Une pierre tombale particulière

Les références à la terre d'Israël

La tombe du Rabbin Eliezer Chmielnicki-Katvan dans le cimetière juif de Bodzentyn
La tombe du Rabbin Eliezer Chmielnicki-Katvan dans le cimetière juif de Bodzentyn (Cliquer pour agrandir) - Photo www.shabbat-goy.com
Lors de ma dernière visite au cimetière juif de Bodzentyn, j'ai pu observer une stèle avec une représentation graphique peu commune, représentant des édifices religieux situés en terre d'Israël. Bodzentyn est une petite localité située au nord-est de Kielce, en région de Sainte Croix (Świętokrzyskie).
La tombe du Rabbin Eliezer Chmielnicki-Katvan dans le cimetière juif de Bodzentyn
La tombe du Rabbin Eliezer Chmielnicki-Katvan dans le cimetière juif de Bodzentyn (Cliquer pour agrandir) - Photo www.shabbat-goy.com
Ayant une connaissance de l'hébreu à peu près équivalente à celle que je peux avoir du chinois (d'où cette expression bien de chez nous, c'est de l'hébreu, c'est du chinois...), j'ai donc demandé à mon ami Yitzhak, un juif israélo-polonais vivant à Paris et amoureux de la Pologne, dont il connait très bien l'histoire judéo-polonaise sous tous ses angles et les régions qu'il visite très régulièrement, de me décrire cette magnifique représentation graphique. Il s'agit ici de la tombe du rabbin Eliezer Chmielnicki-Katvan. On notera au passage le nom de Chmielnicki, qui, à la tête du soulèvement mené par les cosaques d'Ukraine alliés au Tatars de Crimée contre la République des deux Nations - Pologne-Lituanie au milieu du XVIIème siècle, fut responsable du massacre de dizaines de milliers de juifs (entre 60 000 et 100 000 selon les historiens) en terre ukrainienne. A droite la mention en hébreu indique une vue du tombeau des patriarches à Hébron et à dans la partie gauche on a une représentation des tombeaux de la maison de David. Cette stèle représente «2 lieux saints très chers aux juifs polonais et aux juifs à travers le monde... et l’attachement de juifs polonais au Judaïsme biblique et traditionnel et leur nostalgie d’Israël et ses villes saintes toujours habitées par des juifs». Comme sur de très nombreuses autres tombes visibles dans ce cimetière et bien d'autres, les livres dans la partie supérieure indiquent une personne qui étudie et ayant la connaissance des textes sacrés. La communauté juive de Bodzentyn a été anéantie par les allemands pendant la guerre. Le cimetière, établi en 1876, dévasté durant la guerre, abrite encore une soixantaine de tombes dont de nombreuses très bien conservées, il est entretenu. Durant une déportation des juifs de Bodzentyn depuis la gare de la ville voisine de Suchedniów d'un convoi vers la destination probable de Majdanek, un témoin (Franciszek Gładysz) rapporte que des polonais qui tentaient d'apporter un peu d'eau aux juifs en partance ont été tués par les allemands. (source Virtual Shtetl)

Appel à la préservation des cimetières juifs

Il est de notre devoir moral de prendre soin des lieux où des gens qui étaient nos anciens voisins durant des années ont été assassinés et enterrés

C'est jeudi dernier à l'occasion de la célébration de la journée du Judaïsme en Pologne que l'évêque du diocèse de Lublin Mieczysław Cisło s'est ainsi exprimé lors d'un entretien avec le quotidien national Rzeczpospolita (la République), appelant ainsi tous les fidèles à prendre soins des cimetières juifs. On dénombre environ 1200 cimetières juifs aujourd'hui en Pologne. Pratiquement tous ont été dévastés durant la guerre et, durant des décennies, les organisations juives de Pologne n'ont pas eu la possibilité de s'en occuper pour la très grande majorité.
Le cimetière juif de Zator
Le cimetière juif de Zator (Cliquer pour agrandir) - © www.shabbat-goy.com
Depuis la chute du communisme, de nombreuses communes et associations s'en préoccupent, cependant auprès de l'opinion publique c'est a pensée que "ces lieux ne nous appartiennent pas" qui revient souvent. Le problème avait également été soulevé par le pape Jean-Paul II des années en arrière : "Ces cimetières juifs sont un pan de notre histoire commune. Ce sont des lieux de profonde spiritualité d'où émanent une importance historique et eschatologique. Que ces lieux puissent unir les polonais et les juifs dans l'attente du jour du jugement dernier et de la résurrection". L'évêque Mieczysław Cisło a également appelé les polonais à aider à l'identification des nombreuses fosses communes présentes en Pologne. Si l'initiative de l'évêque est bien sûr à souligner, combien de polonais répondront à l'appel ? Dans combien de communes les habitants s'occuperont-ils des cimetières juifs ? Nous aurons des réponses dans quelques années mais il était très important que l'église fasse entendre sa voix sur ce sujet.

D'après un article de Krzysztof Bielawski paru sur Virtual Shtetl.

L'association Yahad - In Unum, créée et présidée par le père Patrick Desbois a déjà mené des investigations en Pologne à la recherche de témoignages sur les assassinats de juifs et la localisation de fosses communes. Ces tueries de masse ont été perpétrées en Europe de l'est dès l'été 1941 par les sections Einsatzgruppen lors de l'invasion de l'URSS par les troupes allemandes.

L’avenue de Jérusalem à Varsovie

Un lieu, une histoire

Des deux longues et majestueuses avenues Marszałkowska et Jerozolimskie qui brillaient par leur splendeur et leur architecture, cet alignement d'immeubles reste l'un des rares vestiges d'avant guerre aujourd'hui visible sur ces deux axes.

Spock et les cohanim

De la synagogue à l'écran, un geste à décortiquer

Tout le monde ou presque doit se souvenir de ce célèbre signe amical de reconnaissance effectué par le vulcain Spock, alias Leonard Nimoy, de la célèbre série télévisée Star Trek.
Mais ce qu'il y a de plus intéressant est de découvrir comment ce signe de ralliement des vulcains a été imaginé.

Spok - Star Trek
Spok et son signe de reconnaissance

Leonard Nimoy, l'acteur américain qui interprète Spock dans la série de science fiction est issu d'une famille juive orthodoxe originaire de la ville russe de Iziaslav (aujourd'hui située en Ukraine) et a baigné durant toute son enfance et adolescence dans le quartier juif de West Side à Boston où il est né.
Dans les rues de ce quartier aujourd'hui disparu, les immigrants juifs avaient reconstitué un véritable Shtetl où le yiddish était devenu la langue en usage à tel point que la grand mère de notre cher Spock n'apprit jamais la langue de Shakespeare. De même nombre de commerçants italiens qui étaient majoritaires dans cette partie de la ville connaissaient des rudiments ou plus de yiddish afin de commercer aisément avec leurs clientèle juive.
Leonard Nimoy, qui lit, écrit et parle le yiddish, avait assisté durant sa jeunesse à des offices, accompagné de son frère, de son père et de son grand-père à la synagogue de Boston et il avait été intrigué et impressionné par la symbolique et la gestuelle de la bénédiction faite aux fidèles par les prêtres cohanim avec la disposition singulière des doigts de la main.

shinCette symbolique gestuelle qui adopte la forme de la lettre hébraïque Shin est également la première lettre de l'un des noms utilisés pour nommer Dieu; (El) Shaddaï.
Cette lettre figure également sur les mézouzah.Lors de l'un des épisodes de la série où Spock devait entrer en contact avec ses coreligionnaires vulcains, les scénaristes cherchèrent en vain un signe de ralliement qui puisse symboliser cette rencontre et Leonard Nimoy se remémora alors le signe des cohanim à la synagogue et proposa de l'intégrer dans la série, ce qui fut accepté par la production. Dès le lendemain de la diffusion de l'épisode concerné, le signe de la main de Spock devint célèbre et utilisé dans toute l'Amérique par des téléspectateurs conquis.

On retrouve ce symbole sur les tombes des cohanim dans les cimetières juifs.

Tombe d'un prêtre de la lignée des Cohanim
Tombe d'un prêtre de la lignée des Cohanim - Cimetière de Otwock -(Cliquer pour agrandir) © www.shabbat-goy.com

Découvrir la description des mains levées en signe de bénédiction des cohanim sur les tombes juives.

La petite fille de la rue Próżna

Lusia Bronstein, une histoire derrière un visage

En 1994, dans le cadre du projet And I can still see their faces (Et je peux toujours voir leurs visages) la directrice de la Fondation Shalom de Varsovie, Gołda Tencer lança un appel à travers le monde afin de collecter des photographies de juifs disparus durant la Shoah. Plus de 9000 clichés purent être ainsi collectés. Ils furent mis en valeur à travers une exposition présentée en Pologne ainsi que dans de nombreuses villes à travers le monde.

Les visiteurs qui viennent du côté de la place Grzybowski, l'un des anciens quartiers juifs de la capitale, peuvent en apercevoir quelques-uns sur la façade décrépie de l'ancien immeuble Wolanowski du 14 de la rue Próżna.
Lusia Bronstein (Cliquer pour agrandir) - Photo ©  www.shabbat-goy.com
Lusia Bronstein (Cliquer pour agrandir) - Photo © www.shabbat-goy.com
Un visage attire plus particulièrement l'attention, c'est celui d'une petite fille qui s'appelait Lusia Bronstein.
Elle était la fille de Chaskiel Bronstein, un photographe et juif assimilé qui possédait le studio Fotografika au 4 de la rue de Cracovie à Tarnów. Une partie de la famille Bronstein possédait la nationalité brésilienne.
En 1939, Chaskiel qui seul possédait un passeport qu'il avait réussi à se procurer deux semaines avant la guerre se rendit en Amérique du sud pour essayer de procurer un passeport pour les membres de sa famille. N'ayant pu obtenir le précieux document, il rejoignit sa famille en Pologne, laquelle fut ensuite déportée vers l'Allemagne où on perdit sa trace.
L'ancien studio de photographie abrite aujourd'hui la bibliothèque à Tarnów.

Agrandir le plan

L'ancien studio de photographie de Chaskiel Bronstein

La rune Sowilo du cimetière juif de Gogolin

A la découverte d'un symbole germain

Lorsque j'ai visité le cimetière juif de Gogolin quelques années en arrière, j'ai été surpris par la stèle d'une tombe allemande située dans la partie chrétienne, car ce petit cimetière abrite un secteur juif situé au nord-ouest et un secteur chrétien situé lui dans sa partie sud-est. Les tombes juives possèdent des épitaphes gravées en allemand et en hébreu.
Mais mon regard fut attiré dès l'entrée par le graphisme du symbole qui apparaissait au sommet de cette stèle taillée dans le bois, car ce symbole possédait une forme identique aux mêmes caractères doublés et de sinistre mémoire des SS (SchutzStaffel), aussi sa présence dans un cimetière juif me laissa t-elle très perplexe sur le moment, d'autant plus que la personne avait été enterré pendant la guerre.
La rune Sowilo du cimetière juif de Gogolin
La rune Sowilo du cimetière juif de Gogolin (Cliquer pour agrandir) © www.shabbat-goy.com
Un peu plus tard, après quelques recherches, je découvris qu'il s'agissait en fait d'un caractère très ancien appelé rune Sōwilō et qui appartenait à l'alphabet runique (Futhark) qui était utilisé par les anciens peuples germaniques.
La rune Sowilo (Sōwilō) appelée Sigel ou Sól symbolise le Soleil.
Cette rune Sowilo (caractère) possède un symbolisme qui est très lié avec celui de la roue solaire. De fait, il exprime les forces cycliques liées à l'astre solaire et plus particulièrement ici du cycle de la mort et de la renaissance du soleil. Gravé sur la stèle d'une tombe, il symbolise la renaissance du défunt.
Les 2 autres runes (ψ) symbolisent dès la fin du XIXème siècle la vie et la mort d'après les théories plus ou moins historiques de Guido von List, un runologue qui inspira les nazis pour leur symbolique (croix gammée, idéologie nazie).

La petite ville de Gogolin est située au sud de la ville de Opole (Haute-Silésie).
Visiter le cimetière juif de Gogolin sur Shabbat Goy.

Décorations Judaica

Créations en métal

Créations décoratives Judaica
Décorations murales et serre-livres Judaica - Wall ornaments and bookends Judaica © Tolonensis Creation & Shabbat Goy
» Décorations en métal 40 cm par découpe laser, peinture électrostatique et cuisson au four.
»Wall ornaments 40 cm steel laser cut. Powder coating painted.

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Un juif dans la maison, de l’argent dans la poche.

Une drôle de tradition

S'il est une tradition sortie de je ne sais où que je supporte mal, et pour tout dire que je ne supporte pas du tout, c'est bien celle d'accrocher dans l'entrée de la maison un petit tableau représentant un juif en train de compter ses sous au dessus d'une bourse bien garnie.
N'importe quel visiteur en Pologne apercevra au détour d'une vitrine ce genre de tableau, et plus récemment, des petites figurines, toujours représentant un juif avec une pièce, généralement un groszy, c'est à dire un quart de centime d'euros (quatre fois rien).
Le petit juif porte-bonheur... © www.shabbat-goy.com
Le petit juif porte-bonheur. Magasin Leroy Merlin, banlieue de Varsovie (cliquer pour agrandir) © www.shabbat-goy.com
Accrocher son juif dans l'entrée de sa maison est censé attirer la prospérité, faire fructifier l'argent du foyer, son affaire, son travail... On peut d'ailleurs aussi apercevoir ce genre de tableaux au restaurant, au bureau...
Parfois, mais plus rarement, on peut observer un tableau représentant un juif en train de presser un citron dans un verre. D'aucuns diront que cette représentation est censée assurer la pitance quotidienne pour le foyer mais d'autres semblent plutôt y voir la métaphore du juif avare qu'il faut presser comme un citron afin d'en extraire le jus en pièces sonnantes et trébuchantes...
D'après ce que j'ai pu glaner, le juif doit être offert pour que son pouvoir je dirai surnaturel puisse s'exercer. Certains disent qu'il faut que 2 attaches soit montées au tableau, une en haut et une autre en bas car lorsque on accroche le juif pour la première fois dans l'entrée de la maison, il doit avoir la tête vers le bas afin que les pièces de la bourse puissent mieux s'extraire. Parait-il qu'il faut également le mettre dans cette position le vendredi et ce pour la durée du Shabbat. Egalement vers la fin de l'année, afin que le brave juif protecteur n'arrête pas de compter les sous en début d'année.
Alors que nous étions en visite chez une amie, et comme la conversation nous avait amené, je me demande encore comment, à parler des juifs, la maîtresse de maison alla décrocher le fameux tableau que j'avais aperçu dans l'entrée, un juif avec une pièce dans la main, une vraie, que le peintre avait réussi à fixer certainement en vidant la moitié d'un tube de peinture. Elle attendit ma réaction comme si elle me présentait un tableau de maître. Je ne vais pas vous faire un dessin , une peinture devrais-je dire, pour vous décrire l'expression de mon visage à ce moment précis.

Si pendant longtemps, le commerce de l'argent, l'usure, était dévolu aux juifs qui prêtaient et récoltaient les taxes auprès du petit peuple pour le compte de la noblesse polonaise, aujourd'hui, cette représentation est pour moi lourde de sens au regard de l'histoire et des stéréotypes qui perdurent, et pas qu'en Pologne pour tout dire.
S'il est des traditions dans lesquelles nous puisons notre richesse, il en est d'autres dans lesquelles on perd nos valeurs.

Du Judenrat au Musée de l’Histoire des Juifs Polonais

Histoire d'une ancienne caserne Royale à Varsovie

 1959, Judenrat ghetto Warsaw - 2013, Museum of the History of Polish Jews (Cliquer pour agrandir)
1959 - Ancien Judenrat du Ghetto de Varsovie. 2013, Musée de l'Histoire des Juifs Polonais (Cliquer pour agrandir)
© www.shabbat-goy.com
© LIFE
Plus d'un demi siècle sépare ces 2 photos.
Celle de gauche représente Richard Nixon de dos quittant le monument des Héros du Ghetto lors de sa visite à Varsovie en 1959.
Le bâtiment en ruine que l'on distingue en arrière plan est l'ancienne caserne d'Artillerie Royale bâtie entre 1784 et 1792. Au milieu du XIXème siècle, la caserne fut transformée en prison militaire jusqu'en 1939 puis elle devint le siège du Judenrat (Conseil juif) durant la période du ghetto. Le bâtiment se trouvait au 19 de la rue Zamenhof et faisait partie intégrante du grand ghetto.
Après la guerre en 1948, on érigea à 50 mètres de là, côté est, le monument des Héros du Ghetto.

Le bâtiment ne fut pas restauré et sa démolition intervint en 1965. Une place fut ensuite édifiée en lieu et place et la section de la rue Zamenhof qui menait à l'ancienne caserne disparut.
Aujourd'hui se dresse le Musée de l'Histoire des Juifs Polonais.

Arbeit Macht Frei et Lego camp de Concentration

Vu au musée d'art moderne de Varsovie

Dans le cadre de ma visite consacrée à la collection du Musée d'Art Moderne de Varsovie dont des œuvres sont exposées à la galerie de l'avenue Emilii Plater, 3 d'entres-elles qui ont un lien direct avec la thématique de ce site ont retenu mon attention parmi d'autres.
Les deux premières présentées ci-dessous sont l'oeuvre de Jonathan Horowitz et Zbigniew Libera. La troisième de l'artiste israélienne Yael Bartana consacrée à son triptyque vidéo est présentée ici.

Untitled (Arbeit Macht Frei)

Untitled (Arbeit Macht Frei) - Jonathan Horowitz
Untitled (Arbeit Macht Frei) - Jonathan Horowitz
Signée par Jonathan Horowitz en 2010, l'oeuvre représente la célèbre plaque qui surmonte l'entrée du camp d'Auschwitz coupée en 3 morceaux. Cette présentation est censée rappeler la fameuse inscription, à elle seule symbole universel de l'holocauste, telle qu'elle avait été retrouvée suite à son vol en 2009 commandité par un activiste néo-nazi suédois. A travers cette reconstitution volontairement provocante, l'auteur souhaite faire revivre la mémoire de cette période universellement tragique à travers une vision qui s'éloigne des commémorations établies.
Jonathan Horowitz est un artiste américain qui s'attaque à divers sujets à travers des supports variés.


The Collection of the Museum of Modern Art in Warsaw
Du 14/05/2013 au 06/01/2014
www.artmuseum.pl

Lego. Concentration camp

Lego - Concentration camp - Zbigniew Libera
Lego - Concentration camp - Zbigniew Libera
Imaginé en 1996 par Zbigniew Libera, cette création propose un étonnant jeu de Lego basé sur le thème du camp de concentration. On y voit un ensemble de 7 boites du fameux jeu de construction fidèles au design de la firme Lego dont une qui propose le camp de concentration, une seconde le crématoire et une autre le Kanada, accompagnées de petites boites de personnages. Cette oeuvre très controversée a été réalisée par l'artiste polonais dont les boites sont notées sponsorisé par Lego, la firme danoise n'ayant pas eu au départ connaissance du sujet de la réalisation. L'oeuvre a aussitôt suscité la polémique et son auteur a été taxé de vouloir banaliser le sujet de l'holocauste. Pour sa défense, des critiques ont opposé une vision plus familière de la présentation de l'holocauste à travers le jeu connu de tous et censé se démarquer des programmes éducatifs présentés alors. Les boites de Lego Camp de concentration ont été présentées en 2002 au Jewish Museum de New York dans le cadre de l'exposition Mirroring Evil: Nazi Imagery/Recent Art.

Reconstitution de la Grande Synagogue

Imaginer la topologie d'antan

La place Tlomackie,Varsovie - Reconstitution © www.shabbat-goy.com
Tlomackie square, Warsaw - Place Tlomackie,Varsovie - Reconstitution © www.shabbat-goy.com
A l'occasion du 70ème anniversaire de la destruction de la grande synagogue de Varsovie, une reconstitution au 1:10 de la synagogue et de la place Tłomackie est présentée à proximité du lieu où elle se trouvait.
La grande synagogue avait été édifié entre 1875 et 1878 par l'architecte Leandro Marconi, fils de Enrico Marconi également grand architecte d'origine italienne qui bâtit de nombreux monuments en Pologne. Elle pouvait contenir 2300 places assises dont 1100 dans la galerie des femmes. Après la fin de l'insurrection du ghetto de Varsovie, les sapeurs et les artificiers allemands préparèrent une semaine durant le dynamitage de la synagogue qui eut lieu le 16 mai 1943 et qui mit définitivement fin à la vie juive de Varsovie.
Reconstitution de la grande synagogue, Varsovie - Reconstitution © www.shabbat-goy.com
La grande synagogue, Varsovie - The great synagogue, Warsaw - Reconstitution © www.shabbat-goy.com
Jürgen Stroop, le général SS qui mâta l'insurrection déclencha lui-même la mise à feu des explosifs.
La reconstitution représente la place Tłomackie et les immeubles qui l'entouraient. La synagogue était située du côté sud. Seuls 2 bâtiments ont survécu à la guerre, celui de l'actuel Institut Historique Juif qui abritait auparavant la bibliothèque Judaïque et le petit bâtiment de forme cylindrique appelé Gruba Kaśka (la grosse Catherine) qui était un élément du dispositif d'adduction d'eau et qui se trouvait au milieu de la place en face de la grande synagogue.
Un grand immeuble de bureau, appelé la Tour Bleue, se trouve aujourd'hui à l'emplacement de la synagogue disparue. Dans le cadre de la loi sur la restitution des biens juifs, 3 étages de la tour appartiennent à la communauté juive. Reconstitution menée à l'initiative de l'Institut Historique Juif de Varsovie sous le patronage de la Mairie de Varsovie.

Muranów, une histoire en deux mots…

De Murano à ghetto, naissance et mort d'un quartier - Photo © Bundesarchiv
De Murano à ghetto, naissance et mort d'un quartier - Photo © Bundesarchiv

Murano

Murano est le nom d'une petite île située à quelques encablures au nord de la cité de Venise. Murano était et est toujours internationalement connue pour ses fabriques et ses artisans souffleurs de verre. Cette longue tradition remonte au XIIIème siècle lorsque les artisans verriers furent obligés par le Sénat de la République de Venise d'aller s'installer sur l'île de Murano afin de limiter au maximum tous risques d'incendies provoqués par les fours dans l'enceinte de la cité. Le savoir-faire et l'organisation professionnelle des artisans et des maitres verriers était alors très étroitement encadrée et surveillée afin que les secrets de fabrication restent confinés pour alimenter le juteux commerce du verre en Europe à tel point que même le verre brut ne pouvait être exporté. Sous le règne de Louis XIV, Colbert alors ministre des finances du roi, fît venir des artisans vénitiens moyennant compensations financières afin d'acquérir leur savoir-faire qui fût mis en œuvre dans le cadre de la réalisation de la galerie des glaces lors de la construction du château de Versailles. Dès 1665, il établit le projet de création de la Manufacture royale de glaces de miroirs dans la commune picarde de Saint Gobain, devenue aujourd'hui la société éponyme Saint Gobain que l'on connait.

De Murano à Muranów

Au XVIIème siècle, un architecte italien du nom de Giuseppe Simone Bellotti (-1708), natif de l'île de Murano, vint exercer ses talents en Pologne sous le règne des rois Michał Korybut Wiśniowiecki (1669-1673) et Jan III Sobieski (1674-1696). A cette époque de nombreux artistes et architectes italiens vinrent en Pologne où ils introduisirent et développèrent, pour le compte de familles royales, de la noblesse et du clergé, le style baroque polonais que l'on retrouve aujourd'hui à travers des monuments, des églises et certaines synagogues. En 1688, il se maria avec Marianna Olewicka et s'installa dans un manoir dont il donna le nom de Murano. Ce manoir se trouvait alors dans les environs de l'actuelle place Muranowski à Varsovie. Lorsque les juifs installés dans les environs de Varsovie depuis leur expulsion de 1527 purent revenir en ville, beaucoup s'établirent dans la rue Nalewki dès la fin du XVIIIème siècle qui devint par la suite la principale artère du quartier Muranów, le cœur du quartier juif de Varsovie.

Getto

De tous temps, les juifs se sont regroupés autour d'une ou plusieurs rues, souvent pour former un quartier juif. Ces regroupements étaient essentiellement motivés par des considérations religieuses (le miniane, proximité de la synagogue...) et par la proximité de lieux communautaires. Les communautés exerçaient alors une forme autonome de fonctionnement. En France au moyen-âge, on appelait ces quartiers juiveries et dans le sud de la France, on faisait référence à carriere. C'est après le concile de Latran en 1215 que le confinement des juifs dans un espace réservé fut recommandé. L'origine la plus probable du mot tire sa source du mot vénitien getto qui signifie fonderie et qui désignait le quartier de Venise où on fondait les bombardes. Suite à un décret publié en 1516, les juifs de Venise durent s'installer dans ce quartier qui était délimité à l'origine par quelques rues. A travers toute l'Europe, durant de nombreux siècles, les juifs furent souvent confinés dans des quartiers réservés. L'un des plus fameux en Pologne était celui de Kazimierz, autrefois instauré dans le faubourg sud de Cracovie.

Ghetto

Mais c'est durant la seconde guerre mondiale que ce mot pris toute son ampleur en Pologne avec la création de plus de 400 ghettos par les nazis, et notamment le plus emblématique, le ghetto de Varsovie qui fut établi principalement dans le quartier juif de Muranów. De Murano à ghetto, tel est le destin de deux mots vénitiens étroitement liés à la naissance et à la disparition du quartier juif de Muranów de Varsovie.

Une famille polonaise ordinaire

Le tragique destin de la famille Ulma

Avant Propos : Dans les pays de l'est, la répression n'avait aucune commune mesure avec ce qui pouvait se passer dans les pays occupés de l'ouest, comme en France. En Pologne, cacher un juif était puni de la peine capitale et la sentence était exécutée immédiatement. De plus, cette sentence était appliquée non seulement au chef de famille ou à celui qui avait caché des personnes, mais également à toute sa famille, aux personnes présentes au moment de l'arrestation. De fait, des familles entières ont été exécutées après découverte d'une cache, bien souvent suite à une dénonciation. Il était aussi dangereux pour un polonais de cacher un juif des allemands que de ses voisins.

Une famille paisible : Markowa est une bourgade de 4500 personnes située à 5 kilomètres au sud-est de Łancut où vivait la famille Ulma, une famille modeste, catholique. Józef Ulma, 44 ans, était diplômé d'une école d'agriculture et exerçait des activités agricoles, d'apiculture et possédait un élevage de vers à soie, il était issu d'une famille pauvre. Józef était marié à Wiktoria, 32 ans. Ils vivaient simplement dans ce petit village de Basses-Carpathes, avec leurs 6 enfants, Stanisława (8 ans), Barbara (6 ans), Władysław (5 ans), Franciszek (4 ans), Antoni (3 ans) et Maria (18 mois). La famille Ulma attendait leur septième enfant et Józef avait une passion pour la photographie.
Dès le début de l'occupation, Józef s'était impliqué dans l'aide d'une famille juive et c'est au milieu de l'année 1942 qu'il pris la décision de cacher 8 juifs sous son toit. En dépit de la terrible menace qu'il faisait courir à sa famille, lui et sa femme accueillirent un commerçant juif en négoce de bovins du nom de Szall avec ses 4 garçons ainsi que Gołda et Layka Goldman et sa fille.
Wiktoria Ulma et ses six enfants
Wiktoria Ulma et ses six enfants

Le jour du drame

Le 24 mars 1944, vers 5 heures du matin, un groupe de 4 gendarmes allemands venant de Łańcut et de 4 policiers bleus encercla la maison de la famille Ulma suite à une probable dénonciation d'un policier polonais originaire de Galicie nommé Włodzimierz Lesia qui avait saisi les biens de la famille Szall et avait caché ces derniers tant qu'ils pouvaient monnayer leur protection. Lorsque les Szall eurent épuisé leur argent alors que le policier avait conservé leurs biens, il les expulsa. Dès qu'il appris leur nouvelle cache, il les dénonça aux autorités d'occupation.
Les allemands pénétrèrent dans la maison et tuèrent tous les juifs. Ils firent sortir Józef et Wiktoria et les exécutèrent devant leur maison. Devant les hurlements des enfants Ulma, l'officier allemand Eilert Dieken décida de leur exécution et les enfants furent également tués. Les policiers bleus assistèrent à la scène ainsi que des charretiers que l'on avait amené là pour récupérer des affaires et emmener les corps; ils restèrent marqués toute leur vie par la terrible scène dont ils furent témoins. L'un des policiers allemands tua 4 enfants et détroussa Gołda Goldman de ses objets de valeur. Sur ordre des allemands, les victimes furent enterrés et une semaine plus tard des hommes du village revinrent et les mirent dans des cercueils.
Jozef et Wiktoria Ulma
Jozef et Wiktoria Ulma
Au moins 5 familles de Markowa cachèrent plus d'une vingtaine de juifs qui survécurent et partirent s'installer aux États-Unis, au Canada et en Israël après la guerre.
L'un des policiers bleu retrouvé par la résistance polonaise fut jugé et exécuté. Le lieutenant Eilert Dieken qui vivait en Allemagne de l'ouest fut reconnu coupable et condamné par la justice allemande en 1960 mais il s avéra qu'il était déjà mort. Joseph Kokott, le policier allemand qui avait exécuté quatre des enfants fut retrouvé en 1957 en Tchécoslovaquie où il vivait caché, il fut jugé et condamné par le tribunal de Rzeszów en Pologne, sa peine fut commuée en détention à perpétuité et il mourut en prison en 1980.
En 1995, la famille Ulma a été honorée du titre de Juste parmi les Nations et une procédure en béatification a été initiée en 2003. En 2004, les autorités communales et régionales ont dévoilé un monument à la mémoire de la famille Ulma. La famille est enterrée au cimetière de Markowa.
Photos de la commémoration du 69ème anniversaire de la disparition de la famille Ulma.
Article wikipedia sur le Sauvetage de Juifs par des Polonais pendant la Shoah.

Le tramway du souvenir

The Ghetto Tram

Le tramway du souvenir - © www.shabbat-goy.com
Le tramway du souvenir © www.shabbat-goy.com
27 janvier 2013 : A l'occasion de la Journée internationale de commémoration en mémoire des victimes de l'Holocauste, un ancien tramway a circulé à travers les rues de Varsovie. Le vieux tramway rouge et or aux couleurs de la capitale était vide afin de symboliser la disparition de la communauté juive de Varsovie. Surmonté d'un macaron à l'étoile de David à l'identique des tramways qui traversaient le ghetto durant la guerre, son panneau indiquait Muranów-Leszno; Muranów du nom de l'ancien quartier juif devenu ghetto et la rue Leszno qui séparait pour partie le petit et le grand ghetto. Sur la photo ci-contre et dessous, le tramway arrêté devant Umschlagplatz. Umschlagplatz, la gare de transbordement située dans la rue Stawki est le lieu d'où ont été déportés les juifs de Varsovie et de sa région vers le camp d'extermination de Treblinka. Le monument symbolise un wagon à ciel ouvert avec sur son entrée une représentation en forme de pierre tombale juive ornementée d'une forêt coupée qui rappelle la représentation de fin de vie à travers l'arbre coupé tel qu'on peut l'observer sur des tombes dans les cimetières juifs. Le bâtiment situé à droite était utilisé pour rassembler les juifs qui ne pouvaient être déportés le jour même. On estime à 300 000 le nombre de juifs qui ont foulé les pavés de Umschlagplatz avant d'être embarqués pour Treblinka.
Le tramway juif passe devant Umschlagplatz (Cliquer pour agrandir) - © www.shabbat-goy.com
Le tramway juif passe devant Umschlagplatz (Cliquer pour agrandir) - © www.shabbat-goy.com
Évènement organisé par la fondation Shalom en partenariat avec Stołeczna Estrada et Tramwaje Warszawskie.

Reflet de la mémoire

Images de disparus

© www.shabbat-goy.com - Reflet de disparus (cliquer pour agrandir)
© www.shabbat-goy.com - Reflet de disparus (cliquer pour agrandir)
Photo d'un regard en passant par la rue Próżna de Varsovie.

Sur les anciens immeubles récemment restaurés se reflète dans l'une des fenêtres l'ombre d'une disparue qui parmi d'autres est affichée sur les vieux immeubles d'en face.

Ces affiches ont été apposées dans le cadre du projet And I still see their faces qui avait été initié par Gołda Tencer, directrice du théâtre juif de Varsovie et de la Fondation Shalom.



And I still see their faces
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