Les passeports de l’hôtel Polski

Echanges de documents et collaboration juive

L'hôtel Polski au 29 de la rue Długa (Cliquer pour agrandir) Photo www.shabbat-goy.com
L’hôtel Polski au 29 de la rue Długa (Cliquer pour agrandir) Photo www.shabbat-goy.com

Dès 1942, deux organisations juives suisses initièrent une campagne de sauvetage des juifs de Pologne afin de leur procurer des passeports sud américains en vue de leur départ des territoires occupés, avec le concours de consuls honoraires en Suisse. Les passeports qui avaient été obtenus et qui furent envoyés au Gouvernement Général concernaient les pays suivants : Paraguay, Honduras, Costa Rica, Guatemala, Haïti, El Salvador, Pérou, Bolivie, Équateur, Nicaragua, Panama, Uruguay et le Venezuela.

L'hôtel Polski au 29 de la rue Długa
L’hôtel Polski au 29 de la rue Długa (Cliquer pour agrandir) Photo www.shabbat-goy.com

L’hôtel polonais (Hotel Polski) du 29 de la rue Długa devint l’un des lieux de rencontre (avec 2 autres lieux dans Varsovie) pour de nombreux juifs du ghetto et d’autres juifs qui étaient notamment cachés du côté aryen. Nombre de ces documents arrivèrent effectivement à Varsovie mais leurs destinataires avaient entre temps été déportés puis exterminés au camp de Treblinka durant les grandes déportations de l’été 1942. L’objectif de fourniture de ces passeports était de procéder à un échange entre des soldats allemands détenus par les alliés et des juifs.
En mai 1943, au cours de l’insurrection du ghetto, deux collaborateurs juifs du nom de Leon -Lolek- Skosowki et Adam Żurawin, qui travaillaient pour le compte de la police allemande, récupérèrent les passeports avec l’assentiment de la Gestapo et les revendirent à des juifs qui vivaient cachés côté aryen, et d’autres juifs qui étaient réfugiés à l’hôtel Polski. La transaction pouvait coûter entre 30 et 300 złoty, ou en nature avec des bijoux ou tout autre objet de valeur.
Initialement, les premières tractations s’effectuèrent à l’hôtel Royal au 31 de la rue Chmielna.
Les juifs qui acquirent ces documents falsifiés furent transférés vers le camp de Vittel en France pour 300 d’entre-eux et vers le camp de Bergen-Belsen en Allemagne pour 2000-2500 autres, afin d’être échangés contre des prisonniers allemands. Le directeur de l’organisation du Joint en Pologne, Daniel Guzik, savait qu’il coopéraient avec des collaborateurs juifs.
Les juifs qui avaient été envoyés en Allemagne et en France furent par la suite déportés vers Auschwitz lorsque les allemands vérifièrent les documents et se rendirent compte que les détenteurs de ces passeports n’étaient pas leurs propriétaires légitimes, et que les pays qui avaient délivré les passeports ne confirmèrent pas leur authenticité.

Environ 2500 juifs seraient passés par l’hôtel Polski de Varsovie, les deux tiers dirigés vers ces deux camps, en France et en Allemagne, et les 420 derniers juifs restants qui devaient être déporté vers le camp de Bergen-Belsen furent dirigés vers la prison de Pawiak de Varsovie où ils furent exécutés.
260 juifs réussirent à se procurer des documents et purent être échangés contre des prisonniers allemands qui étaient internés en Palestine.
Interrogé par la suite par Yitzhak Zuckerman, Daniel Guzik lui répondit que pour sauver un seul juif, il aurait été prêt à embrasser le c… des collaborateurs Skosowki et Żurawin.
Les historiens s’interrogent encore pour savoir si le commerce de ces passeports après la fin de l’insurrection du ghetto n’avait pas simplement pour but de localiser et débusquer les juifs qui s’étaient réfugiés du côté aryen.

Itzhak Katzenelson
Yitzhak Katzenelson à droite avec l’artiste Shmuel Grodzenski et sa femme Miriam – Photo HolocaustResearchProject.org

Le poète Yitzhak Katzenelson qui était encore confiné dans le ghetto de Varsovie avec son fils Zvi, et dont la femme Miriam et deux autres fils avaient été déportés vers le camp de Treblinka, passa du côté aryen avec l’aide d’amis qui lui fournirent des passeports du Honduras.
Ils furent arrêtés à l’hôtel Polski et déportés vers le camp de Vittel en France. C’est lors de son séjour au camp qu’il écrivit en octobre 1943 Le Chant du peuple juif assassiné. Le manuscrit écrit en yiddish et qui avait été caché fut retrouvé après la guerre. Vers fin avril 1944, Yitzhak Katzenelson et son fils furent redirigés vers Auschwitz par le convoi n°72 où ils moururent le 1er mai.

L’immeuble de l’hôtel Polski fut détruit durant l’insurrection de 1944, seule la façade a été conservée.

Plaque commémorative apposée sur la façade de l'ancien 'hôtel Polski au 29 de la rue Długa
Plaque commémorative apposée sur la façade de l’ancien ‘hôtel Polski au 29 de la rue Długa (Cliquer pour agrandir) Photo www.shabbat-goy.com

En mémoire des juifs polonais insidieusement attirés par la Gestapo à l’hôtel Polski du 29 de la rue Długa durant le printemps 1943 et assassinés dans les camps d’extermination allemands.
Association des familles de victimes de combattants juifs.

Leszno 13, le siège des collaborateurs juifs du ghetto

Une cellule très active de collaborateurs juifs opéra durant la période du ghetto. Ce groupe qui comprenait entre 300 et 400 juifs avait ses quartiers au 13 de la rue Leszno. Elle était surnommée Trzynastka, du numéro de l’immeuble.

Abraham Gancwajch, chef de la cellule des collaborateurs juifs Leszno 13
Abraham Gancwajch, chef de la cellule des collaborateurs juifs Leszno 13 – Photo Jewish Historical Institute (ŻIH)

Officiellement dénommé Urząd do Walki z Lichwą i Spekulacją w Dzielnicy Żydowskiej w Warszawie, le bureau de lutte contre le marché noir et la spéculation dans le quartier juif de Varsovie, la cellule prenait ses ordres de manière informelle auprès de l’occupant allemand, plus particulièrement de la Gestapo. Les membres possédaient un uniforme et une casquette avec une bande verte. Le bureau était dirigée par Abraham Gancwajch, un ancien membre actif et leader du mouvement sioniste Hachomer Hatzaïr de Łódź. C’était un homme qui avait reçu une éducation traditionnelle juive et qui possédait un diplôme de rabbin. Avant la guerre, il enseignait l’hébreu et travaillait également comme journaliste.
Le groupe 13 possédait sa propre prison. Il était aussi surnommé la Gestapo juive. Il fallait s’acquitter d’une somme de plusieurs centaines de złoty pour être intégré dans le groupe.
Sous une couverture du contrôle du Judenrat et des activités de contrebande, les hommes infiltraient les organisations de résistance du ghetto. Ils représentaient une entité séparée du Judenrat, travaillant de manière autonome et prenaient leurs ordres directement de la Gestapo. Leurs activités s’étendaient aussi à l’extorsion de fonds, le racket et le chantage.
Au milieu de l’année 1941, deux collaborateurs du groupe, Moritz Kohn et Zelig Heller quittèrent la cellule 13 pour créer leur propre organisation.
En août 1941, à la demande de Adam Czerniaków, le président du Judenrat, le groupe fut inclus dans le service d’ordre du Judenrat, le Jupo (Jüdische Ghetto-Polizei). Les collaborateurs opéraient également dans la partie aryenne en se faisant passer pour des membres de la résistance juive. Leur but était de localiser et infiltrer les réseaux de résistance et d’aide aux juifs pour ensuite les dénoncer.
Ils organisèrent ensuite dans le ghetto leur propre service d’assistance médicale et d’ambulance et continuèrent leurs activités de contrebande. Ils tinrent le monopole des moyens de transport du ghetto, à savoir les rickshaws et les charrettes à chevaux. Ils tenaient même un bordel à l’hôtel Britania du 18 de la rue Nowolipie.
Des membres du réseau de collaborateurs furent pourchassés et tués par les organes de résistance du ghetto, l’Organisation Juive de Combat (Żydowską Organizację Bojową) et l’Union Militaire juive (Żydowski Związek Wojskowy) ainsi que par la résistance polonaise.
La plupart des collaborateurs furent tués par les allemands en avril 1942.
Abraham Gancwajch et quelques autres collaborateurs continuèrent à opérer en se faisant passer pour des membres de la résistance clandestine afin de pourchasser les polonais qui aidaient les juifs. Gancwajch passa du côté aryen où il continua à travailler pour les allemands. Des rumeurs rapportent qu’il serait mort en 1943 ou qu’il aurait ensuite collaboré avec le NKVD.
L’immeuble qui abritait la cellule de collaborateurs juifs existe toujours, il est aujourd’hui situé au 93 de l’avenue Solidarności.

Les catholiques juifs du ghetto de Varsovie

Une histoire méconnue

On évalue qu’au moment du bouclage du ghetto, à la fin de l’année 1940, 2000 chrétiens d’origine juive vivaient dans le ghetto.
Les raisons des conversions étaient très diverses. Pour certains juifs, cela était devenu une nécessité afin de pouvoir accéder à certains postes et positions professionnelles qui étaient devenus interdit aux juifs durant les difficiles années d’avant-guerre notamment dès 1935 avec l’activisme des mouvements nationalistes. De nombreux autres juifs se convertirent au début de la guerre, pensant que leur situation s’améliorerait, ce qui ne fut nullement le cas puisque pour les allemands ils restèrent des juifs. D’autres se retrouvèrent dirigés vers le ghetto car présents sur la liste du conseil central de la protection sociale alors dirigé par Adam Ronikier. Emanuel Ringelblum nota fin février 1941 que 20 familles catholiques d’origine juive entrèrent dans le ghetto, et parmi elles celle du professeur Ludwik Hirszfeld, co-découvreur du système de groupes sanguins ABO.

Eglise de Tous les Saints
Eglise de Tous les Saints sur la place Grzybowski en août 1940, petit ghetto (Cliquer pour agrandir) – Photo Referat Gabarytów
Certains membres de ces familles, d’éducation élevée, servirent au sein du Judenrat. Selon Emanuel Ringelblum, une centaine de juifs convertis servirent également dans la police du ghetto. Ils attisèrent l’animosité des juifs orthodoxes dont certains membres attaquèrent les convertis à coups de bâton sur le parvis de l’église de Tous les Saints (Kościół Wszystkich Świętych) de la place Grzybowski. C’est principalement dans le secteur du petit ghetto situé autour de cette place que se regroupèrent les catholiques juifs.
Ces chrétiens d’origine juive s’organisèrent et se rassemblèrent dans des appartements situés dans les immeubles des rues adjacentes à l’église, devenue dans le ghetto le lieu de culte où se retrouvaient ces juifs convertis, sous la houlette du vicaire Antoni Czarnecki. L’accès à l’office était réglementé par les allemands et la vie pastorale s’organisait dans le presbytère. Le prêtre Marceli Godlewski officiait également à l’église de Tous les Saints, les prélats bénéficiaient d’un laisser-passer pour entrer et sortir du ghetto. Ce prêtre était connu avant la guerre pour son antisémitisme militant.
Sa proximité avec la misère et les souffrances qu’il vit et perçut dans le ghetto l’amena a un changement profond d’attitude et de sentiments envers les habitants du ghetto. Il établit une relation profonde et particulière avec les juifs qu’en fait il ne connaissait pas vraiment avant la guerre si ce n’est à travers leurs traditions et modes de vie, les aspects théologiques et bibliques de la religion juive. Il s’investit activement par la suite dans l’aide et l’assistance aux juifs.
Les bâtiments de la paroisse furent utilisés pour loger aussi bien les juifs baptisés que d’autres non baptisés. L’approvisionnement en nourriture pouvait être réalisé avec l’aide de certaines missions soutenues par le Joint, l’organisation Caritas et de la contrebande. Ce fonctionnement dura jusqu’en décembre 1941, période à laquelle toute aide quelconque apportée aux juifs fut puni de peine de mort. Dès cette date, l’approvisionnement s’effectua par contrebande. Les juifs convertis pratiquants, les juste baptisés non pratiquants, des chrétiens d’autres confessions, des juifs assimilés non convertis se retrouvaient dans l’église, qui avait été partiellement détruite durant les bombardements de 1939. Beaucoup de ces chrétiens juifs retiraient leur brassard à l’étoile de David en pénétrant dans le lieu de culte.
En juillet 1942, peu avant le début des grandes déportations, le prêtre Antoni Czarnecki se rappelait, après guerre, de grands rassemblements dans l’église de plusieurs centaines de fidèles juifs convertis et quelques autres venus écouter les sermons sur fond de messages d’évangile et de patriotisme. Des funérailles catholiques furent aussi été célébrées dans le ghetto, les dépouilles étant menées jusqu’aux portes du ghetto puis dirigées vers le cimetière chrétien de Bródno sur l’autre rive de la Vistule, accompagnés des seuls prêtres.
Les catholiques juifs figurèrent pamis les premiers convois lors des déportations de juillet 1942 vers le camp d’extermination de Treblinka.
Dans la paroisse de l’église de Tous les Saints, les baptêmes étaient organisés autour d’une préparation de 6 semaines environ à ce sacrement. Cette préparation, rapportée dans un témoignage après la guerre dut être suivie au début de la période du ghetto, mais avec le temps et les conditions infernales de l’enfermement, la démarche prit certainement une autre tournure plus rapide. Le professeur Ludwik Hirszfeld agit à plusieurs reprises en tant que parrain et rapporta que nombre de ces baptêmes étaient aussi guidés par une réelle foi pour ces juifs vers leur nouvelle religion, dans ces temps dramatiques. Beaucoup de ces nouveaux baptisés appartenaient à l’intelligentsia. La dernière messe fut célébrée dans l’église de Tous les Saints le 9 juillet 1942. Le presbytère fut détruit le 6 août suivant. Les paroissiens furent conduits vers Umschlagplatz puis déportés vers le camp d’extermination de Treblinka. Des catholiques juifs purent s’échapper durant les périodes de déportations et survivre à la guerre.

Marceli Godlewski
Marceli Godlewski
Le prêtre Marceli Godlewski (1865-1945) fut honoré du titre de Juste parmi les Nations en octobre 2009. Durant cette tragique période, il cacha, aida et secouru de très nombreux juifs dont la liste est visible sur le site de Yad Vashem.
Parmi les personnes secourues et sauvées, Wanda et Krzysztof Zamenhof, le petit-fils du célèbre créateur de la langue esperanto, Ludwik Zamenhof.
La Fondation Raoul Wallenberg dévoile une plaque House of Life dans l'église de Tous les Saints à Varsovie
La Fondation Raoul Wallenberg dévoile une plaque House of Life dans l’église de Tous les Saints à Varsovie – Photo Marek Dusza

En 2017, à l’initiative de la Fondation Raoul Wallenberg, une plaque House of Life a été dévoilée sur le site de l’église de Tous les Saints en mémoire de cette période et de l’aide apportée aux juifs par les prélats.
Liste des abonnés du téléphone de la paroisse pour la période 1938-1939 (ks. – ksiądz, prêtre):
Berent Bracia, fabryka maszyn i przyb. druk.
Chojnacki Piotr, ks., prof. Uniw. J. P.
Dziewanowski Dominik, ks.
Godlewski Marceli, ks. m.
Makowiecki F(r)anciszek, fabr. siatek i ogrodzeń drucianych
Mężyński Franciszek, ks.
Parafia Wszystkich Świętych
Rutkowski Wacław, ks.
Sadłowski Wł., przeds. rob. zduńskich i skład kafli
Sztompka Feliks
Tan Feliks, ks.

Itinéraires

The zookeeper’s wife

Un couple de Justes parmi les Nations

Ces temps-ci sort sur les écrans le film The Zookeeper’s Wife, une production américano-britannique réalisée par Niki Caro et qui retrace un épisode de la vie du directeur du zoo de Varsovie Jan Żabiński et de son épouse Antonina, et qui sauvèrent la vie de nombreux juifs en les cachant dans l’enceinte du zoo et dans la cave de leur villa.
Le scénario du film est bâti autour d’Antonina, dont le rôle est joué par l’actrice Jessica Chastain.

The zookeeper's wife, un film réalisé par Niki Caro et qui retrace la vie du couple Żabiński durant la guerre et qui sauvèrent de nombreux juifs
The zookeeper’s wife, un film réalisé par Niki Caro et qui retrace la vie du couple Żabiński durant la guerre et qui sauvèrent de nombreux juifs (Cliquer pour agrandir)
En 2015, à l’initiative de Jonny Daniels, fondateur de l’organisation From the Depths qui oeuvre pour la sauvegarde du patrimoine juif en Pologne et pour une reconnaissance plus visible des polonais honorés du titre de Justes parmi les Nations, le musée de la villa des Żabiński a été inauguré en présence des enfants Żabiński, Ryszard et Teresa, et de Moshe Tirosh un enfant juif qui vécut caché dans les caves de la villa.

> Découvrir l’histoire des Żabiński et les photos de l’inauguration du musée au zoo de Varsovie.

The zookeeper's wife
The zookeeper’s wife

La dernière synagogue de style oriental en Pologne

Landé, une famille qui a marqué l’histoire des juifs d’Ostrów Wielkopolski

Il est une synagogue quasiment inconnue du grand public qui s’intéresse à l’histoire de la Pologne et qui ne figure pas sur les circuits touristiques dédiés au patrimoine juif. Pourtant cette synagogue possède quelque chose d’unique dans son architecture puisque c’est la dernière grande synagogue de style oriental que l’on peut admirer aujourd’hui en Pologne, à Ostrów Wielkopolski, en région de Grande Pologne (ouest), à une centaine de kilomètres au nord-est de Wrocław. Elle est à mes yeux l’une des plus belles synagogues aussi bien par le style mauresque unique de ses élévations et de ses deux tours que par sa double galerie en bois qui surplombe l’ancienne grande salle de prières. Elle fût inaugurée en 1860 et son architecte et bâtisseur s’appelait Moritz Landé.

La synagogue de Ostrów Wielkopolski restaurée en 2010
La synagogue de Ostrów Wielkopolski restaurée en 2010 (Cliquer pour agrandir) – Photo www.shabbat-goy.com

Moritz Landé
Moritz Landé (Cliquer pour agrandir) Reproduction transmise par B. Lande (arrière-arrière-petite-fille de Moritz Landé)

Moritz Landé est né en 1829 à Ostrów Wielkopolski, une ville polonaise alors appelée Ostrowo lorsque la province de Posen (Poznań) était sous domination germanique durant le XIXème siècle. Né dans une famille juive, il était le fils de Löbel Landé, un commerçant prospère établi en ville.
Les origines de la famille remontent probablement à leur présence dans la ville de Landau dans le land de Rhénanie-Palatinat et serait affiliée à la lignée de la famille sacerdotale des Lévites. Dans cette ville germanique, les familles Landau étaient installées depuis de très longues générations, et, selon la tradition familiale, installées dès les premiers siècles de la chrétienté avec l’arrivée des légions romaines. Avec la persécution des juifs en terre germanique dès le XIème siècle, les familles émigrèrent vers l’est dans les territoires de la Pologne et de l’actuelle République Tchèque. Des enregistrements des familles sont notés à Cracovie, à Opatów et à Tarnopol en Ukraine. Beaucoup de descendants sont devenus prêtres et rabbins conformément à la tradition des lévites. C’est vers le XVIIIème siècle que le nom de Landau a été transformé en Lande. L’accentuation du nom, Landé, n’étant apparue qu’à partir du début du XIXème siècle à Ostrowo.
Le premier représentant de la famille présent à Ostrów était Jakob ben Jicchak ha-Levi Lande, arrivé en ville très probablement depuis Kalisz vers 1770 pour prendre les fonctions de premier rabbin permanent. Il se maria avec Vögele, la fille d’un scientifique dénommé Samuel Cohen. Le rabbin Lande mourut en 1787 et fut enterré dans le cimetière juif de Ostrów. Jakob eut deux fils, Hirsh et Moses, et une fille Torza.
Plusieurs générations de la filiation de Moses se sont succédée à travers ses 4 fils et 2 filles. Seul Löbel Landé (1788-1869) est resté à Ostrów alors devenue Ostrowo. un autre fils, Jakob, s’installa à Wrocław (Breslau) et Dawid, entrepreneur et industriel, géra ses
affaires au travers d’une mine de tourbe, une trentaine d’ateliers de tissage situés à Kalisz et une filature de coton à Łódź.
Löbel se maria avec Blume Zuckermann et ils eurent 14 enfants dont 5 filles et 5 garçons (les autres étant morts en bas-âge). Il exerça de façon prospère à Ostrowo comme commerçant notamment avec l’approvisionnement en fruits exotiques. Il a été le fondateur d’une synagogue et l’un des principaux bienfaiteur d’une école juive. Il fut l’un des premiers juifs naturalisé prussien en 1833.
Josef Landé, frère de Moritz
Josef Landé, frère de Moritz (Cliquer pour agrandir) – Photo Domaine public
Parmi les enfants du couple Löbel et Blume, il y eut le futur architecte Moritz et Josef, qui devint un commerçant célèbre à Ostrowo puis à Berlin. Il est à noter qu’après la première guerre mondiale, on assista à une forte émigration des juifs d’Ostrowo, redevenue Ostrów, vers l’Allemagne. Hugo, le fils de Josef ouvrit un cabinet d’avocats en Allemagne à Elberfeld, il se maria avec sa cousine Tekla Landé, la fille de Moritz, et le couple fut très actif dans les mouvements socialistes et dans leur ville où Tekla fût l’une des premières femmes d’Allemagne à siéger dans un conseil municipal. Ils eurent quatre enfants. Leur fils aîné, Alfred Landé devint un grand scientifique, professeur à l’Université de Tübingen, puis chercheur à l’université Colombus, Ohio, aux Etats-Unis. Leur fille Charlotte exerça en tant que pédiatre, Franz devint musicien, compositeur et critique, il mourut à Auschwitz; et Eva qui fit carrière en tant que professeur puis œuvra au sein d’une organisation chrétienne d’Amérique dans la lutte contre la pauvreté.

Moritz Landé fut éduqué par un percepteur puis il poursuivit ses études à Breslau (Wrocław). Il partit vivre chez son oncle Jacob Landé qui était architecte. Il se maria avec Sophie Block en 1857.
Il dessina et dirigea l’édification de la synagogue de Ostrów Wielkopolski dont la construction s’étala entre 1857, avec la pose de la première pierre, et son inauguration en 1860 en présence du rabbin Aron Moses Stössel et des autorités de la ville.
La synagogue fut réalisée dans un style architectural oriental mauresque. C’était alors l’un des bâtiments les plus prestigieux de la ville. Un grave accident survint en 1872 à la synagogue le jour de Yom Kippour où une coupure de gaz, qui était utilisé pour éclairer l’intérieur de l’édifice, provoqua un mouvement de foule durant lequel 19 personnes moururent piétinées.

Le bâtiment édifié en briques s’inscrit dans un plan perpendiculaire avec une arche Sainte (Aron ha-Kodesh) située au sud de la grande salle de prières qui est surmontée par deux majestueuses galeries réalisées en bois. Les élévations intérieures et les boiseries sont ornées de polychromies. Les élévations extérieures furent réalisées avec des décorations architectoniques inspirées du style mauresque oriental qui se développa alors durant le XIXème siècle en Europe. Les deux tours situées côté rue à chaque extrémité de la synagogue offrent à l’ensemble une architecture unique et grandiose.

Moritz Landé a été un bâtisseur et architecte de grand talent. Il a été le concepteur de l’un des cimetières juifs de Berlin.
En 1864, il s’installa avec sa famille à Berlin où il mourut en 1888. Il fut inhumé dans le grand cimetière juif de Berlin de Weißensee.

Intérieur de la synagogue de Ostrów Wielkopolski restaurée en 2010
Intérieur de la synagogue de Ostrów Wielkopolski restaurée en 2010 (Cliquer pour agrandir) – Photo www.shabbat-goy.com

> Découvrir la synagogue de Ostrów Wielkopolski.

Menachem Bronsztajn, l’histoire d’un parrain de Łódź

…ou l’incroyable parcours d’un caïd juif

La une du journal Litzmannstädter Zeitung en 1943 intitulée Der blinde Max von Lodz – ein jüdischer Gangster - l’aveugle Max de Lodz, un gangster juif
La une du journal Litzmannstädter Zeitung en 1943 intitulée Der blinde Max von Lodz – ein jüdischer Gangster – l’aveugle Max de Lodz, un gangster juif (Cliquer pour agrandir)
Menachem Bronsztajn, surnommé Max l’aveugle, régna en maître absolu sur la pègre de la cité du textile de Łódź jusqu’à l’entrée en guerre.
Découverte d’un destin hors du commun.

> Lire la suite…

La manipulation des images

Ou comment donner du grain à moudre aux négationnistes

Avec la profusion des sites personnels et des sites d’images tel Pinterest, de Facebook et bien d’autres supports, l’image est devenue un vecteur central de la communication. Bien souvent, les personnes qui surfent sur le Net ne s’arrêtent qu’à des images ou des titres. On entre dans le domaine de la consommation d’informations poussée à son extrême, on lit en diagonale, on feuillette, on zappe, on survole.
Ce comportement est assez visible sur Facebook ou nombre de gens likent ou réagissent sans vraiment prendre le temps de lire l’article ou le papier dont il est question. On reçoit tellement d’informations que d’un côté il est impossible de tout lire, et de l’autre on lit en survolant.
Les communicants de la presse écrite ont bien assimilé ce comportement depuis longtemps déjà et ont mis en place des techniques qui permettent aux lecteurs d’assimiler rapidement et globalement de l’information. La recette, diffuser une image choisie accompagnée d’un titre percutant et d’un bandeau de 2 ou 3 lignes. Cette manière de présenter un sujet permet au lecteur-surfeur d’assimiler environ 50% d’une information sans pour autant lire l’article qui suit.

Les images quant à elles naviguent de site en site, comme désormais une bonne partie de l’information traditionnelle, grâce à la technique du copier-coller. De part la multitude et la répétition, la photo détournée et l’information bancale deviennent factuelles et vérités. Et il est souvent difficile dans ce foisonnement d’images et d’articles de trier le vrai du faux.
Sur le sujet de l’holocauste, j’ai déjà observé nombre d’inexactitudes, d’erreurs, parfois très grossières (une photo de la rafle du Vel d’Hiv… en 1961).
La manipulation d’images, quoique moins fréquente, reste plus sournoise.

Ci-dessous, une photo extraite du site Jewish Virtual Library, mais que l’on retrouve sur de nombreux autres sites web.

Jews Forced to Dig Graves - Juifs forcés de creuser leur tombe
Jews Forced to Dig Graves – Juifs forcés de creuser leur tombe

Elle présente dit-on des juifs forcés de creuser leur tombe sous l’oeil d’un soldat allemand.
Ayant reconnu l’auteur de cette photo qui est Julien Bryan, un photographe américain qui se trouvait à Varsovie au moment du déclenchement de la guerre, je me suis demandé quelle était l’intention de ce cadrage restreint. D’autant plus qu’une autre photo a été prise durant cette séquence.
Le cliché a été pris en septembre 1939, dans le quartier de Praga, à Varsovie. Les deux juifs âgés qui creusent la terre à l’aide de pelles ne sont pas seuls mais creusent une tranchée en compagnie d’autres polonais, sous l’œil organisateur d’un soldat polonais. L’événement se situe juste après le déclenchement de la guerre et durant le siège de Varsovie par les allemands.
Quand on sait que ce ne sont pas les photos qui manquent pour illustrer l’holocauste, on peut se demander pourquoi certains en viennent à détourner des photos pour arranger à leur manière des événements tout autre. Il est clair que certains négationnistes qui eux aussi utilisent ce procédé trouvent là de la matière à contradiction.
Ci-dessous, un autre angle de la photo originale.
Jews Forced to Dig Graves - Juifs forcés de creuser leur tombe
Jews Forced to Dig Graves – Juifs forcés de creuser leur tombe – La photo originale, colorisée, prise par Julien Bryan en septembre 1939

Ci-dessous, une autre photo de Julien Bryan prise durant cet événement.
Siège de Varsovie, septembre 1939 - Photo Julien Bryan
Siège de Varsovie, septembre 1939 – Photo Julien Bryan

> Voir une série de photos emblématiques de Julien Bryan.