Présentation du camp de travail de Blechhammer

Blechhammer (Nom polonais: Blachownia)  
Opolskie – (Voïvodie d’Opole) 
Adresse: ul. Spacerowa 
 Latitude:  50°21’30.12″N – Longitude: 18°19’18.39″E
Histoire:
Le camp de travail (Arbeitlager) de Blechhammer a été construit en avril 1942 dans la forêt à 2 km au sud du village de Sławiecice (Ehrenforst pendant la guerre).
Le village de Sławiecice est situé à 5 kilomètres à l’est de la ville de Kędzierzyn (Kandrzin) qui était appelée Heydebreck durant la guerre, laquelle est voisine de l’ancienne citadelle prussienne de Koźle (Cosel). Blechhammer tient son nom du village de Blechhammer (Blachownia), aujourd’hui un quartier de Kędzierzyn.
Il s’agissait au départ d’un camp de travaux forcés pour les juifs qui étaient envoyés en camp de travail dans le cadre de l’organisation Schmelt[1] qui réquisitionna la main d’œuvre juive entre 1940 et 1944.
Les premiers prisonniers, 3056 déportés ont participé à la construction de l’usine Oberschlesische Hydrierwerke AG destinée à la fabrication de l’essence synthétique pour le compte de la Wehrmacht et de la Luftwaffe.
Le typhus a rapidement sévi dans le camp et 120 prisonniers ont été renvoyés à Auschwitz-II Birkenau. Le camp était commandé par le SS Lagerführer Heidrich Schwarz. La population du camp atteignit 4500 prisonniers avec l’arrivée de Juifs en provenance de 16 pays d’Europe.

Le camp était composé de 25 baraques environ dont quelques-unes étaient réservées pour une section séparée de 200 femmes juives.
Des enfants avaient été également internés et utilisés comme main d’œuvre dans le complexe industriel mitoyen. Des témoignages rapportent qu’une quarantaine d’enfants âgés de 5 à 14 ans étaient présents dans le camp et confinés dans un baraquement séparé. L’un de ces enfants, Heinrich était le fils d’un kapo d’origine viennoise, Karl Demerer qui œuvra pour aider et assister ses compagnons d’infortune. Avec l’aide d’un ingénieur allemand du nom de Mertens, ils mirent en place un simulacre d’activité à l’usine pour les enfants afin qu’ils ne soient pas envoyés vers Auschwitz. Le docteur français Saint Béat alors interne et réquisitionné dans le cadre du STO et qui travaillait à l’hôpital voisin du camp (Krankenhaus) duarnt la période mi-43 à mi-44 confirme avoir vu un petit groupe d’enfants en tenue rayée aller vers l’usine et escorté d’un soldat allemand.

Le 1er avril 1944, le camp fut rattaché au camp d’Auschwitz III-Monowitz. Un groupe de détenus fut envoyé à Blechhammer afin the procéder au recensement des 3056 prisonniers présents dans le camp qui reçurent les numéros 176512 à 179567, plus 150 autres détenus. Le camp fut placé sous le commandement du Hauptsturmführer Otto Brossmann[2].
En janvier 1945, la population du camp atteint un pic de 5500 prisonniers. Un four crématoire fut construit, 1500 prisonniers y furent incinérés.
Le camp de Blechhammer était organisé en deux camps distincts sur le même site, le camp Bahnhofslager pour les Polonais et autres nationalités, et le camp Judenlager pour les Juifs en provenance de divers pays d’Europe. La section des femmes était située dans le camp Judenlager.
Le Judenlager était hermétiquement ceint de hautes palissades de 4 mètres de haut constituées de plaques de béton fixées entre des poteaux en béton toujours visibles aujourd’hui et surmontés de barbelés électrifiés. La surveillance des alentours du camp était effectuée à partir de miradors en béton intégrés aux palissades. Des casemates individuelles et un bunker antiaérien furent construits dès le début des bombardements du site industriel dès juillet 1944. L’accès au camp Bahnhofslager et Judenlager était strictement interdit aux autres prisonniers des autres camps.
La main-d’œuvre du camp était louée aux entreprises du complexe industriel ainsi que pour la construction de routes et d’abris anti-aérien. Les prisonniers étaient organisés par escouades de travail de 100 à 200 ouvriers. Ils étaient logés dans des baraques en bois, chacune organisées en 6 dortoirs de 30 à 40 prisonniers. Le camp disposait d’installations sanitaires sommaires, quelques toilettes et des douches dans quelques petites baraques séparées.
Des Juifs de Silésie ont été internés à Blechhammer. La population juive du camp était constituée de 75% de juifs polonais, les 25% restants étant principalement des juifs d’origine hollandaise, belge, française et allemande.
L’Untersturmführer Kurt Klipp[3] pris le commandement du camp en novembre 1944.

80 résistants Français vosgiens non Juifs ont également été internés du 28 novembre 1944 au 20 janvier 1945 (10 seront assassinés dès le lendemain car déclarés porteurs d’une maladie contagieuse) dans le Block 28 où ils furent isolés en quarantaine durant 3 semaines, puis transférés vers le Judenlager lors de l’arrivée de prisonniers en provenance des sous-camps de Gleiwitz I, II et IV la veille de l’évacuation du camp.
Parmi les prisonniers français liquidés dès leur arrivée se trouvait Georges Blind, héros malgré lui de la fameuse photo du « fusillé souriant », prise dans les fossés du Fort Blanc de Belfort (voir le lien).
Quelques autres détenus non juifs étaient constitués par des prisonniers de droit commun allemands.

Devant l’avancée de l’Armée rouge, les Allemands procédèrent à l’évacuation du camp le 20 janvier 1945 à midi. Le camp fut partiellement incendié et détruit par les SS, de nombreux prisonniers seront tués sur place, quelques-un arriveront à s’échapper. L’évacuation sera dirigée par l’Untersturmführer Kurt Klipp. Les 4000 prisonniers de Blechhammer, dont 150 femmes, seront rejoints par 6000 prisonniers provenant des camps de Neu-Dachs (Jaworzno), Gleiwitz (Gliwice) I, II et IV. Cette terrible marche de la mort qui commença le 21 janvier 1945, (à Auschwitz, situé à environ 90 km, elle commença le 18 janvier 1945), les mena jusqu’à Gross-Rosen le 2 février 1945, sauf pour 800 d’entre eux qui furent abattus durant la marche. Les survivants furent ensuite envoyés par wagons à bestiaux vers Buchenwald dans un premier temps (pour les Juifs) et Dachau (pour les prisonniers de guerre). Le pilonnage de ces trains par les alliés causa de nombreuses victimes supplémentaires. 3 ou 4 prisonniers français[4] non juif de Blechhammer qui survécurent à la marche de la mort furent envoyés au camp de Flossenbürg.

Le camp de travail des juifs de Blechhammer (sous-camp d’Auschwitz) doit être considéré comme une composante de l’ensemble des camps; camps de prisonniers, camps de travail et camps disciplinaires qui avaient été établis dans ce secteur autour des 2 usines de la chimie dont la construction avait démarrée en 1939 autour de l’usine de Blechhammer sud (aujourd’hui Zakłady Azotowe Kędzierzyn SA) et Blechhammer nord (aujourd’hui usine de Blachownia). Environ 45 000 prisonniers ont été internés à Blechhammer dont de nombreux prisonniers de guerre notamment français, russes, anglais, italiens. Également de nombreux travailleurs du STO ainsi que des travailleurs allemands.

1: L’organisation Schmelt était dirigée par le SS-Oberführer Albrecht Schmelt et employait au départ la main d’œuvre juive de Haute-Silésie orientale. En 1943, l’organisation Schmelt dirigeait 50 000 travailleurs forcés juifs dans 160 camps de travail.
2 : Otto Brossmann (né le 01-02-1889 à Brawin en Tchécoslovaquie) a été condamné à mort après la guerre mais sa condamnation a été commuée en prison à vie. Il est mort le 28-11-1957.
3 : Kurt Klipp (né le 19-09-1907) est mort du typhus en mai 1945.
4 : Marcel Dolmaire (Dejean) écrivit ses mémoires dès son retour en France en 1945 qui ont été publiées en 1998 et qui apportent un témoignage précis du camp et de la vie au camp de Blechhammer « Avoir vingt ans dans les camps nazis » ISBN 2-84367-014-4

Voir le témoignage audio de Adolf (Addy) Fuchs au camp de Blechhammer.

Année de la visite: 2000-2011
Remarques:
L’accès au camp est indiqué par des panneaux. Le camp a perdu sa physionomie initiale et la forêt à repris ses droits. On peut y accéder en voiture en suivant le petit chemin qui s’engage sur la droite dès le premier mirador passé. Il s’agit en fait de l’ancienne entrée du camp des femmes, l’entrée principale du camp étant située un peu plus loin en continuant tout droit. Les miradors en béton sont toujours visibles ainsi que de très nombreux poteaux en béton qui longent les limites du camp et qui autrefois maintenaient en position verticale des plaques de béton qui servaient de palissades. Ces mêmes palissades étaient peintes en camouflage durant la guerre selon le témoignage d’un ancien prisonniers. Se reporter sur le plan en fin de diaporama pour avoir une idée de la topologie du camp. Le camp des SS se trouvait juste à gauche dès qu’on quitte la route pour s’engager sur le chemin.
Le bâtiment du four crématoire est située à une extrémité du camp sur la grande place qui n’existait pas pendant la guerre et qui était occupée par des baraques. Le four est désormais fermé avec un cadenas depuis le printemps 2004, date à laquelle des panneaux d’information rédigés en plusieurs langues ont été installés. En fait, d’après certaines sources, les restes d’un barbecue avaient été découverts à cette époque dans le four crématoire et décision avait été prise par les autorités locales de fermer l’accès à l’intérieur du bâtiment. En effet, l’accès libre en voiture permet à certaines personnes de s’adonner au gymkhana sur la place devant le mémorial, notamment en hiver. De ce fait, l’accès en voiture devrait être interdit. Chaque année, une cérémonie est organisée avec la présence des autorités locales lors de l’anniversaire de la libération du camp d’Auschwitz.

Le site du sous-camp de Blechhammer fait l’objet à mon initiative d’un article sur Wikipedia où est également présenté la topologie de tous les camps (>20) des sites de Blechhammer. Les sites industriels de Blechhammer ont été l’objet d’intenses bombardements dès juillet 1944. Il s’agit de l’un des sites industriels qui a été le plus bombardé en Europe avec la raffinerie de Ploesti en Roumanie.

Camp de travail puis de concentration de Blechhammer
Camp de travail puis de concentration de Blechhammer
Ci-dessous une vidéo de la reconstitution en 3D du camp de Blechhammer (Bahnhofslager et Judenlager) par l’association Blechhammer-1944 et la ville de Kędzierzyn-Koźle (Recharger la page si la vidéo n’apparaît pas).
Visiter le site Web de la ville de Blechhammer