A Nalewki, les canards sont toujours là…

L’ombre de la rue juive plane toujours

Nalewki, c’était là où battait le cœur de la vie juive, une rue à part dont la pulsation résonnait dans toute la capitale.
Nalewki comme on appelait alors tout cet endroit, c’était le quartier juif de Muranów, ou le quartier nord comme on disait aussi. La rue Nalewki n’existe plus, elle a été broyée par la déferlante noire et vert de gris.

La rue Nalewki - Nalewki street
Axe de l’ancienne rue Nalewki, à Varsovie, un matin d’hiver – © www.shabbat-goy.com

Nalewki, c’était une belle rue, avec de beaux immeubles, de belles façades, de belles devantures, et, à chaque porte cochère, une arrière-cour qui communiquait avec d’autres arrière-cours, un labyrinthe d’arrière-cours où grouillait une vie intense et d’où s’élevait une langue porteuse de vie et de lendemains, le yiddish.
A Nalewki se concentraient plus de 700 commerces, boutiques et ateliers, c’est à dire encore plus que sur la majestueuse avenue Marszałkowska, ces superbes Champs-Elysées de Varsovie, eux aussi broyés dans la tourmente.
Le quartier a été reconstruit après la guerre et la rue Nalewki s’est évanouie pour laisser place aujourd’hui à la grande avenue du Général Anders qui ne suit pas tout à fait le tracé d’antan.

Ce samedi matin, aux abords du parc Krasiński, à proximité de l’ancien emplacement où s’élevait l’une des nombreuses portes du ghetto, des canards se réchauffent au soleil.
Peut-être qu’avant la guerre, certainement même, d’autres palmipèdes se réchauffaient ainsi par une matinée d’hiver en regardant passer des charrettes débordant de marchandises, des dames emmitouflées dans de longs manteaux et fichus et des gamins qui courraient en criant.
Mais autrefois, le samedi, dans la rue Nalewki, c’était le calme qui régnait.
Seuls des tramways brinquebalants et des silhouettes noires en caftan traversaient la rue, car autrefois dans la rue Nalewki, le samedi, c’était Shabbat…

© www.shabbat-goy.com – Photo prise dans l’axe de l’ancienne rue Nalewki.
» Découvrir la rue Nalewki sur Shabbat Goy.

Le monde englouti

La mémoire juive de l’est…

C’est bientôt la fin de l’année 2013 et je tenais à remercier tous les visiteurs qui m’ont accordé un peu de leur temps pour visiter les pages de ce site.
Je m’efforcerai de faire au mieux pour continuer la mise en ligne des sites déjà visités et qui restent en souffrance (une bonne soixantaine encore…)

Le cimetière juif de Otwock au sud-est de Varsovie
Le cimetière juif de Otwock au sud-est de Varsovie (Cliquer pour agrandir)

Le thème de ce site étant les traces et l’héritage juif en Pologne, je voulais vous faire de nouveau partager ces quelques lignes extraites du livre de Françoise Milewski, Un livre du souvenir :

« Chercher une mémoire en Pologne m’a fait prendre conscience d’une ambivalence. Si la mémoire des juifs n’est plus à l’est mais à l’ouest, la mémoire juive est en partie à l’est. Que la mémoire soit dispersée est une banalité. Qu’elle passe aussi par la Pologne, même si le monde juif y fit englouti, fut pour moi une perception nouvelle. J’avais longtemps pensé, par principe, qu’il n’y avait rien à trouver, donc à chercher, du côté du monde englouti. C’était à tort. Seuls ceux qui ont décidé qu’il n’y avait rien à voir ne verront effectivement rien. »

C’est parmi les stèles du cimetière juif d’Otwock non loin de Varsovie que Françoise Milewski a retrouvé la tombe de son grand-père disparu.

La fresque murale de Rzeszów

La vieille ville et le quartier juif

Ci-dessus un extrait de la fresque murale photographiée sur le mur d’un immeuble à Rzeszów en région de Basses-Carpathes.
Visibles au premier plan la vieille ville avec sa place du marché (Rynek) et sa mairie (Ratusz). Au second plan en haut à gauche, le quartier juif avec ses deux synagogues et le vieux cimetière juif aujourd’hui disparu.

The jewish district - Rzeszów © www.shabbat-goy.com
La fresque murale de Rzeszów (Cliquer pour agrandir)
© www.shabbat-goy.com

Polonais, donc antisémite

Histoire d’une perception trouble

Quelques années en arrière, j’étais de passage à Paris dans le secteur de la Gare du Nord. Ou de la Gare de l’Est, je ne me souviens plus précisément. Toujours est-il que ce dont je me souviens est resté gravé dans ma mémoire. Cela pourra paraître insignifiant pour les uns ou anecdotique pour les autres. Pour moi c’est une chose qui m’a perturbé.

Donc de passage dans l’une de ces deux gares, je tombais tout à fait par hasard sur une exposition présentée dans le hall d’entrée dont le thème était la Shoah et la SNCF. Moi qui suis toujours au fait des informations en provenance de France, je savais qu’à cette période avait éclaté une polémique sur le rôle de la SNCF durant la guerre et l’utilisation du matériel roulant à des fins de déportations sur fond de guerre commerciale pour un marché de trains à grande vitesse aux Etats-Unis.
Je m’approchais des panneaux de cette exposition et je commençais à lire les textes agrémentés de photos qui rappelaient des lieux visités ici en Pologne.
L’une des dames qui apparemment assistait les visiteurs s’approcha de moi et commença à me présenter la déportation depuis la France, les camps en Pologne, les grandes lignes de cette période douloureuse. J’acquiesçais et je lui précisais alors que j’habitais en Pologne et que je connaissais bien ces événements et les endroits qu’elle me présentait.
Dès cet instant la dame arrêta de parler, me regarda, me tourna le dos et repartit vers la table où se trouvaient quelques-unes de ses collègues de l’exposition.
La politesse aurait voulu dans ce cas qu’elle comprenne mon intérêt pour le sujet et qu’elle me laisse poursuivre ma lecture ou qu’une discussion s’engage, ou les deux. Mais je réalisa tout d’un coup que sa réaction avait été tout autre.
J’étais devenu la figure maudite du polonais antisémite, moi à la fois fils de Gascon et Minot du Sud, aussi polonais antisémite qu’un esquimau du Ku Klux Klan…
Evidemment je ne peux pas généraliser cette perception et je peux comprendre ces ressentiments de la part de familles meurtries au plus profond d’elles-mêmes, à l’égard de tout ce qui peut toucher de près ou de loin à la Pologne. Cependant cette réaction me laissa quand même un goût amer.

Il y a plusieurs mois, une enquête réalisée à Varsovie auprès de jeunes lycéens laissait apparaître que 40% d’entre-eux avaient une opinion négative des juifs. Pas antisémite, mais une mauvaise appréciation.
Si les conséquences du conflit israélo-palestinien provoquent des réactions très vives en France, ces événements ne sont pas non plus ignorés auprès de jeunes en Pologne même si c’est à une tout autre échelle, mais il me semble que c’est surtout cette condamnation en héritage, cet antisémitisme quasi héréditaire que l’on fait porter sur cette troisième génération d’après guerre, une génération nettement plus sensibilisée sur ce sujet que leurs aînés, pour ne pas dire impliquée pour certains, qui braque et met sur la défensive une partie d’entre-eux.
Et de mon point de vue, les «voyages holocauste» en Pologne organisés par les autorités israéliennes pour leurs jeunes avec les consignes strictes d’évitement et de tous contacts avec les populations locales y compris dans la capitale et des déplacements strictement encadrés par la sécurité israélienne et polonaise, hormis des rencontres ponctuelles programmées, ajoute à cette méfiance, incompréhension et échanges entre nouvelles générations.

Pour le reste, je ne rentrerai pas dans le débat à la fois riche et complexe des rapports entre juifs et polonais (du moins pas aujourd’hui), moi perçu comme pro-polonais en France ou pro-juif en Pologne, mais simplement fils de Gascon et Minot du Sud…

Quand l’architecture se rappelle l’histoire

L’immeuble 2 de la rue Muranowska

Muranowska 2 - Hier et aujourd'hui (Cliquer pour agrandir)  © www.shabbat-goy.com - Narodowe Archiwum Cygrowe
Muranowska 2 – Hier et aujourd’hui (Cliquer pour agrandir)
© www.shabbat-goy.com – Narodowe Archiwum Cygrowe
Les habitués du stade de football Polonia situé à proximité de l’hôtel Ibis ainsi que les automobilistes qui se rendent à Varsovie en empruntant le pont de Gdańsk passent devant l’hôtel du numéro 2 de la rue Muranowska. Moi même j’ai dû y passer une centaine de fois jusqu’au jour où je me suis rendu compte que l’architecture particulière de cet hôtel n’était pas sans rappeler celle de l’immeuble qui existait là avant la guerre.
A l’origine, l’immeuble du 2 de la rue Muranowska avait été construit en 1937-1938 d’après les plans de l’architecte Konstanty Srokowski. Il était situé à l’angle de la rue Muranowska et de la rue Przebieg.
Son propriétaire était un certain Chaim Rozen.
Ce bâtiment était situé à proximité de la place Muranowski qui se trouvait au nord du quartier juif de Muranów, à l’extrémité de la rue Nalewki.
Durant la guerre, l’immeuble fut intégré dans le périmètre du grand ghetto en novembre 1940 et en fut exclu en mars 1942 lors du redécoupage du ghetto. Les immeubles numéros pairs de la rue Muranowska situés en face restèrent intégrés au ghetto jusqu’au soulèvement de 1943.
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Le mur du ghetto (voir diaporama ci-dessous) sépara la rue Muranowska en deux durant un an (1942-1943).
L'immeuble Muranowska 2 après la guerre © www.werttrew.fora.pl
L’immeuble Muranowska 2 après la guerre (Cliquer pour agrandir)
© www.werttrew.fora.pl

A la fin de l’insurrection du ghetto en mai 1943, l’immeuble Muranowska 2 était encore debout. C’est durant l’insurrection de Varsovie de 1944 que la partie ouest donnant sur la rue Przebieg fut endommagée. L’immeuble fut restauré après la guerre. Tous les autres bâtiments de cette section de quartier en ruine furent par contre démolis.
L’immeuble Muranowska 2 a été lui démoli au début des années 1970. L’hôtel Ibis visible aujourd’hui a été construit en 2001 pour le compte du Groupe Accor par la société ART GROUP Sp. z o.o.
L'immeuble Munarowska 2 et le ghetto nord
L’immeuble Munarowska 2 et le ghetto nord (Cliquer pour agrandir) © www.shabbat-goy.com – www.mapa.um.warszawa.pl


Afin de conserver la mémoire des pertes irrémédiables qui ont englouti bâtiments et monuments durant la guerre, plusieurs immeubles de la capitale ont été reconstruits selon des architectures contemporaines mais tout en conservant leurs lignes d’antan, comme cela a été par exemple
le cas avec l’immeuble de bureaux édifié sur les ruines de l’ancienne banque de Pologne.

Autres liens avoisinants:
La rue Przebieg.
Topologie du secteur nord-est du ghetto de Varsovie.

L’ancien Shtetl de Grabów, la synagogue et le cimetière juif

Grabów est une bourgade très ancienne puisque sa première mention a été faite en 1232 mais c’est au cours du XIVème siècle que le village se développa et devint une petite ville.
Elle acquit le droit d’organiser 3 foires par an vers le milieu du XVIème siècle. Cependant vers la fin du XVIIIème siècle, le développement de la ville déclina et elle redevint un village.

La première présence de juifs à Grabów est relativement ancienne puisqu’elle remonte à 1764.
» Lire la suite… Le Shtetl de Grabów

Un lieu, une histoire

Jürgen Stroop à Umschlagplatz

Supplétifs nazis et Jürgen Stroop à Umschlagplatz
Supplétifs nazis et Jürgen Stroop à Umschlagplatz (Cliquer pour agrandir)

Lorsqu’ils se rendent au mémorial de Umschlagplatz de la rue Stawki, les visiteurs sont loin de s’imaginer que le général Jürgen Stroop se tenait debout, à quelques mètres de là, ans en arrière…

Photo prise durant l’insurrection du ghetto : le général SS Jürgen Stroop accompagné de supplétifs étrangers (en uniforme noir) sur le site de Umschlagplatz, la gare de transbordement située au nord du ghetto de Varsovie d’où furent déportés vers le camp d’extermination de Treblinka les juifs de la capitale et de sa région.

Stroop dirigea la liquidation du ghetto de Varsovie en avril-mai 1943 durant laquelle plus de 50 000 juifs périrent. Il déclencha lui-même le dynamitage de la grande synagogue de Varsovie et rédigea un rapport appelé le rapport Stroop ayant pour titre « Le ghetto de Varsovie n’existe plus », document dans lequel est décrit la chronologie de la liquidation accompagné d’une collection de photos. Ce document fut utilisé lors du procès de Nuremberg. Arrêté puis jugé par les américains en 1947, il fut extradé en Pologne, jugé puis condamné à mort en 1952.
Les supplétifs nazis étaient recrutés auprès de soldats déserteurs de l’armée rouge, de nationalistes lettons et ukrainiens pour l’essentiel. Ils furent surtout employés à la garde des camps, à la surveillance et la liquidation de nombreux ghettos et à des opérations de liquidation des communautés juives dans les territoires de l’est. Ils étaient surnommés Askaris par les allemands.

Umschlagplatz
Vue aérienne du nord du ghetto et de la gare de transbordement Umschlagplatz. Flèche d’orientation de la photo du haut. (Cliquer pour agrandir) © www.mapa.um.warszawa.pl