Présentation du ghetto de Cracovie

Kraków (Nom allemand: Krakau) (Nom yiddish: Kroke)  
Małopolskie – (Voïvodie de Petite Pologne) 
Adresse: Plac Bohaterów Getta 
 Latitude: 50° 2’46.84″N – Longitude: 19°57’15.52″E
Histoire:
Longtemps capitale des rois de Pologne, Cracovie a été un grand centre culturel et universitaire avec notamment la fondation de la plus ancienne université européenne après celle de Prague, l’université Jagellon, créée en 1364 par le roi Casimir le Grand (Kazimierz Wielki), le même roi qui offrit aux juifs qui fuyaient les persécutions des royaumes de l’ouest, droits, statuts et liberté de pratiquer leur culte.
C’est ainsi que la communauté juive qui avait fait son apparition dès le Xème siècle se développa et prospéra dans le faubourg voisin de la ville qui devint par la suite le quartier juif de Kazimierz.
Près de 56 000 juifs vivaient à Cracovie à l’aube du deuxième conflit mondial, ils représentaient le quart de la population de Cracovie.
Les persécutions à l’encontre des juifs commencèrent dès l’invasion de la Pologne en septembre 1939. Cracovie resta sous administration allemande après le partage de la Pologne entre l’Allemagne et l’URSS conformément au pacte secret Molotov/Ribbentrop qui avait scellé le destin de la Pologne avant la guerre. Hans Frank1 devint administrateur du Gouvernement Général et s’installa au château Royal de Wawel.
Il fut ordonné aux juifs de plus de 12 ans de porter une marque de reconnaissance. Contrairement aux pays de l’ouest, il ne s’agissait pas d’une étoile jaune mais d’un brassard blanc porté sur une manche sur lequel était dessinée une étoile de David bleue. Dans un premier temps, une grande partie des juifs furent expulsés de la ville et durent aller s’installer dans les villages de la région, environ 15 000 restèrent à Cracovie, essentiellement des travailleurs enrôlés pour soutenir l’effort de guerre avec leur famille. Un recensement des populations juives fut réalisé dès octobre 1939 et un inventaire des propriétés fut mené à bien entre janvier et mars 1940.
Par la suite, avec la mise en place du contrôle des populations juives, un ghetto fut créé à Cracovie le 3 mars 1941 dans le quartier de Podgórze (qui signifie sous la montagne), un quartier polonais situé au sud du quartier juif sur l’autre rive de la Vistule. Les polonais furent expulsés de leur quartier et allèrent s’installer dans les maisons vides du quartier juif. Au départ, entre 15 000 et 20 000 juifs s’entassèrent dans cette zone d’une quinzaine de rues ceintes par un mur qui reprenait la forme traditionnelle des tombes juives. Quatre portes gardées contrôlaient les entrées et les sorties du ghetto. Le tramway qui traversait le quartier continua à y circuler, mais sans s’y arrêter.
La première déportation de juifs intervint en mars 1942 lorsque 50 intellectuels juifs furent envoyés à Auschwitz.
Plusieurs entreprises furent établies à l’intérieur du ghetto, notamment les fabriques textiles Optima et Madritsch. De nombreux juifs furent également utilisés comme main d’œuvre dans des entreprises situées à l’extérieur du ghetto. Ce fut le cas des juifs qui travaillèrent à l’usine Deutsche Emalwarenfabrik dirigée par Oskar Schindler non loin du ghetto.
Dès juin 1941, un camp de travail fut créé à Płaszów à quelques kilomètres au sud du ghetto qui employa de la main d’œuvre juive qui alimentait de nombreux ateliers de fabrique textile, de réparation ainsi qu’une carrière. La vie s’organisa dans le ghetto, des hôpitaux furent créés avec un minimum de moyens, des orphelinats prirent en charge les enfants, une poste fut ouverte, des bains publics, des écoles, des yeshiva, des boutiques et des cantines. Le conseil juif organisait tant bien que mal la vie dans le ghetto sous les ordres des autorités allemandes qui mirent en place une police juive. Chaque jour pour les habitants du ghetto, c’était la course au sésame, la Kennkarte qui permettait à chaque juif de travailler soit dans l’un des ateliers du ghetto où dans les entreprises de l’extérieur qui employaient de la main d’œuvre juive. Dès le début des rafles, avoir une Kennkarte signifiait avoir la vie sauve pour un temps.
Dans le cadre de l’opération Reinhard visant à régler la question juive et à mettre en place le processus de la solution finale, sous couvert de les envoyer en camp de travail, les allemands déportèrent 1500 juifs vers le camp d’extermination de Bełżec. La première rafle de grande importance intervint en juin 1942. Les allemands déportèrent 7000 juifs vers le camp de Płaszów où 1000 furent redirigés vers Bełżec. Il arriva que des juifs qui partaient travailler à l’extérieur du ghetto revinrent le soir et découvrent que leur famille avait été déportée. Lors des déportations, les rassemblements avaient lieu sur la place Zdody (aujourd’hui la place des héros du ghetto) en face de la pharmacie. Les rumeurs les plus folles circulaient dans le ghetto, notamment lorsqu’un juif qui s’était évadé du camp de Bełżec était revenu dans le ghetto. Après la rafle de juin, la superficie du ghetto fut diminuée de moitié. La deuxième grande aktion du 28 octobre 1942 vit la déportation de la moitié de la population du ghetto, à savoir 6000 juifs qui furent envoyés au camp d’extermination de Bełżec. Pendant cette rafle, 600 juifs furent exécutés sur place, notamment des enfants. A la fin de l’année 1942, le ghetto fut divisé en 2 parties, A et B, le secteur A étant occupé par des travailleurs et des artisans sélectionnés par les autorités occupantes, tandis que le secteur B était occupé par le reste de la population du ghetto ainsi que de nombreux juifs raflés dans la région.
C’est au cours du printemps 1943 que le ghetto fut liquidé, comme la plupart des ghettos de Pologne. Les 13 et 14 mars, 2000 juifs aptes au travail ainsi que les membres du conseil juif et les membres de la police juive furent envoyés au camp de Płaszów et les 3000 juifs restants furent dirigés vers le camp d’extermination d’Auschwitz-Birkenau où la plupart furent gazés dès leur arrivée. Durant les déportations, les juifs étaient amenés sous bonne escorte vers les gares voisines de Krzemionki et de Prokocim. Durant la liquidation du ghetto, 2000 juifs furent tués sur place.
Pendant la liquidation et les jours qui suivirent, des enfants cachés purent être exfiltrés du côté aryen et sauvés. Toutes les maisons du ghetto furent systématiquement fouillées. Durant ces opérations, tous les biens restants juifs furent saisis par l’occupant, néanmoins, certains juifs qui avaient été réquisitionnés pour le nettoyage du ghetto, avec l’aide du pharmacien polonais réussirent à cacher des livres de littérature Yiddish, des rouleaux sacrés de Torah et des livres de prière.
Durant toute l’existence du ghetto, le pharmacien catholique polonais Tadeusz Pankiewicz fut le seul non juif à rester habiter dans le ghetto où il tint sa pharmacie ouverte du premier au dernier jour de l’existence du ghetto. En effet, sa pharmacie située sur la place Zgody se trouvait désormais dans l’enceinte du ghetto. Il fut le seul non juif à vivre la douloureuse expérience des juifs, sa présence et son assistance permirent d’apporter une aide extrêmement précieuse pour les juifs du ghetto et les malades des hôpitaux de fortune. Il mena une action entièrement tournée à aider les juifs du ghetto et à les assister dans toutes leurs souffrances. Il fut le témoin de toutes les rafles et de la liquidation sanglante du ghetto. A près la guerre, il conserva des liens très serrés avec certains juifs qu’il avait sauvé durant cette tragique période. Tadeusz Pankiewicz fut honoré du titre de Juste parmi les Nations en 1983 et aujourd’hui un arbre a été planté à son nom à Yad Vashem. Le pharmacien est décédé en 1993 et sa pharmacie aujourd’hui située place des héros du ghetto dans le quartier de Podgórze est devenue le musée du ghetto. Il a relaté sa difficile expérience dans son livre La pharmacie du ghetto de Cracovie.
Une organisation de résistance juive exista dans le ghetto et s’engagea dès le départ dans des opérations d’éducation et d’aide auprès de la population juive. L’une des deux organisations de cette résistance, l’organisation juive de combat organisa l’attentat du 23 décembre 1942 à Cracovie au café Cyganeria où 12 allemands furent tués durant l’attaque. Ses membres survivants rejoignirent les forces de résistance juive à Budapest en Tchécoslovaquie.

Alors âgé de 6 ans, le cinéaste Roman Polanski se retrouve dans le ghetto avec sa famille qui sera entièrement déportée. Il survivra toute la guerre à Cracovie en vivant caché avec d’autres enfants et avec l’aide de certains habitants.

1 . Surnommé Le bourreau de la Pologne, Hans Frank a été Ministre du Reich et Gouverneur général de Pologne. Il a été condamné à mort suite au procès de Nuremberg et exécuté par pendaison en 1946.

Année de la visite: 2000-2011
Remarques:
Le quartier du ghetto en lui même n’a pas beaucoup changé, très peu de nouvelles constructions ont été menées depuis la guerre, aussi est-il facile de se représenter ce qu’il pouvait être durant la guerre en comparant les rues actuelles avec des photos d’époque. La pharmacie a été transformée en musée et de nombreux bâtiments administratifs de l’époque du ghetto existent toujours.
Sur l’ancienne place Zgody (place de la Concorde) est aujourd’hui visible un mémorial à la mémoire des juifs du ghetto, symbolisé par 33 chaises métalliques d’une hauteur de 1m40 et 37 petites chaises d’une hauteur de 1,2m, censées représenter le vide laissé par la disparition des habitants du ghetto. Cette représentation mémorielle symbolique inaugurée en décembre 2005 a été réalisée par les architectes Piotr Lewicki et Kazimierz Latak.
Dans la rue Lwowska, il est possible de découvrir un morceau du mur du ghetto qui est pieusement conservé.

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