Discover Krochmalna Street, a Jewish working-class street in Warsaw that shaped the world of Nobel Prize winner Isaac Bashevis Singer. From everyday prewar life to the Nazi ghetto, follow the story of this emblematic Jewish thoroughfare through the writer’s moving memories. Explore the landmarks that shaped the street: the famous Haberbusch & Schiele brewery, the district’s largest enterprise, and Janusz Korczak’s groundbreaking orphanage. Meet forgotten figures such as composer Mieczysław Wajnberg, born within these walls. See what remains today of this legendary street and how it inspired a universal literary legacy. An authentic journey into vanished Warsaw, between literary memory and historical reality.
Le petit monde disparu de la rue Krochmalna
Découvrez la rue Krochmalna, une rue ouvrière juive de Varsovie qui a façonné l’univers du prix Nobel Isaac Bashevis Singer. De la vie quotidienne d’avant-guerre au ghetto nazi, suivez l’histoire de cette artère juive emblématique à travers les souvenirs bouleversants de l’écrivain. Explorez les lieux marquants qui ont façonné la rue : la célèbre brasserie Haberbusch & Schiele, la plus grande entreprise du quartier, et l’orphelinat novateur de Janusz Korczak. Rencontrez des figures oubliées comme le compositeur Mieczysław Wajnberg, né entre ces murs. Découvrez ce qu’il reste aujourd’hui de cette rue légendaire et comment elle a inspiré un héritage littéraire universel. Un voyage authentique dans la Varsovie disparue, entre mémoire littéraire et réalité historique. (Subtitles/sous-titres fr, en, pl, it, es, de)
La rue Stalowa, située dans le quartier de Praga sur la rive gauche de Varsovie, a échappé aux destructions de la guerre et garde l’atmosphère d’avant-guerre. Ce quartier accueillait une importante communauté juive avant 1939. Pendant la guerre, plusieurs habitants polonais de la rue Stalowa ont courageusement caché et aidé des Juifs. Aujourd’hui, bien que le quartier se transforme, il conserve une mémoire forte et silencieuse de son histoire.
Stalowa Street, located in the Praga district on the left bank of Warsaw, escaped war destruction and retains its pre-war atmosphere. This neighborhood was home to a significant Jewish community before 1939. During the war, several Polish residents of Stalowa Street bravely hid and helped Jews. Today, although the area is changing, it still holds a strong and silent memory of its history.
Stalowa, la rue des Justes parmi les Nations à Varsovie, mémoire d’une communauté juive disparue
La rue Stalowa, située dans le quartier de Praga sur la rive gauche de Varsovie, a échappé aux destructions de la guerre et garde l’atmosphère d’avant-guerre. Ce quartier accueillait une importante communauté juive avant 1939. Pendant la guerre, plusieurs habitants polonais de la rue Stalowa ont courageusement caché et aidé des Juifs. Aujourd’hui, bien que le quartier se transforme, il conserve une mémoire forte et silencieuse de son histoire.
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Stalowa, the street of the Righteous Among the Nations in Warsaw / La rue des Justes
Discover the haunting story of the Umschlagplatz in Warsaw, the gathering site before the deportation of hundreds of thousands of Jews to Treblinka.
Découvrez l’histoire poignante de l’Umschlagplatz de Varsovie, lieu d’attente avant la déportation de centaines de milliers de Juifs vers Treblinka. (Subtitles/sous-titres fr, en, pl, it, es, de)
Umschlagplatz, the final journey – Umschlagplatz, le dernier voyage
Création et ouverture de la structure de soins pour les enfants
Plan original de l’hôpital Bersohn et Bauman
L’hôpital juif pour enfants Bersohn et Bauman a été édifié entre mai 1876 et avril 1878 suite à un projet datant du début des années 1870 initié par le couple Majer et Chaja Bersohn et leurs fille et gendre Paulina et Salomon Bauman. Ce sont ces derniers qui firent l’acquisition en 1872 d’une parcelle située entre les rues Sienna et Śliska (Sienna 60 et Śliska 51). Majer Bersohn était un industriel et financier juif de Varsovie, et aussi philanthrope. Il fit don de 50 000 roubles pour la construction de l’hôpital à travers sa fondation créée en 1872. Salomon et Paulina Bauman firent également don de 30 000 roubles. Malgré ces fonds importants, la somme nécessaire à la construction du futur hôpital n’était pas encore réunie, c’est la raison pour laquelle le bâtiment ne fut édifié que quelques années plus tard.
L’hôpital Bersohn et Bauman vu de la rue Śliska. Gravure domaine public (Cliquer pour agrandir)
Le bâtiment fut construit sous la houlette de l’architecte Artur Goebel. Il s’agissait à l’origine d’une structure qui pouvait accueillir 27 enfants. Un témoignage du docteur en pédiatrie Julian Kramsztyk rapporte que l’hôpital était agencé à l’étage autour d’un couloir qui s’ouvrait sur 5 grandes salles chacune équipée de 5 lits et d’un autre plus grand pour le surveillant. Quatre de ces salles étaient dédiées aux enfants atteints de maladies ou ayant subi une opération, tandis que la cinquième salle était réservée aiux maladies infectieuses. Chaque salle possédait deux grandes fenêtres. Le rez-de-chaussée quant à lui abritait les locaux du personnel, une grande cuisine, une lingerie, un cellier et d’autres locaux logistiques. La salle d’attente, les salles de chirurgie, la pharmacie et d’autres salles se trouvaient également au rez-de-chaussé. Le premier poste de médecin-chef de l’hôpital fut assuré dès 1878 par le médecin-chirurgien d’origine juive Ludwik Chwat (1831-1914), un médecin formé à Berlin et à Vienne et qui introduisit une nouvelle méthode d’anesthésie. Son successeur fut le docteur Szymon Portner, qui fut à son tour remplacé par le docteur Adolf Poznański qui officiat jusqu’en 1923. Parmi le personnel médical se trouvaient également le pédiatre Ludwik Wolberg, le médecin en chef des maladies infectieuses Adolf Koral, l’opthalmologue Dawid Natanson, le médecin oto-laryngologue Zygmunt Srebrny. Entre 1905 et 1912, Janusz Korczak y exerça en tant que pédiatre et succéda au docteur Julian Kramsztyk. Durant la période allant de 1871 à 1881, le dispensaire accueillit 20 000 enfants, un tiers étant des enfants non-juifs. Cependant, l’infrastructure se révéla rapidement limitée et Paulina Brauman fit l’acquisition d’une nouvelle parcelle qui était située au 51 de la rue Śliska.
Inauguration du pavillon d’ophtalmologie de l’hôpital Bersohn et Bauman en 1900 (Cliquer pour agrandir)
On procéda en 1900 à l’ouverture d’un département d’ophtalmologie situé dans un nouveau pavillon donnant sur la rue Sienna et qui fut financé par la famille Dawidson. En 1909, le bâtiment de l’hôpital fut modernisé avec l’installation de lavabos, de systèmes de ventilation, de nouvelles salles de chirurgie, le remplacement des fenêtres. Un pavillon fut également édifié cette année là du côté de la rue Śliska. Durant la première guerre mondiale, l’hôpital fut transformé en lazaret, puis revint à sa fonction initiale cinq semaines plus tard.
L’hôpital Bersohn et Bauman durant l’entre-deux guerres, vu depuis la rue Sienna. Photo Narodowe Archiwum Cyfrowe (Cliquer pour agrandir)
L’hôpital pouvait alors accueillir 115 patients, mais la place manquait encore.
Suite à une situation financière difficile, due notamment au non renouvellement du financement de 100 lits par les autorités municipales, l’hôpital fut fermé en 1923. C’est grâce à l’intervention active du docteur Anna Braude-Heller que le bâtiment fut transféré de la Fondation Bersohn et Bauman vers la société des amis des enfants (Towarzystwo Przyjaciół Dzieci) et que l’hôpital rouvrit en 1930. Le bâtiment pu alors être remanié et agrandi avec l’aide de fonds provenant de la communauté juive de Varsovie et de l’American Jewish Joint Distribution Committee, travaux alors menés sous la direction de l’architecte Henryk Stiefleman. La construction d’une extension du côté de la rue Sienna fut réalisée. Probablement, le bâtiment principal fut surélevé d’un étage et un escalier fut rajouté à l’édifice, ce qui lui donna cette forme semi-circulaire toujours visible aujourd’hui. Des fonds privés furent également collectés comme ceux de Rafał et Berta Szereszowski qui furent employés pour équiper l’hôpital d’une salle de radiologie de rayons X.
Le laboratoire d’analyse médicale en 1930. Source Narodowe Archiwum Cyfrowe (Cliquer pour agrandir)
Au côté du médecin-chef Anna Braude-Heller, l’équipe médicale se composait du docteur Feliks Sachs pour le service des maladies, du docteur Mieczysław Gantz pour pour le département Tuberculose, de la doctoresse Teodozja Goliborska en charge du laboratoire des analyses médicales, du docteur Maurycy Płońskier, en charge du laboratoire d’anatomie et de pathologie.
Élèves infirmières en 1935. Photo source Institut Historique Juif (Cliquer pour agrandir)
Un centre de formation d’infirmières pédiatriques qui avait ouvert en 1928 dispensait une formation d’une durée de 2 ans. Une antenne de soins maternels et infantiles, dirigée par la doctoresse Natalia Szpigelfogel-Lichtenbaumowa fut ouverte du côté de la rue Sienna. La capacité de l’Hôpital Bersohn et Bauman fut augmentée pour atteindre 250 lits à la fin des années 1930.
Étudiantes de l’école d’infirmières et les docteurs de l’hôpital Bersohn et Bauman en 1934. Premier rang de droite à gauche, Dr. Jadwiga Hufnagel-Majewska assistante du directeur du département pédiatrie, Henryk Kroszczor directeur administratif, Dr. Anna Braude-Heller (4ème en partant de la droite), directrice de l’hôpital. Source Institut Historique Juif (Cliquer pour agrandir)
Période de la guerre
Durant le siège et les bombardements de Varsovie de septembre 1939, le personnel médical et logistique fit son possible pour faire fonctionner l’hôpital malgré les coupures d’électricité, de téléphone et d’approvisionnement en eau. Après l’arrivée des allemands dans la capitale, l’hôpital fut mis sous la direction de Wacław Konieczny, un docteur originaire de Inowrocław et désigné par l’occupant, une personne éduquée en Allemagne et germanophone. Face à la dégradation des conditions sanitaires au début de la guerre et à une épidémie de typhus, une quarantaine fut mise en place et aucun personnel médical ne put quitter l’hôpital durant six semaines. L’hôpital rouvrit en février 1940. L’hôpital se retrouva confiné dans le petit ghetto en novembre 1940. Le personnel médical procéda, de manière confidentielle, à des recherches scientifiques sur l’impact et les maladies engendrées par la malnutrition. Par la suite, avec l’extension de l’épidémie de typhus dans le ghetto, une antenne fut ouverte en octobre 1941 au 80-82 de la rue Leszno. Durant l’été 1941, on dénombrait 4000 décès par mois dus au typhus. Le bâtiment de la rue Leszno n’était pas adapté pour recevoir une structure hospitalière mais le personnel fit tout son possible pour répondre aux attentes des patients du ghetto. L’hôpital Bersohn et Bauman de la rue Sienna fut fermé le 10 août 1942 durant la période des grandes déportations de l’été et la liquidation du petit ghetto. Le personnel eut 24 heures pour liquider les lieux. Une partie du matériel put être transportée avec des moyens de fortune vers le bâtiment de la rue Leszno, mais les équipements de radiologie et le laboratoire médical ne purent être déplacés. La structure fut transférée trois jours plus tard vers le bâtiment de l’ancienne école de la rue Stawki sur le site de Umschlagplatz. La structure de ce nouvel hôpital qui ne disposait en fait plus des infrastructures matérielles nécessaires fusionnât avec celui de l’hôpital juif de Czyste situé au 17 de la rue Dworska et qui était considéré jusqu’au début de la guerre comme l’un des plus modernes de la capitale. Des patients de l’hôpital de la rue Stawki furent également envoyés vers celui de la rue Leszno, les infrastructures étant surtout utilisées pour confiner les juifs du ghetto en attente de déportation vers Treblinka. Des médecins et du personnel soignants figuraient aussi parmi les déportés. C’est vers la fin des grandes déportations qu’une partie du personnel et l’ensemble des malades, soit près d’un millier de personnes, furent déportés vers le camp d’extermination de Treblinka le 11 septembre 1942. Le médecin pédiatre Adina Blady-Szwajger administra une dose mortelle de morphine à un groupe d’enfants afin qu’ils échappent au voyage final en train.
Durant l’insurrection de Varsovie de 1944, le bâtiment fut utilisé comme hôpital pour les insurgés de l’Armia Krajowa (Armée de l’intérieur – AK) au sein du bataillon Chrobry III. Des enfants qui se trouvaient déjà pris en charge furent transférés vers le pavillon d’ophtalmologie. Dès la seconde journée des combats, 70 insurgés furent pris en charge.
L’hôpital jusqu’à aujourd’hui
Après la guerre, un pavillon du côté de la rue Śliska endommagé durant la guerre fut démoli. Le siège et les logements des personnels du Comité Central des juifs de Pologne furent installés dans l’ancien hôpital Bersohn et Bauman. Par la suite, la structure redevint affectée à sa destination médicale.
Personnel soignant de l’hôpital Bersohn et Bauman en 1975. Photo Polish Press Agency/Jolanta Klejn (Cliquer pour agrandir)
L’hôpital fut modernisé entre 1988 et 1993 et s’appelait Hôpital Pédiatrique Public des Enfants de Varsovie (Państwowy Szpital Pediatryczny im. Dzieci Warszawy). Il abritait le service régional des maladies infectieuses infantiles. Suite à son rattachement avec l’hôpital pour enfants de Dziekanów Leśny dès l’an 2000, les unités médicales furent peu à peu liquidées et son activité s’arrêta définitivement en 2004. Mis en vente par la région qui en était propriétaire, l’ancien hôpital ne trouva pas preneur. Le Ministère de la Culture et de l’Héritage National proposa de le louer pour 30 ans afin d’y créer le futur musée du ghetto de Varsovie. Le bâtiment fut inscrit au registre des monuments en 2017. Le 7 mars 2018, le premier ministre Mateusz Morawiecki et le ministre de la culture Piotr Gliński, décidèrent de la création d’un musée du ghetto de Varsovie dans les locaux de l’ancien hôpital. Son ouverture est prévue en 2023. La future structure du musée a été confiée à Albert Stankowski, un ancien membre du Musée de l’Histoire des Juifs Polonais POLIN. Des études sont en cours concernant l’élaboration de la future exposition qui sera mise en place.
Epilogue
Hôpital Bersohn et Bauman durant la période du ghetto (Cliquer pour agrandir)
Une partie des études scientifiques qui avaient été menées durant la période du ghetto et qui furent exfiltrées du côté aryen, furent éditées par Emil Apfelbaum sous le titre Maladie de la faim. Recherches cliniques sur la malnutrition réalisées dans le ghetto de Varsovie en 1942 (Choroba głodowa. Badania kliniczne nad głodem wykonane w getcie warszawskim w roku 1942).
L’antenne médicale de la rue Leszno (80/82) mise en place en 1941 se trouvait dans l’immeuble qui abritait le département du travail et des statistiques du Conseil Juif (Wydział Pracy i Wydział Statystyczny Rady Żydowskiej), actuellement à l’angle de la rue Żelazna et de l’avenue Solidarności. Suite au redécoupage du ghetto, une passerelle en bois fut temporairement édifiée pour accéder au bâtiment voisin numéro 64 qui se trouvait de l’autre côté de la rue Żelazna. L’ancien bâtiment de la rue Leszno fut démoli en 1962.
L’ancien hôpital juif de Czyste abrite aujourd’hui l’hôpital Wolski – Docteur Anna Gostyńska.
Le médecin pédiatre Adina Blady-Szwajger (1917-1993) passa en zone aryenne en janvier 1943 et rejoignit l’Organisation Juive de Combat comme agent de liaison pour Marek Edelman. Elle participa à l’insurrection de Varsovie de 1944 comme personnel médical puis après la guerre auprès du comité central des juifs de Pologne en tant que pédiatre.
Plaque à la mémoire de Anna Braude-Heller (Cliquer pour agrandir)
Parmi le personnel médical qui survécut à la guerre, on trouve le médecin et pédagogue d’origine juive Anna Margolis (1892-1957), Marek Edelman (1919-2009) qui travailla à la structure de la rue Stawki, le médecin pédiatre Hanna Hirszfeldowa (1884-1964), le médecin d’origine juive qui dirigeait le laboratoire de l’hôpital Bersohn et Bauman Teodozja Goliborska-Gołąb (1899-1992). Une plaque à la mémoire de Anna Braude-Heller, apposée sur la façade de l’hôpital, fut dévoilée en 2001.
L’hôpital Bersohn et Bauman depuis la rue Śliska en 2019 (Cliquer pour agrandir)
Docteur Anna Braude-Heller
Anna Braude-Heller. Source Institut Historique Juif (Cliquer pour agrandir)
Anna Braude-Heller naquit en 1888 à Varsovie dans une famille juive, son père Aryeh Lejb Broddo était un commerçant. Elle suivit des études à Varsovie à l’école Fryderyka Thalgrün, et termina d’étudier jusqu’au bac en suivant des cours privés. En 1906 elle partit pour Genève où elle suivit des études en sciences sociales puis à Zurich où elle étudia la médecine. C’est à Berlin qu’elle obtint son diplôme de docteur en 1912 puis en URSS qu’elle poursuivit des études pour se spécialiser en pédiatrie et elle commença à pratiquer la médecine dans les campagnes russes avant de revenir en Pologne. Elle commença alors à travailler à l’hôpital juif de Czyste et un an plus tard, en 1913, à l’hôpital Bersohn et Bauman. Parallèlement, depuis son passage en Suisse, elle avait adhéré au mouvement socialiste antisioniste du Bund et elle s’engagea dans des actions sociales. Elle se maria en 1916 avec Eliezer Heller, un ingénieur avec qui elle eut deux enfants. Elle fut cette même année l’une des co-fondatrices de l’association des amis des enfants (Towarzystwo Przyjaciół Dzieci – TPD), et elle fut aussi l’initiatrice en 1919 de la création d’une école d’infirmières pédiatriques. Elle coopéra également au sanatorium Włodzimierz Medem situé à Międzeszyn dans la banlieue sud-est de Varsovie. Elle travailla aussi comme médecin généraliste dans une maison de protection de la mère et de l’enfant ainsi qu’au sein de l’école CISZO (Centrale Jidisze Szul Organizacje). Suite à la fermeture de l’hôpital Bersohn et Bauman en 1923, elle en fit l’acquisition par l’intermédiaire de l’association TPD et engagea des travaux et des modernisations des équipements jusqu’à la réouverture de la structure en 1930.
Anna Braude-Heller avec un jeune enfant dans l’hôpital Bersohn et Bauman durant la période du ghetto en 1942. Source Emil Apfelbaum (Cliquer pour agrandir)
Durant la guerre, elle continua à s’occuper des enfants malades et entama des recherches médicales sur l’impact de la malnutrition sur les patients du ghetto. Durant cette période, elle était la présidente du comité de santé du Judenrat. Elle organisa dès 1941, lors de l’épidémie de typhus, la nouvelle structure de l’hôpital qui était situé dans la rue Leszno dans le grand ghetto. En août 1941, après le déplacement de l’hôpital de la rue Leszno vers le bâtiment de la rue Stawki sur le site de l’Umschlagplatz, elle continua à aider les malades malgré les conditions sanitaires et matérielles désastreuses. Elle déclina des offres de passage vers la zone aryenne afin de rester au contact de ses patients. De septembre 1942 à avril 1943, elle s’occupa de l’hôpital pour enfants du numéro 6 de la rue Gęsia. Anna Braude-Heller mourut le premier jour de l’insurrection du ghetto le 19 avril 1943, dans le bunker (sous-sols aménagés) de ce même hôpital de la rue Gęsia, avec d’autres patients. Le médecin Anna Braude-Heller dirigea l’hôpital Bersohn et Bauman de 1930 à 1942. La photo ci-dessus est extraite du livre édité par Emil Apfelbaum et qui présente les études médicales réalisées à l’hôpital Bersohn et Bauman sur les patients du ghetto durant la guerre
Plaque à la mémoire du docteur Anna Braude-Heller sur la façade de l’hôpital Bersohn et Bauman de Varsovie (Cliquer pour agrandir)
Etude clinique des effets de la sous-nutrition dans le ghetto
Hunger Disease (Current concepts in nutrition, vol. 7) Myron Winick. Published by Wiley (1979)
Une traduction anglaise réalisée par le docteur Myron Winick a été éditée en 1979 à partir du manuscrit concernant l’étude qui avait été menée à l’intérieur du ghetto par le personnel soignant. Hunger Disease: Studies by the Jewish Physicians in the Warsaw Ghetto (Current concepts in nutrition) – Topics include: clinical changes in adults and children, metabolic adaptations, circulatory changes, changes in the eye and in vision, changes in the blood and bone marrow, and pathologic anatomy. Le livre de 276 pages a été publié par les éditions John Wiley & Sons Inc, 1979. ISBN: 9780471050032
Autres liens
Lien1 et lien2 vers Marian Apfelbaum, fils de Emil Apfelbaum cité dans l’article, sauvé du ghetto grâce à l’action du mouvement d’aide aux Juifs Żegota.
Wiera Gran, de son vrai nom Dwojra Grynberg est née à Białystok le 20 avril 1916, enfin, probablement née là car on ne le sait pas exactement. Elle était la fille de Eliasz Grynberg et de Luba Kaplan, et la plus jeune sœur de Hinda (Helena) et de Maryam (Maryla). Białystok, grande ville du nord-est où vivait une importante communauté juive était alors sous domination russe, comme toute la partie orientale de la Pologne. Après la fin de la première guerre mondiale, la famille partit s’installer à Wołomin, une ville située à une vingtaine de kilomètres à l’est de Varsovie, là elle fréquenta l’école élémentaire juive. Après la mort du père, Eliasz, la mère et ses filles partirent s’installer à Paris; elles revinrent à Wołomin à peine deux années plus tard. Dwojra intégra alors l’école primaire. En 1931, la famille déménagea une nouvelle fois et alla s’installer à Varsovie, rue Elektoralna, une rue située au sud du quartier juif de Muranów. A 17 ans, elle termina ses études et entra à l’école de danse de Irena Prusicka qui dirigeait alors l’une des trois écoles de danse les plus réputées de Varsovie. C’est en février 1934 qu’elle fit ses débuts dans la chanson.
La naissance d’une étoile
Sa carrière démarra sur les chapeaux de roues, et curieusement Dwojra commença à chanter depuis les coulisses du cabaret Paradis situé dans le quartier de Nowy Świat, car elle portait un plâtre suite à un accident d’automobile, mais surtout parce qu’elle était aussi terrifiée à l’idée de chanter devant un public. On voulait également éviter certains problèmes car elle était encore mineure. C’est le 1er février 1934 qu’elle se produisit pour la première fois sous les feux de la rampe, face au public. Sa prestation fit sensation. Le cabaret était alors sous la direction musicale du compositeur Julian Front. Wiera Gran (Cliquer pour agrandir)
L’une de ses premières chansons entendue par le public était Tango Brazylijskie, le tango brésilien. Elle enregistra un premier disque en 1934 pour la fameuse maison de disques de Varsovie Syrena Elektro dirigée par Juliusz Feigenbaum. C’est à partir de ce moment là qu’elle prit le nom de scène de Wiera Gran. Wiera Gran offrait une tessiture de voix de type contralto avec un timbre chaud, c’est à dire plutôt grave. Elle s’installa avec sa mère dans un appartement dans un immeuble situé 40 rue Hoża, dans un des quartiers plutôt huppés de la capitale. Tout au long de sa carrière musicale, avant et après la guerre, elle chanta également sous d’autres noms de scène comme Wiera Green, Sylvia Green, Mariol, Vera Gran, Weronika Tomaszewska, Weronika Gacka. Disque de Wiera Gran enregistré dans les studios de Syrena Elektro à Varsovie (Cliquer pour agrandir)
En 1936, Edward Kurtz (Eddie Court), un compositeur d’origine juive, écrivit pour elle les chansons Pamiątka (souvenir) puis List (♫) (la lettre). Elle se produisit au cabaret Paradis jusqu’en 1938. Parallèlement, dès le 28 mars 1937, elle joua au théâtre Wielka Rewia (la grande revue) qui se trouvait alors rue Karowa (la rue de l’hôtel Bristol), et où on jouait des opérettes, des comédies musicales et des ballets. Le poète Julian Tuwim et le compositeur Marian Hemar, tous deux d’origine juive, participaient aux créations. Elle se produisit également à la radio polonaise dans l’émission Podwieczorku przy mikrofonie (qui pourrait se traduire par l’heure du thé, goûter, près du micro), au cabaret Instytut Propagandy Sztuki (IPS, l’institut de propagande des arts), aux cafés Sztuka i Moda, Bagatela et au café Vogue de la rue Złota. On la vit également se produire sur d’autres scènes, à Łódź, à Cracovie, en Poméranie. Lors de chacune de ses prestations elle pouvait gagner entre 25 et 150 złoty, et 300 lors de chaque passage à la radio. Elle se produisit également à Lwów (Lviv) et à Brześć (Brest) villes alors polonaises et aujourd’hui respectivement situées en Ukraine et en Biélorussie. Elle devint alors très célèbre, ses chansons portées sur les scènes et diffusées sur les ondes firent d’elle une grande artiste reconnue du monde musical et très appréciée du public de cette Pologne d’avant guerre.
Entre les années 1938 et 1939, elle enregistra également pour la maison de disques française Odeon. Ici un enregistrement original (♫) sur disque 78 tours dont on peut écouter 2 chansons dans la vidéo ci-dessous; Gdy miłość zapuka do drzwi (Quand l’amour frappe à la porte) et Księżyc i ja (la lune et moi). Cet enregistrement fut le dernier réalisé par Wiera Gran avant le déclenchement de la seconde guerre mondiale.
En 1938, elle enregistra entre autres la chanson (♫) à succès Tango Notturno, un titre créé en 1937 sur une mélodie du compositeur allemand Hans-Otto Borgmann et des paroles de Józef Lipski et du journaliste et poète d’origine juive Władysław Szlengel qui écrivirent ensemble les paroles de nombreuses chansons d’avant guerre. Egalement un autre succès, Zawołaj mnie (♫) (Appelle-moi) créé en 1924 sur une musique de George Gershwin et sur des paroles de Marian Hemar.
Cette même année, elle participa au tournage du film On a Hajm (Bezdomni – sans abri) tourné en langue yiddish, sous la houlette du metteur en scène Aleksander Marten (Marek Tennenbaum), film dans lequel jouait également Ida Kamińska, grande actrice de la scène théâtrale juive, plus tard directrice des théâtres juifs de Wrocław, de Łódź et de Varsovie.Wiera Gran en 1939 (Cliquer pour agrandir) Wiera chantait plusieurs titres dont Libe mame, libe mameniu (♫). Ce fut le dernier film d’avant guerre tourné en langue yiddish. A l’été 1939, Wiera Gran avait déjà enregistré une soixantaine de chansons gravées sur une vingtaine de disques.
La guerre et le ghetto
Au déclenchement de la seconde guerre mondiale, Wiera Gran se trouvait à Lwów où elle se produisait au cabaret Palace et aux théâtres Marisieńka et Stylowym. Elle se maria avec Kazimierz Jezierski, un médecin juif qui l’avait déjà prise sous sa coupe, à la mort de son père, il avait 2 ans de plus qu’elle. Elle rentra à Varsovie en 1940, mais sa mère et elle furent expulsées de leur appartement par les allemands. Elle partit pour Cracovie où elle se produisit sur la scène du cabaret Polonia. C’est en mars 1941 qu’elle revint à Varsovie et qu’elle entra volontairement dans le ghetto, après avoir monnayé son passage, afin de rejoindre sa mère et ses sœurs qui se trouvaient là. Son mari était resté caché dans la zone aryenne et continua à vivre grâce à de faux papiers.
Dès l’enfermement des juifs de Varsovie en novembre 1940, la vie s’organisa sous la houlette du Judenrat afin de répondre au mieux aux attentes des 350 000 juifs qui se retrouvèrent entassés dans le ghetto. A côté des urgences à apporter en terme de logements, de nourritures et de soins, une nouvelle vie s’organisa tant bien que mal, plutôt mal le temps avançant, dans ce monde clos avec ses rues encombrées de gens déracinés faisant du troc de leurs miséreuses affaires afin de pouvoir acheter sur des marchés improvisés un bout de pain, quelques légumes à ramener au logis. Toutes les catégories sociales juives dont certaines qui s’ignoraient avant la guerre se retrouvèrent liées ensemble vers un même destin. Il se recréa dans le ghetto des points de rencontre où se retrouvèrent artistes, écrivains, journalistes, poètes et intellectuels, on mit en place des centres dédiés à l’apprentissage, à l’éducation, et ce malgré les interdictions, des foyers religieux se recréèrent et rassemblèrent des juifs orthodoxes, hassidiques. On essaya de réinstaurer un semblant de vie et d’humanité dans ce qui allait devenir un mouroir à ciel ouvert. Les juifs plus ou moins aisés se retrouvaient dans des restaurants qui parvenaient à s’approvisionner depuis le côté aryen, ou dans des cafés et plusieurs cabarets d’avant guerre qui s’étaient retrouvés confinés dans le ghetto.
C’est d’abord au Melody Palace que Wiera Gran commença à se produire, peu de temps après qu’elle eut rejoint sa famille, puis au café Sztuka du 2 de la rue Leszno qu’elle commença à chanter, en polonais et en yiddish. Le café était principalement fréquenté par des intellectuels, c’était alors un des lieux les plus populaires du ghetto. On y jouait pas seulement de la musique mais on y donnait aussi des sketchs, on y comptait des histoires, notamment sur la police juive, sur le Judenrat. Non loin de là, de l’autre côté de la rue, au numéro 13, se trouvait le siège de la collaboration juive qui était dirigé par Abraham Gancwajch et qui travaillait très étroitement avec la police juive et sous les ordres de la Gestapo. Il est très probable que des membres aient fréquenté le café, mais aucun témoignage ne l’a confirmé.
Wiera Gran quitta le ghetto le 2 août 1942 en passant par le tribunal situé également rue Leszno, avec l’aide de son mari. C’était durant la période des grandes déportations et de la liquidation du petit ghetto. Le tribunal qui était exclu de la zone de confinement ne communiquait avec la zone aryenne que par son entrée sud donnant sur la rue Biała qui était bordée de part et d’autre par le mur du ghetto. Dans cette rue et aux abords sévissaient des dénonciateurs polonais (Szmalcownik). Cependant, le tribunal fut durant cette période l’un des lieux de passage de nombreux juifs qui réussirent à s’exfiltrer du ghetto, généralement en soudoyant des intermédiaires avec de l’argent ou des objets de valeur. Elle laissa derrière elle sa mère et ses sœurs qui plus tard furent déportées vers Treblinka où elle moururent. Elle partit se réfugier avec son mari à Babice, une localité située au sud de Varsovie. Elle teint ses cheveux en blond et prit le nom de son mari, Weronika Jezierska. Le 10 juin 1944, elle mit au monde un enfant dénommé Jerzy Zbigniew qui fut baptisé mais qui mourut trois mois plus tard, elle l’enterra elle-même. Elle resta confinée le reste de la guerre, car son visage était alors connu.
Le café Sztuka fut fermé durant les déportations de l’été 1942.
Après son évasion du ghetto, Wiera Gran fut accusée par Jonas Turkow de collaboration avec les allemands. Acteur et metteur en scène d’origine juive, durant la période du ghetto, Jonas Turkow mettait clandestinement en place des événements culturels et était responsable de l’organisation de spectacles dans le ghetto. Il fut l’un des membres qui participa à l’élaboration des archives du ghetto sous la direction de Emanuel Ringelblum.
L’accusation
A la fin de la guerre, Wiera Gran remonta sur scène à Łódź et à Cracovie, et elle apparut également au café Kukułka (le coucou) à Varsovie.
Elle se rendit à la radio polonaise afin de trouver un travail, et là elle tomba sur le pianiste Władysław Szpilman qui fut étonné de la voir vivante comme quelques autres personnes alors présentes. Il refusa de l’aider dans sa démarche et l’accusa d’avoir collaboré pendant la période du ghetto. C’est de lui qu’elle entendit pour la première fois l’accusation qui était portée contre elle. Elle se rendit chez le procureur afin de lever les soupçons. Le 30 avril 1945, elle fut arrêtée au motif d’avoir entretenu des relations avec la Gestapo. Elle fut libérée deux semaines plus tard. La direction de l’association des artistes de théâtre, de cinéma et de radio (ZASP) témoigna en octobre 1945 que Wiera Gran avait, pendant l’occupation allemande, eut un comportement irréprochable. le mois suivant, le procureur mit fin à l’enquête en raison de l’absence de preuves tangibles. Dès novembre 1945, elle se produisit à la radio polonaise lors de concerts. La commission de vérification du syndicat des musiciens acta le 20 avril 1946 que Wiera Gran n’avait pas entaché l’honneur de la Pologne et qu’elle pouvait pleinement poursuivre ses activités artistiques. Cette même année, elle réalisa des enregistrements à Poznań pour la maison de disques Odeon. En 1949, après un an et demi d’enquête (septembre 1946-novembre 1947), la cour des citoyens du comité central des Juifs polonais prononça son acquittement. Cette cour avait été saisie par Jonas Turkow afin de juger Wiera Gran, et une centaine de témoins furent auditionnés, mais aucune charge ne fut retenue. Parmi les déclarations contenues dans la documentation d’enquête figurait celle de Jerzy Turandot. Plusieurs témoignages appuyèrent cette décision, déclarant sans valeur ces accusations, faisant état de sa philanthropie et d’associer ces allégations à des règlements de compte, des rumeurs et des calomnies.
Jonas Turkow, qui était membre du Comité central des Juifs de Pologne (Centralny Komitet Żydów Polskich), enquêta sur 18 cas de collaboration de Juifs avec la Gestapo. Il était convaincu de sa culpabilité. Un témoignage reporta qu’elle avait été vue accompagnée d’un nazi dans le ghetto. Il propagea la rumeur qui allait suivre Wiera Gran. Marek Edelman, l’un des commandants de l’insurrection du ghetto était également convaincu de sa culpabilité.
Les rumeurs et les soupçons de collaboration la poursuivront toute sa vie.
De son côté, Wiera Gran affirma qu’elle avait vu Władysław Szpilman, le pianiste, portant une casquette de la police juive, participer à une rafle de juifs en vue de les amener vers Umschlagplatz. Elle précise en outre qu’elle l’avait vu de face et que ce dernier tirait par les cheveux une femme juive, durant période de l’été 1942 pendant laquelle 300 000 juifs du ghetto furent déportés vers le camp d’extermination de Treblinka.
L’après guerre
En 1946, elle se produisit à Cracovie au café Kazanowa et elle reprit les enregistrements de disques avec la firme Odeon à Poznań. L’année suivante, elle apparut à Łódź au côté de Mieczysław Fogg (Fogiel), un chanteur extrêmement connu sur la scène polonaise jusqu’à sa mort en 1990. En 1950 elle participa à une série d’émissions théâtrales diffusées à la radio. C’est cette même année qu’elle émigra en Israël et qu’elle perdit sa nationalité polonaise, mais elle se considérait toujours comme polonaise. Elle fit de nouveau face aux accusations et ses prestations furent boycottées. Comprenant que son avenir artistique serait plus qu’incertain en Israël, elle partit pour la France en 1952. Elle apparut en 1955 à l’hôtel Commodore du boulevard Hausmann à Paris. Elle déclina par la suite les avances du directeur qui la traita de collaboratrice de la Gestapo et elle se produisit dans le restaurant russe Le Dinarzade où vint la voir le roi de Jordanie durant toute une semaine. En aôut 1953, elle partit pour le Venezuela où elle donna des concerts. Vera Gran 1958 (Cliquer pour agrandir) Source www.encyclopedisque.frDe retour en France, elle collabora avec Charles Aznavour au théâtre de l’Alhambra et enregistra en décembre 1958 des titres pour le label Ducretet Thomson sous le nom de scène de Vera Gran. Elle enregistra également un disque (♫) pour la firme Westminster aux Etats-Unis. On la vit également sur la scène de la salle Pleyel pour un récital. En 1956, elle fut invitée à se produire en Israël.
Ci-dessous un disque de Vera Gran qui interprète des chansons (♫) de Charles Aznavour et de Jacques Brel.Chansons interprétées par Vera Gran sur des paroles de Charles Aznavour et de Jacques Brel. Photo source BNF Gallica
A l’invitation de Marian Hemar et de Feliks Konarski, Wiera Gran chanta au théâtre Polonia de Londres. Elle se produisit sur la station Radio Free Europe dans un programme en langue polonaise, et sur des scènes en Suède, en Grande-Bretagne, au Canada, en Suisse, en Espagne.
En 1961, elle apparu dans le film Le temps du Ghetto réalisé par Frédéric Rossif. Dans la vidéo ici, on peut voir un extrait dans lequel Wiera Gran parle du ghetto.
En 1965, elle revint passer trois mois en Pologne pour des concerts et participer à une émission télévisée de fin d’année. En 1969, elle se produisit au Carnegie Hall à New York.
En 1971, elle effectua un second voyage en Israël pour se produire sur scène, mais la rumeur n’avait pas disparue, les gens boycottèrent ses spectacles et des survivants la menacèrent de venir à ses concerts en tenue de déporté. Elle tenta de rencontrer Jonas Turkow en vain. C’est après cette difficile expérience qu’elle s’arrêta de chanter. Yad Vashem refusa de recueillir son témoignage sur la vie dans le ghetto. Elle revient en France et s’attela à l’écriture d’un livre intitulé Le relais des calomniateurs et qui fut publié en 1980.
Beaucoup plus tard, Marek Edelman reconnut que les allégations qu’ils avaient portées à son encontre n’étaient pas fondées, de fait sa vision de la culpabilité de Wiera Gran fut complètement renversée. Irena Sendler, héroïne polonaise et membre de l’organisation Żegota qui permit l’exfiltration et le sauvetage de 2500 enfants juifs du ghetto vers la zone aryenne, a rapporté en 1983 dans un document devant être utilisé par l’Institut Historique Juif en vue de la préparation d’un ouvrage sur les juifs polonais, que Wiera Gran aurait également chanté du côté aryen, au café Mocca qui était situé sur l’avenue Marszałkowska et qu’elle aurait collaboré avec la Gestapo et la cellule des collaborateurs juifs, notamment Leon Skosowski, et dont le siège se trouvait à proximité du café Sztuka, au numéro 13 de la rue Leszno. Wiera Gran (Cliquer pour agrandir)
Wiera Gran, éloignée pour toujours des lumières de la scène, se renferma dans son appartement à Paris où, les années passant, elle vécut solitaire, sans avoir eu les moyens et les possibilités de contredire ses détracteurs et taire cette rumeur qui la poursuivra jusqu’à la fin de sa vie. Avec le temps, elle développa une phobie des gens, de son entourage, au point de ne pratiquement plus avoir de relation, se méfiant de tout le monde.
La polémique
En octobre 2010, la biographie Oskarżona: Wiera Gran (l’accusée: Wiera Gran) écrite par Agata Tuszyńska fut éditée en langue polonaise à partir d’une recherche documentaire fouillée. Le livre fut par la suite édité en plusieurs langues. Elle était aussi l’auteur de plusieurs biographies dont une, passionnante, sur Isaac B. Singer, Pejzaże pamięci (Les paysages de la mémoire).Agata Tuszyńska, auteur de la biographie L’accusée: Wiera Gran (Cliquer pour agrandir) Photo source www.polki.plTuszyńska fut véritablement la première personne à avoir établi un contact régulier dans la durée avec Wiera Gran, qui vivait alors recluse dans son appartement parisien. Quatre années furent nécessaires pour établir un climat de confiance et organiser de très nombreuses rencontres régulières durant lesquelles elle fut amenée à découvrir de multiples facettes de l’ancienne chanteuse. C’est dans les années 1990 qu’elle avait entendu parler de Wiera Gran alors qu’elle était à Paris. Au cours de ses lectures et de ses recherches, elle se rendit compte que le nom de Wiera Gran ne figurait pas dans les mémoires du pianiste Władysław Szpilman alors que ce dernier et la chanteuse s’étaient retrouvés ensemble presque tous les soirs, une année et demi durant, sur la scène du café Sztuka dans le ghetto de Varsovie. Au début, c’est sur le pas de sa porte que les rencontres se déroulèrent, Wiera Gran vivait alors complètement isolée dans son appartement plongé dans une quasi pénombre et dont les volets étaient même clos le jour, dans un enchevêtrement d’affaires, d’objets et de souvenirs. L’ancienne chanteuse vivait également dans la hantise d’être écoutée, espionnée, et avait développé une véritable phobie de telle sorte que Tuszyńska dut faire preuve d’une grande patience et détermination pour arriver à gagner sa confiance et pouvoir rentrer dans l’appartement afin de poursuivre les entretiens.
Si le livre de Agata Tuszyńska fut bien accueilli par le public et la critique littéraire, une polémique surgit en Pologne mais aussi outre-Atlantique à propos de la manière dont avait été restitués les entretiens qu’elle avait menés avec Wiera Gran; le New York Times lui reprocha alors sa compassion. L’absence de la chanteuse dans les mémoires de Szpilman mais aussi dans le film le pianiste de Polański qui illustre des scènes de cette période du café Sztuka, la décidèrent que cette période de l’histoire dans le ghetto devait mettre en évidence la présence du pianiste et sa relation avec Wiera Gran, ainsi que l’accusation portée après guerre par la chanteuse à l’encontre de Szpilman.Andrzej Szpilman (Cliquer pour agrandir) Photo Reuters/ Thomas Peter
Cette accusation, qui ne fut jamais étayée par quelque preuve qu’il soit, déclencha une vive réaction de la part de la famille du pianiste disparu et de son représentant, son fils Andrzej Szpilman, qui reprochaient à Tuszyńska d’avoir retranscrit des accusations venant d’une femme mentalement dérangée. Il faut garder à l’esprit que Władysław Szpilman était un personnage connu et apprécié du public en Pologne après la guerre. De plus, le pianiste étant décédé en 2000, il ne pouvait se défendre.
Andrzej Szpilman fit remarquer que son père avait publié un récit de son expérience durant la guerre et que personne n’avait remis en question la présentation des événements.
Ce qui était reproché alors à Tuszyńska était d’avoir outrepassé la rigueur universitaire dont elle aurait dû faire preuve lors de l’analyse des entretiens qu’elle avait menés et la portée de cette accusation, au profit d’une compassion et d’un parti pris qui l’auraient amenée à retranscrire ces éléments recueillis dans un contexte où la santé et l’équilibre mental de Wiera Gran à ce moment là laissaient plus qu’à penser qu’elle ne possédait plus toutes ses facultés d’analyse et de restitution de situations de sa vie passée.
Cependant, la conviction de Agata Tuszyńska lors de ses entretiens qu’elle eut avec Wiera Gran était que sa mémoire et sa lucidité étaient intactes lorsqu’elle discutait de cette période du ghetto. Wiera Gran à la porte de son appartement parisien lors des premiers entretiens avec Agata Tuszyńska (Cliquer pour agrandir) Photo collection Agata TuszyńskaCette polémique met effectivement en exergue une difficulté face à laquelle peuvent être confrontées des personnes qui retranscrivent le témoignage pour des cas où le souvenir des porteurs d’histoire peut se retrouver quelque peu altéré, imprécis, invérifiable, d’autant plus quand la mémoire est impactée à divers degrés par des problèmes psychiques ou d’autres types de pathologie.
Pour sa défense, Tuszyńska fit remarquer que sa biographie présentait le portrait d’une chanteuse et qu’elle retranscrivait ses paroles, sa mémoire. Sa démarche concernant le pianiste était qu’il avait fait partie d’un moment de sa vie dans le ghetto et qu’elle ne pouvait pas concevoir d’ignorer cette présence dans la biographie comme Wiera Gran avait été effacée dans les mémoires du pianiste.
Lors d’un entretien qu’elle eut avec Władysław Bartoszewski, une grande personnalité publique, de la vie politique polonaise et témoin de l’histoire, il lui répondit que si une personne l’avait interviewé dans des conditions où ses facultés auraient été altérées, il aurait souhaité que son fils poursuivre cette personne en justice. Il désapprouva les allégations de Wiera Gran en les qualifiant de sans fondements et honteuses.
La pertinence de retranscrire cette accusation que porte de Wiera Gran envers le pianiste pouvait aussi sembler légitime pour Agata Tuszyńska d’autant plus que le contexte psychique dans lequel se trouvait l’ancienne star du ghetto en ce milieu des années 2000 était clairement présenté et porté à la connaissance du lecteur dans des détails qui pouvaient parfois déranger lorsqu’on découvrait cette vie d’ermite et qu’on devinait percer une certaine paranoïa. Cela laissait et apportait au lecteur une latitude de réflexion suffisante, lui apportait des éléments précis afin qu’il puisse être juge de la pertinence et de la portée de l’accusation.
A sa décharge, Agata Tuszyńska mis l’accent sur le fait que cette accusation à l’encontre de Władysław Szpilman fut déjà portée à 2 reprises par le passé, sans créer pour autant de réactions. Une première fois dans l’autobiographie que publia Wiera Gran en fonds propre en 1980 à Paris, en langue polonaise, et intitulée Sztafeta oszczerców (Le relais des calomniateurs), un ouvrage qui certainement n’eut pas une grande audience. Cependant Wiera Gran participa à une interview à la radio polonaise en 1993 à l’occasion du cinquantième anniversaire du soulèvement du ghetto, et elle fut amenée à parler de son livre. Puis elle décrit et reprit la même scène durant laquelle elle avait aperçu Szpilman portant une casquette de la police juive et tirant une femme par les cheveux, lors d’un témoignage réalisé en 1996 pour le compte des archives Spielberg. Elle précise qu’au moment où elle l’aurait vu, il était juste devant elle.
Était-ce bien lui, alors qu’aucun autre témoignage n’est venu confirmer la version de la chanteuse ? Était-ce bien elle, alors qu’elle fut acquittée en 1947 après l’audition d’une centaine de témoignages qui n’apportèrent pas d’éléments précis, à charge, durant son procès ?
Si la recherche de la vérité se heurte souvent à la parole, la rumeur s’alimente toujours de la parole.
Quoi qu’il en soit, l’affaire fut portée devant les tribunaux en 2013 et la famille Szpilman représentée par sa veuve et son fils furent déboutés une première fois, la cour ayant statué que Tuszyńska en tant qu’auteur avait droit à la libre parole. La famille Szpilman obtint cependant réparation après avoir saisi la cour d’appel de Varsovie en 2016 pour diffamation et la maison d’édition et Agata Tuszyńska furent condamnées à publier des excuses auprès de la famille Szpilman et à retirer les passages incriminés des futures éditions de la biographie. Une décision semblable avait précédemment été rendue en Allemagne par le tribunal de Hambourg. Plaque à la mémoire de Wiera Gran à Wołomin (Cliquer pour agrandir) Photo Łukasz RigałoWiera Gran a passé la fin de sa vie dans une maison de retraite dirigée par des religieuses. Elle est décédée le 19 novembre 2007 à Paris à l’âge de 91 ans, elle était atteinte de la maladie d’Alzheimer. Elle a été inhumée le 26 novembre à Paris, au cimetière de Pantin. Comme elle n’avait pas laissé de testament, les biens qu’il lui restait sont devenus propriété de l’Etat français.
En 2013, une plaque a été apposée sur le mur de l’immeuble où elle a habité à Wołomin dans les années 20.
Son destin a inspiré en 2007 Remigiusz Grzela, un auteur polonais de passage Paris qui a été amené à rencontrer Wiera Gran, il en a tiré un livre intitulé Bądź moim Bogiem (Sois mon Dieu). En 2010 sortit donc en librairie Oskarżona: Wiera Gran (L’accusée: Wiera Gran), la biographie écrite par Agata Tuszyńska. Le livre sera publié peu de temps après la disparition de l’artiste. Une pièce de théâtre sera également jouée en Pologne sous la direction de Jędrzej Piaskowski, à l’occasion du dixième anniversaire de sa disparition, sous le titre Vera Gran, dont la première représentation se déroula au théâtre juif de Varsovie.
Kazimierz Jezierski
Kazimierz Jezierski (Cliquer pour agrandir) Photo zolnierzeniezlomni.com.plAprès la guerre le mari de Wiera Gran, Kazimierz Jezierski travailla en tant que médecin à l’hôpital Wolski de Varsovie, puis comme médecin au Bureau de Sécurité (UB – Urząd Bezpieczeństwa) mis en place par les communistes à la fin de la guerre. En 1948, il participa à l’exécution de Witold Pilecki, l’officier et résistant polonais qui s’était fait volontairement déporter à Auschwitz en 1940 afin d’y organiser la résistance, camp d’où il s’échappa en 1943. En 1951, Jezierski était présent lors de l’exécution de membres de l’Union Liberté et Indépendance (Wolność i Niezawisłość – WiN), une organisation anticommuniste fondée à la fin de la guerre. En 1952 il participa à l’exécution de Karol Sęk, un commandant de l’Union Militaire Nationale (Narodowe Zjednoczenie Wojskowe) qui avait été condamné à mort par le procureur Stefan Michnik. En 1963 il quitta la Pologne. Il conserva un contact épistolaire avec Wiera Gran jusqu’en 1975. Un témoignage rapporte qu’il exerça la médecine dans l’état du New Jersey. Il mourut en 1994 à Podkowa Leśna, une localité située non loin de Varsovie.
> Voir Władysław Szpilman jouer le Nocturne N° 20 de Chopin, l’un des thèmes musicaux du film Le Pianiste de Roman Polański.
L’hôtel Polski au 29 de la rue Długa (Cliquer pour agrandir) Photo www.shabbat-goy.com
Dès 1942, deux organisations juives suisses initièrent une campagne de sauvetage des juifs de Pologne afin de leur procurer des passeports sud américains en vue de leur départ des territoires occupés, avec le concours de consuls honoraires en Suisse. Les passeports qui avaient été obtenus et qui furent envoyés au Gouvernement Général concernaient les pays suivants : Paraguay, Honduras, Costa Rica, Guatemala, Haïti, El Salvador, Pérou, Bolivie, Équateur, Nicaragua, Panama, Uruguay et le Venezuela.
L’hôtel Polski au 29 de la rue Długa (Cliquer pour agrandir) Photo www.shabbat-goy.com
L’hôtel polonais (Hotel Polski) du 29 de la rue Długa devint l’un des lieux de rencontre (avec 2 autres lieux dans Varsovie) pour de nombreux juifs du ghetto et d’autres juifs qui étaient notamment cachés du côté aryen. Nombre de ces documents arrivèrent effectivement à Varsovie mais leurs destinataires avaient entre temps été déportés puis exterminés au camp de Treblinka durant les grandes déportations de l’été 1942. L’objectif de fourniture de ces passeports était de procéder à un échange entre des soldats allemands détenus par les alliés et des juifs.
En mai 1943, au cours de l’insurrection du ghetto, deux collaborateurs juifs du nom de Leon -Lolek- Skosowki et Adam Żurawin, qui travaillaient pour le compte de la police allemande, récupérèrent les passeports avec l’assentiment de la Gestapo et les revendirent à des juifs qui vivaient cachés côté aryen, et d’autres juifs qui étaient réfugiés à l’hôtel Polski. La transaction pouvait coûter entre 30 et 300 złoty, ou en nature avec des bijoux ou tout autre objet de valeur.
Initialement, les premières tractations s’effectuèrent à l’hôtel Royal au 31 de la rue Chmielna.
Les juifs qui acquirent ces documents falsifiés furent transférés vers le camp de Vittel en France pour 300 d’entre-eux et vers le camp de Bergen-Belsen en Allemagne pour 2000-2500 autres, afin d’être échangés contre des prisonniers allemands. Le directeur de l’organisation du Joint en Pologne, Daniel Guzik, savait qu’il coopéraient avec des collaborateurs juifs.
Les juifs qui avaient été envoyés en Allemagne et en France furent par la suite déportés vers Auschwitz lorsque les allemands vérifièrent les documents et se rendirent compte que les détenteurs de ces passeports n’étaient pas leurs propriétaires légitimes, et que les pays qui avaient délivré les passeports ne confirmèrent pas leur authenticité.
Environ 2500 juifs seraient passés par l’hôtel Polski de Varsovie, les deux tiers dirigés vers ces deux camps, en France et en Allemagne, et les 420 derniers juifs restants qui devaient être déporté vers le camp de Bergen-Belsen furent dirigés vers la prison de Pawiak de Varsovie où ils furent exécutés.
260 juifs réussirent à se procurer des documents et purent être échangés contre des prisonniers allemands qui étaient internés en Palestine.
Interrogé par la suite par Yitzhak Zuckerman, Daniel Guzik lui répondit que pour sauver un seul juif, il aurait été prêt à embrasser le c… des collaborateurs Skosowki et Żurawin.
Les historiens s’interrogent encore pour savoir si le commerce de ces passeports après la fin de l’insurrection du ghetto n’avait pas simplement pour but de localiser et débusquer les juifs qui s’étaient réfugiés du côté aryen.
Yitzhak Katzenelson à droite avec l’artiste Shmuel Grodzenski et sa femme Miriam – Photo HolocaustResearchProject.org
Le poète Yitzhak Katzenelson qui était encore confiné dans le ghetto de Varsovie avec son fils Zvi, et dont la femme Miriam et deux autres fils avaient été déportés vers le camp de Treblinka, passa du côté aryen avec l’aide d’amis qui lui fournirent des passeports du Honduras.
Ils furent arrêtés à l’hôtel Polski et déportés vers le camp de Vittel en France. C’est lors de son séjour au camp qu’il écrivit en octobre 1943 Le Chant du peuple juif assassiné. Le manuscrit écrit en yiddish et qui avait été caché fut retrouvé après la guerre. Vers fin avril 1944, Yitzhak Katzenelson et son fils furent redirigés vers Auschwitz par le convoi n°72 où ils moururent le 1er mai.
L’immeuble de l’hôtel Polski fut détruit durant l’insurrection de 1944, seule la façade a été conservée.
Plaque commémorative apposée sur la façade de l’ancien ‘hôtel Polski au 29 de la rue Długa (Cliquer pour agrandir) Photo www.shabbat-goy.com
En mémoire des juifs polonais insidieusement attirés par la Gestapo à l’hôtel Polski du 29 de la rue Długa durant le printemps 1943 et assassinés dans les camps d’extermination allemands.
Association des familles de victimes de combattants juifs.
Leszno 13, le siège des collaborateurs juifs du ghetto
Une cellule très active de collaborateurs juifs opéra durant la période du ghetto. Ce groupe qui comprenait entre 300 et 400 juifs avait ses quartiers au 13 de la rue Leszno. Elle était surnommée Trzynastka, du numéro de l’immeuble.
Abraham Gancwajch, chef de la cellule des collaborateurs juifs Leszno 13 – Photo Jewish Historical Institute (ŻIH)
Officiellement dénommé Urząd do Walki z Lichwą i Spekulacją w Dzielnicy Żydowskiej w Warszawie, le bureau de lutte contre le marché noir et la spéculation dans le quartier juif de Varsovie, la cellule prenait ses ordres de manière informelle auprès de l’occupant allemand, plus particulièrement de la Gestapo. Les membres possédaient un uniforme et une casquette avec une bande verte. Le bureau était dirigée par Abraham Gancwajch, un ancien membre actif et leader du mouvement sioniste Hachomer Hatzaïr de Łódź. C’était un homme qui avait reçu une éducation traditionnelle juive et qui possédait un diplôme de rabbin. Avant la guerre, il enseignait l’hébreu et travaillait également comme journaliste.
Le groupe 13 possédait sa propre prison. Il était aussi surnommé la Gestapo juive. Il fallait s’acquitter d’une somme de plusieurs centaines de złoty pour être intégré dans le groupe.
Sous une couverture du contrôle du Judenrat et des activités de contrebande, les hommes infiltraient les organisations de résistance du ghetto. Ils représentaient une entité séparée du Judenrat, travaillant de manière autonome et prenaient leurs ordres directement de la Gestapo. Leurs activités s’étendaient aussi à l’extorsion de fonds, le racket et le chantage.
Au milieu de l’année 1941, deux collaborateurs du groupe, Moritz Kohn et Zelig Heller quittèrent la cellule 13 pour créer leur propre organisation.
En août 1941, à la demande de Adam Czerniaków, le président du Judenrat, le groupe fut inclus dans le service d’ordre du Judenrat, le Jupo (Jüdische Ghetto-Polizei). Les collaborateurs opéraient également dans la partie aryenne en se faisant passer pour des membres de la résistance juive. Leur but était de localiser et infiltrer les réseaux de résistance et d’aide aux juifs pour ensuite les dénoncer.
Ils organisèrent ensuite dans le ghetto leur propre service d’assistance médicale et d’ambulance et continuèrent leurs activités de contrebande. Ils tinrent le monopole des moyens de transport du ghetto, à savoir les rickshaws et les charrettes à chevaux. Ils tenaient même un bordel à l’hôtel Britania du 18 de la rue Nowolipie.
Des membres du réseau de collaborateurs furent pourchassés et tués par les organes de résistance du ghetto, l’Organisation Juive de Combat (Żydowską Organizację Bojową) et l’Union Militaire juive (Żydowski Związek Wojskowy) ainsi que par la résistance polonaise.
La plupart des collaborateurs furent tués par les allemands en avril 1942.
Abraham Gancwajch et quelques autres collaborateurs continuèrent à opérer en se faisant passer pour des membres de la résistance clandestine afin de pourchasser les polonais qui aidaient les juifs. Gancwajch passa du côté aryen où il continua à travailler pour les allemands. Des rumeurs rapportent qu’il serait mort en 1943 ou qu’il aurait ensuite collaboré avec le NKVD.
L’immeuble qui abritait la cellule de collaborateurs juifs existe toujours, il est aujourd’hui situé au 93 de l’avenue Solidarności.
On évalue qu’au moment du bouclage du ghetto, à la fin de l’année 1940, 2000 chrétiens d’origine juive vivaient dans le ghetto.
Les raisons des conversions étaient très diverses. Pour certains juifs, cela était devenu une nécessité afin de pouvoir accéder à certains postes et positions professionnelles qui étaient devenus interdit aux juifs durant les difficiles années d’avant-guerre notamment dès 1935 avec l’activisme des mouvements nationalistes. De nombreux autres juifs se convertirent au début de la guerre, pensant que leur situation s’améliorerait, ce qui ne fut nullement le cas puisque pour les allemands ils restèrent des juifs. D’autres se retrouvèrent dirigés vers le ghetto car présents sur la liste du conseil central de la protection sociale alors dirigé par Adam Ronikier. Emanuel Ringelblum nota fin février 1941 que 20 familles catholiques d’origine juive entrèrent dans le ghetto, et parmi elles celle du professeur Ludwik Hirszfeld, co-découvreur du système de groupes sanguins ABO. Eglise de Tous les Saints sur la place Grzybowski en août 1940, petit ghetto (Cliquer pour agrandir) – Photo Referat GabarytówCertains membres de ces familles, d’éducation élevée, servirent au sein du Judenrat. Selon Emanuel Ringelblum, une centaine de juifs convertis servirent également dans la police du ghetto. Ils attisèrent l’animosité des juifs orthodoxes dont certains membres attaquèrent les convertis à coups de bâton sur le parvis de l’église de Tous les Saints (Kościół Wszystkich Świętych) de la place Grzybowski. C’est principalement dans le secteur du petit ghetto situé autour de cette place que se regroupèrent les catholiques juifs.
Ces chrétiens d’origine juive s’organisèrent et se rassemblèrent dans des appartements situés dans les immeubles des rues adjacentes à l’église, devenue dans le ghetto le lieu de culte où se retrouvaient ces juifs convertis, sous la houlette du vicaire Antoni Czarnecki. L’accès à l’office était réglementé par les allemands et la vie pastorale s’organisait dans le presbytère. Le prêtre Marceli Godlewski officiait également à l’église de Tous les Saints, les prélats bénéficiaient d’un laisser-passer pour entrer et sortir du ghetto. Ce prêtre était connu avant la guerre pour son antisémitisme militant.
Sa proximité avec la misère et les souffrances qu’il vit et perçut dans le ghetto l’amena a un changement profond d’attitude et de sentiments envers les habitants du ghetto. Il établit une relation profonde et particulière avec les juifs qu’en fait il ne connaissait pas vraiment avant la guerre si ce n’est à travers leurs traditions et modes de vie, les aspects théologiques et bibliques de la religion juive. Il s’investit activement par la suite dans l’aide et l’assistance aux juifs.
Les bâtiments de la paroisse furent utilisés pour loger aussi bien les juifs baptisés que d’autres non baptisés. L’approvisionnement en nourriture pouvait être réalisé avec l’aide de certaines missions soutenues par le Joint, l’organisation Caritas et de la contrebande. Ce fonctionnement dura jusqu’en décembre 1941, période à laquelle toute aide quelconque apportée aux juifs fut puni de peine de mort. Dès cette date, l’approvisionnement s’effectua par contrebande. Les juifs convertis pratiquants, les juste baptisés non pratiquants, des chrétiens d’autres confessions, des juifs assimilés non convertis se retrouvaient dans l’église, qui avait été partiellement détruite durant les bombardements de 1939. Beaucoup de ces chrétiens juifs retiraient leur brassard à l’étoile de David en pénétrant dans le lieu de culte.
En juillet 1942, peu avant le début des grandes déportations, le prêtre Antoni Czarnecki se rappelait, après guerre, de grands rassemblements dans l’église de plusieurs centaines de fidèles juifs convertis et quelques autres venus écouter les sermons sur fond de messages d’évangile et de patriotisme. Des funérailles catholiques furent aussi été célébrées dans le ghetto, les dépouilles étant menées jusqu’aux portes du ghetto puis dirigées vers le cimetière chrétien de Bródno sur l’autre rive de la Vistule, accompagnés des seuls prêtres.
Les catholiques juifs figurèrent pamis les premiers convois lors des déportations de juillet 1942 vers le camp d’extermination de Treblinka.
Dans la paroisse de l’église de Tous les Saints, les baptêmes étaient organisés autour d’une préparation de 6 semaines environ à ce sacrement. Cette préparation, rapportée dans un témoignage après la guerre dut être suivie au début de la période du ghetto, mais avec le temps et les conditions infernales de l’enfermement, la démarche prit certainement une autre tournure plus rapide. Le professeur Ludwik Hirszfeld agit à plusieurs reprises en tant que parrain et rapporta que nombre de ces baptêmes étaient aussi guidés par une réelle foi pour ces juifs vers leur nouvelle religion, dans ces temps dramatiques. Beaucoup de ces nouveaux baptisés appartenaient à l’intelligentsia. La dernière messe fut célébrée dans l’église de Tous les Saints le 9 juillet 1942. Le presbytère fut détruit le 6 août suivant. Les paroissiens furent conduits vers Umschlagplatz puis déportés vers le camp d’extermination de Treblinka. Des catholiques juifs purent s’échapper durant les périodes de déportations et survivre à la guerre.
Marceli GodlewskiLe prêtre Marceli Godlewski (1865-1945) fut honoré du titre de Juste parmi les Nations en octobre 2009. Durant cette tragique période, il cacha, aida et secouru de très nombreux juifs dont la liste est visible sur le site de Yad Vashem.
Parmi les personnes secourues et sauvées, Wanda et Krzysztof Zamenhof, le petit-fils du célèbre créateur de la langue esperanto, Ludwik Zamenhof. La Fondation Raoul Wallenberg dévoile une plaque House of Life dans l’église de Tous les Saints à Varsovie – Photo Marek Dusza
En 2017, à l’initiative de la Fondation Raoul Wallenberg, une plaque House of Life a été dévoilée sur le site de l’église de Tous les Saints en mémoire de cette période et de l’aide apportée aux juifs par les prélats. Liste des abonnés du téléphone de la paroisse pour la période 1938-1939 (ks. – ksiądz, prêtre):
Berent Bracia, fabryka maszyn i przyb. druk.
Chojnacki Piotr, ks., prof. Uniw. J. P.
Dziewanowski Dominik, ks.
Godlewski Marceli, ks. m.
Makowiecki F(r)anciszek, fabr. siatek i ogrodzeń drucianych
Mężyński Franciszek, ks.
Parafia Wszystkich Świętych
Rutkowski Wacław, ks.
Sadłowski Wł., przeds. rob. zduńskich i skład kafli
Sztompka Feliks
Tan Feliks, ks.
Synagogue Serdyner, détruite au début de la guerre