Topologie du secteur nord-est du ghetto de Varsovie

Retour sur une zone disparue

The north-east area of the Warsaw ghetto
Limite nord-est du Ghetto. Intersection des rues Bonifraterska et Żoliborska (Cliquer pour agrandir)

La limite nord-est du ghetto aujourd'hui (Cliquer pour agrandir) © www.shabbat-goy.com
La limite nord-est du ghetto aujourd’hui au niveau de la rue Bonifraterska et le mémorial du mur au centre (Cliquer pour agrandir)
© www.shabbat-goy.com

Dès le 15 novembre 1940, un ensemble d’immeubles (couleur brun) encadrés par les rues Bonifraterska, Muranowska, Żoliborska et Pokorna (voir vue aérienne ci-dessous) ont été intégrés dans le périmètre du ghetto. Cette partie située à l’extrémité nord-est du grand ghetto était voisine de la gare de Umschlagplatz.
Juste au nord de la place Muranowski et le long de la rue Żoliborska se trouvait un dépôt de tramways que l’on aperçoit ci dessus et sur la photo aérienne ci-dessous (en rouge). En février 1941, la limite du ghetto fut modifiée à cet endroit et le dépôt en fut exclu. Quelques mois plus tard, en juin 1941, une passerelle en bois (en jaune) fut édifiée au dessus de la rue Przebieg afin d’accéder à l’immeuble situé le plus au nord-est du ghetto.
Un peu avant le début des grandes déportations, en mars 1942, cet ensemble d’immeubles fut exclu du périmètre du ghetto. De fait, il ne fut pas détruit lors des tragiques événements de l’insurrection d’avril 1943. Cependant, à la fin de l’insurrection de Varsovie en 1944, presque tous les immeubles étaient en ruine. Aujourd’hui, toute la zone a entièrement disparue (y compris les rues Przebieg, Żoliborska, Pokorna et Sierakowska). Un mémorial du mur du ghetto a été érigé au bout de la rue Bonifraterska et l’avenue du Général Anders traverse aujourd’hui tout le secteur.
» Voir la page de présentation de la passerelle de la rue Przebieg.

C’est dans ces environs, au XVIIème siècle que l’architecte italien Giuseppe Simone Bellotti venu en Pologne exercer ses talents avait fait bâtir son manoir appelé Murano en souvenir de l’île du même nom au nord de Venise où il était né, nom qui resta pour désigner le futur quartier juif de Muranów (une page sur l’origine de Muranów).

Le secteur nord-est du ghetto après l'insurrection de 1943
Le secteur nord-est du ghetto. Le dépôt de tramways en rouge (Cliquer pour agrandir)

Former Muranowski square

Location of the former tramways Depot

Footbridge over Przebieg street

Ghetto wall memorial

La table de café du ghetto

L’archéologie de l’holocauste

Fouilles dans la rue Swiętojerska - La table de café du ghetto
Fouilles dans la rue Swiętojerska – La table de café du ghetto (Cliquer pour agrandir)
© Żydowski Instytut Historyczny

L’archéologie nous permet de restituer et reconstituer des périodes lointaines enfouies sous nos pieds, dans les profondeurs des sables, des villes. Il est aussi une autre forme d’archéologie qui nous rappelle une présence pas si lointaine.
A l’occasion du 70ème anniversaire du soulèvement du ghetto de Varsovie, une exposition qui se tenait en avril dernier et que j’avais eu l’occasion de découvrir au Corps de Garde (Kordegarda) présentait des objets et des réalisations autour du thème de l’holocauste.
Parmi elles se trouvait une table de café mise au jour dans la rue Swiętojerska qui était alors située dans la zone du grand ghetto.
Tomasz Lec architecte et co-designer des 22 mémoriaux du mur du ghetto avait mis en valeur pour l’occasion la table de café retrouvée.

La table de café du ghetto © Tomasz Lec - Żydowski Instytut Historyczny
La table de café du ghetto
© Tomasz Lec – Żydowski Instytut Historyczny

Nouvelles créations Judaica

Serre-livres – Bookends

Serre-livres - Bookends - JUDAICA © Tolonensis Creation - judaica.tolonensis.com
Serre-livres – Bookends – JUDAICA (Cliquer pour agrandir) © Tolonensis Creation – judaica.tolonensis.com
Dans la continuité des décorations murales Judaica réalisées par mes soins, voici 2 nouveaux modèles uniques de serre-livres sur le thème du Judaïsme avec des créations originales, toujours conçues sur métal avec la technique de la découpe laser.
La première présentant un juif orthodoxe et la seconde un juif hassidique.
Dimensions 12 x 14 x 20 cm. Peinture par cuisson au four.
© Tolonensis Creation – judaica.tolonensis.com

De Henryk Warszawski à Henry Vars, une vie en musique

Le parcours atypique du compositeur de Flipper le dauphin

Henryk Warszawski est né en 1902 à Varsovie (alors sous domination russe) dans une famille de musiciens juifs.
Sa plus jeune sœur était pianiste tandis que l’aînée était soliste à l’opéra de Varsovie et chantait également à la Scala de Milan.
Henry Vars est décédé en 1977 à Los Angeles aux Etats-Unis où il était connu sous ce pseudonyme qui succéda à celui d’avant guerre de Henryk Wars.
Henry Vars était pianiste, auteur-compositeur, arrangeur et chef d’orchestre.

Dans sa prime jeunesse, il habita en France avec sa famille, puis retourna en Pologne juste avant le déclenchement de la première guerre mondiale.
Il commença à étudier à l’académie des Beaux-Arts puis entama une formation musicale grâce au violoniste et compositeur Emil Młynarski. En 1925 il obtint son diplôme du Conservatoire National Supérieur de Musique de Varsovie où il étudia le piano et la composition.

Henry Vars - Henryk Wars
Henryk Wars en 1944 (Cliquer pour agrandir) Photo auteur inconnu

Il commença à exercer le poste de directeur musical pour les Editions Syrena, une maison de production de disques très célèbre à cette époque en Pologne. Il composa sa première chanson en 1926 et se produisit comme chef d’orchestre dans de nombreux cabarets et théâtres de Varsovie. Il démarra ensuite sa carrière de compositeur de musique de films et d’auteurs de chansons pour comédies musicales dès 1930. Devenu très célèbre durant l’entre-deux guerres, il composa un tiers des musiques des 150 films du cinéma polonais d’avant guerre, aussi bien des accompagnements de comédies, de drames, de romances ou de comédies musicales.

Au déclenchement de la guerre en 1939, il fut enrôlé dans l’Armée polonaise et participa à la défense de Varsovie. Fait prisonnier par les allemands, il s’échappa d’un train. En 1940, il créa l’orchestre Polish Parade à Lwów encore sous domination russe et se produisit en tournée en URSS. Il devint notamment l’ami du compositeur classique Khatchatourian. Il rejoignit les musiciens du Deuxième corps polonais du Général Anders. Il suivra le corps d’Armée depuis l’Iran jusqu’à la bataille de Monte Cassino en Italie en suivant les soldats au plus près du front pour lesquels il jouait.

Générique de Flipper le dauphin (Cliquer pour écouter) © Metro Goldwyn Mayer Television
Générique de Flipper le dauphin (Cliquer pour écouter) © Metro Goldwyn Mayer

Deux ans après la capitulation il émigre aux Etats-Unis et prend le nom de Henry Vars. Il s’installe avec sa femme à Los Angeles en 1950.
Les débuts du rêve américain sont difficiles malgré une lettre de recommandation signée par Arthur Rubinstein. Il entame bientôt une carrière de compositeur de musique pour le cinéma et la télévision. Il travaillera pour les plus grandes maisons de production américaines comme Paramount, Universal, Columbia, Metro Goldwin Mayer, United Artists, Twentieth-Century Fox.
Certaines de ces chansons seront interprétées entre autres par Doris Day et Bing Crosby. Il deviendra également l’ami de John Wayne.
Durant les années 1960 il composera le thème de la série à succès Flipper le dauphin (cliquer pour voir le générique) et sera également le co-auteur avec Shelly Manne du thème de l’autre série tout aussi célèbre Daktari (cliquer pour voir le générique).

Après sa disparition, certaines de ses compositions apparaîtront dans le film de Steven Spielberg (La liste de Schindler) comme Miłość ci wszystko wybaczy – L’amour te pardonnera tout (Cliquer pour écouter la chanson), composé par Henryk Wars sur des paroles du poète polonais Julian Tuwin, et le film de Roman Polański (Le pianiste) comme la chanson Umówiłem się z nią na dziewiątą – J’ai rendez-vous avec elle à neuf heures (Cliquer pour écouter la chanson).

Il a été inhumé sous le nom de Henryk Vars au cimetière Hillside Memorial Park à Los Angeles.

Henryk Wars (Henryk Warszawski) et son orchestre du 2ème corps d'Armée du général Anders - Photo Newsweek-Historia
Henryk Wars (Henryk Warszawski) et son orchestre du 2ème corps d’Armée du général Anders – Photo Newsweek-Historia

Un juif dans la maison, de l’argent dans la poche.

Une drôle de tradition

S’il est une tradition sortie de je ne sais où que je supporte mal, et pour tout dire que je ne supporte pas du tout, c’est bien celle d’accrocher dans l’entrée de la maison un petit tableau représentant un juif en train de compter ses sous au dessus d’une bourse bien garnie.
N’importe quel visiteur en Pologne apercevra au détour d’une vitrine ce genre de tableau, et plus récemment, des petites figurines, toujours représentant un juif avec une pièce, généralement un groszy, c’est à dire un quart de centime d’euros (quatre fois rien).

Le petit juif porte-bonheur... © www.shabbat-goy.com
Le petit juif porte-bonheur. Magasin Leroy Merlin, banlieue de Varsovie (cliquer pour agrandir) © www.shabbat-goy.com

Accrocher son juif dans l’entrée de sa maison est censé attirer la prospérité, faire fructifier l’argent du foyer, son affaire, son travail… On peut d’ailleurs aussi apercevoir ce genre de tableaux au restaurant, au bureau…
Parfois, mais plus rarement, on peut observer un tableau représentant un juif en train de presser un citron dans un verre. D’aucuns diront que cette représentation est censée assurer la pitance quotidienne pour le foyer mais d’autres semblent plutôt y voir la métaphore du juif avare qu’il faut presser comme un citron afin d’en extraire le jus en pièces sonnantes et trébuchantes…
D’après ce que j’ai pu glaner, le juif doit être offert pour que son pouvoir je dirai surnaturel puisse s’exercer. Certains disent qu’il faut que 2 attaches soit montées au tableau, une en haut et une autre en bas car lorsque on accroche le juif pour la première fois dans l’entrée de la maison, il doit avoir la tête vers le bas afin que les pièces de la bourse puissent mieux s’extraire. Parait-il qu’il faut également le mettre dans cette position le vendredi et ce pour la durée du Shabbat. Egalement vers la fin de l’année, afin que le brave juif protecteur n’arrête pas de compter les sous en début d’année.
Alors que nous étions en visite chez une amie, et comme la conversation nous avait amené, je me demande encore comment, à parler des juifs, la maîtresse de maison alla décrocher le fameux tableau que j’avais aperçu dans l’entrée, un juif avec une pièce dans la main, une vraie, que le peintre avait réussi à fixer certainement en vidant la moitié d’un tube de peinture. Elle attendit ma réaction comme si elle me présentait un tableau de maître. Je ne vais pas vous faire un dessin , une peinture devrais-je dire, pour vous décrire l’expression de mon visage à ce moment précis.

Si pendant longtemps, le commerce de l’argent, l’usure, était dévolu aux juifs qui prêtaient et récoltaient les taxes auprès du petit peuple pour le compte de la noblesse polonaise, aujourd’hui, cette représentation est pour moi lourde de sens au regard de l’histoire et des stéréotypes qui perdurent, et pas qu’en Pologne pour tout dire.
S’il est des traditions dans lesquelles nous puisons notre richesse, il en est d’autres dans lesquelles on perd nos valeurs.

Les meules juives

The jewish grindstones

Les meules juives - Cimetière juif de Kock © Bobe Majse
Les meules juives – Cimetière juif de Kock © Bobe Majse

Dans le cimetière juif de Kock en voïvodie de Lublin, on peut aperçevoir de curieuses pierres tombales rondes…

Ces formes inédites de pierres tombales juives ne répondaient pas à des considérations édictées par l’art funéraire juif mais aux besoins de certains polonais en manque d’outillages après la guerre.

Si énormément de pierres tombales ont terminé leur vie dans des murs, des fondations, des terrassements durant la guerre, lorsque les cimetières étaient dévastés ou démantelés par l’occupant nazi, beaucoup d’autres ont connu une seconde vie surprenante au fond d’une grange ou d’un atelier, comme meules à aiguiser.
Avec le temps, les mentalités ont évoluées et des familles qui ont hérité d’un bien familial se séparent de ces encombrants outils qui retournent là où est leur place, au cimetière juif.

La meule © Łukasz Baksik
La meule (cliquer pour agrandir) © Łukasz Baksik

Aleksandra, alias Bobe Majse, l’auteur de la photo du haut, anime un blog (pl) sur l’héritage juif en Pologne, notamment à Cracovie.
Le livre recueil de photographies Usage quotidien de pierres tombales juives / Macewy codziennego użytku de Łukasz Baksik.

Le Musée Errant du Juif non-peint

The Wandering Museum of the Jew not Painted

La Fondation du Musée Errant du Juif non-peint a rassemblé un fonds de plus de 10 000 journaux polonais et étrangers datant du XIXème siècle dans lesquels de superbes illustrations, réalisées par la technique de la gravure sur bois, mettent en scène des personnages de tous horizons, origines et cultures, notamment des illustrations de juifs, soit imaginées par leur auteur, soit reproduits à partir de personnages réels.
L’Imaginaire et le Réel, tel est le thème de l’exposition présentée par Paweł Szapiro, au foyer du Théâtre juif de Varsovie durant le Festival Singer de la culture juive.

Sont exposées de nombreuses gravures de personnalités juives, acteurs, hommes d’affaires, philanthropes, artistes, médecins, religieux, écrivains, éditeurs, etc, qui étaient alors choisis par rapport à leur assimilation dans la société polonaise, leur émancipation ou leur appartenance à un judaïsme réformé.

Le Musée Errant du Juif non-peint - Żyd Niemalowany Muzeum Wieczny Tułacz
Baer Meisels – Le Musée Errant du Juif non-peint (cliquer pour agrandir) © www.zyd-niemalowany.pl

Le site du Musée Errant du Juif non-peint.
Un extrait du catalogue de l’exposition.
Adresse : Place Grzybowski 12/16. Varsovie.