Jakob Haberfeld, une vodka à Auschwitz…

…ou l’histoire d’une famille juive à Oświęcim

Jakob (Jakub) Haberfeld est le nom d’une vodka (wódka) qui était distillée dans la ville d’Oświęcim en région de petite Pologne (Małopolska).
Ville chargée de 8 siècles d’histoire, Oświęcim est malheureusement mondialement connu sous son autre sinistre nom que les allemands lui donnèrent durant 6 années, Auschwitz.

Wodka Czysta Jakob Haberfeld
Vodka blanche à la pomme de terre Jacob Haberfeld 50°
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La compagnie Parowej Fabryki Wódek i Likierów (Grande distillerie à vapeur de vodkas et liqueurs), fondée en 1804, distillait et distribuait des alcools et des liqueurs dont la wódka Jakob Haberfeld. C’était l’une des plus anciennes distilleries de vodka en Pologne. Aujourd’hui, la wódka cacher Jakob Haberfeld est distillée par la firme Nisskosher basée à Bielsko-Biała, à partir de blé, de seigle ou de pommes de terre et elle est déclinée brut ou parfumée au miel, à la cerise, à l’absinthe ou à la noix, sous une teneur d’alcool comprise entre 30 et 50 degrés. La qualité des vodkas casher Haberfeld est soumise à l’approbation de l’organisation religieuse Manchester Beth Din basée en Angleterre.

Distillerie Jakob Haberfeld à Oświęcim
La distillerie Jakob Haberfeld à Oświęcim

Haberfeld, quatre générations au service d’une ville

La famille Haberfeld fut l’une des familles juives (Enoch, Schönker, Henerberg) la plus influente de la ville d’Oświęcim. Elle s’intalla à Oświęcim dans la seconde moitié du XVIIIème siècle avec Simon Haberfeld, un juif originaire de Tura Luka (aujourd’hui en Slovaquie) et qui vint visiter la ville à l’invitation d’un ami étudiant de l’université de Prague. C’est là qu’il tomba amoureux de la jeune Jacheta Reider avec qui il se maria. Jakub, fruit de l’union de Simon et Jacheta fonda l’entreprise de distillation en 1804. Ce dernier épousa Hermine Starke. Ils eurent deux enfants, Emil Haberfeld (1869-1925) qui devint propriétaire de l’usine en 1906, et Rudolf Haberfeld (1873-1921). Emil eut trois fils, Gerhard, Erwin et Alfons (1904-1970). C’est à Alfons qu’il légua ses biens.

Tout au long de son histoire, la fabrique créa de très nombreuses variétés de vodkas dont certaines plus connues sous les noms de Magister, Basztówka et Zgoda, des liqueurs, des orangeades et des eaux gazeuses, distribuées dans des bouteilles de verre et de porcelaine. A la fin du XIXème siècle, la fabrique approvisionna la brasserie Okocim (qui fonctionne à ce jour) fondée par Jan Götz, un polonais d’origine bavaroise et elle représenta également la brasserie Żywiec (fondée en 1856 par le prince autrichien Albrecht Fryderyk Habsburg), actuellement l’une des plus grandes brasseries polonaises.

Durant la première guerre mondiale, la distillerie produisit de la vodka pour le compte de l’armée autrichienne. Pendant l’entre-deux guerres, jusqu’à 25 personnes travaillaient à la distillerie dont la production s’élevait à 50 000 litres. Ses alcools dont la qualité était reconnue, étaient exportés vers l’Autriche, la Hongrie, l’Italie et l’Allemagne.

Les époux Alfons Haberfeld et Felicja Spierer durant leurs noces
Les époux Alfons Haberfeld et Felicja Spierer durant leurs noces du 11 août 1936 à Cracovie.
Photo Rodgers Center for Holocaust Education, Chapman University, Orange, California.
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En août 1939, le directeur de la fabrique, Alfons Haberfeld et son épouse Felicja Lusia Spierer (1911-2010) avec qui il s’était marié en 1936 se trouvaient à New-York dans le cadre de leur participation à l’exposition universelle à laquelle ils avaient été invités.
Née dans une grande famille de Cracovie en 1919, Felicja étudia à l’université Jagellonne où elle obtint un master de philosophie puis à Vienne.
Initialement, Felicja n’était pas favorable à ce déplacement, mais elle suivit son mari qui voyait dans cette occasion une réelle opportunité de développement pour la distillerie. Le bateau sur lequel ils retournèrent en Europe fut détourné vers l’Angleterre en raison du déclenchement de la seconde guerre mondiale. Incapables de retourner en Pologne, ils liquidèrent leurs affaires afin de pouvoir repartir vers les Etats-Unis où ils débarquèrent par Ellis Island. Là, ils furent pris en charge par le membre de la famille de l’un de leurs employés polonais. A cette époque, les touristes ne pouvant qu’emporter une somme limitée, Felicja dut revendre ses bijoux et d’autres biens afin de payer les billets de bateau pour les Etats-Unis. Les communications étant soumises à une stricte censure, c’est par l’intermédiaire de la famille de leur employé qu’ils purent prendre des nouvelles de leur fille restée en Pologne à Oświęcim, désormais appelée Auschwitz.

Durant l’occupation allemande, la fabrique fut renommée Haberfeld unter Verwaltung Treuhändler et mise sous la tutelle d’un régisseur du nom de Handelmann. Les installations survécurent à la guerre à l’instar d’innombrables autre usines polonaises qui furent démantelées et pillées.
La fille des époux Haberfeld, Franciszka Henryka Haberfeld (Franusia) qui était née en 1937 et qui était restée en Pologne sous la protection de la belle-mère d’Alfons s’installèrent à Cracovie. Le grand-père, Leon Spierer fut chassé de son domicile par les allemands, il rejoignit à Cracovie sa femme et la petite-fille Franusia. Par la suite, ils se retrouvèrent confinés dans le ghetto de Cracovie. Les époux Haberfeld tentèrent en vain de venir en aide à leur famille en Pologne, ils envoyèrent le moindre argent à leur famille par l’intermédiaire d’un juif basé au Portugal. Alfons Haberfelt trouva un emploi à Baltimore comme manutentionnaire de tonneaux. La communication se fit plus difficile, ils apprirent que le ghetto fut liquidé et l’intermédiaire juif les informa de ne plus envoyer d’argent. Ce jour-là, Felicja compris.
Le père et l’oncle de Felicja furent raflés lors de la première liquidation du ghetto et furent déportés vers le camp de concentration de Mauthausen. Son frère fut également déporté vers cette destination.
Un cousin de Felicja qui avait pris soin de la petite depuis la déportation du grand-père fut déporté avec sa mère vers le camp d’extermination de Bełżec.
Ne restaient plus de la mère de Felicja et sa petite-fille dans le ghetto de Cracovie. La grand-mère fut raflée lors de la dernière grande aktion dans le ghetto. Elle cacha auparavant Franusia dans une cave. Malheureusement, la petite se mit à pleurer et les allemands la découvrirent et la mirent avec sa grand-mère dans un convoi à destination de Bełżec. La fillette était alors âgée de 5 ans.
C’est en 1944 que Alfons et Felicja apprirent la terrible nouvelle.
La photo ci-dessous fut expédiée aux époux Haberfeld depuis la Pologne.

Franciszka Henryka Haberfeld vers 1940
Franciszka Henryka Haberfeld vers 1940
Collection Rodgers Center for Holocaust Education, Chapman University.
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Felicia Haberfeld (Spierer)
Felicia Haberfeld (Spierer)
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Les époux Haberfeld retournèrent aux Etats-Unis où ils s’installèrent et fondèrent en 1952 avec des rescapés de l’holocauste une organisation appelée Club 1939 (The 1939 Society). En 1944, ils eurent un second enfant prénommé Stephen et la famille s’installa à Los Angeles en 1948. Ils tentèrent de récupérer la distillerie de Oświęcim alors propriété des autorités communistes afin d’en faire une maison pour l’humanité.
« Auschwitz était un lieu plein de vie, ça n’a pas toujours été un endroit de mort » disait Felicia. « C’était une ville très spéciale. La plupart des gens se font une fausse idée des juifs polonais venant de petits shtetls et qui vivaient séparés des autres par Dieu sait quoi. Ce n’était pas vrai pour Auschwitz. »
Felicia s’investit pleinement dans le programme pour la mémoire de l’Holocauste initié par l’université Chapman. Alfons travailla comme réceptionniste dans une distillerie et Felicja comme vendeuse de sous-vêtements féminins. Ils habitaient un modeste duplex.
Par la suite, ils s’installèrent dans une maison et Stephen étudia à l’université de Californie à Los Angeles (UCLA), puis à Princeton et à Harvard. Felicja quant à elle passa un diplôme de bibliothéconomie. En 1967, ils retournèrent à Oświęcim où ils découvrirent que l’état de leur maison était pire que ce qu’ils avaient imaginé. Les époux purent seulement sauver un coffre qui appartenait aux parents à elle et 2 armoires en porcelaine de Chine.
Les époux décédèrent à Los Angeles, Alfons en 1970 et Felicja en 2010. Alfons était l’un des rares juifs à avoir été honoré de la Croix d’Argent Polonaise pour le service public.

La famille Haberfeld représentait la partie progressiste de la communauté juive d’Oświęcim, elle participa activement à la vie sociale de la commune, elle siégea au conseil municipal et s’investit dans des actions caritatives.
Les frères Jacob, Rudolf et Alfons œuvrèrent chacun comme président de la communauté juive de Oświęcim.

Le déclin et la renaissance de la marque Haberfeld

La distillerie fut nationalisée après la guerre et appelée Fabryka Jakuba Haberfelda pod zarządem państwowym (Fabrique Jakub Haberfeld sous la direction de l’Etat). Elle fut utilisée pour l’embouteillage d’eau gazeuse et de boissons non alcoolisée ainsi que pour l’embouteillage de bières pour la compagnie Okocim. Le bâtiment abrita également un restaurant, une coopérative artisanale, des appartements d’habitation et des services fiscaux.

Comme nombre d’entreprises en Pologne après 1989, l’usine fit faillite et les installations furent pillées. A la fin des années 1980, Felicja engagea une procédure en vain pour la récupération de l’ancienne distillerie. La municipalité de l’époque lui proposa une restitution à la condition que le bâtiment soit racheté, restauré et maintenu dans son état original. Pour Felicja, l’objectif était de dédier le bâtiment à une oeuvre philanthropique ou une fondation. Les autorités lui répondirent qu’au delà d’une certaine date, si elle ne se présentait pas avec la somme requise, le bien serait mis aux enchères au plus offrant. En 1991, Stephen Haberfeld en sa qualité de juge et ancien procureur se rendit à Oświęcim auprès des autorités pour tenter de trouver une solution et empêcher la vente des bâtiments. En 1995, ce qui restait de l’usine et de la maison familiale fut inscrit au registre des monuments, cependant les bâtiments déjà très endommagés tombèrent en ruines. Acquis en 1998 par le Consortium des finances et du commerce de Cracovie pour la somme de 80 000 złoty, les bâtiments furent revendus à des particuliers, puis démolis en 2003.

En juin 2019, un musée a été ouvert au 4 de la rue Dąbrowski à Oświęcim, dans un nouveau bâtiment édifié sur l’emplacement de l’ancienne fabrique, un édifice qui abrite l’hôtel Hampton by Hilton; afin de pérenniser la mémoire de la fabrique de vodkas et liqueurs Jakob Haberfeld et les contributions apportées à la ville par la famille Haberfeld durant un siècle et demi.

Pavé de la mémoire de  Franciszka Henryka Haberfeld
Pavé de la mémoire de Franciszka Henryka Haberfeld – Photo Mirosława Ganobisa
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En juillet 2019, un pavé à la mémoire de Franciszka Henryka Haberfeld réalisé par un artiste allemand d’Oświęcim, Gunter Demnig, a été apposé sur le lieu de la fabrique disparue.

Voir une vidéo témoignage de Felicia Haberfeld (1h20 – english)
Source The 1939 Society

Epilogue

Lorsque le camp de Birkenau fut ouvert en 1942, les déportés étaient sélectionnés depuis un quai qui avait été construit avant la guerre par Alfons Haberfeld à des fins de transport d’un gravier fluvial.
Les 8000 juifs qui habitaient Oświęcim périrent durant la guerre. La grande synagogue fut détruite par les allemands. Alfons Haberfeld fut le dernier président de la communauté juive.

Le dernier juif de Oświęcim, Szymon Kluger, un rescapé du camp de Auschwitz-Birkenau est mort en 2000. Il était né dans une maison mitoyenne à la synagogue Chewra Lomdei Misznajot qui est aujourd’hui visible et il était retourné vivre à Oświęcim en 1962. Il a été inhumé dans le cimetière juif de la ville.

Synagogues de Pologne vues par Wojciech Wilczyk

Vie et destin des synagogues polonaises

Il y a quelques années, j’avais acheté le livre de Wojciech Wilczyk (anglais/polonais) Niewinne oko nie istnieje que l’on pourrait traduire par « l’œil innocent n’existe pas » (ou le regard plutôt). Ce livre édité en 2008 est une véritable petite bible de près de 700 pages sur les synagogues en Pologne.
Son auteur, spécialiste de la photographie documentaire, a en effet parcouru le pays durant plusieurs années et ramené des centaines d’images de ces multiples synagogues et maisons de prières qui ont survécu au temps, ou pas pour certaines d’entre-elles.
Quasiment aucune aujourd’hui n’est dédiée au culte, pour la bonne et simple raison que les juifs ne sont plus là. Depuis la fin de la guerre, elles ont souvent connu de nombreuses autres vies, généralement elles ont été transformées en entrepôts ou en magasins au sortir de la guerre après avoir été relevées de leurs ruines puisque l’immense majorité des synagogues de Pologne ont été dévastées ou incendiées, souvent dès 1938 (nuit de cristal) pour celles qui étaient situées sur les territoires actuels de la Pologne occidentale.
Elles ont ensuite été transformées durant les décennies communistes qui ont suivi en magasins, halles marchandes, cinémas, restaurants, postes de police, caserne de pompiers, galeries d’art, maisons d’habitation, ateliers, entrepôts, bars, banques, église de Jéhovah, musées, bibliothèques, salles de sport, bureaux administratifs et même piscine municipale comme l’ancienne synagogue de Poznań transformée de la sorte pour la détente des soldats de la Wehrmacht et dont le nouvel usage est encore en activité aujourd’hui.
Nombre d’entre-elles ont été restituées aux communautés juives éparpillées dans le pays. Une partie de ces synagogues ont été rénovées et dédiées à des activités culturelles et de souvenirs du judaïsme, d’autres ont poursuivi leurs activités commerciales dans le cadre de baux initiés par ces mêmes communautés car il est devenu difficile de mener à bien des projets coûteux de restauration. D’autres sont aujourd’hui en ruines ou à l’état d’abandon car les petites communes où elles se situent ne disposent pas de fonds souvent très substantiels à investir pour mener à bien un projet de revitalisation. Restaurer une synagogue ne se limite pas à redresser murs et toitures ou à redonner une certaine magnificence d’antan, restaurer une synagogue, c’est un projet global, conséquent et mûrement réfléchi à mener entre les autorités municipales et régionales qui amènent des fonds et les communautés juives dans une perspective commune qui nécessite la mise en place des activités dédiées, du personnel, des fonds allouées chaque année pour l’entretien et le développement.

Exposition Wojciech Wilczyk
Exposition Wojciech Wilczyk (Cliquer pour agrandir) © www.shabbat-goy.com
A Ostrów Wielkopolski, l’ancienne et dernière grande synagogue de Pologne de style oriental mauresque, restituée à la communauté juive de Wrocław a été vendue en 2005 à la municipalité avec obligation de la dédier à des activités culturelles. En effet, la communauté ne disposait pas des fonds importants pour mener à bien cette grande et magnifique restauration qui a été entreprise par la ville. Elle est devenue à mes yeux l’une des plus belles synagogues de Pologne, encore bien mal connue.
Paradoxalement, toutes ces nouvelles vie dont beaucoup s’offusquent aujourd’hui ont permis à ces centaines de synagogues et maisons de prières de survivre aux vicissitudes du temps et pour plusieurs d’entre-elles de retrouver leur éclat et leur raison d’être.
Il est certain que si durant ces décennies communistes ces synagogues avaient été laissées en l’état il n’y en aurait plus beaucoup encore debout aujourd’hui. Un moindre mal diront certains. C’est tout le dilemme de ces synagogues sans juifs, de ces bâtiments sortis de l’oubli ou de l’indifférence grâce à l’objectif de Wojciech Wilczyk.

Jusqu’au 4 janvier 2016 se tient au Musée de l’Histoire des Juifs polonais de Varsovie l’exposition Wojciech Wilczyk: (nie)widzialne/ (in)visible” qui présente une partie de ses photographies.

Expression antisémite en Pologne

Durant ses visites dans les villes de Pologne, Wojciech Wilczyk en a profité pour saisir sur pellicule les tags et inscriptions antisémites visibles sur de nombreux murs qu’il présente dans le cadre de cette exposition. Si certaines inscriptions sont carrément antisémites, beaucoup d’autres illustrent les invectives et injures proférées entre certains supporters de clubs de football envers l’équipe adverse, « juif » étant devenu l’injure et la caricature ultime pour attaquer l’adversaire, notamment auprès de hooligans de Łódź, de Cracovie ou de Varsovie. Il s’agit là d’un phénomène pas nouveau, apparu depuis la chute du communisme, et déjà présent chez certains supporters d’autres équipes de championnats européens comme cela est arrivé aux Pays-Bas, en Angleterre, en Italie.

Exposition Wojciech Wilczyk au musée de l’Histoire des Juifs polonais

Rigolades dans la chambre à gaz

Création vs banalisation

Dans le cadre de l’exposition Poland – Israel – Germany: The Experience of Auschwitz, présentée actuellement au Musée d’Art Contemporain de Cracovie, une installation vidéo qui met en scène des gens nus dans une chambre à gaz jouant au chat et à la souris sème la controverse (c’est le moins qu’on puisse dire). Le centre Wiesenthal a émis une protestation officielle auprès du ministre des affaires étrangères polonais pour dénoncer une banalisation de l’holocauste (tu m’étonnes).

Artur Żmijewski
Artur Żmijewski, « Berek », courtesy of the Foksal Gallery Foundation

L’ambassade d’Israël en Pologne, qui est également partenaire de cette exposition (??), a également demandé à ce que l’installation soit retirée. Déjà présentée précédemment dans d’autres lieux, elle avait fait l’objet des mêmes protestations et demandes de retrait.
Je vois d’ici les défenseurs de la liberté d’expression et de création vent debout contre la réaction. Bon, vous aurez compris que c’est pas mon truc.
Mais alors pas du tout.
La création… le machin avec des images est une idée de Artur Żmijewski. Ne connaissant pas l’animal, je ne jugerai donc pas le reste de son travail qui je l’espère est un peu plus créatif (le mot est lâché).

L’exposition présente également les œuvres d’autres créateurs polonais, israéliens et allemands.

Nota: la chambre à gaz est factice pour en rassurer certains. Faut pas charrier non plus.

Page de l’exposition sur le site du Musée d’Art Contemporain de Cracovie – Mocak.

Lien vers un ancien article présentant le Lego Concentration camp de Zbigniew Libera et le Untitled (Arbeit Macht Frei) de Jonathan Horowitz, vus en 2013 au Musée d’Art Moderne de Varsovie.

Le juif et les sablonniers

Regard sur une oeuvre de Gierymski

Aleksander Gierymski (1850 Varsovie – 1901 Rome)
Les sablonniers (titre original Piaskarze 1887) Musée National de Varsovie
Cette superbe et saisissante oeuvre réalisée par Aleksander Gierymski présente une équipe de sablonniers au travail sur la rive gauche de la Vistule à Varsovie, à hauteur du pont Kierbedzia (le premier pont métallique enjambant la Vistule construit à Varsovie et détruit lors de l’insurrection de 1944) qui reliait le centre du quartier de Praga à la vieille ville.

Les sablonniers - Aleksander Gierymski
Les sablonniers (Cliquer pour agrandir) – Aleksander Gierymski – Photo prise à Varsovie par Shabbat Goy

Au premier plan, un ouvrier en plein songe, cigarette à la bouche, les yeux perdus dans les eaux de la Vistule, au second plan trois autres de ses compères installés dans les embarcations voisines l’ont remarqué et le fixent du regard. Sur la droite, une embarcation attend son tour pour décharger.
En haut du quai en réfection, des gens observent les sablonniers qui déchargent leur cargaison. Parmi eux, à l’extrême gauche, un juif en habit traditionnel appuyé sur une canne regarde également les ouvriers au travail.
L’attique en haut d’un petit bâtiment visible au centre en arrière plan est l’auberge Kurtz édifiée vers 1825-1830 au bas de l’actuelle rue Mariensztat. L’autre bâtiment sur la gauche semble situé du côté d’un secteur autrefois appelé Kasztelanka.
Comme chez d’autres peintres de cette seconde période du XIXème siècle, les juifs sont présents soit comme personnages principaux à l’image d’une autre oeuvre de Gierymski avec la femme juive aux oranges ou comme personnages de second plan à l’image d’autres tableaux comme celui de l’arrivée de la diligence postale, une oeuvre réalisée par Alfred Wierusz-Kowalski dans laquelle plusieurs juifs sont représentés parmi les personnages de la scène à l’instar de leur visibilité dans le paysage et dans la société de l’époque.

Quand on visite le Musée National de Varsovie et sa galerie dédiée à la peinture du XIXème siècle, il est intéressant d’analyser et scruter des tableaux pour apercevoir sur certains d’entre-eux la présence juive de cette population alors en pleine expansion durant ce XIXème siècle.

Les sablonniers - Aleksander Gierymski
Les sablonniers – Le juif (Cliquer pour agrandir) – Aleksander Gierymski
Les sablonniers - Aleksander Gierymski
Les sablonniers – Détail (Cliquer pour agrandir) – Aleksander Gierymski

Auschwitz, l’équation aux milliers d’inconnues et disparus

Des chiffres, mais plus que ça

Deux années en arrière environ, j’ai acheté un livre d’occasion intitulé KL Auschwitz et qui avait été édité par l’Agence Nationale de l’Edition (Krajowa Agencja Wydawnicza) pour le compte du Musée d’Etat d’Auschwitz. Ce livre avait été édité en 1980 en 5 langues, en polonais, en anglais, en français, en allemand et en russe.
Il présente sur plus de 230 pages une abondante collection photographique des camps d’Auschwitz, mais également quelques photographies de sous camps comme ceux de Trzebinia, Świętochłowice et Blechhammer.

Les quarante premières pages sont consacrées à une présentation dans chaque langue, scindée en deux parties, la première sur l’origine de la base photographique et la seconde sur les camps eux-mêmes. Voici le premier paragraphe de l’introduction :
« Le camp d’extermination de Auschwitz-Birkenau, ledit Konzentrationslager Auschwitz-Birkenau où périrent environ 4 millions d’êtres humains amenés de toute l’Europe fut le plus grand centre de génocide nazi. A Auschwitz-Birkenau périrent des hommes de diverses convictions politiques et religieuses, des membres de la résistance, des personnes déportées de leurs villes et de leurs villages, des prisonniers de guerre soviétique et des civils, des Juifs, des Tziganes, des hommes, des femmes, des enfants, des citoyens de 24 pays. »
Il est précisé ensuite que « les premiers détenus polonais furent amenés le 14 juin 1940, venant de la prison de Tarnów » et plus loin que « …le camp de concentration d’Auschwitz, devint, à partir de 1942, l’un des plus grands centres d’extermination de la population juive » mais aucun chiffre du détail des victimes par nationalité, ethnie, confession n’est alors avancé dans l’ouvrage. Les premiers prisonniers politiques ont effectivement été déportés en juin 1940, ils étaient 728 polonais dont un petit groupe de juifs.

Auschwitz I (Cliquer pour agrandir)  ©  www.shabbat-goy.com
Auschwitz I (Cliquer pour agrandir) © www.shabbat-goy.com

Concernant le chiffre de 4 millions de victimes présenté dans l’ouvrage, il fut avancé par la « Commission extraordinaire d’enquête soviétique » qui enquêta sur les très nombreux sites de camps en Pologne puis il fut confirmé par « les calculs estimatifs du Tribunal de Nuremberg et le tribunal national suprême en Pologne« .
Ce chiffre avait été établi dès la fin de la guerre et fut effectivement mis en évidence à Auschwitz jusqu’au début des années 1990. Le film « Nuit et Brouillard » de Alain Resnais, que j’avais visionné la première fois au milieu des années 1970 dans le cadre scolaire, reprenait une estimation de 9 millions de victimes où dans le commentaire Auschwitz était présenté comme symbole à travers cette évaluation totale de victimes dans les camps durant la guerre.

Depuis, ce chiffre a été revu à la baisse et aujourd’hui les données avancées par le Musée Auschwitz-Birkenau et par la très grande majorité des historiens au vu des données aujourd’hui disponibles recense environ 1 100 000 victimes dont 1 million de juifs avec 438 000 juifs hongrois, 300 000 juifs polonais et 69 000 juifs français; entre 70 000 et 75 000 polonais, 21 000 tziganes, 14 000 prisonniers de guerre soviétiques et entre 10 et 15 000 victimes d’autres nationalités.
Si nombre d’historiens depuis longtemps s’accordaient à re-évaluer ce premier chiffre de 4 millions de victimes à Auschwitz, cette estimation fut utilisée pendant des décennies par les régimes communistes soviétiques et dans les pays satellites de l’URSS et notamment en Pologne pour re-écrire le récit historique national en minimisant l’extermination juive au profit des victimes polonaises et russes. Mais ce chiffre fut également repris dans le monde occidental, des décennies durant.
De fait, chez nombre de polonais de cette génération ayant connu la guerre, beaucoup pensent que Auschwitz est un lieu de martyr essentiellement polonais. Cette perception ayant été inculquée par des ré-évaluations historiques au cours des années communistes non seulement auprès de cette catégorie de population mais également auprès de la première génération née après la guerre, les quinquas d’aujourd’hui. Avec l’avènement de la démocratie, l’historiographie polonaise sur le thème de cette période a considérablement évolué et l’éducation a permis d’aborder les réalités historiques sous un autre angle. Cependant, depuis quelques années, il semblerait qu’une petite partie de la nouvelle génération porte un regard plus national et replié sur cette période de l’histoire pour plusieurs raisons, en réaction face à une perception intrusive de l’UE dans la vie politique, sociale, un repli nationaliste pour certains, l’accès instantané au discours révisionniste sur Internet, une perception de saturation de l’histoire de la Shoah au détriment d’autres conflits et génocides et la pollution du message sur fond de conflit israélo-palestinien certes à un moindre niveau qu’en France, un problème éducatif. Au final des éléments d’appréciation et d’évaluation que l’on retrouve aujourd’hui dans beaucoup de pays de l’UE. Ajouté à cette condamnation quasi génétique d’antisémitisme faite aux polonais dans leur ensemble et à cette nouvelle génération de jeunes polonais dont la réaction pour certains est le repli ou la radicalisation alors que d’autres s’investissent en profondeur comme nulle part ailleurs en Europe dans la découverte de l’histoire et du passé juif.

Cette évaluation initiale de 4 millions déjà remise en cause alimentait et continue d’alimenter parallèlement le discours négationniste. La réévaluation désormais officielle de 1,1 million de victimes est utilisée plus que jamais pour minimiser au mieux l’importance actuelle de ce chiffre en pointant les 3 millions de victimes « volatilisées » et donc forcément à déduire du nombre total de juifs disparus durant la Shoah. Et partant de là, avancer des chiffres qui minorent complètement la réalité du génocide si on s’appuie sur le recensement des communautés et populations juives d’avant guerre en Europe centrale, en Europe de l’est et du sud.

La liste ci-dessous présente la population juive dans la plupart des pays d’Europe centrale, de l’est et du sud en 1933 et en 1950
Pologne : 3 000 000 / 45 000
Tchécoslovaquie : 357 000 / 17 000
Allemagne : 565 000 / 37 000
Autriche : 250 000 / 18 000
Hongrie : 445 000 / 155 000
Roumanie : 980 000 / 280 000
Yougoslavie : 70 000 / 3 500
Bulgarie : 50 000 / 6 500
Grèce : 100 000 / 7 000
URSS : 2 525 000 / 2 000 000
Source : United States Holocaust Memorial Museum

77 années après la fin de la guerre, dans une Europe où l’antisémitisme resurgit et s’exhibe sous d’autres formes, le rappel de l’histoire et de la mémoire reste un travail quotidien. Curieusement, dans cette large Europe, la Pologne se singularise aujourd’hui avec sa quarantaine de festivals et manifestations sur le thème de la culture juive qui ont rythmé l’année 2014, l’ouverture de son grand Musée juif et la revitalisation de ses quelques communautés juives. Qui pourrait aujourd’hui imaginer un festival de la culture juive place de la République à Paris sans manifestations d’hostilité, voire émeutes ? Cependant, ces espaces de vie juive disséminés à l’est ne remplaceront jamais ces milliers de shtetl et communautés qui faisaient vibrer le yiddishland d’antan.
L’avenir ne peut pas s’envisager avec la relativisation, la banalisation, la minoration ou l’occultation du passé.

Le site du Musée Auschwitz-Birkenau et sa brochure de présentation en français.

POLIN, une histoire de A à Z

Prochaine inauguration de la grande exposition permanente du Musée de l’Histoire des Juifs Polonais à Varsovie

Musée de l'Histoire des Juifs Polonais - Inauguration de la grande exposition permanente
Musée de l’Histoire des Juifs Polonais – Inauguration de la grande exposition permanente

Cette exposition qui occupe plus de 4000 m² autour de 8 galeries retrace 1000 ans de présence juive en Pologne, depuis leur arrivée jusqu’à la chute du communisme.
L’inauguration démarre le 28 octobre 2014 et s’étale sur 3 jours.
Cliquer ici pour découvrir le programme

Gwoździec, la synagogue du Musée Juif de Varsovie

A la découverte de l’histoire de la synagogue de Gwoździec

Bien qu’elle avait été érigée dans une localité située aujourd’hui en Ukraine, dans l’actuelle région de Podolie, la synagogue de la communauté juive de Gwoździec se trouvait dans la partie sud orientale de l’Union polono-lituanienne qui réunissait le Royaume de Pologne et le Grand Duché de Lituanie.

L’intérêt de présenter cette synagogue réside dans le fait que sa coupole intérieure a fait l’objet d’une reconstruction fidèle qui reprend toute l’architecture de la charpente et les panneaux ornées de magnifiques polychromies qui viendront habiller l’une des salles (Miasteczko – Jewish town) du Musée de l’Histoire des juifs Polonais de Varsovie…

> Découvrir l’histoire de la synagogue de Gwoździec
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La synagogue de Gwoździec
La synagogue de Gwoździec © Tel Aviv Museum of Arts