Les catholiques juifs du ghetto de Varsovie

Une histoire méconnue

On évalue qu’au moment du bouclage du ghetto, à la fin de l’année 1940, 2000 chrétiens d’origine juive vivaient dans le ghetto.
Les raisons des conversions étaient très diverses. Pour certains juifs, cela était devenu une nécessité afin de pouvoir accéder à certains postes et positions professionnelles qui étaient devenus interdit aux juifs durant les difficiles années d’avant-guerre notamment dès 1935 avec l’activisme des mouvements nationalistes. De nombreux autres juifs se convertirent au début de la guerre, pensant que leur situation s’améliorerait, ce qui ne fut nullement le cas puisque pour les allemands ils restèrent des juifs. D’autres se retrouvèrent dirigés vers le ghetto car présents sur la liste du conseil central de la protection sociale alors dirigé par Adam Ronikier. Emanuel Ringelblum nota fin février 1941 que 20 familles catholiques d’origine juive entrèrent dans le ghetto, et parmi elles celle du professeur Ludwik Hirszfeld, co-découvreur du système de groupes sanguins ABO.

Eglise de Tous les Saints
Eglise de Tous les Saints sur la place Grzybowski en août 1940, petit ghetto (Cliquer pour agrandir) – Photo Referat Gabarytów
Certains membres de ces familles, d’éducation élevée, servirent au sein du Judenrat. Selon Emanuel Ringelblum, une centaine de juifs convertis servirent également dans la police du ghetto. Ils attisèrent l’animosité des juifs orthodoxes dont certains membres attaquèrent les convertis à coups de bâton sur le parvis de l’église de Tous les Saints (Kościół Wszystkich Świętych) de la place Grzybowski. C’est principalement dans le secteur du petit ghetto situé autour de cette place que se regroupèrent les catholiques juifs.
Ces chrétiens d’origine juive s’organisèrent et se rassemblèrent dans des appartements situés dans les immeubles des rues adjacentes à l’église, devenue dans le ghetto le lieu de culte où se retrouvaient ces juifs convertis, sous la houlette du vicaire Antoni Czarnecki. L’accès à l’office était réglementé par les allemands et la vie pastorale s’organisait dans le presbytère. Le prêtre Marceli Godlewski officiait également à l’église de Tous les Saints, les prélats bénéficiaient d’un laisser-passer pour entrer et sortir du ghetto. Ce prêtre était connu avant la guerre pour son antisémitisme militant.
Sa proximité avec la misère et les souffrances qu’il vit et perçut dans le ghetto l’amena a un changement profond d’attitude et de sentiments envers les habitants du ghetto. Il établit une relation profonde et particulière avec les juifs qu’en fait il ne connaissait pas vraiment avant la guerre si ce n’est à travers leurs traditions et modes de vie, les aspects théologiques et bibliques de la religion juive. Il s’investit activement par la suite dans l’aide et l’assistance aux juifs.
Les bâtiments de la paroisse furent utilisés pour loger aussi bien les juifs baptisés que d’autres non baptisés. L’approvisionnement en nourriture pouvait être réalisé avec l’aide de certaines missions soutenues par le Joint, l’organisation Caritas et de la contrebande. Ce fonctionnement dura jusqu’en décembre 1941, période à laquelle toute aide quelconque apportée aux juifs fut puni de peine de mort. Dès cette date, l’approvisionnement s’effectua par contrebande. Les juifs convertis pratiquants, les juste baptisés non pratiquants, des chrétiens d’autres confessions, des juifs assimilés non convertis se retrouvaient dans l’église, qui avait été partiellement détruite durant les bombardements de 1939. Beaucoup de ces chrétiens juifs retiraient leur brassard à l’étoile de David en pénétrant dans le lieu de culte.
En juillet 1942, peu avant le début des grandes déportations, le prêtre Antoni Czarnecki se rappelait, après guerre, de grands rassemblements dans l’église de plusieurs centaines de fidèles juifs convertis et quelques autres venus écouter les sermons sur fond de messages d’évangile et de patriotisme. Des funérailles catholiques furent aussi été célébrées dans le ghetto, les dépouilles étant menées jusqu’aux portes du ghetto puis dirigées vers le cimetière chrétien de Bródno sur l’autre rive de la Vistule, accompagnés des seuls prêtres.
Les catholiques juifs figurèrent pamis les premiers convois lors des déportations de juillet 1942 vers le camp d’extermination de Treblinka.
Dans la paroisse de l’église de Tous les Saints, les baptêmes étaient organisés autour d’une préparation de 6 semaines environ à ce sacrement. Cette préparation, rapportée dans un témoignage après la guerre dut être suivie au début de la période du ghetto, mais avec le temps et les conditions infernales de l’enfermement, la démarche prit certainement une autre tournure plus rapide. Le professeur Ludwik Hirszfeld agit à plusieurs reprises en tant que parrain et rapporta que nombre de ces baptêmes étaient aussi guidés par une réelle foi pour ces juifs vers leur nouvelle religion, dans ces temps dramatiques. Beaucoup de ces nouveaux baptisés appartenaient à l’intelligentsia. La dernière messe fut célébrée dans l’église de Tous les Saints le 9 juillet 1942. Le presbytère fut détruit le 6 août suivant. Les paroissiens furent conduits vers Umschlagplatz puis déportés vers le camp d’extermination de Treblinka. Des catholiques juifs purent s’échapper durant les périodes de déportations et survivre à la guerre.

Marceli Godlewski
Marceli Godlewski
Le prêtre Marceli Godlewski (1865-1945) fut honoré du titre de Juste parmi les Nations en octobre 2009. Durant cette tragique période, il cacha, aida et secouru de très nombreux juifs dont la liste est visible sur le site de Yad Vashem.
Parmi les personnes secourues et sauvées, Wanda et Krzysztof Zamenhof, le petit-fils du célèbre créateur de la langue esperanto, Ludwik Zamenhof.
La Fondation Raoul Wallenberg dévoile une plaque House of Life dans l'église de Tous les Saints à Varsovie
La Fondation Raoul Wallenberg dévoile une plaque House of Life dans l’église de Tous les Saints à Varsovie – Photo Marek Dusza

En 2017, à l’initiative de la Fondation Raoul Wallenberg, une plaque House of Life a été dévoilée sur le site de l’église de Tous les Saints en mémoire de cette période et de l’aide apportée aux juifs par les prélats.

La marche de la mort

Des routes, des victimes, des monuments

Dès le milieu de l’année 1944, l’offensive de l’Armée rouge contre les armées du Reich est lancée vers l’ouest. Face à cette avancée, les allemands décident de procéder à l’évacuation des prisonniers des camps d’Auschwitz et de 27 sous-camps rattachés. Entre le 17 et le 21 janvier 1945, c’est pas moins de 56 000 prisonniers qui s’élancent en colonne sur les routes de Silésie en direction de l’ouest, vers l’Allemagne.
Cette marché forcée empruntera deux routes différentes mais pas très éloignées à travers la Haute-Silésie. Un premier mouvement s’effectue en direction de Wodzisław Śląski (Loslau) sur une distance d’environ 65 kilomètres. Le second tracé s’élancera en direction de Gliwice (Gleiwitz) puis Prudnik (Neustadt) pour une partie des prisonniers; un parcours plus long.
> Route 1 – Auschwitz – Wodzisław Śląski (cliquer pour découvrir les étapes, les monuments)
> Route 2 – Auschwitz – Gleiwitz (à venir)

Retour des stèles juives dans les cimetières

Ultimes retours vers le lieu du repos

On observe une tendance assez symptomatique en Pologne depuis plusieurs années. Nombre de polonais ramènent dans les cimetières des stèles et des morceaux de stèles juives qu’ils ont découverts lors de travaux, suite à un achat d’immobilier dans l’ancien, lors d’une succession, essentiellement à la campagne et dans les petites villes. Ces éléments de monuments funéraires avaient été dérobés après la guerre ou revendus lorsque les autorités municipales de l’époque démantelaient un cimetière juif dans le cadre de la réalisation d’un projet urbain. Ainsi là où reposaient autrefois des hommes, des femmes et des enfants qui faisaient vivre ces communautés juives de Pologne se dresse aujourd’hui, ici un parc (Toruń), là une cour de récréation d’école (Kazimierz Dolny), plus loin une gare routière (Przeworsk), plus loin encore une entreprise (Kępno), ici un bois (Sobota), là un terrain vague (Bielawy), ici encore un lotissement d’immeubles d’habitations édifié durant le communisme (Grajewo).
Ces stèles ainsi démantelées furent transportées vers d’autres endroits et réutilisées souvent comme matériaux de terrassement, de fondation pour des constructions et pour consolider des berges de rivières. Ce pillage commença durant la guerre, période la plus active dans le démantèlement des nécropoles juives. Un commerce qui se mit en place, sous l’autorité allemande dans la majorité des cas, et des entreprises locales profitèrent de ce marché de la pierre pour revendre les matériaux.

Une stèle juive utilisée comme élément de fondation dans une grange dans le village de Milejczyce
Une stèle juive utilisée comme élément de fondation dans une grange dans le village de Milejczyce (Cliquer pour agrandir) Photo Materiały Towarzystwa Inicjatyw Twórczych ‘Ę’

Après la guerre, dans un pays dévasté où tout manquait, nombre de polonais allèrent s’approvisionner en matériaux dans les cimetières déjà en grande partie dévastés et démantelés. Souvent les murs de clôture furent aussi démontés et les briques récupérées.
La Pologne comptait environ 1400 cimetières juifs avant la guerre. Le pays, rappelons-le, était territorialement situé plus à l’est puisqu’il englobait une partie de la Lituanie, la Biélorussie et l’Ukraine occidentale (Galicie). Quasiment tous les cimetières, encore intacts au début de la guerre, furent dévastés par les allemands dès 1939-1940 pour la partie occidentale actuelle de la Pologne, et dès 1941 pour la partie orientale, suite à l’invasion de l’URSS qui jusque là, alliée des nazis, avait occupé la Pologne orientale. La dévastation signifiait le démantèlement des tombes juives afin de les réutiliser. Donc au-delà d’un marqueur identitaire à éradiquer perçait un profit économique. Cette opération participait à l’effacement de la présence et de l’histoire juives dans des villes et des bourgades où s’étaient établies ces communautés plusieurs siècles auparavant. Les synagogues et maisons de prières subirent le même sort et nombre d’entre-elles disparurent. D’autres furent réutilisées pour d’autres fonctions, ce qui paradoxalement les sauvèrent jusqu’à aujourd’hui, mais au prix d’une destruction irrémédiable de leurs décorations et aménagements intérieurs.
Aujourd’hui, on doit dénombrer plus de 800 cimetières juifs en Pologne, le pays ayant perdu 30% de ses territoires après le redécoupage entérinée lors de la conférence de Yalta en 1945.
Si l’essentiel de ces stèles fut réutilisé comme matériaux, un certain nombre d’autres, à la campagne notamment, fut recyclé en meules à aiguiser. Aussi n’est-il plus anecdotique d’observer dans un cimetière juif, dans un coin posée contre un mur, un objet en pierre de forme circulaire et percé d’un axe généralement carré, qui n’est autre qu’une meule. Mais une meule spéciale puisque on peut toujours lire d’un côté des caractères hébraïques.
Une "meule juive", taillée dans un stèle funéraire et ramenée au cimetière juif de Varsovie
Une « meule juive », taillée dans un stèle funéraire et ramenée au cimetière juif de Varsovie (Cliquer pour agrandir) Photo www.shabbat-goy.com

Dans les cimetières juifs de l’actuelle Pologne occidentale, des anciennes provinces allemandes d’avant guerre (dont certaines provinces étaient historiquement polonaises), les cimetières furent également dévastés durant la guerre et aussi après la guerre par des populations polonaises transférées depuis les territoires de l’est où elles vivaient depuis des générations, des territoires devenus étrangers après Yalta. Ces stèles aux inscriptions hébraïques et/ou allemandes subirent le même sort qu’à l’est. De plus, les cimetières juifs allemands recelaient de monuments funéraires réalisés avec des matériaux nobles comme le marbre noir. Beaucoup d’entre-eux furent retaillés et réutilisés comme monuments funéraires chrétiens sans forcément que les familles des défunts eussent connaissance de la provenance exacte du marbre ou de l’élément en marbre. Il est à noter que les cimetières allemands, les plus nombreux dans cette nouvelle partie occidentale de la Pologne subirent un destin tragique puisqu’ils disparurent presque tous. Il s’avère qu’aujourd’hui en Pologne, les cimetières qui ont été le plus dévastés ne sont pas juifs mais allemands.
Lors d’une visite au cimetière juif de Przemyśl, en Pologne sud-est (Galicie), quelle n’a pas été ma surprise de voir quelques stèles juives réalisées dans des stèles qui avaient été réutilisées.
Démantèlement d'un pont enjambant la rivière Mrożycy dans la commune de Brzeziny et qui avait été construit par les allemands durant la guerre, en vu de retourner les stèles dans le cimetière juif local.
Démantèlement d’un pont enjambant la rivière Mrożycy dans la commune de Brzeziny et qui avait été construit par les allemands durant la guerre, en vu de retourner les stèles dans le cimetière juif local. (Cliquer pour agrandir) Photo Fot. Marcin Stępień / Agencja Gazeta
Depuis des années, avec les nombreux travaux de modernisation du pays, on redécouvre des pierres tombales qui avaient été employées comme terrassement sous des routes, sous des places. Les stèles sont systématiquement rassemblées et généralement retournées au cimetière juif lorsque celui-ci n’a pas complètement disparu. Lorsque c’est le cas, en concertation avec les communautés juives, des monuments (Pułtusk) ou des lapidariums (Ostrów Wielkopolski) sont érigés avec les restes de ces stèles.
Très rare, mais visible, une tombe chrétienne réalisée à partir d'une stèle juive et dont les inscriptions en partie effacées subsistent
Très rare, mais visible, une tombe chrétienne réalisée à partir d’une stèle juive et dont les inscriptions en partie effacées subsistent (Cliquer pour agrandir) Photo Łukasz Baksik

Si les polonais dans leur ensemble n’ont pas une connaissance très précise de ce que fut l’histoire des communautés juives de Pologne, une histoire longtemps occultée durant le communisme, nombre d’entre-eux comprennent l’importance et la signification de ces monuments funéraires. En effet, les polonais visitent et entretiennent très régulièrement les tombes de leurs familles dans les cimetières chrétiens, aussi ces nouvelles générations, mais pas seulement, qui découvrent une pierre sur laquelle apparaissent des caractères hébraïques comprennent bien la signification et l’histoire de ces morceaux de stèles et, très souvent de leur propre initiative, retournent au cimetière juif local, ces vestiges qui témoignent de cette histoire anéantie.
Cependant, l’immense majorité de ces pierres tombales reste enfouie et cachée dans des fondations, dans des murs, et une partie de celles qui ont été remises au jour terminent dans un enfouissement de gravas ou disparaissent à jamais.
Souvent, dans les vieux cimetières juifs, essentiellement à l’est, les plus anciennes stèles sont demeurées, car la taille et la gravure de monuments funéraires et de pierres tombales décorées n’étaient pas à l’origine une tradition juive, mais une coutume plutôt inspirée des monuments funéraires chrétiens. Les pierres tombales des gens modestes, les tombes anciennes, étaient surmontées par des rochers de granit de diverses tailles sur lesquels avaient été gravées quelques épitaphes. Ces rochers, moins pratiques à transporter et à réutiliser sont souvent restés sur place.
Dans l’histoire, des cimetières juifs avaient été démantelés dans des communes car édifiés à l’origine non loin des centres villes et furent déplacés en raison du développement de l’habitât. Qu’ont pu devenir les stèles de cette époque, nul ne le sait. Durant la première moitié du XVIIème siècle, le (premier) cimetière juif de Varsovie fut démantelé après l’expulsion des juifs de la vieille ville. Il se dit qu’une partie des pierres tombales fut réutilisée pour la construction de fondations dans la vieille ville, mais à ce jour on n’a pas retrouvé la moindre trace, ni d’ailleurs de ce cimetière qui se dressait alors aux alentours actuels de l’hôtel Bristol et de la rue Karowa.

Changement de comportement *

Au printemps 2017, 38 stèles furent ramenées au cimetière juif de Ciechanowiec. Ce cimetière dont le mur d’enceinte fut reconstruit en 2008 comportait à peine une vingtaine de tombes. Depuis quelques années, les habitants commencèrent à rapporter des stèles qu’ils avaient retrouvées et aujourd’hui on dénombre plus de 70 tombes dans le cimetière.
Lorsque ces stèles réapparaissent, c’est aussi des morceaux de vie qui resurgissent. Ce fut le cas à Otwock (sud-est de Varsovie) où un habitant déterra 3 stèles juives. Il signala sa découverte au Musée Juif de Varsovie, et on pu découvrir des personnes derrière ces pierres : la tombe de Awraham Józef Zylbersztajn originaire de Sobolewo, qui mourut en 1917; celle de Miriam Messing, morte en 1926, et celle de Iska Fajga, décédée en 1938, la fille du rabin Chaim Icchak Płocki de Turk et petite-fille d’un rabin très connu, Meir Dan Płocki de Ostrów Mazowiecki. Les stèles furent rapatriées au cimetière de Otwock en juin 2017 par les autorités locales.

Une des stèles retrouvées lors des tavaux à Wrocław
Une des stèles retrouvées lors des tavaux à Wrocław – Photo Ryszard Bielawski
Lors de travaux de fondation d’un hôtel réalisés par un investisseur à Wrocław, des ossements apparurent là où se trouvait autrefois le cimetière juif de la rue Gwarna, démantelé durant l’ère communiste. On fit appel à des archéologues qui mirent au jour 150 restes humains ainsi que des morceaux de tombes. L’ensemble fut transféré vers le cimetière juif de la rue Lotnicza.
A Góra Kalwaria, une ville située au sud de Varsovie, on mis au jour plusieurs dizaines de tombes juives qui avait été utilisées comme matériaux de terrassement pour la place du camp de prisonniers de guerre russes, qui avait été établi par les allemands. On ramena les tombes au cimetière juif.

D’autres stèles encore ont été mises à jour et cela n’est pas terminé pour 2017.
Ewa Krychniak et la stèle funéraire juive qu'elle a pu sauver et qui était utilisée comme établi par un menuisier
Ewa Krychniak et la stèle funéraire juive qu’elle a pu sauver et qui était utilisée comme établi par un menuisier – Photo Mirosław Szut
Beaucoup plus rare et qui mérite d’être souligné, une stèle qui avait été réalisée en fonte a été retrouvée à Sokółka (région est) par une habitante du lieu, Ewa Krychniak, une institutrice et bibliothécaire. Cette stèle a été retrouvée dans l’atelier d’un menuisier, qui l’utilisait comme établi. Il s’agissait de la tombe de Masza Lei, fille de Yakov. Afin que l’objet précieux ne soit pas la convoitise de collectionneurs peu scrupuleux, et qui aurait pu être dérobée si la stèle avait été ramenée au cimetière, elle fut envoyée au Musée Régional de Sokółka afin d’être préservée.
* source Virtual Shtetl

La fondation From the Depths

Jonny Daniels, sur les rives de la Vistule à Varsovie durant l'été 2015, lors de la découverte de pierres tombales juives
Jonny Daniels, sur les rives de la Vistule à Varsovie durant l’été 2015, lors de la découverte de pierres tombales juives (Cliquer pour agrandir) AP Photo / Czarek Sokolowski
Jonny Daniels, juif anglo-israélien, et qui s’investit depuis des années en Pologne à travers sa fondation From the Depths, dont il est le fondateur et le directeur, oeuvre activement à la récupération et au retour des stèles vers les cimetières. Son action de terrain, peu soutenue par les communautés juives du pays, s’inscrit dans une démarche complémentaire et volontaire qui implique directement les polonais et les autorités locales qui participent pleinement à ses actions. Une de ses premières actions médiatisées a été le retour de plusieurs palettes de morceaux de tombes juives au cimetière juif de Bródno à Varsovie, stèles qui avaient été utilisées durant la période communiste pour édifier une pergola et des murets dans un jardin du quartier de Praga. Plusieurs retours de stèles funéraires ont également été organisés au cimetière de Varsovie et à d’autres endroits avec le concours d’une association culturiste polonaise, car il ne faut pas oublier que rapatrier de telles masses de granit nécessite des moyens conséquents ainsi qu’une force humaine pour les déplacer. Dans un village, c’est avec l’aide des sapeurs pompiers que des stèles d’un cimetière juif ont pu être relevées. La fondation est également intervenu à de multiples endroits en Pologne, comme par exemple à Słomniki, une petite ville située au nord de Cracovie, ou plusieurs pavées de la grande place centrale qui s’étaient révélés être des morceaux de tombes juives ont pu être retournés au cimetière local avec l’aide de la municipalité. C’est aussi au zoo de Varsovie que des éléments de stèles ont été identifiés.
Une équipe de l'association polonaise Strongmen déplace un monument funéraire juif sous l’œil attentif de Jonny Daniels dans le cimetière de Varsovie
Une équipe de l’association polonaise Polish Strongman déplace un monument funéraire juif sous l’œil attentif de Jonny Daniels dans le cimetière de Varsovie (Cliquer pour agrandir) Photo info. nadesłana

Les traces de mezouzah en Pologne

Sur les traces des mezuzah

La mezouzah est un objet de culte fixé sur le linteau de la porte d’entrée d’une maison juive. Elle renferme 2 parchemins sur lesquels ont été écrits des passages du Deutéronome qui correspond au cinquième livre du Pentateuque – la Bible hébraïque. La mezouzah fait partie de l’une de ces nombreuses prescriptions qui rythment la vie religieuse des juifs.
> Ces parchemins comportent les versets 6.4 à 6.9 :
6.4 Écoute, Israël! l’Éternel, notre Dieu, est le seul Éternel.
6.5 Tu aimeras l’Éternel, ton Dieu, de tout ton coeur, de toute ton âme et de toute ta force.
6.6 Et ces commandements, que je te donne aujourd’hui, seront dans ton coeur.
6.7 Tu les inculqueras à tes enfants, et tu en parleras quand tu seras dans ta maison, quand tu iras en voyage, quand tu te coucheras et quand tu te lèveras.
6.8 Tu les lieras comme un signe sur tes mains, et ils seront comme des fronteaux entre tes yeux.
6.9 Tu les écriras sur les poteaux de ta maison et sur tes portes.
> et les verset 11.13 à 11.21 :
11.13 Si vous obéissez à mes commandements que je vous prescris aujourd’hui, si vous aimez l’Éternel, votre Dieu, et si vous le servez de tout votre cœur et de toute votre âme,
11.14 je donnerai à votre pays la pluie en son temps, la pluie de la première et de l’arrière-saison, et tu recueilleras ton blé, ton moût et ton huile;
11.15 je mettrai aussi dans tes champs de l’herbe pour ton bétail, et tu mangeras et te rassasieras.
11.16 Gardez-vous de laisser séduire votre coeur, de vous détourner, de servir d’autres dieux et de vous prosterner devant eux.
11.17 La colère de l’Éternel s’enflammerait alors contre vous; il fermerait les cieux, et il n’y aurait point de pluie; la terre ne donnerait plus ses produits, et vous péririez promptement dans le bon pays que l’Éternel vous donne.
11.18 Mettez dans votre coeur et dans votre âme ces paroles que je vous dis. Vous les lierez comme un signe sur vos mains, et elles seront comme des fronteaux entre vos yeux.
11.19 Vous les enseignerez à vos enfants, et vous leur en parlerez quand tu seras dans ta maison, quand tu iras en voyage, quand tu te coucheras et quand tu te lèveras.
11.20 Tu les écriras sur les poteaux de ta maison et sur tes portes.
11.21 Et alors vos jours et les jours de vos enfants, dans le pays que l’Éternel a juré à vos pères de leur donner, seront aussi nombreux que les jours des cieux le seront au-dessus de la terre.

La mezouzah à l'entrée de la synagogue Nożyk de Varsovie
La mezouzah à l’entrée de la synagogue Nożyk de Varsovie (Cliquer pour agrandir) Photo www.shabbat-goy.com
La mezouzah est positionnée de manière inclinée, la partie supérieure orientée vers l’intérieur de la demeure. On peut avoir une mezouzah à l’entrée de chaque pièce de la demeure sauf à l’entrée des lieux d’aisance. On trouve également des mezouzah à l’entrée de la synagogue et d’autres lieux de cultes et d’études religieuses.
Sur la mezouzah est gravée ou imprimée la lettre shin qui est l’un des noms (shaddaï) que les juifs attribuent à Dieu.

Le scribe – Sofer

Le parchemin de la mezouzah est écrit par un sofer, un scribe en calligraphie hébraïque. Sa fonction est de rédiger les documents sacrés tels que la Torah, les tefillin et les mezuzot. Il a également en charge l’écrite d’autres livres sacrés comme le Cantique des cantiques, le livre de Ruth, le livre d’Esther, l’Ecclésiaste, le livre des Lamentations. Egalement des documents comme les ketoubah (contrat de mariage). Les soferim (pluriel) suivent un apprentissage auprès d’un autre scribe, ce sont des juifs religieux très pratiquants et spécialistes des lois applicables à cette fonction.

Inventaire de mezouzah en Pologne

Krzysztof Bielawski, grand spécialiste polonais des cimetières juifs en Pologne, en Biélorussie et en Ukraine, et qui travaille au Musée de l’Histoire des Juifs Polonais (et qui gère le site Virtual Shtetl) a créé quelques années en arrière un site internet qui recense les mezouzah (mezouzot au pluriel pour être plus rigoureux) que l’on peut observer en Pologne, Il ne s’agit pas d’un site qui les recense de manière exhaustive, mais qui est alimenté au gré des visites et des informations et photographies transmises par les visiteurs.
> Le site internet www.mezuzy.eu

Trace de mezouzah à l'entrée d'une ancienne maison juive dans le village de Radziłów en région de Podlachie (nord-est)
Trace de mezouzah à l’entrée d’une ancienne maison juive dans le village de Radziłów en région de Podlachie –
nord-est (Cliquer pour agrandir) Photo www.shabbat-goy.com

Après la disparition des juifs lors de l’anéantissement du yiddishland par les allemands il y a trois-quarts de siècle, il est encore possible d’observer des traces de mezouzah sur des chambranles et des cadres de portes d’anciennes maisons et appartements où vivaient des juifs avant la guerre. Les mezouzah ont elles disparues, soient retirées par leurs propriétaires lors du départ vers le ghetto où vers le lieu de rassemblement avant la déportation, soit retirées par les habitants qui prirent possession des lieux pendant ou après la guerre. Les évidements caractéristiques creusés dans le bois furent souvent comblés, puis avec le temps et les rénovations, les portes et leurs encadrements furent remplacés. Cependant, il n’est pas anecdotique, avec un œil averti, de deviner l’ancienne présence d’une mezouzah malgré les couches de peinture successives ou en devinant la déformation caractéristique d’un logement de mezouzah jadis comblé mais toujours visible.
Trace de mezouzah à l'entrée de l'ancienne synagogue de Puńsk en région de Podlachie - nord-est
Trace de mezouzah à l’entrée de l’ancienne synagogue de Puńsk en région de Podlachie – nord-est (Cliquer pour agrandir) Photo www.shabbat-goy.com

Żelazna 103, immeuble de la terreur

Centre de répression et de déportation du ghetto

Il est des endroits à Varsovie où les juifs, en visite mémorielle dans la capitale, à travers des visites souvent balisées et généralement encadrées, ne passent jamais; certainement par ignorance, par habitude des circuits programmés et recommandés, que les autres visiteurs suivent également.
C’est le cas pour un bâtiment qui se trouve au bout de la rue Żelazna (appelée Eisenstrasse par l’occupant allemand durant la guerre). Là se trouvent 3 immeubles (99, 101, 103) que l’on pense reconstruits après la guerre, d’après leur architecture plus moderne, mais dont la construction remonte juste avant la guerre. Notre attention se portera sur le numéro 103, le dernier immeuble. Cette petite section de la rue Żelazna n’existait pas quelques années avant la guerre puisque s’élevaient là les immeubles 76 et 78 de la rue Nowolipie. La séparation du mur (grand ghetto) avait été définie entre les immeubles numéros 72 et 74 lors du bouclage de 1940.

Les immeubles 99, 101 et 103 de la rue Żelazna. Au fond à droite, le siège du SD-Befehlstelle
Les immeubles 99, 101 et 103 de la rue Żelazna. Au fond à droite, le siège du SD-Befehlstelle (Cliquer pour agrandir) Photo www.shabbat-goy.com

Jusqu’au 15 juillet 1942, date des premières grandes déportations, l’immeuble abritait le poste de commandement de la SD, le service de sécurité de la SS, et la Gestapo du ghetto. L’endroit était appelé SD-Befehlstelle. C’était plus précisément les locaux du Sonderkommando der Sipo-Umsiedlung qui avait remplacé le bureau du commissariat au quartier juif.
Żelazna 103
Żelazna 103 (Cliquer pour agrandir) Photo www.shabbat-goy.com
Dès l’été 1942, de cet immeuble, Hermann Höfle planifia les déportations des juifs de Varsovie vers le camp d’extermination de Treblinka. C’est lui qui se rendit au Judenrat le 22 juillet 1942 et qui ordonna à Adam Czerniaków, le président du Judenrat, de livrer quotidiennement un contingent de 6000 juifs en vue de leur transfert vers l’est, en réalité leur déportation vers Treblinka.
Durant la première période s’étalant jusqu’à la mi-1942, les juifs arrêtés en dehors de la zone de confinement étaient dirigés vers l’immeuble 103 où ils étaient torturés afin de leur soutirer des renseignements sur leur évasion et les aides qu’ils avaient reçues, puis ils étaient exécutés dans l’arrière-cour.

Parmi les membres de la sécurité se trouvaient deux exécutants particulièrement violents et redoutés de la population du ghetto, Karl Heinrich Klaustermeyer et Josef Blösche. Ils s’illustrèrent dans l’assassinat de nombreux juifs dans la zone du ghetto en circulant dans un rickshaw ou en voiture et en tirant sur des juifs rencontrés au hasard de leur chemin, que ce soient des femmes, des enfants ou des vieillards. L’un de leurs exercices consistait à tuer le plus de juifs avec une seule balle en les alignant côte à côte. Blösche était tristement connu des habitants du ghetto qui l’avaient surnommé Frankenstein, nombre de témoignages relatent de ces exactions meurtrières, également de viols et exécutions de femmes. Tous deux participèrent activement à la liquidation du ghetto. Ils apparaissent dans plusieurs photos du rapport Stroop, rédigé par le général SS Jurgen Stroop alors en charge de la liquidation du ghetto de Varsovie en avril-mai 1943.

La photo ci-dessous fut prise lors de l’insurrection du ghetto dans la rue Nowolipie, à une centaine de mètres environ des bureaux Żelazna 103. Au centre le général Jurgen Stroop, à droite Josef Blösche et Karl Heinrich Klaustermeyer (second en partant de la droite), ces derniers étant rattachés aux bureaux du SD-Befehlstelle de l’immeuble Żelazna 103.
Insurrection du ghetto. Jurgen Stroop, Josef Blösche et Karl Heinrich Klaustermeyer
Insurrection du ghetto. Jurgen Stroop, Josef Blösche et Karl Heinrich Klaustermeyer (Cliquer pour agrandir)

Les caves et le sous-sol de l’immeuble furent utilisés comme prison et lieu d’exécution.
Lors de l’insurrection du ghetto, un groupe de combattant juifs menés par Natan Szulc, qui commandait un peloton de l’Union Militaire Juive (Żydowski Związek Wojskowy – ŻZW), l’une des deux organisations qui combattit durant le soulèvement du ghetto; attaqua l’immeuble et essaya de libérer des prisonniers mais la tentative échoua et le ghetto fut par la suite liquidé. Les allemands quittèrent le bâtiment en juillet 1943.
Plaque apposée sur l'immeuble Żelazna 103 en mémoire des
Plaque apposée sur l’immeuble Żelazna 103 en mémoire des « milliers de juifs torturés à mort par la Gestapo » (Cliquer pour agrandir) Photo www.shabbat-goy.com

Josef Blösche. 1912-1969. Membre du SD (Sicherheitsdienst) durant la guerre, il se rendit à l’Armée Rouge, fut fait prisonnier et envoyé en camp. Il fut rapatrié en Allemagne de l’est en 1946 en camp de travail où il subit un grave accident qui déforma notoirement son visage. Il fut libéré en 1947 et commença une vie civile normale, il se maria et eut 2 enfants. Sa déformation faciale le protégea durant de longues années des recherches entreprises afin d’identifier les criminels de guerre d’après des photos prises durant la guerre.

Josef Blösche au second plan derrière le petit garçon, mitraillette en main. Selon une source, le petit garçon s'appelle Artur Siematek, fils de Leon et Sarah Dąb, natif de Łowicz
Josef Blösche au second plan derrière le petit garçon, mitraillette en main. Selon une source, le petit garçon s’appelle Artur Siematek, fils de Leon et Sarah Dąb, natif de Łowicz (Cliquer pour agrandir)
Il fut accusé par un ancien SS qui était en procès à Hambourg en 1961. La police entreprit alors des recherches qui aboutirent à son arrestation en 1967. Il fut jugé en 1969 à Erfurt et condamné pour sa participation dans le meurtre de 2000 juifs en 1943. Condamné à mort, il fut exécuté la même année à Leipzig.
L’image de Josef Blösche reste à jamais gravée sur la photo devenue emblématique du ghetto de Varsovie où il apparaît au second plan, mitraillette à la main.

Karl Heinrich Klaustermeyer. 1914-1976. Il fut arrêté par les britanniques après la guerre alors qu’il circulait avec un simple uniforme de soldat, mais son identité ne fut pas découverte, il fut libéré en 1946. Malgré son passif d’avant guerre dans la dénonciation de juifs et ses lourdes exactions en Pologne, il put travailler librement après la guerre comme chauffeur livreur. Suite à une enquête, il fut arrêté en 1961, jugé et condamné en 1965 à la prison à perpétuité par la cour de Bielefeld dans la région de Rhénanie-du-Nord–Westphalie pour le meurtre de 20 juifs.

Hermann Höfle – 1911-1962. SS-Sturmbannfuhrer et adjoint d’Otto Globocnik. Après diverses fonction dans la déportation des juifs en Pologne, il est nommé dès juillet 1942 commissaire à la déportation des juifs de Varsovie. Il est arrêté par les alliés en Carinthie en 1945, est interrogé puis libéré. Il put mener une existence tranquille en Italie, suite à un mandat d’arrêt lancé par la Pologne, puis en Autriche et en Allemagne jusqu’en 1961 où il travailla notamment durant 5 mois pour le compte de l’organisation Gehlen, une unité de renseignements de l’Armée Américaine. Arrêté et transféré à Vienne, il se pend dans sa cellule en août 1962 dans l’attente de son procès.


Insurrection de Varsovie 1944. Lancement de roquettes vers la vieille ville depuis la rue Żelazna
Insurrection de Varsovie 1944. Lancement de roquettes vers la vieille ville depuis la rue Żelazna (Cliquer pour agrandir) Photo Bundesarschiv.
Lors de l’insurrection de Varsovie de 1944, la section de rue fut utilisée comme base de lancement de roquettes contre les insurgés polonais. Des centaines de projectiles furent lancés en direction de la vieille ville qui fut entièrement détruite.

Les pavés juifs de Treblinka

Treblinka, 2 sites distincts de mémoire

Morceau de stèle de tombe juive, au premier plan, utilisée comme pavement sur le chemin forestier qui relie les camps de Treblinka I et de Treblinka II
Morceau de stèle de tombe juive, au premier plan, utilisée comme pavement sur le chemin forestier qui relie les camps de Treblinka I et de Treblinka II (Cliquer pour agrandir) – Photo www.shabbat-goy.com
Treblinka est le camp d’extermination qui fit le plus de victimes après celui d’Auschwitz (plus précisément celui de Birkenau). Selon le site du Musée, le sinistre décompte s’élève à près de 900 000 victimes.
Ce camp est dénommé Treblinka II. Il fut édifié à la mi-1942 dès que les allemands procédèrent à la liquidation des ghettos de Pologne durant la période 1942-1943. Plus de 300 000 juifs de Varsovie et de sa région furent exterminés dans ce camp. Les autres victimes furent constituées de juifs des régions nord, nord-est et est de la Pologne, ainsi que de groupes de populations juives déportées depuis la Biélorussie et la Lituanie lorsque celles-ci n’avaient pas déjà été exterminées par les unités Einsatzgruppen et leurs supplétifs locaux (lituaniens, lettoniens).
Un premier camp de travail fut construit dans cette zone complètement isolée dès 1941, qui fonctionna jusqu’à l’été 1944, dénommé Treblinka I, à destination des polonais. 20 000 prisonniers polonais y furent internés et la moitié moururent d’épuisement et d’exécutions. Aujourd’hui peu de gens qui se rendent à Treblinka visitent le site du camp de Treblinka I, distant de 2 kilomètres du site du camp d’extermination, où est également visible une stèle à la mémoire des roms et des sinté également exterminés.

Les pavés juifs

Morceau de stèle de tombe juive, utilisée comme pavement sur le chemin forestier qui relie les camps de Treblinka I et de Treblinka II
Morceau de stèle de tombe juive, utilisée comme pavement sur le chemin forestier qui relie les camps de Treblinka I et de Treblinka II (Cliquer pour agrandir) – Photo www.shabbat-goy.com
Une route pavée longue de 2 kilomètres traverse la forêt pour relier les deux camps. On l’appelle la route noire (czarna droga). Elle est constituée de pavés, plus précisément de galets, ramenés de je ne sais où. Sur un tronçon de cette longue voie forestière, en portant un regard aigu sur ces pierres, on peut observer quelques restes de tombes juives.
Dès 1941, lorsque les allemands envahirent la zone orientale de la Pologne alors occupée par les russes après le pacte germano-soviétique Molotov-Ribbentrop (1939) de partage de la Pologne scellé entre les russes et les nazis, les allemands détruisirent et dévastèrent méthodiquement tous les cimetières juifs, c’est à dire des centaines. Les stèles alors démantelées étaient réutilisées pour renforcer des infrastructures routières, des berges, et étaient également revendues comme matériaux de construction et de terrassement. On peut dire aujourd’hui que plus de 80% des tombes des cimetières juifs reposent sous des routes et dans des fondations diverses.
Lors de mon premier passage en 2000 à Treblinka, j’avais observé un morceau de stèle juive le long de cette route forestière. J’y suis donc retourné en août 2017 et j’ai porté une attention particulière à ce tronçon de chemin et j’ai pu en effet retrouver plusieurs de ces pavés insolites. On ignore leur origine, certainement de quelques cimetières juifs des alentours, comme ceux de Brok ou Zaręby Kościelne distants d’une quinzaine de kilomètres, ou peut être celui de Strękowo à 25 kilomètres de là.
Là gisent des fragments de stèles de juifs et de juives, aujourd’hui anonymes, et évanouis dans ce cataclysme qui s’abattit alors en Pologne.

La synagogue ronde de Praga à Varsovie

La synagogue disparue

Simulation de la synagogue de Praga sur une vue actuelle.
Simulation de la synagogue de Praga sur une vue actuelle. (Cliquer pour agrandir) Photo Google Maps et inconnu. Montage www.shabbat-goy.com

La synagogue en briques de Praga fut édifiée en 1836 et fut financée par Ber Sonnenberg, le grand-père du philosophe français Henri Bergson. Ce fut le premier lieu de culte construit dans le quartier du vieux Praga au XIXème siècle, avant l’édification de l’église orthodoxe Sainte Marie Madeleine et de la grande église Saint Florian. Ces 3 lieux de culte situés dans un rayon de 200 mètres témoignaient de la diversité religieuse de la population d’alors.
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