Par moments, je me surprends à essayer d’imaginer ce que serait Varsovie aujourd’hui si elle n’avait pas ou peu été détruite durant la guerre, ou si le temps s’était comme suspendu. Notamment la Varsovie populaire, grouillante et foisonnante de vie, celle où se côtoyaient juifs et polonais, du côté des halles Mirowski.
Ce serait alors un immense dédale de rues, de cours et de recoins, d’arrière-cours, un paradis pour les peintres et les photographes. A côté des majestueuses halles Mirowski (en vert sur la photo), nous pourrions encore flâner dans cette magnifique halle Gościnny Dwór (en marron sur la photo) avec sa fine architecture métallique unique et qui abritait 168 boutiques dont de très nombreuses tenues par des juifs, et ce bazar Janasza (en bleu sur la photo), initialement dédié à la vente du poisson et où on vendait et s’échangeait un peu de tout.
On pourrait remonter la rue Krochmalna si chère à Isaac Bashevis Singer qui logeait avec sa famille au numéro 10 puis 12 (en jaune sur la photo) et croiser son petit monde fait de boutiques et d’ateliers, d’immeubles décrépis et fatigués, d’hôtels et d’auberges surchauffées, de petites yeshivas animées et des tripots enfumés, où se croiseraient pêle mêle une foule de petites gens, juifs orthodoxes en caftans élimés, ouvriers courbés et pressés, boutiquiers aux aguets, voleurs aux aguets, artisans pliés sur leur ouvrage, rombières gouailleuses et beaux parleurs parfumés, gamins nu-pieds, jeunettes effarouchées, prostituées usées et bigotes égarées…
Mais voilà, le petit monde est parti, les rues se sont évanouies, les immeubles engloutis…
Un petit monde, à Varsovie (Cliquer pour agrandir)
De la photo ci-dessus, il ne reste pratiquement rien si ce ne sont les halles Mirowski, la caserne des pompiers (en rouge foncé sur la photo) et cette maison en vert à droite qui abritait une ancienne fabrique d’accessoires et plateaux en argent. Cette zone hormis les halles était insérée dans le ghetto.
Tout s’est volatilisé, fracassé, éteint.
Varsovie serait aujourd’hui une autre ville, avec une autre atmosphère, d’autres couleurs et d’autres saveurs, un autre monde.
Avec des si, on pourrait en refaire des petits mondes…
Des deux longues et majestueuses avenues Marszałkowska et Jerozolimskie qui brillaient par leur splendeur et leur architecture, cet alignement d’immeubles reste l’un des rares vestiges d’avant guerre aujourd’hui visible sur ces deux axes.
Présente dès le début du XVème siècle dans le secteur nord-ouest de la vieille ville, le long des remparts, hormis quelques familles, la petite communauté juive du quitter Varsovie en 1527 lorsque la cité fut déclarée de non tolerandis Judaeis. Les juifs s’installèrent dans les localités avoisinantes, notamment au sud sur un axe auquel on donna de nom de Nowa Jerozolima (la nouvelle Jérusalem). Dès la fin du XVIème siècle, les juifs purent revenir s’installer dans la vieille ville et ses faubourgs mais le nom le Nouvelle Jérusalem demeura et aujourd’hui le grand axe qui traverse la capitale d’est en ouest s’appelle Aleje Jerozolimskie, l’avenue de Jérusalem.
C’est en 1990 que le premier grand festival de la culture juive a été donné à Cracovie. Depuis, cet événement rassemble chaque année des milliers de personnes une semaine durant autour de rencontres culturelles, historiques et musicales. Agnieszka Giś, une bénévole du Centre de la communauté juive de Cracovie a rassemblé ci-dessous la liste des principaux festivals qui se sont déroulés cette année en Pologne. Cette longue liste met en exergue l’intérêt croissant qu’éprouvent nombre de polonais pour la culture et l’histoire juives de leur pays. A ce jour, la Pologne est le seul pays européen où se déroulent autant de manifestations et d’intérêt pour la culture juive, une manière de donner une autre perception de ce pays qui assiste à une renaissance de la vie juive avec plusieurs communautés très actives à travers le pays et une découverte de la culture juive pour les uns ou celle de racines juives pour les autres.
Le festival des 4 cultures de Łódź ou le festival Silésien de la culture Juive organisé en Silésie ainsi que d’autres rencontres durant des manifestations culturelles s’ajoutent à cette liste déjà longue et où on constate que certains d’entre-eux sont désormais installés de longue date dans le paysage culturel polonais.
ci-contre, la liste exhaustive des festivals de culture Juive recensés en Pologne pour l’année 2014 par Agnieszka Giś.
ci-contre sur son blog Jewish Heritage Travel, Ruth Ellen Gruber nous présente les listes des festivals de Culture Juive qui se sont déroulés en Europe ces dernières années.
> Extrait d’une interview de Konstanty Gebert parue dans le magazine Moment: Quelles genre de relations existe t-il aujourd’hui entre les juifs polonais et les polonais non-juifs ? Les choses les plus fascinantes qui se déroulent aujourd’hui dans la vie juive en Pologne se produisent à la jonction entre la communauté juive et la société polonaise dans sa globalité. On assiste à une épidémie de festivals de la culture juive dans toute la Pologne et ils sont généralement produits par des non-Juifs. Et le public est non-juif. Les participants sont généralement ou souvent juifs. Il s’agit d’une tentative par les Polonais de recréer ce que fut pendant des siècles un élément important de la vie polonaise. C’est à dire une présence juive et une culture juive. Les juifs sont impliqués, mais c’est essentiellement une initiative polonaise.
…aperçue lors de recherches sur les juifs de Jasionówka. Jasionówka (nom yiddish Yashinovka) en région de Podlachie (nord-est)
Le 28 juin 1941, les allemands entrèrent à Jasionówka qui était auparavant occupée par les russes. Ils rassemblèrent les juifs sur la place de l’église de la Sainte Trinité et mirent le feu à de nombreuses maisons juives. La photo ci-dessous présente une procession qui passe sur la place à côté des juifs. Un prêtre marche en tête en portant une croix tandis qu’une douzaine de fidèles suivent derrière. Au fond, on distingue sur la droite un véhicule à l’arrêt, certainement allemand, et des polonais le long des maisons en bois. Les juifs regardent passer la procession, une femme juive qui s’est certainement approchée de la procession revient vers la foule. Les soldats allemands observent la scène. La source de la photo indique qu’une mitrailleuse est pointée vers les juifs. Sur d’autres photos prises sur la droite de la place, on distingue de nombreux soldats allemands, des side-cars et des camions. La fumée de l’incendie des maisons juives est visible sur la photo.
Durant ces tragiques événements, le curé de la paroisse, Cyprian Łozowski, intercéda auprès des autorités allemandes pour qu’aucun mal ne soit fait à l’encontre des juifs. Un officier allemand lui répondit qu’aucun innocent ne serait tué à la condition qu’il n’y ait pas de communiste. Il s’éleva également fermement avec l’aide de polonais contre les exactions perpétrés par des voyous polonais qui déclenchèrent un pogrom à l’encontre des juifs pendant ces premiers jours d’occupation durant lequel il y eut 74 morts. Auparavant, après le départ des russes, il avait exhorté les paroissiens à empêcher et à battre les polonais qui venaient piller les maisons juives. Fin janvier 1943, tous les juifs de Jasionówka furent déportés.
Le diaporama ci-dessous présente des photos prises par le photographe Gerhard Gronefeld pour le compte du journal Signal. Gronefeld suivit la Wehrmacht durant la campagne de Russie. Sur quelques photos, on distingue la fumée de l’incendie des maisons juives.
Je profite d’un passage à Vilnius pour m’arrêter sur ce site d’exécution qui se trouve aujourd’hui non loin de la frontière polonaise. A l’entrée en guerre, on dénombrait plus de 160 000 juifs en Lituanie, ils représentaient environ 7% de la population. Cependant ce nombre augmenta avec l’arrivée de juifs qui fuyaient la Pologne au début de la guerre. La Lituanie fut envahie par les nazis lors de l’opération Barbarossa en 1941.