Le ghetto de Varsovie, à Paris

Comprendre la taille du ghetto

Vue aérienne du ghetto de Varsovie
Vue aérienne du ghetto de Varsovie à la fin de la guerre (cliquer pour agrandir)

Il peut être difficile pour un français de s’imaginer la taille du ghetto de Varsovie et la chose est évidemment compréhensible.
Celui de Varsovie à sa fermeture en novembre 1940 avait une superficie de plus de 300 hectares et était bordé par un mur de 16 kilomètres de long.
Aussi je me suis dit que la meilleure façon de matérialiser cette surface était de la transposer sur une carte actuelle de la ville de Paris, ici au niveau des arrondissements 15ème, 7ème (principalement) et 6ème, avec une photo du ghetto prise à la fin de la guerre.

Si l’Etat français a officiellement collaboré durant la guerre et mis en place des camps d’internement, aucun ghetto n’a été établi sur le territoire par l’occupant.
On peut par contre rappeler que le camp de concentration de Natzwiller-Struthof a été établi en Alsace.

Le ghetto de Varsovie à Paris
Le ghetto de Varsovie à Paris (Cliquer pour agrandir) – Carte Google Earth

» Chronologie de la création du ghetto de Varsovie.

Du Judenrat au Musée de l’Histoire des Juifs Polonais

Histoire d’une ancienne caserne Royale à Varsovie

 1959, Judenrat ghetto Warsaw - 2013, Museum of the History of Polish Jews (Cliquer pour agrandir)
1959 – Ancien Judenrat du Ghetto de Varsovie. 2013, Musée de l’Histoire des Juifs Polonais (Cliquer pour agrandir)
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Plus d’un demi siècle sépare ces 2 photos.
Celle de gauche représente Richard Nixon de dos quittant le monument des Héros du Ghetto lors de sa visite à Varsovie en 1959.
Le bâtiment en ruine que l’on distingue en arrière plan est l’ancienne caserne d’Artillerie Royale bâtie entre 1784 et 1792. Au milieu du XIXème siècle, la caserne fut transformée en prison militaire jusqu’en 1939 puis elle devint le siège du Judenrat (Conseil juif) durant la période du ghetto. Le bâtiment se trouvait au 19 de la rue Zamenhof et faisait partie intégrante du grand ghetto.
Après la guerre en 1948, on érigea à 50 mètres de là, côté est, le monument des Héros du Ghetto.

Le bâtiment ne fut pas restauré et sa démolition intervint en 1965. Une place fut ensuite édifiée en lieu et place et la section de la rue Zamenhof qui menait à l’ancienne caserne disparut.
Aujourd’hui se dresse le Musée de l’Histoire des Juifs Polonais.

Ghetto de Varsovie: Chronologie d’un enfermement

Histoire de la création du ghetto

En Europe centrale et en Europe de l’est, on a recensé plus de 1000 ghettos qui ont été établis pas les nazis entre 1939 et 1941, depuis les pays Baltes jusqu’en Crimée. La Pologne à elle seule en dénombrait plus de 300. Parmi les plus emblématiques, celui de Cracovie, celui de Łódź (Litzmannstadt) le second par la taille et celui de Varsovie, ce dernier enfermant la plus grande population juive.
Destinés à rassembler et concentrer les juifs, ils devinrent les antichambres des camps.
» Lire la suite

Ghetto de Varsovie - Zone d'épidémie de typhus
Ghetto de Varsovie – Zone d’épidémie de typhus

Jan Żabiński, zoologue et bienfaiteur des juifs

Histoire d’un couple de Justes parmi les Nations

Jan Żabiński (1897-1974) était un physiologiste et zoologue. Il suivit des études universitaires à Varsovie et à Lublin. Il fut l’un des fondateurs du zoo de Varsovie et son premier directeur de 1928 à 1951 (zoo situé dans le quartier de Praga). Durant la guerre, avec l’aide de son épouse Antonina, il aida de nombreux juifs.
Durant l’entre-deux guerres, le zoo de Varsovie était l’un des plus grand d’Europe.
Une partie du zoo fut bombardée les premiers jours de septembre 1939 durant le déclenchement de la guerre, de nombreux animaux furent blessés ou tués. D’autres animaux épargnés furent expédiés vers l’Allemagne. Durant de nombreux mois des oiseaux exotiques et des aigles volèrent dans le ciel de Varsovie et des phoques cherchèrent refuge dans la Vistule, on vit également errer des chameaux et des lamas. Beaucoup d’animaux furent tués à la demande des autorités.
Durant le temps de l’occupation, le zoo fut fermé et par la suite les terrains furent utilisés pour les cultures potagères et l’élevage de porcs pour la population de Varsovie.
Beaucoup de gens cherchèrent un abri également dans le zoo, notamment des juifs échappés du ghetto.
De par sa qualité d’employé municipal, son statut lui permettait d’entrer dans le ghetto, au motif de surveiller les arbres des jardins publics qui se trouvaient dans le ghetto ou pour récupérer des déchets en vu de nourrir les porcs qui étaient élevés dans le zoo.

Jan Żabiński - Director of the zoo of Warsaw. Righteous among the Nations
Jan Żabiński

Il profita donc de cet accès pour rendre visite à des amis juifs et les aider. Lorsque la situation devint critique dans le ghetto, il offrit son aide à des juifs, aussi bien à ses anciens fournisseurs du zoo qu’à d’autres, inconnus, également par l’intermédiaire de l’organisation Żegota.
Il fournit aussi bien des papiers que des abris sur le terrain du zoo dans les enclos abandonnés, des souterrains ou comme dans sa maison à une douzaine de juifs. Parmi ceux hébergés, la famille Kenigswein qui fut cachée dans les bâtiments techniques du zoo et les enfants hébergés chez les Żabiński. Les juifs étaient régulièrement déplacés dans le zoo, parfois les cheveux teints en blond. Des résistants polonais trouvèrent également refuge dans le zoo.
Afin de prévenir de l’imminence d’un danger dans la maison, lors de visites inattendues, Antonina donnait le signal en entammant un air de l’opérette La Belle Hélène de Offenbach sur son piano.
En tant que lieutenant de l’Armée de l’Intérieur, Jan Żabiński participa à l’insurrection de Varsovie de 1944, il fut gravement blessé et envoyé comme prisonnier en Allemagne. Sa femme continua à apporter l’aide aux juifs rescapés des ruines du ghetto et de la capitale durant son absence.
Dès 1947, les 40 hectares du zoo furent clôturés et des travaux de restauration furent entrepris.


C’est en 1965 que Jan Żabiński et sa femme Antonina furent reconnus comme Juste parmi les Nations par Yad Vashem. Au moins une centaine de juifs ont été ainsi secourus par le couple Żabiński. Parmi les juifs cachés par le couple, on trouve la famille Lewi-Łebkowski, Maurycy Frenkiel, Wanda Englertowa, Mme Weiss, Mme Poznańska, la famille Keller, Jolanta Kramsztykówna, Marysia Aszerówna, Rachel Auerbach, la famille Kenigswein dont Regina Kenigwein la fille de Shmuel Sobol qui était l’un des fournisseurs en fruits et légumes pour les animaux avant la guerre, Magdalena Gross
Magdalena Gross était une sculptrice animalière qui se cacha plusieurs mois dans la maison des Żabiński.
Après la guerre, Jan Żabiński reprit ses activités de zoologue et la direction du zoo de Varsovie. Connu du public, il anima plus de 1500 conférences, notamment de vulgarisation à la radio polonaise.

Le 15 avril 2015 s’est tenu l’ouverture du musée de la villa où l’on pourra découvrir leur histoire ainsi que les pièces de la villa où ils vécurent et le sous-sol où vécurent cachés de nombreux juifs. Quelques sculptures de Magdalena Gross qui avait été cachée durant la guerre sont présentées dans le sous-sol.
Jonny Daniels dont l’organisation From the Depths travaille à la récupération des nombreux fragments de pierres tombales juives qui avaient été utilisées pour la reconstruction du zoo après la guerre et à leur retour vers le cimetière juif de Bródno, a apporté son soutien à l’ouverture du musée de la villa des Żabiński.
Moshe Tirosh, enfant juif sauvé par le couple Żabiński a participé à l’inauguration également en présence des enfants Żabiński, Ryszard et Teresa. Le grand pianiste polonais Janusz Olejniczak nous a offfert un concert en jouant notamment une pièce d’Offenbach que jouait Antonina Żabiński pour prévenir ses juifs lorsqu’un danger approchait.


Le zoo de Varsovie est aujourd’hui l’une des curiosités de la capitale à visiter. Comme de nombreux zoos à travers le monde, il permet la protection de nombreuses espèces. Il abrite également sur son site de nombreux vieux arbres dont certains multicentenaires.
» Le site web du zoo de Varsovie.

En 2017 sort sur les écrans le film The Zookeeper’s Wife réalisé par Niki Caro et qui retrace cet épisode de la vie des Żabiński durant la guerre et dont le scénario se concentre sur Antonina, dont le rôle est joué par l’actrice Jessica Chastain.

The zookeeper's wife
The zookeeper’s wife

Reconstitution de la Grande Synagogue

Imaginer la topologie d’antan

La place Tlomackie,Varsovie - Reconstitution © www.shabbat-goy.com
Tlomackie square, Warsaw – Place Tlomackie,Varsovie – Reconstitution © www.shabbat-goy.com

A l’occasion du 70ème anniversaire de la destruction de la grande synagogue de Varsovie, une reconstitution au 1:10 de la synagogue et de la place Tłomackie est présentée à proximité du lieu où elle se trouvait.
La grande synagogue avait été édifié entre 1875 et 1878 par l’architecte Leandro Marconi, fils de Enrico Marconi également grand architecte d’origine italienne qui bâtit de nombreux monuments en Pologne. Elle pouvait contenir 2300 places assises dont 1100 dans la galerie des femmes. Après la fin de l’insurrection du ghetto de Varsovie, les sapeurs et les artificiers allemands préparèrent une semaine durant le dynamitage de la synagogue qui eut lieu le 16 mai 1943 et qui mit définitivement fin à la vie juive de Varsovie.
Reconstitution de la grande synagogue, Varsovie - Reconstitution © www.shabbat-goy.com
La grande synagogue, Varsovie – The great synagogue, Warsaw – Reconstitution © www.shabbat-goy.com

Jürgen Stroop, le général SS qui mâta l’insurrection déclencha lui-même la mise à feu des explosifs.
La reconstitution représente la place Tłomackie et les immeubles qui l’entouraient. La synagogue était située du côté sud. Seuls 2 bâtiments ont survécu à la guerre, celui de l’actuel Institut Historique Juif qui abritait auparavant la bibliothèque Judaïque et le petit bâtiment de forme cylindrique appelé Gruba Kaśka (la grosse Catherine) qui était un élément du dispositif d’adduction d’eau et qui se trouvait au milieu de la place en face de la grande synagogue.
Un grand immeuble de bureau, appelé la Tour Bleue, se trouve aujourd’hui à l’emplacement de la synagogue disparue. Dans le cadre de la loi sur la restitution des biens juifs, 3 étages de la tour appartiennent à la communauté juive.
Reconstitution menée à l’initiative de l’Institut Historique Juif de Varsovie sous le patronage de la Mairie de Varsovie.

Analyse d’une photographie

Femmes juives à Umschlaglatz

Un groupe de femmes à Umschlagplatz (Cliquer pour agrandir) - © Ghetto Fighter's House
Un groupe de femmes à Umschlagplatz (Cliquer pour agrandir) – © Ghetto Fighter’s House

La scène présentée sur cette photographie se déroule à Varsovie, précisément à Umschlagplatz, la gare de transbordement qui était située à l’extrémité nord du grand ghetto. Ici un groupe d’une vingtaine de femmes est encadrée par des membres de la police juive dont on distingue deux policiers aux extrémités droite et gauche et sept autres en arrière plan.
Cette photographie m’a impressionné et m’a laissé un sentiment très étrange lorsque je l’ai vue, car ce qui transparaît quand on scrute le visage de ces personnes, ce n’est ni la crainte ni la peur mais comme une impression de soulagement. C’est comme si les femmes de ce groupe était restée à attendre quelque part non loin de là et que, certainement après des heures d’attente dans l’inquiétude et l’angoisse du lendemain, une décision avait été prise et que le groupe venait de se mettre en mouvement. Parmi elles il règne une certaine animation, les femmes regardent de toute part, plusieurs discutent.
On remarque plusieurs choses sur cette photo. Au centre, une femme est légèrement penchée, elle porte à sa bouche une miche de pain, sur son bras droit on distingue clairement le brassard blanc avec l’étoile de David que les juifs devaient obligatoirement porter. A sa gauche, sa voisine tient bien serré sous son bras une miche de pain, elle regarde la femme située sur sa droite qui semble porter un morceau de pain à sa bouche. L’action doit se passer juste après une distribution de pain, c’est ce qui semble avoir rassuré le groupe.
En effet, afin d’inciter les juifs du ghetto à se rendre volontairement à Umschlagplatz, les autorités faisaient savoir qu’en vue du déplacement de populations du ghetto vers les territoires de l’est, il était procédé à une distribution de pain pour toute personne qui se rendrait de son plein gré à la gare de transbordement. Déjà soumis à des épreuves extrêmes et à la famine dans le ghetto, la perspective d’une miche de pain était inespérée et beaucoup de juifs se rendirent en effet à la gare. Ces actions s’inscrivaient durant les grandes déportations de l’été 1942. Mais ici il semble que l’action se déroule à une autre saison. Continuons l’analyse de cette photo.
Derrière la femme qui va mordre dans sa miche on en aperçoit une autre en discussion avec ses voisines. On ne distingue ni hommes, ni enfants dans le groupe. Mais le plus saisissant sur cette photo se déroule à droite. Un petit groupe de cinq femmes entourent le policier juif et discutent avec lui. Elles semblent vraiment rassurées, des sourires se dessinent même sur le visage des trois premières. J’imagine qu’aux questions posées, le policier a dû les réconforter, peut être les renseigner sur leur destination vers l’est. Il est clair qu’un sentiment de soulagement s’échappe et se répand parmi le groupe.
Certainement dans la demi heure qui suit, les femmes grimperont sans résistance dans les wagons d’un train aligné à proximité, en serrant contre elles leur miche de pain. Ce qu’elles ignorent c’est qu’en se dirigeant vers Białystok, le train bifurquera en gare de Małkinia, de là, il s’arrêtera au bout de quelques kilomètres à la lisière d’une forêt, les wagons seront ensuite poussés et les portes s’ouvriront sur les quais d’une fausse gare qui avait été aménagée en bordure du camp d’extermination de Treblinka.
Ce qu’il y a de terrible dans cette photo, c’est que les femmes que nous voyons, relativement détendues et convaincues que de meilleurs jours s’ouvriront pour elles, mourront dans les heures qui suivent.
Groupes de juifs assis dans la rue Stawki devant la gare de Umschlagplatz  (Cliquer pour agrandir)
Groupes de juifs assis dans la rue Stawki devant la gare de Umschlagplatz (Cliquer pour agrandir)

Le quartier juif autour de la place Grzybowski

Retour sur un ancien quartier juif

Présentation des articles concernant l’histoire du quartier juif de Varsovie dans les environs de la place Grzybowski et présentation de l’histoire du grand bazar juif Pociejów de la rue Bagno. Egalement la présentation de la synagogue Nożyk.
Mise en ligne de la carte interactive du ghetto de Varsovie (11/1940). Déjà visibles, la présentation de la rue Próźna, la rue Nalewki, les 22 mémoriaux du mur du ghetto.
La carte est en continuel développement, les tracés chronologiques du ghetto seront mis en fonction sous peu (la carte peut poser quelques problèmes avec une version IE 8).