Synagogues de Pologne vues par Wojciech Wilczyk

Vie et destin des synagogues polonaises

Il y a quelques années, j'avais acheté le livre de Wojciech Wilczyk (anglais/polonais) Niewinne oko nie istnieje que l'on pourrait traduire par "l’œil innocent n'existe pas" (ou le regard plutôt). Ce livre édité en 2008 est une véritable petite bible de près de 700 pages sur les synagogues en Pologne. Son auteur, spécialiste de la photographie documentaire, a en effet parcouru le pays durant plusieurs années et ramené des centaines d'images de ces multiples synagogues et maisons de prières qui ont survécu au temps, ou pas pour certaines d'entre-elles.
Quasiment aucune aujourd'hui n'est dédiée au culte, pour la bonne et simple raison que les juifs ne sont plus là. Depuis la fin de la guerre, elles ont souvent connu de nombreuses autres vies, généralement elles ont été transformées en entrepôts ou en magasins au sortir de la guerre après avoir été relevées de leurs ruines puisque l'immense majorité des synagogues de Pologne ont été dévastées ou incendiées, souvent dès 1938 (nuit de cristal) pour celles qui étaient situées sur les territoires actuels de la Pologne occidentale.
Elles ont ensuite été transformées durant les décennies communistes qui ont suivi en magasins, halles marchandes, cinémas, restaurants, postes de police, caserne de pompiers, galeries d'art, maisons d'habitation, ateliers, entrepôts, bars, banques, église de Jéhovah, musées, bibliothèques, salles de sport, bureaux administratifs et même piscine municipale comme l'ancienne synagogue de Poznań transformée de la sorte pour la détente des soldats de la Wehrmacht et dont le nouvel usage est encore en activité aujourd'hui. Nombre d'entre-elles ont été restituées aux communautés juives éparpillées dans le pays. Une partie de ces synagogues ont été rénovées et dédiées à des activités culturelles et de souvenirs du judaïsme, d'autres ont poursuivi leurs activités commerciales dans le cadre de baux initiés par ces mêmes communautés car il est devenu difficile de mener à bien des projets coûteux de restauration. D'autres sont aujourd'hui en ruines ou à l'état d'abandon car les petites communes où elles se situent ne disposent pas de fonds souvent très substantiels à investir pour mener à bien un projet de revitalisation. Restaurer une synagogue ne se limite pas à redresser murs et toitures ou à redonner une certaine magnificence d'antan, restaurer une synagogue, c'est un projet global, conséquent et mûrement réfléchi à mener entre les autorités municipales et régionales qui amènent des fonds et les communautés juives dans une perspective commune qui nécessite la mise en place des activités dédiées, du personnel, des fonds allouées chaque année pour l'entretien et le développement.
Exposition Wojciech Wilczyk
Exposition Wojciech Wilczyk (Cliquer pour agrandir) © www.shabbat-goy.com
A Ostrów Wielkopolski, l'ancienne et dernière grande synagogue de Pologne de style oriental mauresque, restituée à la communauté juive de Wrocław a été vendue en 2005 à la municipalité avec obligation de la dédier à des activités culturelles. En effet, la communauté ne disposait pas des fonds importants pour mener à bien cette grande et magnifique restauration qui a été entreprise par la ville. Elle est devenue à mes yeux l'une des plus belles synagogues de Pologne, encore bien mal connue.
Paradoxalement, toutes ces nouvelles vie dont beaucoup s'offusquent aujourd'hui ont permis à ces centaines de synagogues et maisons de prières de survivre aux vicissitudes du temps et pour plusieurs d'entre-elles de retrouver leur éclat et leur raison d'être.
Il est certain que si durant ces décennies communistes ces synagogues avaient été laissées en l'état il n'y en aurait plus beaucoup encore debout aujourd'hui. Un moindre mal diront certains. C'est tout le dilemme de ces synagogues sans juifs, de ces bâtiments sortis de l'oubli ou de l'indifférence grâce à l'objectif de Wojciech Wilczyk.

Jusqu'au 4 janvier 2016 se tient au Musée de l'Histoire des Juifs polonais de Varsovie l'exposition Wojciech Wilczyk: (nie)widzialne/ (in)visible” qui présente une partie de ses photographies.

Expression antisémite en Pologne

Durant ses visites dans les villes de Pologne, Wojciech Wilczyk en a profité pour saisir sur pellicule les tags et inscriptions antisémites visibles sur de nombreux murs qu'il présente dans le cadre de cette exposition. Si certaines inscriptions sont carrément antisémites, beaucoup d'autres illustrent les invectives et injures proférées entre certains supporters de clubs de football envers l'équipe adverse, "juif" étant devenu l'injure et la caricature ultime pour attaquer l'adversaire, notamment auprès de hooligans de Łódź, de Cracovie ou de Varsovie. Il s'agit là d'un phénomène pas nouveau, apparu depuis la chute du communisme, et déjà présent chez certains supporters d'autres équipes de championnats européens comme cela est arrivé aux Pays-Bas, en Angleterre, en Italie.

Exposition Wojciech Wilczyk au musée de l'Histoire des Juifs polonais

Rigolades dans la chambre à gaz

Création vs banalisation

Dans le cadre de l'exposition Poland – Israel - Germany: The Experience of Auschwitz, présentée actuellement au Musée d'Art Contemporain de Cracovie, une installation vidéo qui met en scène des gens nus dans une chambre à gaz jouant au chat et à la souris sème la controverse (c'est le moins qu'on puisse dire). Le centre Wiesenthal a émis une protestation officielle auprès du ministre des affaires étrangères polonais pour dénoncer une banalisation de l'holocauste (tu m'étonnes).
Artur Żmijewski
Artur Żmijewski, "Berek", courtesy of the Foksal Gallery Foundation
L'ambassade d'Israël en Pologne, qui est également partenaire de cette exposition (??), a également demandé à ce que l'installation soit retirée. Déjà présentée précédemment dans d'autres lieux, elle avait fait l'objet des mêmes protestations et demandes de retrait. Je vois d'ici les défenseurs de la liberté d'expression et de création vent debout contre la réaction. Bon, vous aurez compris que c'est pas mon truc. Mais alors pas du tout. La création... le machin avec des images est une idée de Artur Żmijewski. Ne connaissant pas l'animal, je ne jugerai donc pas le reste de son travail qui je l'espère est un peu plus créatif (le mot est lâché). L'exposition présente également les œuvres d'autres créateurs polonais, israéliens et allemands. Nota: la chambre à gaz est factice pour en rassurer certains. Faut pas charrier non plus. Page de l'exposition sur le site du Musée d'Art Contemporain de Cracovie - Mocak. Lien vers un ancien article présentant le Lego Concentration camp de Zbigniew Libera et le Untitled (Arbeit Macht Frei) de Jonathan Horowitz, vus en 2013 au Musée d'Art Moderne de Varsovie.

Le juif et les sablonniers

Regard sur une oeuvre de Gierymski

Aleksander Gierymski (1850 Varsovie - 1901 Rome)
Les sablonniers (titre original Piaskarze 1887) Musée National de Varsovie
Cette superbe et saisissante oeuvre réalisée par Aleksander Gierymski présente une équipe de sablonniers au travail sur la rive gauche de la Vistule à Varsovie, à hauteur du pont Kierbedzia (le premier pont métallique enjambant la Vistule construit à Varsovie et détruit lors de l'insurrection de 1944) qui reliait le centre du quartier de Praga à la vieille ville.
Les sablonniers - Aleksander Gierymski
Les sablonniers (Cliquer pour agrandir) - Aleksander Gierymski - Photo prise à Varsovie par Shabbat Goy
Au premier plan, un ouvrier en plein songe, cigarette à la bouche, les yeux perdus dans les eaux de la Vistule, au second plan trois autres de ses compères installés dans les embarcations voisines l'ont remarqué et le fixent du regard. Sur la droite, une embarcation attend son tour pour décharger. En haut du quai en réfection, des gens observent les sablonniers qui déchargent leur cargaison. Parmi eux, à l'extrême gauche, un juif en habit traditionnel appuyé sur une canne regarde également les ouvriers au travail. L'attique en haut d'un petit bâtiment visible au centre en arrière plan est l'auberge Kurtz édifiée vers 1825-1830 au bas de l'actuelle rue Mariensztat. L'autre bâtiment sur la gauche semble situé du côté d'un secteur autrefois appelé Kasztelanka. Comme chez d'autres peintres de cette seconde période du XIXème siècle, les juifs sont présents soit comme personnages principaux à l'image d'une autre oeuvre de Gierymski avec la femme juive aux oranges ou comme personnages de second plan à l'image d'autres tableaux comme celui de l'arrivée de la diligence postale, une oeuvre réalisée par Alfred Wierusz-Kowalski dans laquelle plusieurs juifs sont représentés parmi les personnages de la scène à l'instar de leur visibilité dans le paysage et dans la société de l'époque.

Quand on visite le Musée National de Varsovie et sa galerie dédiée à la peinture du XIXème siècle, il est intéressant d'analyser et scruter des tableaux pour apercevoir sur certains d'entre-eux la présence juive de cette population alors en pleine expansion durant ce XIXème siècle.
Les sablonniers - Aleksander Gierymski
Les sablonniers - Le juif (Cliquer pour agrandir) - Aleksander Gierymski
Les sablonniers - Aleksander Gierymski
Les sablonniers - Détail (Cliquer pour agrandir) - Aleksander Gierymski

Auschwitz, l’équation aux milliers d’inconnues et disparus

Des chiffres, mais plus que ça

Deux années en arrière environ, j'ai acheté un livre d'occasion intitulé KL Auschwitz et qui avait été édité par l'Agence Nationale de l'Edition (Krajowa Agencja Wydawnicza) pour le compte du Musée d'Etat d'Auschwitz. Ce livre avait été édité en 1980 en 5 langues, en polonais, en anglais, en français, en allemand et en russe.
Il présente sur plus de 230 pages une abondante collection photographique des camps d'Auschwitz, mais également quelques photographies de sous camps comme ceux de Trzebinia, Świętochłowice et Blechhammer.

Les quarante premières pages sont consacrées à une présentation dans chaque langue, scindée en deux parties, la première sur l'origine de la base photographique et la seconde sur les camps eux-mêmes. Voici le premier paragraphe de l'introduction : "Le camp d'extermination de Auschwitz-Birkenau, ledit Konzentrationslager Auschwitz-Birkenau où périrent environ 4 millions d'êtres humains amenés de toute l'Europe fut le plus grand centre de génocide nazi. A Auschwitz-Birkenau périrent des hommes de diverses convictions politiques et religieuses, des membres de la résistance, des personnes déportées de leurs villes et de leurs villages, des prisonniers de guerre soviétique et des civils, des Juifs, des Tziganes, des hommes, des femmes, des enfants, des citoyens de 24 pays." Il est précisé ensuite que "les premiers détenus polonais furent amenés le 14 juin 1940, venant de la prison de Tarnów" et plus loin que "...le camp de concentration d'Auschwitz, devint, à partir de 1942, l'un des plus grands centres d'extermination de la population juive" mais aucun chiffre du détail des victimes par nationalité, ethnie, confession n'est alors avancé dans l'ouvrage. Les premiers prisonniers politiques ont effectivement été déportés en juin 1940, ils étaient 728 polonais dont un petit groupe de juifs.
Auschwitz I (Cliquer pour agrandir)  ©  www.shabbat-goy.com
Auschwitz I (Cliquer pour agrandir) © www.shabbat-goy.com
Concernant le chiffre de 4 millions de victimes présenté dans l'ouvrage, il fut avancé par la "Commission extraordinaire d'enquête soviétique" qui enquêta sur les très nombreux sites de camps en Pologne puis il fut confirmé par "les calculs estimatifs du Tribunal de Nuremberg et le tribunal national suprême en Pologne". Ce chiffre avait été établi dès la fin de la guerre et fut effectivement mis en évidence à Auschwitz jusqu'au début des années 1990. Le film "Nuit et Brouillard" de Alain Resnais, que j'avais visionné la première fois au milieu des années 1970 dans le cadre scolaire, reprenait une estimation de 9 millions de victimes où dans le commentaire Auschwitz était présenté comme symbole à travers cette évaluation totale de victimes dans les camps durant la guerre. Depuis, ce chiffre a été revu à la baisse et aujourd'hui les données avancées par le Musée Auschwitz-Birkenau et par la très grande majorité des historiens au vu des données aujourd'hui disponibles recense environ 1 100 000 victimes dont 1 million de juifs avec 438 000 juifs hongrois, 300 000 juifs polonais et 69 000 juifs français; entre 70 000 et 75 000 polonais, 21 000 tziganes, 14 000 prisonniers de guerre soviétiques et entre 10 et 15 000 victimes d'autres nationalités. Si nombre d'historiens depuis longtemps s'accordaient à re-évaluer ce premier chiffre de 4 millions de victimes à Auschwitz, cette estimation fut utilisée pendant des décennies par les régimes communistes soviétiques et dans les pays satellites de l'URSS et notamment en Pologne pour re-écrire le récit historique national en minimisant l'extermination juive au profit des victimes polonaises et russes. Mais ce chiffre fut également repris dans le monde occidental, des décennies durant. De fait, chez nombre de polonais de cette génération ayant connu la guerre, beaucoup pensent que Auschwitz est un lieu de martyr essentiellement polonais. Cette perception ayant été inculquée par des ré-évaluations historiques au cours des années communistes non seulement auprès de cette catégorie de population mais également auprès de la première génération née après la guerre, les quinquas d'aujourd'hui. Avec l'avènement de la démocratie, l'historiographie polonaise sur le thème de cette période a considérablement évolué et l'éducation a permis d'aborder les réalités historiques sous un autre angle. Cependant, depuis quelques années, il semblerait qu'une petite partie de la nouvelle génération porte un regard plus national et replié sur cette période de l'histoire pour plusieurs raisons, en réaction face à une perception intrusive de l'UE dans la vie politique, sociale, un repli nationaliste pour certains, l'accès instantané au discours révisionniste sur Internet, une perception de saturation de l'histoire de la Shoah au détriment d'autres conflits et génocides et la pollution du message sur fond de conflit israélo-palestinien certes à un moindre niveau qu'en France, un problème éducatif. Au final des éléments d'appréciation et d'évaluation que l'on retrouve aujourd'hui dans beaucoup de pays de l'UE. Ajouté à cette condamnation quasi génétique d'antisémitisme faite aux polonais dans leur ensemble et à cette nouvelle génération de jeunes polonais dont la réaction pour certains est le repli ou la radicalisation alors que d'autres s'investissent en profondeur comme nulle part ailleurs en Europe dans la découverte de l'histoire et du passé juif. Cette évaluation initiale de 4 millions déjà remise en cause alimentait et continue d'alimenter parallèlement le discours négationniste. La réévaluation désormais officielle de 1,1 million de victimes est utilisée plus que jamais pour minimiser au mieux l'importance actuelle de ce chiffre en pointant les 3 millions de victimes "volatilisées" et donc forcément à déduire du nombre total de juifs disparus durant la Shoah. Et partant de là, avancer des chiffres qui minorent complètement la réalité du génocide si on s'appuie sur le recensement des communautés et populations juives d'avant guerre en Europe centrale, en Europe de l'est et du sud.

La liste ci-dessous présente la population juive dans la plupart des pays d'Europe centrale, de l'est et du sud en 1933 et en 1950 Pologne : 3 000 000 / 45 000 Tchécoslovaquie : 357 000 / 17 000 Allemagne : 565 000 / 37 000 Autriche : 250 000 / 18 000 Hongrie : 445 000 / 155 000 Roumanie : 980 000 / 280 000 Yougoslavie : 70 000 / 3 500 Bulgarie : 50 000 / 6 500 Grèce : 100 000 / 7 000 URSS : 2 525 000 / 2 000 000 Source : United States Holocaust Memorial Museum

72 années après la fin de la guerre, dans une Europe où l'antisémitisme resurgit et s’exhibe sous d'autres formes, le rappel de l'histoire et de la mémoire reste un travail quotidien. Curieusement, dans cette large Europe, la Pologne se singularise aujourd'hui avec sa quarantaine de festivals et manifestations sur le thème de la culture juive qui ont rythmé l'année 2014, l'ouverture de son grand Musée juif et la revitalisation de ses quelques communautés juives. Qui pourrait aujourd'hui imaginer un festival de la culture juive place de la République à Paris sans manifestations d'hostilité, voire émeutes ? Cependant, ces espaces de vie juive disséminés à l'est ne remplaceront jamais ces milliers de shtetl et communautés qui faisaient vibrer le yiddishland d'antan. L'avenir ne peut pas s'envisager avec la relativisation, la banalisation, la minoration ou l'occultation du passé.

Le site du Musée Auschwitz-Birkenau et sa brochure de présentation en français.

POLIN, une histoire de A à Z

Prochaine inauguration de la grande exposition permanente du Musée de l'Histoire des Juifs Polonais à Varsovie

Musée de l'Histoire des Juifs Polonais - Inauguration de la grande exposition permanente
Musée de l'Histoire des Juifs Polonais - Inauguration de la grande exposition permanente
Cette exposition qui occupe plus de 4000 m² autour de 8 galeries retrace 1000 ans de présence juive en Pologne, depuis leur arrivée jusqu'à la chute du communisme.
L'inauguration démarre le 28 octobre 2014 et s'étale sur 3 jours.
Cliquer ici pour découvrir le programme

Gwoździec, la synagogue du Musée Juif de Varsovie

A la découverte de l'histoire de la synagogue de Gwoździec

Bien qu’elle avait été érigée dans une localité située aujourd’hui en Ukraine, dans l’actuelle région de Podolie, la synagogue de la communauté juive de Gwoździec se trouvait dans la partie sud orientale de l’Union polono-lituanienne qui réunissait le Royaume de Pologne et le Grand Duché de Lituanie.

L’intérêt de présenter cette synagogue réside dans le fait que sa coupole intérieure a fait l’objet d’une reconstruction fidèle qui reprend toute l’architecture de la charpente et les panneaux ornées de magnifiques polychromies qui viendront habiller l’une des salles (Miasteczko – Jewish town) du Musée de l’Histoire des juifs Polonais de Varsovie...

> Découvrir l'histoire de la synagogue de Gwoździec
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La synagogue de Gwoździec
La synagogue de Gwoździec © Tel Aviv Museum of Arts

Le musée de l’Histoire des Juifs Polonais

La construction de la mémoire

Le projet de création d'un musée juif a été initié dès 1996 par l'Institut Historique Juif de Varsovie. C'est en 2005 qu'un partenariat public/privé a été établi entre l'association de l'Institut Historique Juif à l'origine du projet et le Ministère de la Culture associé à la ville de Varsovie afin de financer la construction du musée.

Roman Vishniac, arpenteur d’un monde en sursis

Des images pour se rappeler les disparus

On connait peu Roman Vishniac (1897-1990) pour ses photos prises lors de séjours en France avant et après la guerre, comme celle présentée ci-dessous qui met en scène des boules de pétanque*.
* pieds tanqués - pieds joints.

Roman Vishniac - Pétanque
Roman Vishniac - Pétanque (Cliquer pour agrandir) © Mara Vishniac Kohn, courtesy International Center of Photography
Né dans une famille juive de Russie en 1897, Roman Vishniac émigre à Berlin après la révolution bolchevique. Passionné depuis sa jeunesse de photographie, il développe des compétences en tant que photo amateur parallèlement à des études de biologie, domaine où il développera également des techniques liées à la photographie microscopique.
Au milieu des années 1930, il est commissionné par l'American Jewish Joint Distribution Committee afin d'immortaliser sur pellicule les communautés juives d'Europe Centrale et d'Europe de l'Est. Il reviendra de ses voyages avec une collection unique de clichés du Yiddishland aujourd'hui disparu.
C'est en 1983 qu'une sélection de ces photos saisies avant guerre seront éditées dans le magnifique ouvrage A Vanished World (Un monde disparu).
Roman Vishniac - Juifs d'Europe de l'est
Roman Vishniac - Juifs d'Europe de l'est (cliquer pour agrandir) © Mara Vishniac Kohn, courtesy International Center of Photography

Roman Vishniac
Roman Vishniac (Cliquer pour agrandir)
La collection complète des photos de Roman Vishniac repose aujourd'hui au Centre International de la Photographie à New York.

Une exposition en ligne est présentée où on peut découvrir ces photos uniques et bien d'autres inédites.

Aujourd'hui, le magnifique recueil de photographies de Roman Vishniac, Un monde disparu est difficile à trouver et mériterait bien une ré-édition.

L’incident de Bruxelles

La justesse des mots, la délicatesse des médias

L'incident de Bruxelles, cela claque comme un titre de journal... Journaux du net toutes tendances confondues, j'ai lu hier des articles concernant la tuerie... non, l'incident qui est intervenu en Belgique.
Oui, un incident.
Il est devenu impératif de mesurer ses propos en certaines occasions, des fois que l'on aurait eu affaire à un drame passionnel ou un à un hold-up qui aurait mal tourné, il faut effectivement prendre toutes ses précautions et parler simplement d'incident avant d'aller qualifier de tuerie le fait qu'un individu s'introduise dans un Musée Juif armé d'une kalachnikov pour tuer des gens qu'il ne connait pas.

Petit florilège: "L'incident s'est déroulé en plein après-midi dans le quartier chic du Sablon" "Le lien entre cette personne et l'incident n'est pas clair" "Une personne, qui a admis qu'il était présent au moment de l'incident..." "Une vidéo de l'incident montre un homme athlétique coiffé d'une casquette entrer calmement dans le Musée juif" "le ministère de la Justice a lancé une enquête intensive sur l'incident" "...témoins de l’incident affirment avoir vu deux hommes" "Une personne, qui a admis qu’il était présent au moment de l’incident" "...un renforcement de la sécurité et ce pour éviter tout autre malheureux incident" "...reste "prudente" sur la nature antisémite de l'incident à ce stade de l'enquête" Mon Larousse fatigué et écorné édition 1987 m'indique qu'un incident est un événement le plus souvent fâcheux ou une difficulté peu importante.
Je suis donc heureux d'apprendre que nous n'ayons eu affaire qu'à un déplorable incident hier après-midi au Musée Juif de Belgique.

Visiter le site du Musée Juif de Belgique et lire le communiqué de presse sur cet incident...
Musée Juif de Belgique
Musée Juif de Belgique - Cliquer pour visiter le site du Musée

La table de café du ghetto

L’archéologie de l'holocauste

Fouilles dans la rue Swiętojerska - La table de café du ghetto
Fouilles dans la rue Swiętojerska - La table de café du ghetto (Cliquer pour agrandir)
© Żydowski Instytut Historyczny
L'archéologie nous permet de restituer et reconstituer des périodes lointaines enfouies sous nos pieds, dans les profondeurs des sables, des villes. Il est aussi une autre forme d’archéologie qui nous rappelle une présence pas si lointaine.
A l'occasion du 70ème anniversaire du soulèvement du ghetto de Varsovie, une exposition qui se tenait en avril dernier et que j'avais eu l'occasion de découvrir au Corps de Garde (Kordegarda) présentait des objets et des réalisations autour du thème de l'holocauste.
Parmi elles se trouvait une table de café mise au jour dans la rue Swiętojerska qui était alors située dans la zone du grand ghetto.
Tomasz Lec architecte et co-designer des 22 mémoriaux du mur du ghetto avait mis en valeur pour l'occasion la table de café retrouvée.
La table de café du ghetto © Tomasz Lec - Żydowski Instytut Historyczny
La table de café du ghetto
© Tomasz Lec - Żydowski Instytut Historyczny

And Europe will be stunned par Yael Bartana

Et l'Europe sera stupéfaite

Dans le cadre de l’exposition W sercu Kraju (au cœur du Pays) qui se tient au Pavillon Emilie Plater et qui présente une collection du Musée d’Art Moderne de Varsovie, est visible le triptyque vidéo de l’artiste israélienne Yael Bartana. Cette création diffusée sous le titre And Europe will be stunned se compose de 3 courts métrages qui ont été réalisés en Pologne... » Lire la suite... The Jewish Renaissance Movement in Poland - A Manifesto  

Le Musée Errant du Juif non-peint

The Wandering Museum of the Jew not Painted

La Fondation du Musée Errant du Juif non-peint a rassemblé un fonds de plus de 10 000 journaux polonais et étrangers datant du XIXème siècle dans lesquels de superbes illustrations, réalisées par la technique de la gravure sur bois, mettent en scène des personnages de tous horizons, origines et cultures, notamment des illustrations de juifs, soit imaginées par leur auteur, soit reproduits à partir de personnages réels. L'Imaginaire et le Réel, tel est le thème de l'exposition présentée par Paweł Szapiro, au foyer du Théâtre juif de Varsovie durant le Festival Singer de la culture juive.

Sont exposées de nombreuses gravures de personnalités juives, acteurs, hommes d'affaires, philanthropes, artistes, médecins, religieux, écrivains, éditeurs, etc, qui étaient alors choisis par rapport à leur assimilation dans la société polonaise, leur émancipation ou leur appartenance à un judaïsme réformé.
Le Musée Errant du Juif non-peint - Żyd Niemalowany Muzeum Wieczny Tułacz
Baer Meisels - Le Musée Errant du Juif non-peint (cliquer pour agrandir) © www.zyd-niemalowany.pl
Le site du Musée Errant du Juif non-peint.
Un extrait du catalogue de l'exposition.
Adresse : Place Grzybowski 12/16. Varsovie.

Du Judenrat au Musée de l’Histoire des Juifs Polonais

Histoire d'une ancienne caserne Royale à Varsovie

 1959, Judenrat ghetto Warsaw - 2013, Museum of the History of Polish Jews (Cliquer pour agrandir)
1959 - Ancien Judenrat du Ghetto de Varsovie. 2013, Musée de l'Histoire des Juifs Polonais (Cliquer pour agrandir)
© www.shabbat-goy.com
© LIFE
Plus d'un demi siècle sépare ces 2 photos.
Celle de gauche représente Richard Nixon de dos quittant le monument des Héros du Ghetto lors de sa visite à Varsovie en 1959.
Le bâtiment en ruine que l'on distingue en arrière plan est l'ancienne caserne d'Artillerie Royale bâtie entre 1784 et 1792. Au milieu du XIXème siècle, la caserne fut transformée en prison militaire jusqu'en 1939 puis elle devint le siège du Judenrat (Conseil juif) durant la période du ghetto. Le bâtiment se trouvait au 19 de la rue Zamenhof et faisait partie intégrante du grand ghetto.
Après la guerre en 1948, on érigea à 50 mètres de là, côté est, le monument des Héros du Ghetto.

Le bâtiment ne fut pas restauré et sa démolition intervint en 1965. Une place fut ensuite édifiée en lieu et place et la section de la rue Zamenhof qui menait à l'ancienne caserne disparut.
Aujourd'hui se dresse le Musée de l'Histoire des Juifs Polonais.

Décorations murales – Wall ornaments – JUDAICA

Les décorations murales Judaica sont référencées au Musée de l'Histoire des Juifs de Pologne

Les décorations murales Judaica sont exposées et disponibles à la vente auprès de la boutique du Musée de l'Histoire des Juifs de Pologne à Varsovie.
Les décorations murales sont réalisées avec la technique de la découpe laser sur métal et peintes par cuisson au four.
Wall ornaments Judaica are exposed and available at the shop of the Museum of the History of Polish Jews in Warsaw.
Wall decorations are made using metal laser cutting technology and painted thanks to an electrostatic powder coating process.

Conçues et réalisées en Pologne par un créateur français / Designed and made in Poland by a french creator.
© Tolonensis Creation.
Le site du Musée - Museum website
Wall ornaments - Décorations murales - JUDAICA - © Tolonensis Creation
Wall ornaments - Décorations murales - JUDAICA - © Tolonensis Creation
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Caractéristiques / Features
Support: acier 2 mm / steel 2 mm
Couleur/Color: RAL 9004 noir mat / black mat
Dimensions: 40 cm / 15.7 inches
Poids / Weight: 1 kg / 2.20 lbs
Museum of the History of Polish Jews - Monument of the Heroes of
Musée de l'Histoire des Juifs de Pologne - Museum of the History of Polish Jews - © www.shabbat-goy.com

Arbeit Macht Frei et Lego camp de Concentration

Vu au musée d'art moderne de Varsovie

Dans le cadre de ma visite consacrée à la collection du Musée d'Art Moderne de Varsovie dont des œuvres sont exposées à la galerie de l'avenue Emilii Plater, 3 d'entres-elles qui ont un lien direct avec la thématique de ce site ont retenu mon attention parmi d'autres.
Les deux premières présentées ci-dessous sont l'oeuvre de Jonathan Horowitz et Zbigniew Libera. La troisième de l'artiste israélienne Yael Bartana consacrée à son triptyque vidéo est présentée ici.

Untitled (Arbeit Macht Frei)

Untitled (Arbeit Macht Frei) - Jonathan Horowitz
Untitled (Arbeit Macht Frei) - Jonathan Horowitz
Signée par Jonathan Horowitz en 2010, l'oeuvre représente la célèbre plaque qui surmonte l'entrée du camp d'Auschwitz coupée en 3 morceaux. Cette présentation est censée rappeler la fameuse inscription, à elle seule symbole universel de l'holocauste, telle qu'elle avait été retrouvée suite à son vol en 2009 commandité par un activiste néo-nazi suédois. A travers cette reconstitution volontairement provocante, l'auteur souhaite faire revivre la mémoire de cette période universellement tragique à travers une vision qui s'éloigne des commémorations établies.
Jonathan Horowitz est un artiste américain qui s'attaque à divers sujets à travers des supports variés.


The Collection of the Museum of Modern Art in Warsaw
Du 14/05/2013 au 06/01/2014
www.artmuseum.pl

Lego. Concentration camp

Lego - Concentration camp - Zbigniew Libera
Lego - Concentration camp - Zbigniew Libera
Imaginé en 1996 par Zbigniew Libera, cette création propose un étonnant jeu de Lego basé sur le thème du camp de concentration. On y voit un ensemble de 7 boites du fameux jeu de construction fidèles au design de la firme Lego dont une qui propose le camp de concentration, une seconde le crématoire et une autre le Kanada, accompagnées de petites boites de personnages. Cette oeuvre très controversée a été réalisée par l'artiste polonais dont les boites sont notées sponsorisé par Lego, la firme danoise n'ayant pas eu au départ connaissance du sujet de la réalisation. L'oeuvre a aussitôt suscité la polémique et son auteur a été taxé de vouloir banaliser le sujet de l'holocauste. Pour sa défense, des critiques ont opposé une vision plus familière de la présentation de l'holocauste à travers le jeu connu de tous et censé se démarquer des programmes éducatifs présentés alors. Les boites de Lego Camp de concentration ont été présentées en 2002 au Jewish Museum de New York dans le cadre de l'exposition Mirroring Evil: Nazi Imagery/Recent Art.