Luba Blum-Bielicka

Enseigner et soigner à tout prix

Luba Blum-Bielicka à Otwock
Luba Blum-Bielicka à Otwock, à droite, en compagnie d’une jeune puéricultrice – Source Mark Shreberman – Yad Vashem (Cliquer pour agrandir)

Luba Blum-Bielicka est née en 1905 à Wilno (Vilnius) et est décédée en 1973. Elle était infirmière de métier, directrice d’école d’infirmières et activiste dans le monde social juif et membre du Bund.

Luba Blum-Bielicka et Abraham Blum
Luba Blum-Bielicka et Abraham Blum (Cliquer pour agrandir)

Née dans une famille nombreuse juive orthodoxe, elle se maria avec Abrasha (Abraham) Blum, également militant du Bund et insurgé durant le soulèvement du ghetto de Varsovie, qu’elle avait rencontré dès le collège.
Elle termina des études en école d’infirmières en 1925 à l’hôpital orthodoxe juif de Varsovie et devint assistante du directeur en 1939.

Elle s’occupait également des formations d’infirmières pour les sections ouvertes de Paris et Bruxelles.

Après le déclenchement de la guerre,  elle continua a exercer et pris la direction de l’école de formation.

Elèves infirmières durant la période du petit ghetto
Elèves infirmières durant la période du petit ghetto (Cliquer pour agrandir)

L’école déménagea dans le petit ghetto en novembre 1941 dans un bâtiment situé à l’angle des rues Mariańska et Pańska. L’établissement avait pris en charge la formation d’une soixantaine d’élèves infirmières. Les formations se tenaient bien évidemment dans des conditions difficiles durant cette période du ghetto. C’était le seul centre de formation qui avait été autorisé dans le ghetto par les allemands. Lors de la liquidation du petit ghetto durant les grandes déportations de l’été 1942, les élèves infirmières furent arrêtées et dirigées vers Umschlagplatz et de là envoyées vers le camp d’extermination de Treblinka.

Les enfants du couple Blum-Bielecka, Wiktoria et Aleksander, furent raflés à ce moment là avec le groupe d’élèves et également dirigés vers Umschlagplatz, cependant ils purent être exfiltrés et sauvés grâce à l’action d’infirmières polonaises.

Bâtiment de l'ancienne école d'infirmières durant la période du petit ghetto, aujourd'hui Centre médical public, rue Mariańska
Bâtiment de l’ancienne école d’infirmières durant la période du petit ghetto, aujourd’hui Centre médical public, rue Mariańska Emplacement actuel (Cliquer pour agrandir)

L’école fut de nouveau déplacée au 33 de la rue Gęsia dans le grand ghetto et son activité s’arrêta brutalement en 1943. Lors de la liquidation, les patients furent tués ainsi que des nouveaux-nés et une partie du personnel. Luba et ses enfants survécurent en se cachant dans la cave de l’hôpital.
C’est durant l’insurrection du ghetto que Luba passa du côté aryen avec sa fille. Son fils était quant à lui caché dans une famille polonaise. Abraham, son mari, combattit activement durant l’insurrection du ghetto au sein de l’organisation juive de combat dont il était l’un des leaders. Il passa du côté aryen avant la fin de l’insurrection où il se cacha, mais il fut arrêté puis tué par la Gestapo.

L'immeuble de l'ancienne école d'infirmière du petit ghetto, dans les années 60
L’immeuble de l’ancienne école d’infirmière du petit ghetto, dans les années 60 et l’immeuble Lejb Osnos en retrait sur la droite. (Cliquer pour agrandir)

Après la guerre, Luba s’occupa d’un orphelinat de 130 enfants à Otwock non loin de Varsovie et devint en 1949 directrice de la nouvelle école d’infirmières n°3 de Varsovie.

Plus tard, elle émigra aux Etats-Unis et travailla à l’hôpital de New-York.
Elle mourut en 1973 et fut inhumée dans le cimetière juif de Varsovie.

Plaque commémorative sur la façade de l'ancienne école du petit ghetto
Plaque commémorative sur la façade de l’ancienne école du petit ghetto (Cliquer pour agrandir)

Luba Blum-Bielicka a été décorée de la médaille Florence Nightingale qui est une haute distinction décernée par la Croix Rouge internationale.
Alina Margolis a été l’une des étudiantes infirmières durant la période de l’école dans le petit ghetto, elle est devenue plus tard la femme de Marek Edelman.

2015, le ghetto de Varsovie

Comprendre la taille du ghetto

Il est toujours difficile de s’imaginer ce que pouvait être le ghetto de Varsovie, par sa taille. Sa superficie s’étalait sur plus de 300 hectares et le mur qui l’entourait à l’origine avait 16 kilomètres de long.

Warsaw ghetto 2015
Warsaw ghetto 2015 – Le tracé (Cliquer pour agrandir)

La vidéo ci-dessous que j’ai réalisée donne une première approche de cet immense périmètre.
Le circuit démarre depuis la limite nord du ghetto pour se diriger ensuite vers la limite sud. Ensuite le tracé bifurque vers l’extrémité sud-ouest du ghetto pour le remonter, le traverser jusqu’à sa limite est puis nord-est pour se terminer à Umschlagplatz.
Les axes traversés sont les suivants:
  • avenue Jean Paul II (nouvelle section*),
  • rue Złota,
  • rue Żelazna,
  • rue Nowolipie,
  • rue Smocza,
  • rue Anielewicz (ancienne rue Gęsia),
  • rue Świętojerska (nouvelle section et section originale),
  • rue Bonifraterska,
  • rue Muranowska (nouvelle section),
  • rue Stawki (nouvelle section et section originale).

* nouvelle section signifie que ces axes ne suivent plus le tracé d’avant guerre pour ces rues.


Video (1080p HD 28mn) © Jacques Lahitte 2015

Traduction des textes en fin de vidéo

Le ghetto a été établi en septembre 1940. Sa superficie était de plus de 300 hectares et le mur avait 16 kilomètres de long. Plus de 350 000 juifs de Varsovie et des juifs de la région de Mazovie y furent internés. Egalement des juifs d’Allemagne et de quelques autres pays européens furent envoyés dans le ghetto. Sa population atteint quelques pics de 450 000 personnes. Environ 100 000 juifs moururent de maladie et de faim.
Les grandes déportations commencèrent en juillet 1942 et s’arrêtèrent 2 mois plus tard. 300 000 juifs furent envoyés vers le camp d’extermination de Treblinka. L’insurrection du ghetto commença en avril 1943, 13 000 juifs moururent et 57 000 furent déportés. Le grand ghetto fut rasé durant l’insurrection (de la rue Leszno à Umschlagplatz). Un camp de concentration (KL Warschau – également appelé Gęsiówka) fut établi à partir de juillet 1943 dans la rue Gęsia. Des juifs furent envoyés là en provenance de certains camps de concentration, leur tâche était de nettoyer les ruines du ghetto et de trier les matériaux. Le camp fut évacué en juillet 1944 et les derniers 348 juifs qui restaient furent libérés lors de l’insurrection de Varsovie. Par la suite, le camp fut utilisé par le NKVD pour des prisonniers allemands puis pour l’internement d’opposants polonais au communisme.
Le reste de la ville fut presque entièrement détruit durant l’insurrection de Varsovie entre août et octobre 1944, y compris l’ancien petit ghetto. Malgré les destructions et la reconstruction, beaucoup d’immeubles d’avant guerre du petit ghetto sont encore visibles. Les derniers vestiges du mur original ont été préservés grâce à l’action d’un polonais, mr Mięczysław Jędruszczak. Une autre section du mur est visible dans la rue Waliców. En 2008 et 2010, 22 mémoriaux du mur ont été érigés sur le pourtour de l’ancien ghetto.

L’hôpital évangélique dans le ghetto

Une enclave au cœur du ghetto de Varsovie

Dès la fermeture du ghetto en novembre 1940, un petit périmètre sous accès contrôlé fut délimité, il constitua une enclave dans le grand ghetto qui abritait des bâtiments de la communauté évangélique; l’église, le consistoire et l’hôpital.

Hôpital évangélique - Ghetto de Varsovie
Plaque commémorative de l’ancien hôpital évangélique – Ghetto de Varsovie (Cliquer pour agrandir) © www.shabbat-goy.com
L’hôpital a existé durant une période allant de 1736 à 1943. A l’origine se trouvait à proximité un cimetière protestant. Le bâtiment a subi plusieurs remaniements, notamment durant le XIXèmesiècle en 1835-1837 où il a été agrandi. L’hôpital se trouvait à l’angle des rues Karmelicka et Mylna.
Durant la guerre, l’hôpital s’est retrouvé inséré dans le ghetto dès novembre 1940, mais séparé par un mur, dans une enclave où se trouvait également l’église évangélique. Il a été fermé lors de l’insurrection du ghetto. Il fut ensuite utilisé par les combattants, lors de l’insurrection de Varsovie en 1944.

Sa présence dans le ghetto durant la guerre a permis d’apporter aide et assistance à de nombreux juifs. Une plaque commémorative rappelle sa présence, son histoire, l’aide et le sauvetage de juifs, en polonais, en allemand et en hébreu. En effet, de nombreux juifs et leurs familles eurent recours aux services de l’hôpital et à la protection du père Z. Michelis et de la mère supérieure Józefa Borsch, ainsi qu’à l’assistance de nombreux médecins et infirmières. De nombreuses réunions clandestines se tinrent également dans l’enceinte de l’hôpital. C’est aussi par l’hôpital que de la nourriture pu être apportée vers l’intérieur du ghetto.

Hôpital évangélique - Rue Karmelicka à droite, rue Mylna à gauche
Hôpital évangélique – Rue Karmelicka à droite, rue Mylna à gauche
La plaque aujourd’hui visible sur le bâtiment Nowolipie 9/11 a été apposée par la fondation de l’hôpital évangélique de Varsovie, la ville allemande de Delmold et l’église évangélique allemande de Lippe. Delmold est la ville natale de Jürgen Stroop, le général SS qui dirigea l’écrasement de l’insurrection et la destruction du ghetto de Varsovie en 1943.

Visiter le page du mémorial du mur du ghetto dans l’enclave évangélique.

Vues de l’hôpital avant et après la guerre


Cartes de localisation

Un lieu, une histoire: Nowolipki 7

Derrière les photos, les instants de vie

De nombreuses photos du ghetto de Varsovie sont aujourd’hui visibles sur le réseau, mais elles nous parlent de gens disparus, d’un monde disparu, d’une ville disparue, d’endroits disparus, devenus étrangers aux visiteurs.
L’une d’entre-elles présentée ci-dessous nous dépeint deux enfants assis sur le rebord d’une devanture d’un magasin dans une rue de Varsovie. Ils sont habillés de guenilles et leurs visages sont déjà fortement marqués par la faim.

Rue Nowolipki 7 - Varsovie
Rue Nowolipki 7 – Varsovie (cliquer pour agrandir) – Source Fotopolska.eu

La rue Nowolipki était située dans le quartier juif de Muranów. Elle était orientée est-ouest et débouchait côté est non loin de la rue Nalewki, l’artère centrale de la vie juive de la capitale. Durant la guerre, elle se retrouva insérée dans le ghetto.
74 années séparent ces photos prises dans la rue Nowolipki, à une quinzaine de mètres près. Le 7 de la rue Nowolpiki où se trouvait une confiserie appartenant à un certain E. Merensztejn (Merenstein) était située dans le grand ghetto non loin de l’entrée du parc Krasiński.
Les images qui suivent donnent un idée de ce qu’il advint du ghetto qui fut entièrement détruit durant l’insurrection.
Ne restent plus que des photos, souvent prises par l’occupant nazi, qui nous sont parvenues et qui nous rappellent que sur les trottoirs que nous foulons aujourd’hui déambulaient autrefois des enfants qui un jour s’arrêtèrent de rire.
Quand on se promène à Varsovie, notamment du côté de Muranów, et que l’on se penche un peu sur le passé, l’histoire resurgit à chaque coin de rue.
Ci-dessous, le 7 de la rue Nowolipki.

Un petit monde, à Varsovie

Avec des si…

Par moments, je me surprends à essayer d’imaginer ce que serait Varsovie aujourd’hui si elle n’avait pas ou peu été détruite durant la guerre, ou si le temps s’était comme suspendu. Notamment la Varsovie populaire, grouillante et foisonnante de vie, celle où se côtoyaient juifs et polonais, du côté des halles Mirowski.
Ce serait alors un immense dédale de rues, de cours et de recoins, d’arrière-cours, un paradis pour les peintres et les photographes. A côté des majestueuses halles Mirowski (en vert sur la photo), nous pourrions encore flâner dans cette magnifique halle Gościnny Dwór (en marron sur la photo) avec sa fine architecture métallique unique et qui abritait 168 boutiques dont de très nombreuses tenues par des juifs, et ce bazar Janasza (en bleu sur la photo), initialement dédié à la vente du poisson et où on vendait et s’échangeait un peu de tout.
On pourrait remonter la rue Krochmalna si chère à Isaac Bashevis Singer qui logeait avec sa famille au numéro 10 puis 12 (en jaune sur la photo) et croiser son petit monde fait de boutiques et d’ateliers, d’immeubles décrépis et fatigués, d’hôtels et d’auberges surchauffées, de petites yeshivas animées et des tripots enfumés, où se croiseraient pêle mêle une foule de petites gens, juifs orthodoxes en caftans élimés, ouvriers courbés et pressés, boutiquiers aux aguets, voleurs aux aguets, artisans pliés sur leur ouvrage, rombières gouailleuses et beaux parleurs parfumés, gamins nu-pieds, jeunettes effarouchées, prostituées usées et bigotes égarées…
Mais voilà, le petit monde est parti, les rues se sont évanouies, les immeubles engloutis…

Warsaw - Vanished world
Un petit monde, à Varsovie (Cliquer pour agrandir)

De la photo ci-dessus, il ne reste pratiquement rien si ce ne sont les halles Mirowski, la caserne des pompiers (en rouge foncé sur la photo) et cette maison en vert à droite qui abritait une ancienne fabrique d’accessoires et plateaux en argent. Cette zone hormis les halles était insérée dans le ghetto.
Tout s’est volatilisé, fracassé, éteint.
Varsovie serait aujourd’hui une autre ville, avec une autre atmosphère, d’autres couleurs et d’autres saveurs, un autre monde.
Avec des si, on pourrait en refaire des petits mondes…

Découvrir la très belle biographie de Isaac Bashevis Singer par Agata Tuszyńska, Singer, paysages de la mémoire.

Nalewki ou les fantômes du passé

Un lieu, une histoire

Anciennement rue Nalewki aujourd’hui avenue du Général Anders.

Nalewki, the jewish district
Nalewki, the jewish district – Le quartier juif (Cliquer pour agrandir) © www.shabbat-goy.com

Environ 106 années séparent la topologie des rues présentées sur ces deux photographies.
Sur celle en noir et blanc, le cœur du quartier juif avec la rue Nalewki (orientation sud/nord et la place Muranowski au fond) au niveau du croisement avec les rues Gęsia (sur la gauche) et Franciszkańska (sur la droite).
Aujourd’hui la rue Nalewki n’existe plus et l’avenue Anders qui l’a remplacé lors de la reconstruction du quartier Muranów a pivoté d’une quinzaine de degrés vers l’est.
La rue Nalewki, endommagée durant les bombardements du début de la guerre en 1939, fut intégrée dans le grand ghetto avec tout le quartier de Muranów qui fut entièrement détruit lors de l’insurrection du ghetto de 1943 à tel point qu’on ne trouvait plus le moindre pan de mur encore debout sur les 150 hectares réduits à néant.

La rue Nalewki et ses environs en 1939, 1945 et aujourd’hui

Présentation de l’histoire de la rue Nalewki.

La dernière section du mur du ghetto de Varsovie

Les ultimes traces du mur

La photo ci-dessous présente l’une des deux dernières sections du mur du ghetto de Varsovie, préservée grâce à l’action active d’un polonais, Mieczyslaw Jędruszczak, venu habiter quelques années après la guerre un immeuble mitoyen.

La dernière section du mur du ghetto de Varsovie (Cliquer pour agrandir) © www.shabbat-goy.com
La dernière section du mur du ghetto de Varsovie (Cliquer pour agrandir) © www.shabbat-goy.com

A l’origine le mur, long de 16 kilomètres, enserrait plus de 100 hectares d’immeubles et de rues réservés au confinement des juifs de Varsovie et de toute sa région. Le périmètre du ghetto se réduisit au fur et à mesure des déportations et ses limites furent régulièrement modifiées.
Les derniers tronçons aujourd’hui visibles étaient situés dans la limite sud alors occupée par le petit ghetto et des murs avaient été érigés à l’intérieur des cours des immeubles situés entre les rues Sienna et Złota.
De très nombreux visiteurs se rendent aujourd’hui sur les lieux où se trouvent ces deux tronçons de mur en passant par l’intérieur des cours (accès par le numéro 62 de la rue Złota) mais très peu visitent le mur côté est qui donne sur la cour du groupe scolaire situé au 55 de la rue Sienna. Sur cette façade de mur a été apposé en 2010 l’un des 22 mémoriaux, à l’initiative des professeurs et des élèves du Lycée, suite à la mise en place de 21 autres mémoriaux en 2008 par l’Institut Historique Juif de Varsovie, mémoriaux qui balisent et rappellent tout le pourtour du ghetto.
Découvrir le mur du ghetto de la rue Sienna.
Découvrir la chronologie de la mise en place du ghetto de Varsovie.

A Nalewki, les canards sont toujours là…

L’ombre de la rue juive plane toujours

Nalewki, c’était là où battait le cœur de la vie juive, une rue à part dont la pulsation résonnait dans toute la capitale.
Nalewki comme on appelait alors tout cet endroit, c’était le quartier juif de Muranów, ou le quartier nord comme on disait aussi. La rue Nalewki n’existe plus, elle a été broyée par la déferlante noire et vert de gris.

La rue Nalewki - Nalewki street
Axe de l’ancienne rue Nalewki, à Varsovie, un matin d’hiver – © www.shabbat-goy.com

Nalewki, c’était une belle rue, avec de beaux immeubles, de belles façades, de belles devantures, et, à chaque porte cochère, une arrière-cour qui communiquait avec d’autres arrière-cours, un labyrinthe d’arrière-cours où grouillait une vie intense et d’où s’élevait une langue porteuse de vie et de lendemains, le yiddish.
A Nalewki se concentraient plus de 700 commerces, boutiques et ateliers, c’est à dire encore plus que sur la majestueuse avenue Marszałkowska, ces superbes Champs-Elysées de Varsovie, eux aussi broyés dans la tourmente.
Le quartier a été reconstruit après la guerre et la rue Nalewki s’est évanouie pour laisser place aujourd’hui à la grande avenue du Général Anders qui ne suit pas tout à fait le tracé d’antan.

Ce samedi matin, aux abords du parc Krasiński, à proximité de l’ancien emplacement où s’élevait l’une des nombreuses portes du ghetto, des canards se réchauffent au soleil.
Peut-être qu’avant la guerre, certainement même, d’autres palmipèdes se réchauffaient ainsi par une matinée d’hiver en regardant passer des charrettes débordant de marchandises, des dames emmitouflées dans de longs manteaux et fichus et des gamins qui courraient en criant.
Mais autrefois, le samedi, dans la rue Nalewki, c’était le calme qui régnait.
Seuls des tramways brinquebalants et des silhouettes noires en caftan traversaient la rue, car autrefois dans la rue Nalewki, le samedi, c’était Shabbat…

© www.shabbat-goy.com – Photo prise dans l’axe de l’ancienne rue Nalewki.
» Découvrir la rue Nalewki sur Shabbat Goy.

Quand l’architecture se rappelle l’histoire

L’immeuble 2 de la rue Muranowska

Muranowska 2 - Hier et aujourd'hui (Cliquer pour agrandir)  © www.shabbat-goy.com - Narodowe Archiwum Cygrowe
Muranowska 2 – Hier et aujourd’hui (Cliquer pour agrandir)
© www.shabbat-goy.com – Narodowe Archiwum Cygrowe
Les habitués du stade de football Polonia situé à proximité de l’hôtel Ibis ainsi que les automobilistes qui se rendent à Varsovie en empruntant le pont de Gdańsk passent devant l’hôtel du numéro 2 de la rue Muranowska. Moi même j’ai dû y passer une centaine de fois jusqu’au jour où je me suis rendu compte que l’architecture particulière de cet hôtel n’était pas sans rappeler celle de l’immeuble qui existait là avant la guerre.
A l’origine, l’immeuble du 2 de la rue Muranowska avait été construit en 1937-1938 d’après les plans de l’architecte Konstanty Srokowski. Il était situé à l’angle de la rue Muranowska et de la rue Przebieg.
Son propriétaire était un certain Chaim Rozen.
Ce bâtiment était situé à proximité de la place Muranowski qui se trouvait au nord du quartier juif de Muranów, à l’extrémité de la rue Nalewki.
Durant la guerre, l’immeuble fut intégré dans le périmètre du grand ghetto en novembre 1940 et en fut exclu en mars 1942 lors du redécoupage du ghetto. Les immeubles numéros pairs de la rue Muranowska situés en face restèrent intégrés au ghetto jusqu’au soulèvement de 1943.
Le mur du ghetto (voir diaporama ci-dessous) sépara la rue Muranowska en deux durant un an (1942-1943).
L'immeuble Muranowska 2 après la guerre © www.werttrew.fora.pl
L’immeuble Muranowska 2 après la guerre (Cliquer pour agrandir)
© www.werttrew.fora.pl

A la fin de l’insurrection du ghetto en mai 1943, l’immeuble Muranowska 2 était encore debout. C’est durant l’insurrection de Varsovie de 1944 que la partie ouest donnant sur la rue Przebieg fut endommagée. L’immeuble fut restauré après la guerre. Tous les autres bâtiments de cette section de quartier en ruine furent par contre démolis.
L’immeuble Muranowska 2 a été lui démoli au début des années 1970. L’hôtel Ibis visible aujourd’hui a été construit en 2001 pour le compte du Groupe Accor par la société ART GROUP Sp. z o.o.
L'immeuble Munarowska 2 et le ghetto nord
L’immeuble Munarowska 2 et le ghetto nord (Cliquer pour agrandir) © www.shabbat-goy.com – www.mapa.um.warszawa.pl


Afin de conserver la mémoire des pertes irrémédiables qui ont englouti bâtiments et monuments durant la guerre, plusieurs immeubles de la capitale ont été reconstruits selon des architectures contemporaines mais tout en conservant leurs lignes d’antan, comme cela a été par exemple
le cas avec l’immeuble de bureaux édifié sur les ruines de l’ancienne banque de Pologne.

Autres liens avoisinants:
La rue Przebieg.
Topologie du secteur nord-est du ghetto de Varsovie.

Un lieu, une histoire

Jürgen Stroop à Umschlagplatz

Supplétifs nazis et Jürgen Stroop à Umschlagplatz
Supplétifs nazis et Jürgen Stroop à Umschlagplatz (Cliquer pour agrandir)

Lorsqu’ils se rendent au mémorial de Umschlagplatz de la rue Stawki, les visiteurs sont loin de s’imaginer que le général Jürgen Stroop se tenait debout, à quelques mètres de là, 73 ans en arrière…

Photo prise durant l’insurrection du ghetto : le général SS Jürgen Stroop accompagné de supplétifs étrangers (en uniforme noir) sur le site de Umschlagplatz, la gare de transbordement située au nord du ghetto de Varsovie d’où furent déportés vers le camp d’extermination de Treblinka les juifs de la capitale et de sa région.

Stroop dirigea la liquidation du ghetto de Varsovie en avril-mai 1943 durant laquelle plus de 50 000 juifs périrent. Il déclencha lui-même le dynamitage de la grande synagogue de Varsovie et rédigea un rapport appelé le rapport Stroop ayant pour titre « Le ghetto de Varsovie n’existe plus », document dans lequel est décrit la chronologie de la liquidation accompagné d’une collection de photos. Ce document fut utilisé lors du procès de Nuremberg. Arrêté puis jugé par les américains en 1947, il fut extradé en Pologne, jugé puis condamné à mort en 1952.
Les supplétifs nazis étaient recrutés auprès de soldats déserteurs de l’armée rouge, de nationalistes lettons et ukrainiens pour l’essentiel. Ils furent surtout employés à la garde des camps, à la surveillance et la liquidation de nombreux ghettos et à des opérations de liquidation des communautés juives dans les territoires de l’est. Ils étaient surnommés Askaris par les allemands.

Umschlagplatz
Vue aérienne du nord du ghetto et de la gare de transbordement Umschlagplatz. Flèche d’orientation de la photo du haut. (Cliquer pour agrandir) © www.mapa.um.warszawa.pl

Topologie du secteur nord-est du ghetto de Varsovie

Retour sur une zone disparue

The north-east area of the Warsaw ghetto
Limite nord-est du Ghetto. Intersection des rues Bonifraterska et Żoliborska (Cliquer pour agrandir)

La limite nord-est du ghetto aujourd'hui (Cliquer pour agrandir) © www.shabbat-goy.com
La limite nord-est du ghetto aujourd’hui au niveau de la rue Bonifraterska et le mémorial du mur au centre (Cliquer pour agrandir)
© www.shabbat-goy.com

Dès le 15 novembre 1940, un ensemble d’immeubles (couleur brun) encadrés par les rues Bonifraterska, Muranowska, Żoliborska et Pokorna (voir vue aérienne ci-dessous) ont été intégrés dans le périmètre du ghetto. Cette partie située à l’extrémité nord-est du grand ghetto était voisine de la gare de Umschlagplatz.
Juste au nord de la place Muranowski et le long de la rue Żoliborska se trouvait un dépôt de tramways que l’on aperçoit ci dessus et sur la photo aérienne ci-dessous (en rouge). En février 1941, la limite du ghetto fut modifiée à cet endroit et le dépôt en fut exclu. Quelques mois plus tard, en juin 1941, une passerelle en bois (en jaune) fut édifiée au dessus de la rue Przebieg afin d’accéder à l’immeuble situé le plus au nord-est du ghetto.
Un peu avant le début des grandes déportations, en mars 1942, cet ensemble d’immeubles fut exclu du périmètre du ghetto. De fait, il ne fut pas détruit lors des tragiques événements de l’insurrection d’avril 1943. Cependant, à la fin de l’insurrection de Varsovie en 1944, presque tous les immeubles étaient en ruine. Aujourd’hui, toute la zone a entièrement disparue (y compris les rues Przebieg, Żoliborska, Pokorna et Sierakowska). Un mémorial du mur du ghetto a été érigé au bout de la rue Bonifraterska et l’avenue du Général Anders traverse aujourd’hui tout le secteur.
» Voir la page de présentation de la passerelle de la rue Przebieg.

C’est dans ces environs, au XVIIème siècle que l’architecte italien Giuseppe Simone Bellotti venu en Pologne exercer ses talents avait fait bâtir son manoir appelé Murano en souvenir de l’île du même nom au nord de Venise où il était né, nom qui resta pour désigner le futur quartier juif de Muranów (une page sur l’origine de Muranów).

Le secteur nord-est du ghetto après l'insurrection de 1943
Le secteur nord-est du ghetto. Le dépôt de tramways en rouge (Cliquer pour agrandir)

La table de café du ghetto

L’archéologie de l’holocauste

Fouilles dans la rue Swiętojerska - La table de café du ghetto
Fouilles dans la rue Swiętojerska – La table de café du ghetto (Cliquer pour agrandir)
© Żydowski Instytut Historyczny

L’archéologie nous permet de restituer et reconstituer des périodes lointaines enfouies sous nos pieds, dans les profondeurs des sables, des villes. Il est aussi une autre forme d’archéologie qui nous rappelle une présence pas si lointaine.
A l’occasion du 70ème anniversaire du soulèvement du ghetto de Varsovie, une exposition qui se tenait en avril dernier et que j’avais eu l’occasion de découvrir au Corps de Garde (Kordegarda) présentait des objets et des réalisations autour du thème de l’holocauste.
Parmi elles se trouvait une table de café mise au jour dans la rue Swiętojerska qui était alors située dans la zone du grand ghetto.
Tomasz Lec architecte et co-designer des 22 mémoriaux du mur du ghetto avait mis en valeur pour l’occasion la table de café retrouvée.

La table de café du ghetto © Tomasz Lec - Żydowski Instytut Historyczny
La table de café du ghetto
© Tomasz Lec – Żydowski Instytut Historyczny

Le ghetto de Varsovie, à Paris

Comprendre la taille du ghetto

Vue aérienne du ghetto de Varsovie
Vue aérienne du ghetto de Varsovie à la fin de la guerre (cliquer pour agrandir)

Il peut être difficile pour un français de s’imaginer la taille du ghetto de Varsovie et la chose est évidemment compréhensible.
Celui de Varsovie à sa fermeture en novembre 1940 avait une superficie de plus de 300 hectares et était bordé par un mur de 16 kilomètres de long.
Aussi je me suis dit que la meilleure façon de matérialiser cette surface était de la transposer sur une carte actuelle de la ville de Paris, ici au niveau des arrondissements 15ème, 7ème (principalement) et 6ème, avec une photo du ghetto prise à la fin de la guerre.

Si l’Etat français a officiellement collaboré durant la guerre et mis en place des camps d’internement, aucun ghetto n’a été établi sur le territoire par l’occupant.
On peut par contre rappeler que le camp de concentration de Natzwiller-Struthof a été établi en Alsace.

Le ghetto de Varsovie à Paris
Le ghetto de Varsovie à Paris (Cliquer pour agrandir) – Carte Google Earth

» Chronologie de la création du ghetto de Varsovie.

Du Judenrat au Musée de l’Histoire des Juifs Polonais

Histoire d’une ancienne caserne Royale à Varsovie

 1959, Judenrat ghetto Warsaw - 2013, Museum of the History of Polish Jews (Cliquer pour agrandir)
1959 – Ancien Judenrat du Ghetto de Varsovie. 2013, Musée de l’Histoire des Juifs Polonais (Cliquer pour agrandir)
© www.shabbat-goy.com
© LIFE
Plus d’un demi siècle sépare ces 2 photos.
Celle de gauche représente Richard Nixon de dos quittant le monument des Héros du Ghetto lors de sa visite à Varsovie en 1959.
Le bâtiment en ruine que l’on distingue en arrière plan est l’ancienne caserne d’Artillerie Royale bâtie entre 1784 et 1792. Au milieu du XIXème siècle, la caserne fut transformée en prison militaire jusqu’en 1939 puis elle devint le siège du Judenrat (Conseil juif) durant la période du ghetto. Le bâtiment se trouvait au 19 de la rue Zamenhof et faisait partie intégrante du grand ghetto.
Après la guerre en 1948, on érigea à 50 mètres de là, côté est, le monument des Héros du Ghetto.

Le bâtiment ne fut pas restauré et sa démolition intervint en 1965. Une place fut ensuite édifiée en lieu et place et la section de la rue Zamenhof qui menait à l’ancienne caserne disparut.
Aujourd’hui se dresse le Musée de l’Histoire des Juifs Polonais.

Ghetto de Varsovie: Chronologie d’un enfermement

Histoire de la création du ghetto

En Europe centrale et en Europe de l’est, on a recensé plus de 1000 ghettos qui ont été établis pas les nazis entre 1939 et 1941, depuis les pays Baltes jusqu’en Crimée. La Pologne à elle seule en dénombrait plus de 300. Parmi les plus emblématiques, celui de Cracovie, celui de Łódź (Litzmannstadt) le second par la taille et celui de Varsovie, ce dernier enfermant la plus grande population juive.
Destinés à rassembler et concentrer les juifs, ils devinrent les antichambres des camps.
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Ghetto de Varsovie - Zone d'épidémie de typhus
Ghetto de Varsovie – Zone d’épidémie de typhus