Les catholiques juifs du ghetto de Varsovie

Une histoire méconnue

On évalue qu’au moment du bouclage du ghetto, à la fin de l’année 1940, 2000 chrétiens d’origine juive vivaient dans le ghetto.
Les raisons des conversions étaient très diverses. Pour certains juifs, cela était devenu une nécessité afin de pouvoir accéder à certains postes et positions professionnelles qui étaient devenus interdit aux juifs durant les difficiles années d’avant-guerre notamment dès 1935 avec l’activisme des mouvements nationalistes. De nombreux autres juifs se convertirent au début de la guerre, pensant que leur situation s’améliorerait, ce qui ne fut nullement le cas puisque pour les allemands ils restèrent des juifs. D’autres se retrouvèrent dirigés vers le ghetto car présents sur la liste du conseil central de la protection sociale alors dirigé par Adam Ronikier. Emanuel Ringelblum nota fin février 1941 que 20 familles catholiques d’origine juive entrèrent dans le ghetto, et parmi elles celle du professeur Ludwik Hirszfeld, co-découvreur du système de groupes sanguins ABO.

Eglise de Tous les Saints
Eglise de Tous les Saints sur la place Grzybowski en août 1940, petit ghetto (Cliquer pour agrandir) – Photo Referat Gabarytów
Certains membres de ces familles, d’éducation élevée, servirent au sein du Judenrat. Selon Emanuel Ringelblum, une centaine de juifs convertis servirent également dans la police du ghetto. Ils attisèrent l’animosité des juifs orthodoxes dont certains membres attaquèrent les convertis à coups de bâton sur le parvis de l’église de Tous les Saints (Kościół Wszystkich Świętych) de la place Grzybowski. C’est principalement dans le secteur du petit ghetto situé autour de cette place que se regroupèrent les catholiques juifs.
Ces chrétiens d’origine juive s’organisèrent et se rassemblèrent dans des appartements situés dans les immeubles des rues adjacentes à l’église, devenue dans le ghetto le lieu de culte où se retrouvaient ces juifs convertis, sous la houlette du vicaire Antoni Czarnecki. L’accès à l’office était réglementé par les allemands et la vie pastorale s’organisait dans le presbytère. Le prêtre Marceli Godlewski officiait également à l’église de Tous les Saints, les prélats bénéficiaient d’un laisser-passer pour entrer et sortir du ghetto. Ce prêtre était connu avant la guerre pour son antisémitisme militant.
Sa proximité avec la misère et les souffrances qu’il vit et perçut dans le ghetto l’amena a un changement profond d’attitude et de sentiments envers les habitants du ghetto. Il établit une relation profonde et particulière avec les juifs qu’en fait il ne connaissait pas vraiment avant la guerre si ce n’est à travers leurs traditions et modes de vie, les aspects théologiques et bibliques de la religion juive. Il s’investit activement par la suite dans l’aide et l’assistance aux juifs.
Les bâtiments de la paroisse furent utilisés pour loger aussi bien les juifs baptisés que d’autres non baptisés. L’approvisionnement en nourriture pouvait être réalisé avec l’aide de certaines missions soutenues par le Joint, l’organisation Caritas et de la contrebande. Ce fonctionnement dura jusqu’en décembre 1941, période à laquelle toute aide quelconque apportée aux juifs fut puni de peine de mort. Dès cette date, l’approvisionnement s’effectua par contrebande. Les juifs convertis pratiquants, les juste baptisés non pratiquants, des chrétiens d’autres confessions, des juifs assimilés non convertis se retrouvaient dans l’église, qui avait été partiellement détruite durant les bombardements de 1939. Beaucoup de ces chrétiens juifs retiraient leur brassard à l’étoile de David en pénétrant dans le lieu de culte.
En juillet 1942, peu avant le début des grandes déportations, le prêtre Antoni Czarnecki se rappelait, après guerre, de grands rassemblements dans l’église de plusieurs centaines de fidèles juifs convertis et quelques autres venus écouter les sermons sur fond de messages d’évangile et de patriotisme. Des funérailles catholiques furent aussi été célébrées dans le ghetto, les dépouilles étant menées jusqu’aux portes du ghetto puis dirigées vers le cimetière chrétien de Bródno sur l’autre rive de la Vistule, accompagnés des seuls prêtres.
Les catholiques juifs figurèrent pamis les premiers convois lors des déportations de juillet 1942 vers le camp d’extermination de Treblinka.
Dans la paroisse de l’église de Tous les Saints, les baptêmes étaient organisés autour d’une préparation de 6 semaines environ à ce sacrement. Cette préparation, rapportée dans un témoignage après la guerre dut être suivie au début de la période du ghetto, mais avec le temps et les conditions infernales de l’enfermement, la démarche prit certainement une autre tournure plus rapide. Le professeur Ludwik Hirszfeld agit à plusieurs reprises en tant que parrain et rapporta que nombre de ces baptêmes étaient aussi guidés par une réelle foi pour ces juifs vers leur nouvelle religion, dans ces temps dramatiques. Beaucoup de ces nouveaux baptisés appartenaient à l’intelligentsia. La dernière messe fut célébrée dans l’église de Tous les Saints le 9 juillet 1942. Le presbytère fut détruit le 6 août suivant. Les paroissiens furent conduits vers Umschlagplatz puis déportés vers le camp d’extermination de Treblinka. Des catholiques juifs purent s’échapper durant les périodes de déportations et survivre à la guerre.

Marceli Godlewski
Marceli Godlewski
Le prêtre Marceli Godlewski (1865-1945) fut honoré du titre de Juste parmi les Nations en octobre 2009. Durant cette tragique période, il cacha, aida et secouru de très nombreux juifs dont la liste est visible sur le site de Yad Vashem.
Parmi les personnes secourues et sauvées, Wanda et Krzysztof Zamenhof, le petit-fils du célèbre créateur de la langue esperanto, Ludwik Zamenhof.
La Fondation Raoul Wallenberg dévoile une plaque House of Life dans l'église de Tous les Saints à Varsovie
La Fondation Raoul Wallenberg dévoile une plaque House of Life dans l’église de Tous les Saints à Varsovie – Photo Marek Dusza

En 2017, à l’initiative de la Fondation Raoul Wallenberg, une plaque House of Life a été dévoilée sur le site de l’église de Tous les Saints en mémoire de cette période et de l’aide apportée aux juifs par les prélats.

Le quartier juif autour de la place Grzybowski

Retour sur un ancien quartier juif

Présentation des articles concernant l’histoire du quartier juif de Varsovie dans les environs de la place Grzybowski et présentation de l’histoire du grand bazar juif Pociejów de la rue Bagno. Egalement la présentation de la synagogue Nożyk.
Mise en ligne de la carte interactive du ghetto de Varsovie (11/1940). Déjà visibles, la présentation de la rue Próźna, la rue Nalewki, les 22 mémoriaux du mur du ghetto.
La carte est en continuel développement, les tracés chronologiques du ghetto seront mis en fonction sous peu (la carte peut poser quelques problèmes avec une version IE 8).