sarah Dąb, natif de Łowicz
Josef Blösche au second plan derrière le petit garçon, mitraillette en main. Selon une source, le petit garçon s’appelle Artur Siematek, fils de Leon et Sarah Dąb, natif de Łowicz (Cliquer pour agrandir)
Il fut accusé par un ancien SS qui était en procès à Hambourg en 1961. La police entreprit alors des recherches qui aboutirent à son arrestation en 1967. Il fut jugé en 1969 à Erfurt et condamné pour sa participation dans le meurtre de 2000 juifs en 1943. Condamné à mort, il fut exécuté la même année à Leipzig.
L’image de Josef Blösche reste à jamais gravée sur la photo devenue emblématique du ghetto de Varsovie où il apparaît au second plan, mitraillette à la main.

Karl Heinrich Klaustermeyer. 1914-1976. Il fut arrêté par les britanniques après la guerre alors qu’il circulait avec un simple uniforme de soldat, mais son identité ne fut pas découverte, il fut libéré en 1946. Malgré son passif d’avant guerre dans la dénonciation de juifs et ses lourdes exactions en Pologne, il put travailler librement après la guerre comme chauffeur livreur. Suite à une enquête, il fut arrêté en 1961, jugé et condamné en 1965 à la prison à perpétuité par la cour de Bielefeld dans la région de Rhénanie-du-Nord–Westphalie pour le meurtre de 20 juifs.

Hermann Höfle – 1911-1962. SS-Sturmbannfuhrer et adjoint d’Otto Globocnik. Après diverses fonction dans la déportation des juifs en Pologne, il est nommé dès juillet 1942 commissaire à la déportation des juifs de Varsovie. Il est arrêté par les alliés en Carinthie en 1945, est interrogé puis libéré. Il put mener une existence tranquille en Italie, suite à un mandat d’arrêt lancé par la Pologne, puis en Autriche et en Allemagne jusqu’en 1961 où il travailla notamment durant 5 mois pour le compte de l’organisation Gehlen, une unité de renseignements de l’Armée Américaine. Arrêté et transféré à Vienne, il se pend dans sa cellule en août 1962 dans l’attente de son procès.


Insurrection de Varsovie 1944. Lancement de roquettes vers la vieille ville depuis la rue Żelazna
Insurrection de Varsovie 1944. Lancement de roquettes vers la vieille ville depuis la rue Żelazna (Cliquer pour agrandir) Photo Bundesarschiv.
Lors de l’insurrection de Varsovie de 1944, la section de rue fut utilisée comme base de lancement de roquettes contre les insurgés polonais. Des centaines de projectiles furent lancés en direction de la vieille ville qui fut entièrement détruite.

Les pavés juifs de Treblinka

Treblinka, 2 sites distincts de mémoire

Morceau de stèle de tombe juive, au premier plan, utilisée comme pavement sur le chemin forestier qui relie les camps de Treblinka I et de Treblinka II
Morceau de stèle de tombe juive, au premier plan, utilisée comme pavement sur le chemin forestier qui relie les camps de Treblinka I et de Treblinka II (Cliquer pour agrandir) – Photo www.shabbat-goy.com
Treblinka est le camp d’extermination qui fit le plus de victimes après celui d’Auschwitz (plus précisément celui de Birkenau). Selon le site du Musée, le sinistre décompte s’élève à près de 900 000 victimes.
Ce camp est dénommé Treblinka II. Il fut édifié à la mi-1942 dès que les allemands procédèrent à la liquidation des ghettos de Pologne durant la période 1942-1943. Plus de 300 000 juifs de Varsovie et de sa région furent exterminés dans ce camp. Les autres victimes furent constituées de juifs des régions nord, nord-est et est de la Pologne, ainsi que de groupes de populations juives déportées depuis la Biélorussie et la Lituanie lorsque celles-ci n’avaient pas déjà été exterminées par les unités Einsatzgruppen et leurs supplétifs locaux (lituaniens, lettoniens).
Un premier camp de travail fut construit dans cette zone complètement isolée dès 1941, qui fonctionna jusqu’à l’été 1944, dénommé Treblinka I, à destination des polonais. 20 000 prisonniers polonais y furent internés et la moitié moururent d’épuisement et d’exécutions. Aujourd’hui peu de gens qui se rendent à Treblinka visitent le site du camp de Treblinka I, distant de 2 kilomètres du site du camp d’extermination, où est également visible une stèle à la mémoire des roms et des sinté également exterminés.

Les pavés juifs

Morceau de stèle de tombe juive, utilisée comme pavement sur le chemin forestier qui relie les camps de Treblinka I et de Treblinka II
Morceau de stèle de tombe juive, utilisée comme pavement sur le chemin forestier qui relie les camps de Treblinka I et de Treblinka II (Cliquer pour agrandir) – Photo www.shabbat-goy.com
Une route pavée longue de 2 kilomètres traverse la forêt pour relier les deux camps. On l’appelle la route noire (czarna droga). Elle est constituée de pavés, plus précisément de galets, ramenés de je ne sais où. Sur un tronçon de cette longue voie forestière, en portant un regard aigu sur ces pierres, on peut observer quelques restes de tombes juives.
Dès 1941, lorsque les allemands envahirent la zone orientale de la Pologne alors occupée par les russes après le pacte germano-soviétique Molotov-Ribbentrop (1939) de partage de la Pologne scellé entre les russes et les nazis, les allemands détruisirent et dévastèrent méthodiquement tous les cimetières juifs, c’est à dire des centaines. Les stèles alors démantelées étaient réutilisées pour renforcer des infrastructures routières, des berges, et étaient également revendues comme matériaux de construction et de terrassement. On peut dire aujourd’hui que plus de 80% des tombes des cimetières juifs reposent sous des routes et dans des fondations diverses.
Lors de mon premier passage en 2000 à Treblinka, j’avais observé un morceau de stèle juive le long de cette route forestière. J’y suis donc retourné en août 2017 et j’ai porté une attention particulière à ce tronçon de chemin et j’ai pu en effet retrouver plusieurs de ces pavés insolites. On ignore leur origine, certainement de quelques cimetières juifs des alentours, comme ceux de Brok ou Zaręby Kościelne distants d’une quinzaine de kilomètres, ou peut être celui de Strękowo à 25 kilomètres de là.
Là gisent des fragments de stèles de juifs et de juives, aujourd’hui anonymes, et évanouis dans ce cataclysme qui s’abattit alors en Pologne.

La synagogue ronde de Praga à Varsovie

La synagogue disparue

Simulation de la synagogue de Praga sur une vue actuelle.
Simulation de la synagogue de Praga sur une vue actuelle. (Cliquer pour agrandir) Photo Google Maps et inconnu. Montage www.shabbat-goy.com

La synagogue en briques de Praga fut édifiée en 1836 et fut financée par Ber Sonnenberg, le grand-père du philosophe français Henri Bergson. Ce fut le premier lieu de culte construit dans le quartier du vieux Praga au XIXème siècle, avant l’édification de l’église orthodoxe Sainte Marie Madeleine et de la grande église Saint Florian. Ces 3 lieux de culte situés dans un rayon de 200 mètres témoignaient de la diversité religieuse de la population d’alors.
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Krochmalna, le commerce des souvenirs

Les ultimes témoignages du ghetto

En vente sur e-bay Allemagne, ces derniers jours, une photo rare de la rue Krochmalna, à Varsovie.
Depuis plusieurs années, on assiste à la mise en vente de nombreuses photographies qui ont été prises par des soldats allemands en Pologne et à Varsovie. Ces photos réapparaissent au gré des décès de leurs auteurs et de la mise sur le marché de ces témoignages de vies passées durant la dernière guerre. Certains vendeurs, qui découvrent ces clichés dans un grenier ou dans un vieil album photos ont bien compris l’intérêt qu’il pouvait y avoir à commercer ces clichés, sans pour autant en connaitre la véritable valeur historique.

La rue Krochmalna et les gens du ghetto, en 1942
La rue Krochmalna et les gens du ghetto, en 1942 (Cliquer pour agrandir) – Source ebay.de


Pour ceux qui comme moi, sans être spécialiste, peuvent localiser instantanément certains lieux, ces images peuvent prendre une importance tout à fait particulière.
La photo présentée ici nous montre une vue de la rue Krochmalna prise, durant la période du petit ghetto, depuis le croisement de la rue Żelazna. On distingue une population juive qui se déplace, une femme transportant un sac en direction du grand ghetto, une femme avec son enfant, des rickshaws (véhicule tricycle) qui permettaient de transporter des personnes d’un coin à l’autre du ghetto, et qui étaient nombreux durant cette époque.
Perspective de la rue Krochmalna en 1936 et localisation des immeubles de la photo
Perspective de la rue Krochmalna en 1936 et localisation des immeubles de la photo (Cliquer pour agrandir)

La rue Krochmalna s’élançait depuis la magnifique halle Gościnny Dwór située à proximité du jardin de Saxe , à l’est (que je présenterai prochainement), jusque vers l’ouest, sur une longueur d’un kilomètre et demi environ. C’était une rue juive typiquement populaire et dont on peut imaginer la réalité à travers le roman du prix Nobel de littérature Isaac B. Singer dans son livre Le petit monde de la rue Krochmalna.
En 1938-1939 on recensait 2 abonnés du téléphone dans l’immeuble 46, Łosicki F. et Sokól Hersz.
La photo a été prise après décembre 1941, période durant laquelle la zone ouest du petit ghetto fut exclue de la zone de confinement. Une portion de la rue Żelazna fut donc séparée en deux par une clôture barbelée que l’on aperçoit ici. D’après la tenue vestimentaire des gens du ghetto, le cliché a du être réalisé durant le printemps 1942, soit quelques mois avant les grandes déportations de l’été et la liquidation du petit ghetto.
Aujourd’hui, environ 5 immeubles de cette époque ont survécus. Notamment les 2 premiers visibles sur la photos, le numéro 46 (immeuble aux balcons) et le numéro 66 de la rue Żelazna (ici à gauche) dont une élévation courrait rue Krochmalna.
Vue actuelle de la rue Krochmalna depuis la rue Żelazna
Vue actuelle de la rue Krochmalna depuis la rue Żelazna (Cliquer pour agrandir) – Photo www.shabbat-goy.com

Krochmal signifie amidon. Autrefois, plusieurs fabriques d’amidon étaient localisées dans cette rue.

Visite de la rue Twarda

Un foyer de vie juive à Varsovie

Le grand quartier juif de la Varsovie d’avant guerre, celui de Muranów, était situé entre la vieille ville et le quartier de Żoliborz (Joli bord) situé au nord de la capitale.
Cependant, nombre de juifs résidaient également un peu plus au sud, dans le quartier de Śródmieście Północne (centre-ville nord), dans le secteur de la place Grzybowski (autrefois le village de Grzybów). C’est aujourd’hui l’un des rares vestiges de la vie juive qui subsiste de cette époque. Sur la place Grzybowski et rue Próżna se déroule chaque mois d’août le festival Singer de la culture juive. On trouve également le long de cette place, le théâtre juif et le siège de la fondation Szalom, aujourd’hui démolis; une tour devant s’élever en lieu et place et abriter de nouveau, une fois édifiée, théâtre et fondation. Si la rue Próżna, aujourd’hui présentée aux visiteurs comme rue symbolique de la vie juive d’avant-guerre, ne témoigne dans sa partie ouest, à travers certains immeubles brillamment restaurés, une certaine bourgeoisie juive, la rue véritablement représentative de cette vie juive passée était la rue Twarda, celle qui s’élance de la place Grybowski vers le sud-ouest, non loin de l’avenue de Jérusalem (Aleje Jerozolimskie), dans le quartier voisin de Mirów.

Localisation de la rue Twarda à Varsovie
Localisation de la rue Twarda à Varsovie (Cliquer pour agrandir)

La rue Twarda était véritablement un foyer de vie juive où se trouvaient de nombreux ateliers, fabriques et commerces juifs, ainsi que plusieurs maisons de prières et deux synagogues, dont la synagogue Nożyk au numéro 6, préservée par miracle, à côté de l’actuel bâtiment de la communauté juive de Varsovie (Twarda 6).

C’est durant le XVIIème siècle que la future rue Twarda prit cette direction nord-est vers le sud-ouest en partant de la place qui autrefois se trouvait au milieu du village de Grzybów. La rue a pris ce nom (Twarda, dur) en 1770, en référence au sol dur de la route qui longeait des zones humides.

Développement de la rue Twarda

En 1783 fut établie la première brasserie, 8 années plus tard, 47 familles étaient recensées. Vers la fin de ce siècle, elle rejoignit la rue Żelazna (rue du fer) pour courir ensuite plus au sud. On dénombrait déjà 14 maisons en briques et 24 maisons et manoirs en bois de part et d’autre de cette rue en terre. La rue fut coupée à son extrémité actuelle sud-ouest avec la construction de la ligne de chemin de fer Varsovie-Vienne. Les pavés furent installés lors des travaux de terrassement en 1864-1866. C’est notamment pendant la seconde moitié du XIXème siècle, que l’on construisit une partie des immeubles qui étaient encore visibles avant la guerre.
Durant le XIXème siècle, le quartier se développa, et avec, la communauté juive. Cependant les juifs étaient déjà présents dans le secteur autour de la place Grzybowski, depuis leur expulsion de la vieille ville au début du XVIIème siècle. On trouvait alors dans la partie sud de la rue de nombreux ateliers d’horlogerie. C’est en 1881 que les premiers tramways à cheval empruntèrent la rue Twarda. L’assainissement fut installé en 1889. En 1900, la spécificité juive de la population de la rue Twarda était déjà établie; on dénombrait 46 maisons juives et 21 maisons chrétiennes.
En 1902 fut inaugurée la synagogue Nożyków (Twarda 6), à 150 mètres de la synagogue Serdyner (Twarda 4) qui était déjà présente depuis la seconde moitié du XIXème siècle. 1908 vit l’arrivée du tramway électrique numéro 22.
Durant la première guerre mondiale, les immeubles 4, 7 et 22 servirent de refuges pour les sans-abris; des maisons de prières se trouvaient également aux 4 et 22. En 1926, on recensait 18 maisons de prières. Les cinémas Antinea et Cyla se trouvaient aussi dans cette rue.
La cour de l’immeuble du 1 de la rue Twarda abritait le marché Icek Borowski.

La vie religieuse

C’est en 1815 que fut ouverte la première synagogue dans une maison en dur, elle pouvait accueillir une vingtaine de fidèles. La communauté juive était représentée par les mouvements orthodoxes dès l’arrivée des juifs dans le faubourg de Grzybów, puis vinrent s’installer les juifs hassidiques au XIXème siècle et les mouvements progressistes se développèrent durant la seconde moitié de ce siècle, en fait à l’image du monde juif dans les grandes villes polonaises.
Au milieu de l’entre-deux guerres, on dénombrait 13 synagogues et maisons de prières seulement dans la rue Twarda. Les synagogues étaient situées aux numéros 4 (synagogue Serdyner) et 6 (synagogue Nożyk), les maisons de prières se trouvaient dans les immeubles 1, 3, 8, 10, 12, 13, 14, 15, 16, 18, 22, 24, 48-52, 52.
La synagogue située dans l’immeuble 22 appartenait à l’association Chevra Shas et était alors très renommée, dès le milieu du XIXème siècle. Selon les sources, il semble qu’elle ait été fondée par Dawid Maliniak, un juif hassidique, commerçant dans le faubourg de Grzybów (avant son rattachement en quartier à la ville de Varsovie).

Maisons de prières et synagogues dans la section ouest de la rue Twarda
Maisons de prières et synagogues dans la section ouest de la rue Twarda (Cliquer pour agrandir)
Cette concentration de lieux de prières illustre la forte prédominance de population juive religieuse dans la rue Twarda, en particulier dans la première section de rue qui s’étire jusqu’au croisement de la rue Ciepła. Mais la population juive restait fortement implantée jusque vers les numéros 50 à partir desquels on recense plus de noms à consonance polonaise, d’après l’annuaire des abonnés du téléphone de Varsovie pour l’année 1938-1939 (Voir en fin d’article le lien vers la page où sont présentés tous les abonnés).
La rue Twarda présentait alors cette apparence particulière des quartiers juifs des villes d’Europe centrale et de Pologne, faite de juifs à longues barbes et en caftan portant casquettes et chapeaux qui déambulaient dans les rues, de succession de boutiques et d’échoppes tenues par des juifs en chemise et penchés sur leur ouvrage comme nous l’a si bien témoigné Roman Vishniac à travers ses extraordinaires photos du yiddishland prises dans les années 30. C’est d’ailleurs l’une de ses photos qui est présentée ci-dessous, prise à hauteur de l’immeuble 18 (suivi des 20, 22…) de la rue Twarda.
Un vieux juif, portant ses livres de prières, se dirige sans doute vers l'une des synagogues (4 ou 6) de la rue Twarda. En chemin, il passe devant le numéro 18. A droite, on aperçoit le magasin de nettoyage et teinturerie de Józef Targoński, et juste après, le magasin de vente de boissons de Froim Rajchcajg
Un vieux juif, portant ses livres de prières, se dirige sans doute vers l’une des synagogues (4 ou 6) de la rue Twarda. En chemin, il passe devant le numéro 18. A droite, on aperçoit le magasin de nettoyage et teinturerie de Józef Targoński, et juste après, le magasin de vente de boissons de Froim Rajchcajg – Photo Roman Vishniac


Le rabbin Kanał I. habitait au Twarda 12, le rabbin Lewinzohn Icek Hersz habitait lui dans l’immeuble Twarda 22, le rabbin Kohn Michal Moszek logeait au 32. En 1896, un article de la presse juive décrit l’existence d’une synagogue (Sztybel – Shtiebel) située dans une arrière-cour au numéro 2 de la rue Twarda, animée par le rabbin Iciele en provenance de Radzymin (nord-est de Varsovie) et dont la plus grande pièce était utilisée par les femmes pour prier. Iciele qui logeait au premier étage officiait également comme juge rabbinique. Dans ces arrière-cours et également sur les balcons, on pouvait apercevoir de très nombreuses cabanes en bois (kuczka – pl) édifiées à l’occasion de la fête de Souccot. Les différentes strates de la société juive du quartier se retrouvaient réunies pour la fête, les riches, les pauvres, les religieux de diverses confessions. Tout se déroulait dans la stricte observance des préceptes religieux, à commencer par la cacherout (le code alimentaire).
Durant l’entre-deux guerres, une synagogue se tenait également au numéro 21, elle était animée par un tzadik (maître spirituel dans le mouvement hassidique) venu de Parysów (sud-est de Varsovie). Une autre maison de prière hassidique avait aussi été établie au numéro 32 par le reb Mojsze Lejb Twerski, un rebbe à la tête de 200 juifs hassidiques répartis entre les rues Twarda et Nalewki (grand quartier juif au nord de Varsovie).

La synagogue Serdyner

En 1861, les époux Aron et Perla Serdyner furent à l’origine de l’établissement d’une synagogue orthodoxe au numéro 4 de la rue Twarda, suite à une donation qui transférait la propriété de la parcelle et des bâtiments attenants à la communauté juive, après leur mort. Il s’agissait d’un bâtiment, la synagogue, situé au milieu d’une grande cour asphaltée, sur une parcelle où se trouvaient également un beth midrash et une école talmudique, qui restaient ouverts sans interruption, ainsi qu’une maison de prières pour femmes.

Localisation de la synagogue Serdyner dans la rue Twarda
Localisation de la synagogue Serdyner dans la rue Twarda (Cliquer pour agrandir)

Ruines de la synagogue Serdyner en 1945
Ruines de la synagogue Serdyner en 1945 (Cliquer pour agrandir)
On ne dispose pas de documents plus précis sur l’origine de ce bâtiment, mais il semble qu’il existait déjà vers le milieu du XIXème siècle. Aujourd’hui s’élève en lieu et place, le grand immeuble Cosmopolitan.
Aron bar Mosze Dawid Serdyner était un commerçant et philanthrope qui légua toute sa fortune pour l’aide sociale, il est enterré au cimetière juif de la rue Okopowa (secteur 1, rangée 12). L’ensemble était considéré alors comme le centre de la pensée religieuse juive de la capitale. La synagogue fut démolie par les allemands au début de la seconde guerre mondiale. De plan rectangulaire, 15 x 13 mètres, elle possédait des vitraux.
Synagogue Serdyner du numéro 4 de la rue Twarda
Synagogue Serdyner du numéro 4 de la rue Twarda (Cliquer pour agrandir) Photo Żydowski Instytut Historyczny

Les synagogues Nożyk et Serdyner de la rue Twarda
Les synagogues Nożyk et Serdyner de la rue Twarda

La synagogue Nożyk

(Synagogue Nożyków dans sa forme déclinée) Elle fut édifiée au début du XXème siècle au numéro 6 de la rue Twarda grâce à des fonds substantiels alloués par les époux Nożyk qui habitaient au numéro 9 de la rue Próżna voisine. Zalman Nożyk acquit auprès de Jan Teodor Engelbert, pour 157 000 roubles, une parcelle vide où il fit édifier la synagogue que nous pouvons visiter aujourd’hui.

Retrouver la présentation de la synagogue Nożyk.

Des gens et les activités de la rue Twarda

La cinquantaine d’immeubles qui s’élancent depuis la place Grzybowski le long de la rue Twarda en direction du sud-ouest était quasi exclusivement habitée par des juifs. C’était le cœur de la concentration de la population juive, dans la partie sud de Varsovie.

A partir de la gauche, l'immeuble Art Nouveau de la place Grzybowski puis les immeubles 1, 3, 5 et 7 de la rue Twarda
A partir de la gauche, l’immeuble Art Nouveau de la place Grzybowski puis les immeubles 1, 3, 5 et 7 de la rue Twarda (Cliquer pour agrandir)

Les visiteurs qui aujourd’hui essaient de s’imprégner d’un soupçon de Varsovie juive en se rendant à la rue Próżna située côté est, de l’autre côté de la place Grzybowski, n’ont pas la moindre idée de cette richesse de vie et de cette lourde absence.
Le tronçon de la rue Twarda présenté ici, où circulaient alors les tramways, était un foyer extraordinaire du judaïsme, c’est ici que se trouvaient plus d’une douzaine de synagogues et maisons de prières. Se croisaient là tout l’éventail de ce qui constituait le monde juif de l’entre-deux guerres; les religieux orthodoxes, hassidiques et progressistes, les ouvriers et artisans, les marchands et représentants de commerce.
A la lecture de l’annuaire téléphonique, on prend conscience de la richesse et de la variétés des activités professionnelles, on recense :
14 tailleurs,
5 dentistes,
12 médecins et 1 chirurgien,
6 boulangers et pâtissiers,
une quinzaine d’activités autour du métal,
5 avocats,
10 marchands de fruits,
5 bijoutiers et orfèvre,
13 ingénieurs,
5 musiciens,
3 fabriques de chocolat,
5 pressings et teintureries,
3 fabriques d’eau gazeuse et limonade,
7 électriciens,
3 journalistes,
6 coiffeurs,
4 imprimeries,
4 cafés et 2 salons de thé,
5 fabriques de meubles.
des artistes-peintres, des professeurs, des commerciaux, grossistes et acheteurs en tous genres, des fourreurs, des cordonniers, des matelassiers, des vitriers, des marchands de vin, de vodka, de charbon…
Il va s’en dire que les chiffres présentés dans l’annuaire peuvent être multipliés par 5 ou plus si l’on prend en compte le nombre réel.
A côté des activités liées à la vie religieuse autour de cette concentration de lieux de culte, en début de rue, une partie de l’activité commerciale s’articulait autour du travail et de la vente d’objets en métal en tous genres. Cette activité de ferblantier, de vente d’ustensiles, équipements et objets en métal, de récupération et revente, remontait déjà au XIXème siècle autour de la place Grzybowski, notamment avec le bazar de la rue Bagno (une rue située au sud de la place).

Au numéro 6, dans les bâtiments qui jouxtaient la synagogue Nożyk, se trouvaient un dispensaire et une clinique qui regroupaient 14 spécialités médicales comme la dermatologie, l’urologie, la pédiatrie, la gynécologie, la chirurgie, les maladies rhumatismales, nerveuses, un cabinet d’ophtalmologie et 4 de maladies infectieuses. Ces services enregistraient dans la seconde moitié des années 30 plus de 55 000 patients à l’année. 34 médecins, 5 dentistes et 6 pharmaciens se relayaient dans le dispensaire et la clinique.
Elja Melchior était l’un des administrateurs de la clinique. Sa femme Ruchla tenait une petite épicerie et leur fils Szmul étudiait à l’école voisine Mizrachi. Déjà en 1862, le psychiatre et neurologue Stalisław Chomętowski ouvrit rue Twarda 6 un cabinet privé pour accueillir des patients atteints de maladies psychiques. Le docteur Bernard Szancer habitat et exerçât également à cette adresse durant la seconde moitié du XIXème siècle.

Comme noté un peu plus haut, la rue Twarda était habité à une très forte proportion par une population juive jusqu’à la rue Żelazna. Peut-être faut-il y voir là une explication à la limite du ghetto au sud-ouest qui sera fixée à cet endroit précis en 1940, à la jonction des rue Twarda, Żelazna et Złota.

L'orphelinat du numéro 7 de la rue Twarda
L’orphelinat du numéro 7 de la rue Twarda (Cliquer pour agrandir) Photo Yad Vashem
Dès le XIXème siècle, la rue a abrité des centres d’aides aux sans-abris et aux démunis. Au numéro 3 se trouvait une antenne dédiée à l’aide et à l’enseignement de la lecture et de l’écriture pour les analphabètes. Au numéro 22, un hôpital pour enfants et jeunes filles. Ces structures mises en place par le centre d’aide sociale de Varsovie (Warszawskie Towarzystwo Dobroczynności) accueillaient toutes personnes quelle que soit leur confession. D’autres structures mises en place par la communauté juive accueillaient également des patients comme le centre Ezra d’aide aux juifs démunis situé au 15 de la rue Twarda, l’organisation de protection sociale TOZ (Towarzystwo Ochrony Zdrowia Ludności Żydowskiej) à l’adresse Twarda 35 où se trouvait une maternité, la société d’aide aux juifs victimes de guerre (Towarzystwo Niesienia Pomocy Żydom) au numéro 4. On trouvait également des soupes populaires aux numéros 4, 7 et 8. En outre, le numéro 21 abritait un orphelinat pour fillettes et jeunes filles et le numéro 7 un autre orphelinat.

Zone sud-ouest de la rue Twarda
Zone sud-ouest de la rue Twarda (Cliquer pour agrandir)
Dans sa partie sud-ouest, la rue Twarda se terminait en cul de sac et sa population, à l’ouest d’un axe fixé par la rue Żelazna était plus mélangée, juifs et polonais. Dans les deux dernières sections de rues qui menaient vers les voies de chemin de fer menant à la gare centrale, étaient installés quelques ateliers de mécanique automobile, des carrossiers, un garage et des bureaux du constructeur Renault, également quelques entreprises travaillant autour des activités du chemin de fer voisin avec un entrepôt d’expédition (notés en rouge sur le plan, le bâtiment en vert est le dernier immeuble – 62, datant de l’avant-guerre encore debout).

Diverses personnalités ont habité la rue Twarda. Au numéro 16 résidait Aleksander Ford (1908-1980), de son véritable nom Mosze Lifszyc, un metteur en scène et scénariste. Après la guerre, il enseigna à Łódź, à l’école nationale de cinéma et eut pour étudiants Andrzej Wajda et Roman Polański. Au numéro 13 habitait le musicien Jerzy Bielacki, d’origine juive, qui joua dans l’orchestre de Henryk Warszawski (Henryk Wars). Il composa des chansons pour Wiera Gran (Weronika Grynberg) et Mieczysław Fogg, des grands artistes. Au numéro 11 logeait Samuel Eilenberg (1913-1998), mathématicien et collectionneur d’art asiatique qui fit carrière dans le monde universitaire outre-atlantique après la guerre. Au numéro 20 habitait le docteur Minc qui, tous les samedi soir, tenait un salon où se réunissaient des personnalités juives du monde de la culture, dont Icchak Lejb Perec (Isaac Leib Peretz), le grand écrivain et dramaturge de langue yiddish. Au numéro 27 se trouvait Felicia Maria Przedborska, une poétesse et journaliste d’origine juive qui enseignait au collège Fanny Poznerowa situé également à ce numéro.
Gerszon Sirota, surnommé le Caruso juif, était le chantre (kantor) de la synagogue Nożyk. Il était également ténor et dès 1927 devint le chantre attitré de la grande synagogue Tłomackie de Varsovie. Les vendredi soir et samedi, des milliers de fidèles se réunissaient dans la cour du numéro 6 pour écouter le chantre et participer aux études et prières du Beth Midrash qui se déroulait alors. Ecouter un extrait audio du chantre Gerszon Sirota .
Dans l’arrière-cour au numéro 2 habitaient Reb Berish et Szil Wilner, des juifs hassidiques, qui étaient connus dans tout Varsovie pour leur particularité physique, c’était des nains. Après la naissance de Szil, la mère mourut de honte et c’est Berish qui éleva son enfant. Le père resta cloîtré presque toute sa vie chez lui dans l’arrière-cour alors que son fils Szil se déplaçait dans la capitale mais forcément attirait la curiosité voire les quolibets. On dit qu’il se rendit plus tard en Allemagne pour jouer comme clown dans un cirque et qu’il revint à Varsovie où il mourut dans la solitude.
Au 27 habitait Kojfman Judel, un grand gaillard, juif hassidique et chantre, doté d’une superbe voix de ténor. Un jour il rasa sa barbe et quitta ses vêtements religieux pour aller chanter à l’opéra, mais il continua cependant à chanter dans la maison de prière hasside – le Shtiebel Modrzycki du numéro 28.
Reb Hirsz Rajszer habitait au numéro 2. Bien que non religieux au sens strict, c’était un juif riche, à barbe blonde, qui menait une vie rigoureuse comme les hassidim. Avec ses filles et sa femme, et quelques ouvriers, il dirigeait une boulangerie-pâtisserie, mais il avait également installé dans l’arrière-cour un élevage de volailles. Un récit relate de la témérité du coq de la basse-cour qui terrorisait le voisinage lorsque les habitants de l’immeuble s’en approchait ou traversaient la cour. Le gallinacé s’attaqua même au rabbin Iciele à coups de bec et en tirant sur son talit.

L’immeuble qui comptait le plus de personnes raccordées au réseau téléphonique était le numéro 10 avec 48 abonnés. Sur l’ensemble de la rue Twarda, on dénombrait plus de 700 abonnés au téléphone, un chiffre à mettre en perspective avec les 800 abonnés connectés au central du premier réseau téléphonique de la ville de Varsovie (alors situé du Próżna) à la fin du XIXème siècle.

La disparition du petit monde de la rue Twarda

A l’entrée en guerre, on dénombrait 72 immeubles le long de la rue Twarda. Aujourd’hui, il n’en reste que 3: les numéros 62, 28 (immeuble Lejb Osnos) et 6 (mitoyen à la synagogue). En 1938, on pouvait encore apercevoir au moins 2 immeubles en bois, les numéros 51 et 53, habités principalement par des polonais. La rue est aujourd’hui séparée en deux par l’avenue Jean-Paul II et le rond-point ONZ. Autrement dit, il ne reste quasiment plus rien de cette rue témoin du monde juif d’autrefois. C’est toujours en se penchant sur le passé que l’on constate le niveau des destructions qui s’est opéré pendant la guerre et durant la reconstruction de la ville.
Durant les bombardements intervenus lors du siège de la capitale en septembre 1939, plusieurs immeubles furent touchés, notamment les numéros 1, 3, 5, 8, 10, 12, 19, 21 qui furent entièrement détruits et les numéros 7, 9, 11, 13 partiellement détruits.

Porte du ghetto de la rue Twarda en 1940, avant le bouclage du ghetto
Porte du ghetto de la rue Twarda en 1940, avant le bouclage du ghetto. A gauche immeubles 52, 50, 48, 46 dans le secteur sud-ouest de la rue (Cliquer pour agrandir)

La rue Twarda fut insérée dans le petit ghetto dès novembre 1940 jusqu’à hauteur du numéro 52 qui délimitait l’extrémité sud-ouest du ghetto de Varsovie (découvrir le mémorial du mur de la rue Twarda).
Secteur est de la rue Twarda (nord en bas, sud en haut) avant son enfermement dans le petit ghetto (1939-1940)
Secteur est de la rue Twarda avant son enfermement dans le petit ghetto (1939-1940)

Au numéro 11 se trouvait le Judenrat et le service d’ordre, structures dirigées par les juifs, sous les ordres de l’occupant allemand. En octobre 1941, un redécoupage de la surface du ghetto ramena la limite au niveau de l’immeuble 44. La rue Twarda fut exclue de la zone de confinement des juifs de Varsovie lors des grandes déportations de l’été 1942 et la liquidation du petit ghetto, cependant, les ateliers Toebbens qui se trouvaient dans cette partie continuèrent à fonctionner jusqu’en août 1944. Durant les âpres combats menés lors de l’insurrection de 1944, la plupart des immeubles furent lourdement endommagés ou détruits, comme dans le reste de la ville. Une partie des immeubles subsistants furent démolis lors de la construction de l’axe nord-sud (aujourd’hui avenue Jean-Paul II), ainsi que quelques autres dans les années 60.
La rue Twarda en ruines en 1945
La rue Twarda en ruines en 1945 (Cliquer pour agrandir)


Les ruines des immeubles 3 et 5 de la rue Twarda après la guerre, à hauteur de la place Grzybowski. Au second plan l'église de Tous les Saints, en arrière plan la tour PAST-a (ancien central téléphonique) de la rue Zielna
Les ruines des immeubles 3 et 5 de la rue Twarda après la guerre, à hauteur de la place Grzybowski. Au second plan l’église de Tous les Saints, en arrière plan la tour PAST-a (ancien central téléphonique) de la rue Zielna (Cliquer pour agrandir)

Les vestiges des immeubles 11 et 13 de la rue Twarda en 1967
Les vestiges des immeubles 11 et 13 de la rue Twarda en 1967 (Cliquer pour agrandir)


Dénommée Querstrasse durant la guerre puis rue du Conseil National en 1947 (ul. Krajowej Rady Narodowej – KRN), la partie est actuelle de la rue repris son nom original de Twarda en 1970 et sa section sud-ouest en 1990.
Liste de personnes recensées dans la rue Twarda durant la période de la guerre.
Liste des abonnés du téléphone (1938-1939) de la rue Twarda.
Voir un film de Danuta Halladin (moja ulica – ma rue) sur la rue Twarda, tourné en 1965.
Aujourd’hui, les bureaux de la communauté juive de Varsovie se trouvent au 6 de la rue Twarda.
Un article sur les catholiques juifs de l’église de Tous les Saints, durant la guerre.

La rue Twarda aujourd’hui

Même avec beaucoup de volonté et de connaissance, il est bien difficile d’imaginer ce que fut cette rue, ses habitants. Il est impossible de renouer avec le passé. La profonde cassure de la seconde guerre mondiale a irrémédiablement modifié la nature de cette ville, la structure de ses habitants.
En 1938, on dénombrait 1 200 000 habitants à Varsovie dont 368 000 juifs. En 1945, il ne restait plus que 420 000 habitants. Il fallu attendre la fin des années 1970 pour que le niveau de la population d’avant guerre soit atteint. Aujourd’hui, Varsovie compte 1,7 million d’habitants mais la surface administrative de la ville s’est étendue. La Varsovie d’avant-guerre était plus petite mais densément peuplée. Il habitait 2 à 3 fois plus de personnes en centre ville avant la guerre qu’aujourd’hui. La ville était alors un maillage de rues constituées de milliers d’immeubles agencés en file indienne avec des innombrables cours et arrière-cours aujourd’hui disparues, tout au moins dans la partie nord de la ville. La rue Twarda, avec son tracé en diagonale, participait à ce foisonnement de vie judéo-polonaise qui faisait la particularité de cette grand métropole. Le vendredi soir, on peut croiser quelques familles juives qui se rendent à la synagogue Nożyk, elles témoignent, à leur minuscule échelle, cette vie juive qui se perpétue.
On dénombre 4 synagogues en activité à Varsovie, la synagogue Nożyk de la rue Twarda, et 3 autres , loubavitch et progressistes installées dans des immeubles. Tout un monde a disparu, mais une lumière brille toujours.
Découvrir la section est de la rue Twarda (depuis la place Grzybowski).
Découvrir la section ouest de la rue Twarda.

Le camp de travail de Althammer

Un sous camp d’Auschwitz parmi d’autres

Les grands camps de concentration nazis établis en Pologne occupée fournissaient à l’industrie de guerre allemande une énorme main d’oeuvre gratuite et disponible.

Le camp de travail de Althammer
Le camp de travail de Althammer (Cliquer pour agrandir) – Photo www.shabbat-goy.com
Les déportés étaient alors dirigés vers ces camps dans des kommandos de travail, principalement situés dans le sud de la Pologne, en Silésie, grande région industrielle et minière. Les prisonniers étaient employés à des tâches très diverses dans l’industrie lourde, dans les mines et les carrières, dans la construction, le terrassement de routes, dans une multitude d’entreprises allemandes.
A l’ouest de Katowice, dans la zone industrielle de Halemba, aujourd’hui située sur la commune de Ruda Śląska, fut établi le camp de travail de Althammer…
>> Présentation de l’histoire du camp de Althammer.

D’autres camps de travail rattachés au camp d’Auschwitz :
Le camp de travail de Blechhammer.
Le camp de travail de Jaworzno/Neu-Dachs.
Le camp de travail de Trzebinia.

Włocławek, une communauté juive disparue

Restes de vie, traces de l’histoire

Si les mises en ligne des sites tardent par manque de temps, les visites des lieux de mémoire juive ne s’arrêtent pas. La dernière en date à Włocławek, une ville située à 160 kilomètres au nord-ouest de Varsovie, non loin de Toruń, la ville de Copernic, en région de Couïavie-Poméranie (kujawsko-pomorskie).
La photo panoramique ci-dessous présente une vue apparemment anodine d’un endroit situé un peu à l’écart du centre ville de Włocławek, c’est là que se trouvait le ghetto durant la guerre.

L'ancien ghetto de Włocławek
L’ancien ghetto de Włocławek (Cliquer pour agrandir) © www.shabbat-goy.com

A Włocławek vivaient environ 12 000 juifs à l’entrée en guerre, ils représentaient un peu moins de 20% des habitants de la ville.
Les juifs s’installèrent à Włocławek au début du XIXème siècle, mais des marchands juifs commerçaient déjà dans la cité depuis le XVIIème siècle. Après l’extermination nazie de la seconde guerre mondiale, une petite communauté émergeât après la guerre et survécu jusque dans les années 1970.
Durant la guerre, les allemands établirent un ghetto au sud de la ville, puis déportèrent par vagues, les juifs de Włocławek vers d’autres villes de l’est, et également vers le ghetto de Łódź et vers Poznań. Le ghetto fut liquidé en avril 1942 et pratiquement entièrement détruit.
Rue Rakutowska, juifs dans le ghetto de Włocławek durant une action de déportation
Rue Rakutowska, juifs dans le ghetto de Włocławek durant une action de déportation (Cliquer pour agrandir) © www.shabbat-goy.com – Fighter Ghetto’s House

Le terrain de l'ancien cimetière juif de Włocławek
Le terrain de l’ancien cimetière juif de Włocławek (Cliquer pour agrandir) © www.shabbat-goy.com
Les deux synagogues furent détruites durant la guerre et la modeste communauté qui se ré-installa en ville après la guerre établit une petite maison de prières. Le cimetière juif qui se trouvait dans le périmètre du ghetto fut démantelé par les allemands en 1941 et les stèles réutilisées comme matériaux de construction. Néanmoins, une partie du cimetière survécut, quelques inhumations eurent lieu après la guerre, mais la nécropole fut liquidée au début des années 1950 par les autorités locales. Un complexe scolaire fut édifié sur le terrain de l’ancien ghetto et du cimetière juif dans les années 1960.
Le carré juif dans le cimetière chrétien de Włocławek
Le carré juif dans le cimetière chrétien de Włocławek (Cliquer pour agrandir) © www.shabbat-goy.com
Des stèles du vieux cimetière juif ainsi que des restes furent transférés vers un nouveau carré juif établi au sein du cimetière catholique.
Une stèle en mémoire des victimes du ghetto fut inaugurée devant l’entrée du groupe scolaire en 2001.
Le monument du ghetto de Włocławek
Le monument du ghetto de Włocławek (Cliquer pour agrandir) © www.shabbat-goy.com

Je rappelle encore ici que les ghettos établis en Pologne durant la guerre l’ont été par les allemands, à l’initiative des allemands, dans le cadre du regroupement, du contrôle et de la déportation des populations juives.

Rue Stawki depuis les ruines du ghetto

Une photo pour raconter l’histoire

Insurrection de Varsovie 1944, ruines du ghetto
Insurrection de Varsovie 1944, ruines du ghetto (Cliquer pour agrandir) Photo Józef Jerzy Karpiński Source Musée de l’Insurrection de Varsovie – Google Maps

La photo ci-dessus présente une perspective est-ouest de la rue Stawki avec au fond l’immeuble 4/6 de la rue Stawki (actuellement le numéro 10), situé sur la zone de Umschlagplatz, l’ancienne gare de marchandises utilisée pour la déportation des juifs de la capitale et de ses environs. Cet immeuble était utilisé comme zone de confinement pour les juifs, notamment la nuit, lorsque ces derniers ne pouvaient être embarqués dans les convois à destination du camp d’extermination de Treblinka.
Au premier plan, un insurgé polonais scrute à la jumelle la zone située au nord vers le quartier de Żoliborz, l’action se situe début août 1944, les premiers jours de l’insurrection de Varsovie. Au premier plan, les ruines du ghetto (grand ghetto), au niveau des gravas des immeubles 13 et 15 de la rue Stawki.
La zone nord du ghetto de Varsovie, dans le quartier de Muranów, l’ancien quartier juif, fut systématiquement détruite par les allemands et leurs supplétifs, principalement ukrainiens, durant l’insurrection du ghetto qui intervint entre le 19 avril 1943 et 16 mai 1943, et pendant laquelle 13 000 juifs furent tués et le reste de la population du ghetto, environ 58 000 juifs, furent déportés. Entre la date du bouclage du ghetto de Varsovie en novembre 1940 et le déclenchement de l’insurrection, entre 90 000 et 100 000 juifs moururent de faim et de maladie et 300 000 furent déportés depuis Umschlagplatz. La zone entièrement détruite du grand ghetto fut nivelée entre l’été 1943 et juillet 1944 lorsqu’un camp de concentration fut établi sur ses ruines (KL Warschau), dépendant dès 1944 du camp de concentration de Majdanek, avec pour objectif le déblaiement des ruines du ghetto et le tri des matériaux, réalisé par des prisonniers juifs (notamment d’origine grecque) envoyés depuis Auschwitz.
Le 1er août 1944 fut déclenché l’insurrection de Varsovie contre l’occupant allemand. Ce soulèvement dura jusqu’au 2 octobre 1944 et plus de 200 000 personnes, combattants mais surtout civils furent tués. A la fin de l’insurrection, la ville fut vidée de ses habitants et systématiquement détruite par les allemands.

Quelques chiffres pour cerner la dimension du nombre de victimes

En comptant le nombre de tués durant le siège de Varsovie en septembre 1939, le nombre de polonais tués durant la guerre, le nombre de juifs morts pendant la période du ghetto puis tués pendant son soulèvement et le nombre de polonais morts durant l’insurrection de 1944, on peut avancer un chiffre d’une fourchette basse de 400 000 morts à Varsovie, répartis entre 70% de non juifs et 30% de juifs, ces derniers ayant été exterminés principalement au camp de Treblinka.
A cela si on rajoute les 300 000 juifs de Varsovie et de sa proche région exterminés en camp, le chiffre total du nombre de victimes habitant à Varsovie et sa proche région durant la seconde guerre mondiale s’élève à une fourchette avoisinant les 650 000/700 000 personnes.
Des chiffres qui donnent une petite idée de ce qu’à pu représenter les pertes dans la capitale polonaise et comprendre ce marqueur toujours vivace dans la société de ce pays. 200 000 tués lors de l’insurrection de 1944, c’est plus que le nombre de victimes à Hiroshima et Nagasaki réunis. Ce qui revient à dire que le nombre total de victimes à Varsovie et sa proche région dépasse de 15% environ le nombre total de français morts durant la seconde guerre mondiale.
Au delà de Varsovie, la seconde guerre mondiale a provoqué une cassure irrémédiable dans l’histoire de la Pologne et dans la structure même de sa population avec la disparition définitive d’une société multiple, composée avant guerre à 30% environ de polonais ethniquement russes, ukrainiens, biélorusses, lituaniens et allemands, sans parler des 10% de juifs.
Aujourd’hui, la population juive revendiquée dans les communautés s’élève entre 6000 et 8000 personnes, et environ 25 000 autres qui se revendiquent d’origine juive, ou juifs.

La photo ci-dessous présente l’actuelle vue de la photo du haut.

Situation de la rue Stawki aujourd'hui
Situation de la rue Stawki aujourd’hui (cliquer pour agrandir) – Photo Google Earth

> Découvrir l’histoire de Umschlagplatz.

The zookeeper’s wife

Un couple de Justes parmi les Nations

Ces temps-ci sort sur les écrans le film The Zookeeper’s Wife, une production américano-britannique réalisée par Niki Caro et qui retrace un épisode de la vie du directeur du zoo de Varsovie Jan Żabiński et de son épouse Antonina, et qui sauvèrent la vie de nombreux juifs en les cachant dans l’enceinte du zoo et dans la cave de leur villa.
Le scénario du film est bâti autour d’Antonina, dont le rôle est joué par l’actrice Jessica Chastain.

The zookeeper's wife, un film réalisé par Niki Caro et qui retrace la vie du couple Żabiński durant la guerre et qui sauvèrent de nombreux juifs
The zookeeper’s wife, un film réalisé par Niki Caro et qui retrace la vie du couple Żabiński durant la guerre et qui sauvèrent de nombreux juifs (Cliquer pour agrandir)
En 2015, à l’initiative de Jonny Daniels, fondateur de l’organisation From the Depths qui oeuvre pour la sauvegarde du patrimoine juif en Pologne et pour une reconnaissance plus visible des polonais honorés du titre de Justes parmi les Nations, le musée de la villa des Żabiński a été inauguré en présence des enfants Żabiński, Ryszard et Teresa, et de Moshe Tirosh un enfant juif qui vécut caché dans les caves de la villa.

> Découvrir l’histoire des Żabiński et les photos de l’inauguration du musée au zoo de Varsovie.

The zookeeper's wife
The zookeeper’s wife