Zenek Moskowicz, jeune garçon du ghetto

Retour sur une image du ghetto

Enfants du ghetto au croisement des rues Żelazna et Leszno (Cliquer pour agrandir)
Enfants du ghetto au croisement des rues Żelazna et Leszno . Photo Google Maps et ZIH (Cliquer pour agrandir).
Une photo emblématique du ghetto de Varsovie, extraite d'un film tourné à l'époque et montrant des enfants et adolescents arrêtés à la porte du ghetto qui était située au croisement des rues Żelazna et Leszno (actuelle avenue Solidarność). Les enfants sont obligés sous la contrainte des soldats allemands (visibles sur la vidéo originale) de déposer les légumes qu'ils avaient cachés sous leurs vêtements afin d'apporter quelques provisions pour leur famille enfermées dans le ghetto. Sur la photo sont visibles un policier polonais sur la gauche et un soldat allemand sur la droite. Les portes des ghettos étaient gardées par des soldats et des gendarmes allemands, des policiers polonais et des membres de la police juive. Souvent, grâce à leur petite taille et leur agilité, nombre d'enfants se sont faufilés à travers des ouvertures pratiquées dans le mur du ghetto afin de partir à la recherche de quelque nourriture pour leur famille, du côté de la zone aryenne et beaucoup d'entre-eux furent arrêtés. D'autres qui eurent moins de chance furent blessés ou tués. Sur une autre photo (ci-dessous) prise ce même jour, on distingue 2 adolescents, 2 garçons et une fille. L'adolescent situé à gauche a été identifié et s'appelle Zenek Moskowicz.
Zenek Moskowicz dans le ghetto de Varsovie
Zenek Moskowicz  (ici à gauche) à une des entrées du ghetto de la rue Leszno. Photo Yad Vashem
Zenek (Moskowicz) Maor est né en 1923 à Włocławek, il était le fils de Yaakov et Lea, propriétaires d'une fabrique de papier qui fut confisquée par les allemands au début de la guerre. La famille se rendit à Varsovie en janvier 1940 pour fuir les persécutions des allemands de Włocławek. Zenek avait alors 16 ans, il était déjà un membre du Hachomer Hatzaïr depuis plusieurs années. Lorsque le ghetto fut bouclé en 1940, Zenek travailla dans une laverie pour les allemands et dans d'autres brigades de travail dans le ghetto et à l'extérieur (comme à l'aérodrome d'Okęcie). Il fut par la suite dirigé vers un camp de travail situé à Września, une ville située à l'est de Poznań. De là, il fut redirigé, avec son frère Henryk (Heniek), vers d'autres camps puis vers le camp établi dans la mine de charbon de Janina et qui dépendait du complexe concentrationnaire d'Auschwitz où il travailla dans des conditions extrêmement rudes à 300 mètres sous terre.
Zenek Moskowicz lors d'une sélection
Zenek Moskowicz à gauche (devant le soldat) lors d'une sélection. Photo Yad Vashem (Cliquer pour agrandir)
Équipés de lampes à acétylène, les prisonniers n'avaient pas la possibilité d'utiliser des allumettes ou des briquets et travaillaient constamment dans la pénombre. Zenek mis au point une technique permettant d'allumer les lampes à l'aide de fils électriques connectés sur une sonnette d'alarme. Accusé de sabotage et condamné à mort, le commandant du camp n'exécuta pas la sentence, ayant compris que Zenek voulait simplement modifier le système d'allumage de la lampe. Zenek participa à la marche de la mort de janvier 1945. Son frère s'échappa du groupe qui fut la cible de tirs des soldats allemands. Zenek fut libéré avec l'avancée de l'armée rouge. Convaincu de la mort de son frère, il se rendit à Włocławek où aucun membre de sa famille ne réapparut. Il retrouva plus tard son frère en Bavière qui émigra par la suite aux Etats-Unis. Zenek émigra pour sa part en Palestine. Plus tard en Israël, il changea son nom de Zenek Moskowicz en Zenek Maor. Il se rendit en Pologne en 1982, dans la mine où il avait travaillé durant la guerre et constata que les mineurs utilisaient toujours le même modèle de lampe. Il en ramena une pour la collection de Yad Vashem. Zenek Maor mourut en 2009.
Zenek Maor en 2007
Zenek Maor à gauche sur la photo en 2007. Photo (www.senatspressestelle.bremen.de)

Porte du ghetto de la rue Leszno

Sur la photo montage au début de l'article, en arrière plan de l'image en noir et blanc, l'immeuble du 93 Żelazna/79 Leszno, en ruines mais encore debout à la fin de la guerre. A la droite sur la photo récente, l'immeuble 81 Leszno où une partie de ses habitants étaient juifs. Ces deux immeubles situés à cet endroit furent intégrés dans le grand ghetto pour la période allant de novembre 1940 à probablement avril 1941.
Immeuble Leszno 81
Immeuble Leszno 81 ( Source Referat Gabarytów, ville de Varsovie)
Liste des abonnés du téléphone du 81 Leszno pour la période 1938-1939: Ajlenberg M. atelier de gravure, Borenstein Ajzyk, Kahane Sjoma, Kasztelańska B., Korabielnik Stella et Michał, Rotlewki J., Rozenblum Ruchla, épicerie fine, Schor M., professeur de collège, Szefner Boruch, journaliste, Wolteger Henryk, avocat, Ecoles publiques communales n°86 et 109. Dans cet immeuble édifié au début du XXème siècle et qui appartenait à Herman Sieraczki se trouvaient également les bureaux de la fabrique de chapeaux "Eleganto". Seule la façade est de cet immeuble survécut au temps. L'immeuble, inhabité depuis plusieurs années, a été démoli en 2014. Ci-dessous, la vue d'avant guerre de l'endroit où se trouvait la porte du ghetto et cette photo des enfants du ghetto:
Immeubles Leszno 79 et 81
Immeubles Leszno 79 à gauche et 81 à droite. La rue Żelazna est située à gauche. Voir la vue actuelle ( Source Referat Gabarytów, ville de Varsovie)
   

Twarda 28, l’immeuble Lejb Osnos

Avant la guerre, la rue Twarda était une rue animée et habitée par beaucoup de juifs. La rue s'élance de la place Grzybowski vers le sud-ouest du côté de l'avenue Jerozolimskie, autrefois, elle comportait environ 80 immeubles. Aujourd'hui il n'en reste plus que trois de cette époque, les numéros 62, 49 (récemment restauré) et l'immeuble numéro 28 Lejb Osnos, du nom de son propriétaire durant l'entre-deux guerres.
L'immeuble Lejb Osnos de la rue Twarda à Varsovie
L'immeuble Lejb Osnos de la rue Twarda à Varsovie (Cliquer pour agrandir)
Cet immeuble, à l'origine de style moderne, a été édifié vers 1910 et la plupart de ses habitants étaient juifs. Le rez de chaussée comportaient de nombreux magasins. Etaient recensés une station essence POL-Benz, une épicerie, le magasin de laitage Merder, la charcuterie Lapmann, la parfumerie Lustman, le salon de coiffure Geller, l'entrepôt de vins Fetman.,
Encore habité plusieurs années en arrière, le bâtiment est aujourd'hui vidé de ses habitants et mis en vente. Sa position idéale en centre-ville au pied de la nouvelle seconde ligne de métro du rond-point ONZ en fait une cible de choix pour les promoteurs qui s'activent dans les alentours. Enregistré depuis sur la liste des monuments, l'immeuble devrait être en partie préservé puisque les élévations extérieures doivent être conservées.,
La rue Twarda fut insérée en partie dans le petit ghetto dont l'immeuble Lejb Osnos.,
Nota: sur de très nombreux sites web, il est noté le nom Osmos, mais le nom correct est Lejb Osnos. Liste des abonnés du téléphone de l'immeuble Twarda 28 (période 1938-1939): Altman Maksymilian, ingénieur,
Aneksztejn Bernard,
Awerbuch Gabriel,
Bragilewski J.,
Braun Tunia,
Fetman Szaja, négociant en vins et vodkas,
Finkelstein M.,
Frosz M., patisserie,
Geller Aron, coiffeur,
Grynbaum Jakub,
Janowski Ilja, médecin,
Klossekowa Wanda,
Kunowska Regina, dentiste,
Langman B.,
"Lepe", Lejman F. et Petszaft S.,
Midler Lejb Uszer,
Minchenberg Herman,
Osnos Lejb,



Papelbaum Ludwik,
"Przegląd Garnarsko-Techniczny",
Rajchenbach Włodziemierz, avocat,
Rzechte Izaak M.,
Spriter Dawid,
Welt Szymon,
Wilderbaum Jakub,
Zarch R. M.
L'immeuble Lejb Osnos de la rue Twarda à Varsovie
L'immeuble Lejb Osnos de la rue Twarda à Varsovie (Cliquer pour agrandir)

Vestiges dans la rue Zielna

Quand l'histoire refait surface

La rue Zielna est une rue perpendiculaire à la rue Próżna, l'ancienne rue juive en partie restaurée et aujourd'hui parcours incontournable des visites guidées. Sur les 52 immeubles qui s'élevaient dans la rue Zielna avant la guerre, il n'en reste plus que 3 visibles aujourd'hui. Le numéro 33, qui a sombré dans l'oubli depuis bien longtemps, refait surface avec les travaux d'aménagement qui ont mis au jour une partie de ses caves. Comme toujours, à Varsovie, quand on gratte un peu le sol, un bout d'histoire refait surface. En 1945, de cet immeuble de 2 étages,il ne restait plus que quelques murs.
Vestiges d'avant guerre au 33 de la rue Zielna à Varsovie
Vestiges d'avant guerre au 33 de la rue Zielna à Varsovie (Cliquer pour agrandir)
Une de ses particularités ? son arrière-cour donnait directement sur l'ancien bazar juif (Pociejów) de la rue Bagno, un réseau d'arrière-cours situé de part et d'autre de la rue Bagno aujourd'hui disparues et où des juifs s'étaient établi au XIXème siècle et commerçaient ferrailles, chiffons et rebuts en tous genres. Après le bouclage du ghetto en novembre 1940, cet immeuble se retrouva positionné juste à la limite est du petit ghetto, un mur devait très certainement couper son arrière-cour en deux comme toutes les autres arrière-cours de la rue Zielna, laissant ses immeubles du côté aryen. A la lecture de l'annuaire des abonnés du téléphone pour la période 1937-1938, il semble qu'une partie de ses habitants étaient juifs. Cukierowie S. et J. Médecin dentiste et ingénieur, Imprimerie "Warszawska", Goldstern M. N., Kalinowkier Izaak, Kuczbard Róża, atelier de réparation de radios, Rajs Frajda, brasserie, Trefler N., Tysler Aron Chaim.
Topologie du côté de la rue Zielna à Varsovie
Topologie du côté de la rue Zielna à Varsovie - Source mapa.um.warszawa.pl (Cliquer pour agrandir)
En vert l'ancien bazar juif Pociejów, en rouge les murs du ghetto qui ferment les rues.

Les abonnées du téléphone du 14 rue Waliców

Un immeuble pas si anonyme

Annuaire téléphonique de Varsovie pour la période 1938-1939. Les immeubles numéro pairs (côté est) avaient été insérés dans le petit ghetto dont le mur séparait en partie la rue, en son milieu. Encore habité quelques années en arrière, l'immeuble très délabré laisse apparaître les élévations qui se dressaient dans l'arrière-cour, la façade donnant sur la rue ayant été en partie détruite durant la guerre. Władysław Szlengel, le poète, a habité l'immeuble durant la période du ghetto.
Un autre personnage de marque qui a habité le lieu durant l'entre-deux guerres jusqu'à la première grande déportation de l'été 1942, et qui est répertorié ici dans l'annuaire, fut Menachem Kipnis, journaliste, essayiste, musicologue et grand spécialiste des musiques et traditions folkloriques et yiddish, et également photographe.
Découvrir un article sur Menachem Kipnis.
Menachem Kipnis - 14 Waliców street
Menachem Kipnis - 14 Waliców street (cliquer pour agrandir) © www.shabbat-goy.com
Breindler M., directeur fabrique de placages,
Chorzewski Aleksander,
"Chromax", Lipszyca M., ingénieur pour la fabrique de galvanisation,
Fersztendik Ignacy,
Fersztendik Regina,
Gryff Feliks et Halina,
Halpern S.,
Kipnis Menachem, journaliste,
Krajterkraft Adam, ingénieur construction,
Liberman Michał,
Libraderowa Ewa,
Lipszyc Mieczysław, ingénieur,
Machlejd Jerzy, directeur fabrique C. Ulrich,
Machlejd Józef,
Mange Marek,
Mendelsohn Jakub,
Rozenblum A.,
Rozowska B. L.,
Szlam Jakub,
Szulman D.,
Warszawski Henryk,
Zajdel Róża, chimiste,

Les abonnés du téléphone de la rue Próżna

Un peu plus loin avec les habitants de la rue Próżna

La rue Próżna, aujourd'hui en partie revitalisée, fut la dernière rue percée au XIXème siècle dans ce quartier juif situé autour de la place Grzybowski. Elle reliait alors la place et l'avenue Marszałkowska. Rue huppée dans laquelle s'élevaient 14 immeubles de standing dont l'immeuble numéro 14 Wolanowski (le dernier en attente de restauration) et le numéro 9 situé en face, brillamment restauré, où habitaient Zalman et Rywka Nożyk, fondateurs de la synagogue éponyme voisine; elle tranchait radicalement avec la rue voisine Bagno, l'ancienne rue des ferrailleurs et chiffonniers juifs (bazar autrefois appelé Pociejów). En partie bombardée en 1939, la rue Próżna fut intégrée dans le périmètre du petit ghetto de novembre 1940 à mars 1941. Elle eut de nouveau à souffrir des durs combats de l'insurrection de Varsovie de 1944, notamment l'immeuble Wolanowski en partie détruit et qui abritait un bataillon de l'armée de l'intérieur (Armia Krajowa). Il ne reste plus aujourd'hui que 4 immeubles d'avant-guerre encore debout. A la lecture des noms des abonnés, on constate qu'environ 90% sont juifs, les polonais semblant plus concentrés vers les premiers numéros du côté de l'avenue Marszałkowska.
Perspective de la rue Próżna
Perspective de la rue Próżna - à gauche le numéro 14 Wolanowski, à droite le numéro 9 (Cliquer pour agrandir)
La liste des abonnés du téléphone de la rue Próżna : "Ardenta", Byszkowicz S. Próżna 1 - Matériels pour dentistes,
Bielanowski Marian, Próżna 1 - Salon de coiffure,
Długolęcki M., Próżna 1 - Fourreur,
"Ekonomia", Kulesza Tomasz Tadeusz, Próżna 1 - Café,
Szulc Stanisława, Próżna 1 - Epicerie,
Środowski Kazimierz, Próżna 1 - Ferronnerie,
Kornatowska Zofia, Próżna 2 - Parfumerie,
Nowicki Zygmunt, Próżna 2 - Epicerie,
Trésorerie, premier bureau, Próżna 3,
Jankowski Czesław, Próżna 5 - Médecin,
Jedynak Władysław, Próżna 5 - Tailleur,
Rozenblüth Alfred, Próżna 5 - Médecin,
Schmierer Józef, Próżna 5 - Avocat,
Szpidbaum A. et Fils, Próżna 5 - Vente de cuirs pour harnais et sellerie,
Warszawski L., Próżna 5 - (de la fabrique de bouchons en liège et articles en osier du 30 de la rue Grzybowska),
Blumemfeld I., Próżna 7 - Négociant en ,
Goldberg Ch. M.,Rotam et Goldberg, Próżna 7 - Magasin de courroies de transmission,
Krakowska Balbina, Próżna 7,
Kuliś Stefan Marian, Próżna 7,
Porwisiak M., Próżna 7 - Atelier sellerie-sport,
Rotlewi Julian, Próżna 7 - Avocat,
Bożentowicz Wacław, Próżna 8 - Avocat,
Finkiel Jakub, Próżna 8 - Directeur de collège, ingénieur,
Handelsman Helena, Próżna 8 - Bibliothécaire,
Handelsman Józef, Próżna 8 - Médecin,
Izgur Dawid, Próżna 8 - Docteur en droit,
Nagdymen I., Próżna 8 - Vente de beurre et laitage,
Zundelewicz Miron, Próżna 8,
Billauer Jakub, Próżna 9 - Fabrique de sacs, perruques et accessoires pour matelassier,
Finkelstein Józef, Próżna 9,
Koliszewski R., Próżna 9,
Lebensold Sz., Próżna 9 - Magasin de revêtements de toit et revêtements goudronnés,
Łucki Aron, Próżna 9,
"Skórofile", Próżna 9 - Maroquinerie,
Szretter Stanisław, Próżna 9 - Avocat,
Blaustein M. Próżna 10 - Fabrique de lattes, contre-plaqués et placages,
Bojman Henryk, Próżna 10 - Tailleur pour hommes,
Brzoza Henryk, Próżna 10 - Agent de commerce,
Glaszmidt A., Próżna 10 - Magasin de de vins et vodka,
Grynberg Natan, Próżna 10 - Avocat,
Heitler Izaak et Fils, Próżna 10 - entrepôt de meubles,
Krysiuk Leon, Próżna 10,
Neuman Salomon, Próżna 10 - Dentiste,
Szmuszkowicz Józef, Próżna 10 - Médecin,
Szpiro Leon, Próżna 10,
Bauman Jakub, Próżna 12,
Brok Boruch, Próżna 12,
"Forkiel", Próżna 12 - Magasin de lattes et placages,
Gepner Stefania et Abraham, Próżna 12,
Gerkowicz C., Próżna 12,
Gesundhelt frères, Próżna 12 - Agence vente d'occasion,
Gesundhelt Izydor, Próżna 12 - Associé Gesundhelt frères,
Gold Adam, Próżna 12 - Articles pour orchestre d'opéra (?),
Goldkorn L., Próżna 12 - Médecin,
Goldkorn Beniamin., Próżna 12,
Goldszal T., Próżna 12 - Maroquinerie,
Grosinger S., Próżna 12,
Kleniec Roman, Próżna 12,
Kossowska Stanisława, Próżna 12,
Lebensold Abram, Próżna 12 - Magasin de produits métalliques,
Mędrzycki I., Próżna 12,
Rabiner M., Próżna 12 - Magasin d'horloges et articles techniques,
Sowadski Juliusz et associés, Próżna 12 - Tannerie,
Zommer Ch., Próżna 12,
Zysman Jonas, Próżna 12,
Berghoer M., Próżna 14,
Billauer Dawid, Próżna 14 - Vente d'accessoires pour matelassier,
Bloch A., Próżna 14 - Fabrique de lattes et placages,
Blumenkopf Ignacy, Próżna 14,
Centre d'installation et d'instrumentation techniques Jakubowicz, Próżna 14 (Grzybowski 6),
Gitis-Bilik Zofja, Próżna 14 - Dentiste,
Halpern Tadeusz, Próżna 14,
Halpern Wiktor, Próżna 14 - Avocat,
Hartsilber Paul, Próżna 14 - Horloger,
Hazenbajn Ala, Próżna 14,
Katz Samuel, Próżna 14,
Kleniec Lejzor, Próżna 14,
Lehensold A., Próżna 14,
Modzelewska Henryka, Próżna 14,
Poradnia Zawodowa J. Kraushara (orientation professionnelle), Próżna 14,
Nickin Samuel, Próżna 14 - Entrepôt de placages, contre-plaqués,
Rubinstein-Jezierski Jerzy, Próżna 14 - Chirurgien,
Szyfmanowicz G., Próżna 14,
Szyfmanowicz Leon, Próżna 14 - Avocat,
Association pour la protection des jeunes étudiants et travailleurs juifs, Próżna 14,
"Warszawskie Zakłady Odkażania i Sortowania Opdadów Włokien", Próżna 4 - Centre de désinfection et de tri de déchets de fibres, bureau de ventes, direction,
Werthajzer L. M., Próżna 14 - Magasin de vitres pour fenêtres,
Zakon Mieszysław, Próżna 14 - Bijoutier.
Présentation de la rue Próżna.

Liste des abonnées au téléphone de la rue Brzeska

Une rue témoin de l'avant guerre

La rue Brzeska est située dans le quartier de Praga.
Parmi ceux qui s'intéressent à la Varsovie ancienne et qui poussent un peu plus loin que les circuits touristiques habituels, il est des rues qui restituent encore ce qu'était la Varsovie populaire d'avant guerre, aussi bien polonaise que juive. La rue Brzeska, située non loin de la gare de l'est (Warszawa Wschodnia) offre cette sensation. Pourtant il est difficile de se faire une idée devant le spectacle de ces nombreux immeubles centenaires délabrés où la plupart des crépis, des façades, stucs et détails architectoniques ont disparu sous l'effet du temps.
La rue Brzeska dans le quartier de Praga
La rue Brzeska dans le quartier de Praga (Cliquer pour agrandir)
Quand on analyse le répertoire téléphonique tel qu'il était composé un an avant la guerre, on se rend compte de la structure de cette micro-société qui peuplait la rue Brzeska et de la variété des métiers qu'on y exerçait. A la lecture des noms des abonnés du téléphone, on apprend qu'environ 30% de ses habitants étaient juifs, certainement morts quelques années plus tard au ghetto de Varsovie, sur l'autre rive, ou à Treblinka.

Ci-dessous la liste de tous les abonnés au téléphone de la rue Brzeska pour la période 1938-1939 :
Formation militaire des chemins de fer, Brzeska 2,
Jastrzębski Leon, Brzeska 2 - Pédiatre,
Machowski Mieczysław, Brzeska 2,
Mizerski E, Brzeska 2 - Ingénieur, responsable de la circulation,
Stawiński Wincenty, Brzeska 2 - Chef de caisse de la gare de l'est,
Sadowski Jakub Mirosław, Brzeska 2,
Liszka Franciszek, Brzeska 3,
Łuczyniec W, Brzeska 3 - Menuiserie,
Szewczenko Mikołaj, Brzeska 3 - Café,
Zeldeman Izrael, Brzeska 3 - Café Blech Feliks et Mazur Henryk, Brzeska 4 - Garage Gzell Jan, Brzeska 4,
Société de lutte contre la tuberculose, Brzeska 4 - (antenne),
Adelson Dawid, Brzeska 5,
Markusfeld Jakub, Brzeska 5 - Electricien,
Edelszein, Brzeska 5 - Docteur,
Szpecht B, Brzeska 5 - Docteur,
Jagoda Abram, Brzeska 5 - Restaurant,
Siedlecki Moszek, Brzeska 5,
Skowronek Szyja, Brzyska 5,
Bromke Eugenia, Brzeska 6 - Dentiste,
Skolimowska-Kotkowska Maria, Brzeska 6 - Docteur,
Kamiński Wincenty, Brzeska 6,
Wróbel G, Brzeska 6,
Dybowska-Brodzic Irena, Brzeska 6 - Articles peinture et dessin,
Hoffman Dawid, Brzeska 6,
Kluczyk Antoni, Brzeska 6 - Fonderie de métal,
Lachs H, Brzeska 6,
Leoniak Adam, Brzeska 6 - Epicerie et produits laitiers,
Dépôt de l'embranchement ferroviaire de la gare de l'est, Brzeska 6a,
Buda Pejsach, Brzeska 7,
Kirshenbaum Chil, Brzeska 7,
Poremba Leon, Brzeska 7 - Fabrique de clous,
Szpajzmann Aron, Brzeska 7,
Żelazkiewicz K, Brzeska 7 - Manufacture de montres,
Bedzak P, Brzeska 8 - Epicerie,
Grynberg Gustawa, Brzeska 8 - Epicerie,
Beeger Jan, Brzeska 8 - Parfumerie, pharmacie,
Grossiste de charbon de Praga, Brzeska 8,
"Koło Prażan", Brzeska 9 - Commerce de marchandises pour hommes et femmes,
Flancreich Frères, B et M, Brzeska 10 - Vente d'articles en métal,
Naparstek Joel, Brzeska 10,
"Tomchaj-Anyim", Brzeska 10 - Cantine pour chômeurs,
Wajntraub Icek, Brzeska 10 - Société de transport,
Hejnikowski Jan Antoni, Brzeska 11,
Handwol Sz, Brzeska 11,
Mozelman Chaim, Brzeska 11,
Antenne sanitaire de l'hôpital des chemins de fer, Brzeska 12,
Buda Chaim, Brzeska 13,
Kronenberg Abram, Brzeska 13 - Salon de thé,
Prydrychewicz Adam, Brzeska 14a - Juge,
Wiszniewski D, Brzeska 14a,
Sirota B, Brzeska 14,
Débit de boissons, Brzeska 15-17,
Brykier P, Brzeska 16 - Menuiserie, ébénisterie,
Hechtkopf Jankiel, Brzeska 16,
Ryngelblum L, Brzeska 16, Café,
Szwacwald Samuel, Brzeska 16 - Pharmacie,
Mazur Karolina, Brzeska 17 - Parfumerie,
Turowicz Jadwiga, Brzeska 17,
Ziółkowski Stanisław, Brzeska 17 - Chirurgien,
Szefer Oskar, Brzeska 17a - Masseur diplômé,
Oporski P, Brzeska 18 - Volailler,
Pikon Szlama, Brzeska 18,
Tenenbaum I, Brzeska 18 - Matériaux de construction,
Bertman Henryk, Brzeska 20,
Brykier P, Brzeska 20,
Kobyłka Chil, Brzeska 20,
Bursztyn M, Brzeska 20 - Magasin de volailles,
Lerer M, Brzeska 20 - Vêtements de marque,
Sznek H, Brzeska 20,
Ostaszewska Marja, Brzeska 20,
Mozelman Józef, Brzeska 21,
Rozenblit Matias, Brzeska 21,
Miganowicz Franciszek, Brzeska 23 - Vêtements pour hommes et femmes,
Sobol Pinkus, Brzeska 23,
Stegiński Teodor, Brzeska 23 - Vendeur de volailles,
Bertman H, Brzeska 25 - fabrique ciment, chaux, argile réfractaire.
TOMCHAJ–ANYIM (Brzeska 10) était une association créée en 1920 d'aide pour les juifs pauvres et sans emploi qui a fonctionné jusqu'au déclenchement de la guerre. Le livret (polonais) qui présente les statuts de l'association est visible en ligne à la bibliothèque de l'université catholique de Lublin, mot-clé TOMCHAJ–ANYIM.

Les fondations de l’ancien café Sztuka

Sous les pavés, les briques et l'Histoire

Dès que l'on gratte un petit peu sous les pavés ou l'asphalte de Varsovie, l'histoire et les images du passé resurgissent. Les travaux qui ont actuellement lieu dans le petit parc qui se trouve devant le cinéma Muranów ont mis au jour des éléments de fondations des immeubles qui se trouvaient aux numéros 1 et 3 de la rue Przejazd, une rue aujourd'hui disparue.
Fondations d'immeubles de l'ancienne rue Przejazd
Fondations d'immeubles de l'ancienne rue Przejazd (Cliquer pour agrandir) © www.shabbat-goy.com
Les fondations de l'immeuble qui était situé au numéro 1 de la rue Przejazd et qui faisait l'angle avec la rue Leszno (actuelle avenue Solidarité - Solidarność) par sa façade située au numéro 2 ont été mises au jour. Le grand immeuble de style classique a été édifié vers les années 1791-1792 pour le compte du propriétaire et marchand de bières Karol Martin au temps du roi Stanisław August. La façade la plus imposante donnait sur la rue Leszno. Durant l'entre-deux guerres, cet immeuble qui avait perdu son architecture originale, et qui disposait de deux cours intérieures abritait un café, le cinéma Era ainsi que le restaurant-Bar Central de Izaak Gertner. Dans l'immeuble Martin du numéro 2 de la rue Leszno, durant la seconde moitié du XIXème siècle, se trouvait le café de Maria Dębska. Ensuite, avec le retour de l'indépendance après la première guerre mondiale, l'immeuble abrita l'Association des artistes de scène juifs, une bibliothèque, une salle de conférence et un club. Egalement un café tenu par Izaak Ajzenberg. Il y avait aussi le cinéma Riviera qui exista jusqu'au début de la guerre (qui succéda au cinéma Era).
Leszno 2 - Café Sztuka durant le ghetto
Leszno 2 - Café Sztuka durant le ghetto (Cliquer pour agrandir) © ISPAN
Pendant la guerre, l'immeuble se retrouva inséré à la limite est du ghetto nord, où se trouvait une des portes d'accès principales qui fonctionna de novembre 1940 jusqu'à février 1942. L'immeuble abrita le café Sztuka qui s'était installé dans les anciens locaux du restaurant de Izaak Gertner. Le café se présentait sous la forme d'un cabaret littéraire où se produisirent les pianistes Władysław Szpilman (le pianiste du film de Roman Polański qui avait abandonné ses concerts au Nowoczesny (le Moderne) pour venir jouer au café Sztuka, et Artur Goldfeder, les pianistes jouant également en duo, la célèbre chanteuse d'avant-guerre Wiera Gran (Weronika Grinberg), également l'auteur et poète Paula Braun, l'actrice et chanteuse Diana Blumenfeld, la chanteuse Marysia Ajzensztadt, le poète Andrzej Włast (Gustaw Baumritter), le poète et auteur Władysław Szlengel et bien d'autres. Là se réunissaient une intelligenstia juive assimilée. Le café Sztuka devint l'un des lieux de la vie musicale et littéraire dans le ghetto. Szpilman écrivit la célèbre chanson "Son premier bal (audio ♫)" qui fut interprétée par Wiera Gran. Le café était composé d'une salle de concert et d'un bar. Durant cette période tragique du ghetto, il régnait au café Sztuka une ambiance quelque peu hors du temps, "une sorte de snobisme, d'aristocratie, d'élégance factice" rapporte Mary Berg dans son journal du ghetto.

Maria (Marysia) Ajzensztadt (1921-1942)

Elle était la fille de Dawid Ajzensztadt, le dirigeant des chœurs de la synagogue Nożyków et de la grande synagogue de Varsovie. Son répertoire englobait aussi bien la chanson populaire que des arias d'opéra. Elle était aussi pianiste, instrument qu'elle étudia avec Maria Bar puis avec Zbigniew Drzewiecki. Au cours de l'année 1940, la famille envisageait de partir à l'étranger, mais le ghetto fut définitivement bouclé en novembre 1940. Dès cette période, elle débuta comme chanteuse professionnelle et sa voix devint célèbre dans le ghetto à tel point qu'elle fut surnommée le rossignol du ghetto. Szpilman, le pianiste, dit par la suite que si elle avait survécu à la guerre, elle aurait été connu par des millions d'auditeurs. Elle était accompagnée par Ignacy Rosenbaum et parfois Ruth Zandberg. Son timbre de voix la classait parmi les sopranos lyriques, avec une couleur inhabituelle. Malgré son jeune âge, son large répertoire pouvait aborder des pièces de Schubert, Mendelssohn, Schumann, Puccini, Verdi, Mozart, Rossini, Rimski-Korsakov. Son talent était infiniment reconnu et les éloges pouvaient se lire dans la Gazette juive (Gazeta Żydowska). De même que sa beauté et ses traits de caractère étaient très appréciés.
Marysia Ajzensztadt
Marysia Ajzensztadt
Durant la période du ghetto, elle se produisit au Femina (rue Leszno 35) puis au café Sztuka (rue Leszno 2). Marysia Ajzensztadt est morte dès les premiers jours des grandes aktions de déportation d'août 1942. Elle aurait été tuée lors de la séparation avec son père et sa mère sur la rampe d'Umschlagplatz, lorsqu'elle aurait accouru auprès d'eux alors qu'on les poussait vers le wagon.
Leszno 2, Cafe Sztuka - Marysia Ajzensztadt
Leszno 2, Cafe Sztuka - Marysia Ajzensztadt (Cliquer pour agrandir) © Bundesarschiv Koblenz
L'immeuble Leszno 2 abritait aussi le centre Centos, l'oganisation centrale pour la protection des orphelins. L'organisation avait établi durant l'entre-deux guerres une maison de repos et une autre pour les enfants, ainsi qu'une institution de médecine et organisait aussi des colonies pour l'été. Durant l'occupation et la période du ghetto, le centre Centos était dirigé par l'avocat Briański puis le docteur Adolf Berman et Józef Barski. De nombreuses autres personnalités s'investissaient dans l'organisation dont Yehudit Ringelblum, la femme de Emanuel Ringelblum. Selon des données datant de 1942, l'organisation Centos fournissait une centaine de points de distribution qui alimentaient 45 000 enfants du ghetto. L'immeuble se trouvait à une centaine de mètres de la grande synagogue Tłomackie. Le café fut fermé durant les déportations de l'été 1942. Le bâtiment fut partiellement incendié durant l'insurrection du ghetto. Il abrita ensuite des combattants lors de l'insurrection de Varsovie en 1944, période durant laquelle Marek Edelman s'y trouva quelques temps. Les ruines du bâtiment furent détruites avec d'autres aux alentours en 1946 avec le début de la reconstruction et l'élargissement de la rue Leszno qui fut transformée en avenue. Sztuka signifie l'Art. Diverses vues des fondations Cartes de localisation Liste des abonnés du téléphones du 2 rue Leszno - Annuaire 1938-1939 Bellman Icek Blejwas Racja, confiserie Gertner Izaak, restaurant Goldsztejn A., atelier d'électrotechnique Kino Riviera, cinéma "Polo", vente de bougies et de savons Sztark A., vente de papier, matériel de bureau et de livres comptables Une partie des sources présentées ici provient des ouvrages de Jacek Leociak et Jerzy Majewski