La forêt Juive

Ou comment déclencher une recherche insolite

En scrutant une carte que je viens d’acheter de la région du parc national de Biebrzański, je suis tombé sur un lieu-dit complètement paumé, sans habitation et qui s’appelle Żydowski las, la forêt juive.
Et comme je suis un grand curieux, j’ai cherché à savoir comment ce nom singulier avait pu surgir à cet endroit qui se trouve à environ une quinzaine de kilomètres au sud de Augustów (voïvodie de Podlachie, nord-est). Ce coin de forêt se trouve également à 8 kilomètres au nord d’une petite bourgade qui s’appelle Sztabin et où vivaient des juifs, plus de 700 au début du XXème siècle.

La forêt juive
Żydowski las, la forêt juive (Cliquer pour agrandir) © ExpressMap

Il n’existe pas grand chose comme information sur cette petite ville concernant les juifs, à vrai dire, trois fois rien.
Vivaient là un certain Aryeh Leib Byers ou un Josel Mordechai Ejlender qui émigrèrent vers les Etats-Unis à la fin du XIXème siècle d’après des informations glanées sur le réseau. Il y eu effectivement un grand mouvement migratoire à cette période et durant l’entre-deux guerres, de fait on ne recensait plus que 62 juifs en 1921. D’après un témoignage disponible sur le réseau, Sztabin fut détruite par un incendie durant la première guerre mondiale. Les juifs fuyaient alors la pauvreté et l’antisémitisme.
Il existait un cimetière juif à Sztabin comme on peut le voir sur une carte dressée en 1930. Il n’existe plus aujourd’hui. Quelques pierres tombales juives sont désormais conservées au musée local.
La forêt juive
La forêt juive (Cliquer pour agrandir) © Google Maps

Parfois un simple nom, un lieu peuvent m’interpeller et déclencher cette pointe de curiosité qui fait que je peux être attiré par l’histoire d’un lieu où je n’ai jamais mis les pieds. Il m’est souvent arrivé d’aller visiter des endroits où existaient ici un cimetière disparu, là une synagogue évanouie. Je peux éprouver autant d’intérêt et d’émulation à aller farfouiller dans les broussailles de ce qui était autrefois un cimetière juif rendu à la nature que d’admirer les représentations symboliques qui ornent les pierres tombales d’un cimetière préservé.
Les lieux ont une histoire et des ombres se cachent derrière chaque question que l’on se pose.
Derrière ce nom insolite de forêt juive se cache une histoire, peut être insolite, inquiétante, extraordinaire, peut être aussi insignifiante…
Une chose est certaine, je passerai à Sztabin lorsque je serai dans le coin… du côté de la forêt Juive !

Spock et les cohanim

De la synagogue à l’écran, un geste à décortiquer

Tout le monde ou presque doit se souvenir de ce célèbre signe amical de reconnaissance effectué par le vulcain Spock, alias Leonard Nimoy, de la célèbre série télévisée Star Trek.
Mais ce qu’il y a de plus intéressant est de découvrir comment ce signe de ralliement des vulcains a été imaginé.

Spok - Star Trek
Spok et son signe de reconnaissance

Leonard Nimoy, l’acteur américain qui interprète Spock dans la série de science fiction est issu d’une famille juive orthodoxe originaire de la ville russe de Iziaslav (aujourd’hui située en Ukraine) et a baigné durant toute son enfance et adolescence dans le quartier juif de West Side à Boston où il est né.
Dans les rues de ce quartier aujourd’hui disparu, les immigrants juifs avaient reconstitué un véritable Shtetl où le yiddish était devenu la langue en usage à tel point que la grand mère de notre cher Spock n’apprit jamais la langue de Shakespeare. De même nombre de commerçants italiens qui étaient majoritaires dans cette partie de la ville connaissaient des rudiments ou plus de yiddish afin de commercer aisément avec leurs clientèle juive.
Leonard Nimoy, qui lit, écrit et parle le yiddish, avait assisté durant sa jeunesse à des offices, accompagné de son frère, de son père et de son grand-père à la synagogue de Boston et il avait été intrigué et impressionné par la symbolique et la gestuelle de la bénédiction faite aux fidèles par les prêtres cohanim avec la disposition singulière des doigts de la main.

shin Cette symbolique gestuelle qui adopte la forme de la lettre hébraïque Shin est également la première lettre de l’un des noms utilisés pour nommer Dieu; (El) Shaddaï.
Cette lettre figure également sur les mézouzah. Lors de l’un des épisodes de la série où Spock devait entrer en contact avec ses coreligionnaires vulcains, les scénaristes cherchèrent en vain un signe de ralliement qui puisse symboliser cette rencontre et Leonard Nimoy se remémora alors le signe des cohanim à la synagogue et proposa de l’intégrer dans la série, ce qui fut accepté par la production. Dès le lendemain de la diffusion de l’épisode concerné, le signe de la main de Spock devint célèbre et utilisé dans toute l’Amérique par des téléspectateurs conquis.

On retrouve ce symbole sur les tombes des cohanim dans les cimetières juifs.

Tombe d'un prêtre de la lignée des Cohanim
Tombe d’un prêtre de la lignée des Cohanim – Cimetière de Otwock -(Cliquer pour agrandir) © www.shabbat-goy.com

Découvrir la description des mains levées en signe de bénédiction des cohanim sur les tombes juives.

Persécution de juifs à Lwów

Un lieu, une histoire. Lwów (aujourd’hui Lviv en Ukraine), rue Copernic…

Persécution de juifs à Lwów (Cliquer pour agrandir) © Google Maps
Persécution de juifs à Lwów (Cliquer pour agrandir) © Google Maps

Plusieurs images m’ont frappé particulièrement lors de mes pérégrinations sur le réseau, celle-ci en fait partie.
Elle se passe à Lwów alors en Pologne, certainement durant la période des terribles pogroms intervenus dans cette ville en juin et juillet 1941 dont on a aujourd’hui la trace à travers des photos ainsi que des films saisis durant ces tragiques événements.

La particularité ici, c’est qu’on ne voit pas de soldats allemands mais une foule que l’on distingue en arrière plan le long du mur de cet ancien édifice.
Une colonne de juifs les mains en l’air remonte la rue Copernic tandis qu’au premier plan, un homme porte un coup sur celui de gauche. A droite, un autre, cigarette dans une main et certainement l’autre plongée nonchalamment dans sa poche suit la foule en mouvement d’un air sûr et convaincu.
Au centre, derrière le bras de celui qui porte le coup, on voit le visage apeurée d’une femme juive qui semble regarder du côté du photographe. Légèrement sur la gauche au second plan, deux hommes en casquette dont l’un souriant encadrent la colonne d’où toute échappatoire semble illusoire.

Durant cette période, environ 60 000 juifs furent tués par les sections Einsatzgruppen activement secondées par les milices et nationalistes ukrainiens.

L’incident de Bruxelles

La justesse des mots, la délicatesse des médias

L’incident de Bruxelles, cela claque comme un titre de journal…
Journaux du net toutes tendances confondues, j’ai lu hier des articles concernant la tuerie… non, l’incident qui est intervenu en Belgique.
Oui, un incident.
Il est devenu impératif de mesurer ses propos en certaines occasions, des fois que l’on aurait eu affaire à un drame passionnel ou un à un hold-up qui aurait mal tourné, il faut effectivement prendre toutes ses précautions et parler simplement d’incident avant d’aller qualifier de tuerie le fait qu’un individu s’introduise dans un Musée Juif armé d’une kalachnikov pour tuer des gens qu’il ne connait pas.

Petit florilège:
« L’incident s’est déroulé en plein après-midi dans le quartier chic du Sablon »
« Le lien entre cette personne et l’incident n’est pas clair »
« Une personne, qui a admis qu’il était présent au moment de l’incident… »
« Une vidéo de l’incident montre un homme athlétique coiffé d’une casquette entrer calmement dans le Musée juif »
« le ministère de la Justice a lancé une enquête intensive sur l’incident »
« …témoins de l’incident affirment avoir vu deux hommes »
« Une personne, qui a admis qu’il était présent au moment de l’incident »
« …un renforcement de la sécurité et ce pour éviter tout autre malheureux incident »
« …reste « prudente » sur la nature antisémite de l’incident à ce stade de l’enquête »

Mon Larousse fatigué et écorné édition 1987 m’indique qu’un incident est un événement le plus souvent fâcheux ou une difficulté peu importante.
Je suis donc heureux d’apprendre que nous n’ayons eu affaire qu’à un déplorable incident hier après-midi au Musée Juif de Belgique.

Visiter le site du Musée Juif de Belgique et lire le communiqué de presse sur cet incident

Musée Juif de Belgique
Musée Juif de Belgique – Cliquer pour visiter le site du Musée

Marre qu’on parle de la Shoah ? Moi non !

Yiddishland, kézako ?

A l’occasion de la commémoration de la Shoah en Israël et de la décision des autorités de ce pays d’aborder le thème de la Shoah dès la maternelle et la lecture de quelques autres articles de ces derniers jours autour de ce sujet, je jette un œil sur les commentaires de certains articles dans la presse française et je lis les sempiternelles rengaines sur l’arithmétique entre les génocides, les palestiniens et les bourreaux israéliens, le business autour de la Shoah…

Je voudrai simplement rappeler une chose ici.
Même si de terribles génocides sont malheureusement intervenus depuis la seconde guerre mondiale; les rwandais, ils sont toujours au Rwanda, les arméniens, ils sont toujours en Arménie, les cambodgiens, ils sont toujours au Cambodge…
Par contre, les juifs d’Europe centrale, hormis quelques rares communautés, c’est fini, c’est terminé !
Ils ont définitivement disparus !
Le Yiddishland n’est plus qu’une ombre, le peuple n’existe plus, la culture n’existe plus, le yiddish, leur langue a disparu du paysage.

J’aimerai sincèrement que beaucoup comprennent et assimilent cette petite différence fondamentale. Cette singularité de l’histoire qui fait que, grâce ou plutôt à cause d’une organisation politique, militaire, administrative et industrielle, organisations mûrement mises en place et exécutées, le génocide des juifs d’Europe centrale se singularise de tous les autres car tout un peuple a définitivement disparu au cours du XXème siècle.
Depuis bientôt 40 ans que l’on enseigne la Shoah dans les écoles françaises, je me demande où on va…

Nota: Pour ce qui concerne l’enseignement de la Shoah dans les écoles maternelles israéliennes, disons plutôt une approche du sujet d’après ce que j’ai compris, je présume que la chose a été mûrement pensée et réfléchie et je m’estime mal placé pour exprimer une quelconque opinion sur ce sujet éducatif précis que j’ignore. Disons que je fais confiance au peuple juif dans l’éducation de ses enfants comme il savait du reste déjà le faire dans les shtetl du Yiddishland pour ses jeunes enfants.

Nota 2: pour ceux qui ne comprennent pas le mot yiddishland, Wiki est ton ami !

Enfants juifs dans un heder - Pologne
Enfants juifs dans un heder (école élémentaire traditionnelle) en Pologne avant la guerre – Photo © Yad Vashem

La petite fille de la rue Próżna

Lusia Bronstein, une histoire derrière un visage

En 1994, dans le cadre du projet And I can still see their faces (Et je peux toujours voir leurs visages) la directrice de la Fondation Shalom de Varsovie, Gołda Tencer lança un appel à travers le monde afin de collecter des photographies de juifs disparus durant la Shoah. Plus de 9000 clichés purent être ainsi collectés. Ils furent mis en valeur à travers une exposition présentée en Pologne ainsi que dans de nombreuses villes à travers le monde.

Les visiteurs qui viennent du côté de la place Grzybowski, l’un des anciens quartiers juifs de la capitale, peuvent en apercevoir quelques-uns sur la façade décrépie de l’ancien immeuble Wolanowski du 14 de la rue Próżna.

Lusia Bronstein (Cliquer pour agrandir) - Photo ©  www.shabbat-goy.com
Lusia Bronstein (Cliquer pour agrandir) – Photo © www.shabbat-goy.com

Un visage attire plus particulièrement l’attention, c’est celui d’une petite fille qui s’appelait Lusia Bronstein.
Elle était la fille de Chaskiel Bronstein, un photographe et juif assimilé qui possédait le studio Fotografika au 4 de la rue de Cracovie à Tarnów. Une partie de la famille Bronstein possédait la nationalité brésilienne.
En 1939, Chaskiel qui seul possédait un passeport qu’il avait réussi à se procurer deux semaines avant la guerre se rendit en Amérique du sud pour essayer de procurer un passeport pour les membres de sa famille. N’ayant pu obtenir le précieux document, il rejoignit sa famille en Pologne, laquelle fut ensuite déportée vers l’Allemagne où on perdit sa trace.
L’ancien studio de photographie abrite aujourd’hui la bibliothèque à Tarnów.

Agrandir le plan

L’ancien studio de photographie de Chaskiel Bronstein

Photos rares de Nalewki en 1934

Le quartier juif sous l’objectif de Willem van de Poll

C’est en 1934 que le photo reporter hollandais Willem van de Poll (1895-1970) voyagea en Pologne pour le compte d’une agence de presse et saisit sur les plaques de verres 9 x 12 cm de son appareil Contessa-Nettel des scènes de vie à Varsovie, à Łowicz et à Vilnius.

Croisement des rues Nalewki et Franciszkańska en 1934  © Willem van de Poll (Cliquer pour agrandir)
Croisement des rues Nalewki et Franciszkańska en 1934 © Willem van de Poll (Cliquer pour agrandir)

La Maison des rencontres avec l’Histoire de la rue Karowa à Varsovie (Dom Spotkań z Historią) présente une exposition du grand photographe néerlandais du 24 janvier 2014 au 06 avril 2014.

150 magnifiques clichés sont exposés et qui retracent ses déplacements et rencontres notamment avec des grands personnages de la vie publique polonaise, des photos prises dans les rues de Vilnius, à la frontière polono-soviétique, à Varsovie au grand théâtre, à travers les rues…

Plusieurs photographies saisies en plein quartier juif vers le croisement des rues Nalewki, Franciszkańska et Gęsia présentent des vues rares de la vie juive d’avant guerre.
Le diaporama ci-dessous présente ces photographies signées Willem van de Poll

Willem van de Poll - Autoportrait
Willem van de Poll – Autoportrait