Un site de production d’armes secrètes qui n’a jamais vu le jour

Site de Wüstewaltersdorf

Egalement appelé site de Rzeczka, il est situé sur la commune de Walim en région de Basse-Silésie (sud-est de Wałbrzych).
Ce site fait partie d’un ensemble de 7 complexes militaires souterrains qui furent creusés entre 1943 et 1945 dans le massif des chouettes (Góry Sowie) dans le cadre du projet Reise, et dont le but était le transfert depuis l’Allemagne des sites de production des armes stratégiques (comme les fusées V1 et V2) qui étaient soumis aux bombardements alliés.

Wüstewaltersdorf (Rzeczka) initialement conçu pour la production d'armes secrètes du Reich
Le site de Wüstewaltersdorf (Rzeczka) initialement conçu pour la production d’armes secrètes du Reich (Cliquer pour agrandir)

Jusqu’en avril 1944, les sites furent creusés par des ouvriers ainsi que des travailleurs forcés et des prisonniers de guerre. En avril 1944, le projet passa sous le contrôle de l’Organisation Todt qui installa son siège au château de Fürstenstein (Książ) et une antenne au château de Bad Charlottenbrunn (Jedlina-Zdrój). La main d’oeuvre fut alors puisée dans les camps de concentration d’Auschwitz et de Gross Rosen et répartie dans 13 sous-camps regroupés sous le nom d’Arbeitslager Reise rattachés au camp de Gross Rosen, alors distant d’une quarantaine de kilomètres. Durant cette seconde phase, tous les prisonniers étaient juifs. Sur les 13 000 qui furent employés au creusement de ces souterrains, 5000 moururent.
Ces différents complexes ne furent jamais achevés et aucune arme n’y fut produite.
Après la guerre et conformément aux accords de Potsdam, les populations allemandes furent expulsées de la région et remplacées par des populations polonaises venues des territoires de l’est.
C’est également dans cette région qu’après la guerre, notamment autour des villes de Strzegom (Streigau) et de Świdnica (Schweidnitz), qu’une importante communauté juive qui s’était réfugié en URSS durant le conflit, vint s’installer et qu’un renouveau de vie juive pris forme jusqu’au début des années 1950.
C’est également dans ce massif que le mythe du train allemand caché s’est répandu dans les médias.

Découvrir le camp de concentration de Gross-Rosen.

Blechhammer d’après un ancien prisonnier

Un plan et des mots comme témoignage

Marcel Dejean faisait partie des 80 prisonniers et résistants français, la plupart originaires des Vosges, qui sont arrivés par camions, le 28 novembre 1944, au Judenlager de Blechhammer.
Ce sont les seuls non juifs qui ont été présents dans ce sous-camp d’Auschwitz-Monowitz. Au lendemain de leur arrivée, une dizaine d’entre-eux furent redirigés vers Birkenau, dont Georges Blind, figure emblématique du « fusilier souriant » de la photo du simulacre d’exécution prise par les allemands dans les fossés du château de Belfort.

Le camp de Blechhammer
Le camp de Blechhammer d’après Marcel Dejean (Cliquer pour agrandir)

Placés en quarantaine dans la baraque 28, les prisonniers seront déplacés vers la baraque 17, la veille de la marche de la mort, afin de laisser de la place à d’autres prisonniers en provenance des sous-camps de Gleiwitz (Gliwice) I, II et IV. Une partie des prisonniers français mourront lors de la marche de la mort entamée le 21 janvier 1945 et qui les emmènera vers le camp de Gross-Rosen, puis en Allemagne.
Marcel Dejean a rapporté son témoignage de captivité dans un livre « Avoir 20 ans ans les camps nazis ». ISBN 2-84367-014-4
« Nous apprenons ainsi que Blechhammer est un camp peuplé de 4000 juifs, dont 400 à 600 femmes, où le bruit de notre arrivée s’est rapidement étendu. En effet c’est un événement que d’avoir ainsi pour la première fois 80 aryens (selon la terminologie officielle allemande) dans le camp, et de surcroît, des maquisards pour la plupart. »
Un chapitre est consacré à la période du camp de Blechhammer.

Le camp de Blechhammer durant la guerre
Le camp de Blechhammer durant la guerre – Photo US Air Force (Cliquer pour agrandir)

Le Judenlager est aujourd’hui visible avec une partie de son ancienne clôture bétonnée, les 2 entrées et les tours de garde bétonnées. C’est le seul sous-camp en Pologne où un crématoire est visible, 1500 prisonniers y ont été incinérés.
Le camp se trouve à quelques kilomètres à l’est de la ville de Kędzierzyn-Koźle, sur la commune de Sławiecice. Ce camp faisait partie d’un ensemble d’environ 25 camps édifiés autour des 2 usines de la chimie construites dès 1939, et toujours existantes. Ce camp, ceint de murs en béton était mitoyen d’un autre camp, appelé Bahnhofslager.

Découvrir l’histoire du camp de Blechhammer, un sous-camp d’Auschwitz.

Site d’extermination de Ponary en Lituanie

Le site d’extermination de Paneriai (Ponary) est situé dans la banlieue sud de Vilnius (Lituanie).

Une des fosses communes. L'échelle en bois visible sur la photo, utilisée lors de la sonderaktion pour extraire les corps, est une réplique réalisée en 2004
Une des fosses communes. L’échelle en bois visible sur la photo, utilisée lors de la sonderaktion pour extraire les corps, est une réplique réalisée en 2004 (Cliquer pour agrandir)

70 000 juifs, 20 000 polonais, principalement originaires de Vilnius, et 8000 prisonniers de guerre russes ont été tués dans plusieurs fosses communes entre juillet 1941 et août 1944 par les Einsatzgruppen, puis par d’autres unités allemandes et des unités de volontaires lituaniens.
Devant l’avancée russe, en 1944, des prisonniers du camp de Stuffhof (Poméranie) furent envoyés à Paneriai pour déterrer les cadavres et les brûler, dans le cadre de la Sonderaktion 1005 initiée en mai 1942 et visant à effacer les traces des atrocités nazies en Pologne occupée (Cette partie de la Lituanie étant sous territoire Polonais avant la guerre).
Seulement 5% des juifs de Lituanie ont survécu à la guerre, c’est le taux le plus bas dans toute l’Europe.

Le premier convoi historique pour Auschwitz

Le début d’une longue liste

Les prisonniers du premier convoi historique de déportés vers Auschwitz
Les prisonniers du premier convoi historique de déportés vers Auschwitz (Cliquer pour agrandir)

C’est le 14 juin 1940 que s’est déroulée la première déportation vers le camp d’Auschwitz.
Ce premier convoi historique de déportés est parti de la ville de Tarnów, située à l’est de Cracovie. Les prisonniers ont été dirigés vers ce qui allait devenir Auschwitz I, puisque à cette date le camp de Birkenau (Auschwitz II) n’existait pas encore.
Les tout premier prisonniers du camp d’Auschwitz (les premiers numéros tatoués) étaient des prisonniers de droits commun en provenance d’Allemagne.
Le convoi était composé de 728 prisonniers dont 708 polonais non juifs. 298 survivront à la guerre, 272 mourront et le destin des 158 derniers restera inconnu.

Samuel Willenberg, le dernier témoin

Vivre et parler

Samuel Willenberg à Varsovie en 2015 Photo © Jacques Lahitte
Samuel Willenberg à Varsovie en 2015 Photo © Jacques Lahitte (Cliquer pour agrandir)

Samuel Willenberg (1923-2016)
Le dernier survivant de la révolte du camp d’extermination de Treblinka, Samuel Willenberg s’est éteint hier à l’âge de 93 ans.
Originaire de Częstochowa, il a rejoint l’armée polonaise en tant que volontaire au début de la guerre et il fut sérieusement blessé. Par la suite, il fut déporté vers le camp d’extermination de Treblinka en octobre 1942, échappa à la mort et fut affecté au tri des vêtements des juifs exterminés (un jour il reconnut les vêtements de ses deux sœurs Ita et Tamara).
Il participa à la révolte du camp du 2 août 1943 d’où il s’échappa. Blessé à la jambe, il se rendit Varsovie et rejoignit le mouvement de résistance polonais. Il lutta activement lors de l’insurrection de Varsovie en 1944.
Il émigra en 1950 vers Israël où il devint ingénieur. A l’heure de la retraite, il suivit des études aux Beaux-Arts et exerça son talent dans la sculpture autour du thème de l’holocauste. Il est, entre autres, l’auteur du monument des victimes du ghetto de Częstochowa qui a été inauguré en 2009. Depuis 1983, il se rendait régulièrement en Pologne, accompagné de sa femme Ada (au second plan sur la photo), elle-même rescapée de la Shoah, pour porter le message des survivants. Il a été décoré des plus hautes distinctions polonaises.

Un pavé pas comme les autres à Treblinka

Le triste destin d’une stèle juive

Un pavé pas comme les autres à treblinka
Un pavé pas comme les autres à Treblinka (Cliquer pour agrandir)

Enormément de gens, pour ne pas dire presque tout le monde, ignore qu’à Treblinka, avant l’établissement du terrible camp d’extermination en 1942 (Treblinka II), avait été établi dès juin 1941, un camp de travail, Arbeitslager (Treblinka I) pour des prisonniers polonais où ils travaillèrent dans une carrière à ciel ouvert, au chargement de wagons en gare de Małkinia, gare qui se trouve à la bifurcation située à mi-chemin de la ligne Varsovie-Białystok, ainsi que pour d’autres travaux.
Ce camp a fonctionné jusqu’en août 1944. Durant son existence, il a abrité environ 2000 prisonniers. Parmi eux, il y en a qui ont participé à la construction du camp d’extermination. Le camp était administré par les allemands (commandé par Theodor van Eupen, qui fût tué par des résistants polonais en décembre 1944), mais la garde était essentiellement composée des supplétifs ukrainiens (SS ukrainiens en provenance du camp de Trawniki), comme pour le camp d’extermination.
Les 2 camps sont distants d’environ 2 kilomètres.
Plus de 20 000 prisonniers (dont des juifs) sont passés dans le camp de travail de Treblinka I durant son existence et plus de la moitié ont disparu.
Une longue route de plus d’un kilomètre et demi construite avec des pavés et des pierres s’enfonce dans la forêt et relie les 2 camps. Lors de ma première visite 16 ans en arrière, j’avais remarqué un morceau de pierre tombale juive, visible sur le parcours.
Durant la guerre, la plupart des cimetières juifs ont été dévastés et nombre de pierres tombales ont été réutilisées comme matériaux de construction et de terrassement.

Shoahland, ou quand il est question de polonophobie

Il faut toujours préciser avec justesse le fond de sa pensée

Mon article, en lien ci-après, Shoahland, quelques remarques sur des inexactitudes et des préjugés, a donné lieu à certains commentaires sur FB, ce dont je me réjouis. Dans l’une de mes réponses, j’ai parlé de polonophobie, ce qui a suscité, je le comprends, la perplexité d’une intervenante.
J’ai rédigé une réponse qui illustre précisément ce que j’entends par l’emploi de ce terme, dans le contexte de l’article initial de Oriane Cohen paru sur le site Rootsisrael.com.
En voici le contenu afin que ma pensée reste aussi claire que précise pour le lecteur:
Dans mon article en réaction à celui de Oriane, je ne remets nullement en cause la détestation que des juifs peuvent éprouver à l’encontre des polonais. Je les encourage même à vomir sur des comportements exécrables qui se sont déroulés durant la guerre ou après, et j’irai même leur tenir la bassine, pour parler plus trivialement. C’est vous dire si je suis conscient des nombreux événements qui sont intervenus ici, comme beaucoup de polonais du reste.
Il a fallu du temps, et il en faudra encore, car l’histoire d’après-guerre dans les pays de l’est et la lecture de l’histoire ont été quelque peu interféré par la longue séquence communiste qui a pratiquement modelé nombre de perceptions et compréhensions dans ces populations slaves, et ce, durant 2 générations.

Donc, quand je parle de polonophobie et quand on lit entièrement mon article, on comprend parfaitement l’objet de mes récriminations.
La présentation qu’elle renvoie de son voyage en Pologne a, entre autres, de montrer au monde, de montrer aux juifs, que les polonais d’aujourd’hui (pas des) sont restés aux mieux des gens profondément méprisables au motif qu’ils bafouent la mémoire de la Shoah, au motif qu’ils n’ont que faire de la tragédie des juifs de leur pays, au motif qu’ils continuent à entretenir et opposer un martyr polonais (de la manière dont il était présenté durant le communisme) en voulant occulter le poids de leurs responsabilités passées, au motif qu’ils ignorent ou cherchent à cacher cette présence juive éradiquée.
Pour ce faire elle utilise un artifice fallacieux et malhonnête. Elle assène, parmi ses réactions profondément humaines et émouvantes, une suite de contre-vérités voire de mensonges que je démonte point par point dans mon article, et pas forcément de gaieté de cœur car certainement sa famille, des proches, ont été touchés par la tragédie, mais l’une de ses démarches (l’autre réside dans l’émotion que je partage absolument) dans son compte-rendu est de jeter l’anathème sur une génération de polonais qui œuvrent aujourd’hui, et ce, depuis des années déjà, dans un travail de prise de conscience et d’entretien de la mémoire, d’où cette difficulté pour moi à écrire cet article.

Cette manière de mettre à l’index les polonais d’aujourd’hui, pour des événements dont ils ne sont nullement responsables, d’autant plus au regard de l’important travail déjà réalisé dans la connaissance et l’éducation, même si beaucoup restent encore réticents ou hostiles, pour moi cela s’appelle de la polonophobie, ou tout autre synonyme.

J’ajoute que Oriane appelle à la fin de son article « les juifs et les non-juifs à aller en Pologne ». J’ignore si cet appel concerne aussi à rencontrer les polonais dont je parle, je pense qu’au mieux, elle doit les ignorer. C’est bien dommage parce que eux aussi l’aideraient à «comprendre notre présent, et nous battre pour un avenir meilleur».
Mais bon, si mon article en amène certains à dépasser leurs idées préconçues, à réfléchir et à ouvrir des livres, cela me suffira.