Les lieux de culte du quartier de Praga

Localisation des maisons de prières et des synagogues du quartier de Praga à Varsovie
Localisation des maisons de prières et des synagogues du quartier de Praga à Varsovie

A ce jour, 44 lieux de culte juifs, maisons de prières et synagogues, ont été identifiés dans le quartier de Praga de Varsovie, sur une période allant du début du XIXème siècle jusqu’à l’entrée en guerre.
> Découvrir tous les lieux existants et disparus.

La synagogue ronde de Praga à Varsovie

La synagogue disparue

Simulation de la synagogue de Praga sur une vue actuelle.
Simulation de la synagogue de Praga sur une vue actuelle. (Cliquer pour agrandir) Photo Google Maps et inconnu. Montage www.shabbat-goy.com

La synagogue en briques de Praga fut édifiée en 1836 et fut financée par Ber Sonnenberg, le grand-père du philosophe français Henri Bergson. Ce fut le premier lieu de culte construit dans le quartier du vieux Praga au XIXème siècle, avant l’édification de l’église orthodoxe Sainte Marie Madeleine et de la grande église Saint Florian. Ces 3 lieux de culte situés dans un rayon de 200 mètres témoignaient de la diversité religieuse de la population d’alors.
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Restauration de la synagogue de Cieszanów

Renaissance d’une synagogue en région de Basses-Carpates

La restauration de la synagogue de Cieszanów
La restauration de la synagogue de Cieszanów (Cliquer pour agrandir) – Photo www.shabbat-goy.com

Lors d’un récent déplacement dans cette région du sud-est de la Pologne, qui m’a mené à découvrir et revoir certains sites de l’histoire juive, je me suis arrêté à Cieszanów, une petite ville située au nord de Przemyśl (Galicie) à proximité de la frontière ukrainienne, à une quinzaine de kilomètres du site de l’ancien camp d’extermination de Bełżec.
J’ai pu découvrir la très belle restauration de la synagogue de Cieszanów dont seules les ruines étaient visibles depuis les années 1990.
Les travaux, menés par la Fondation pour la Préservation du Patrimoine Juif en Pologne (FODZ), devraient se terminer au mois de mai 2017.
> Découvrir la synagogue de Cieszanów.

La dernière synagogue de style oriental en Pologne

Landé, une famille qui a marqué l’histoire des juifs d’Ostrów Wielkopolski

Il est une synagogue quasiment inconnue du grand public qui s’intéresse à l’histoire de la Pologne et qui ne figure pas sur les circuits touristiques dédiés au patrimoine juif. Pourtant cette synagogue possède quelque chose d’unique dans son architecture puisque c’est la dernière grande synagogue de style oriental que l’on peut admirer aujourd’hui en Pologne, à Ostrów Wielkopolski, en région de Grande Pologne (ouest), à une centaine de kilomètres au nord-est de Wrocław. Elle est à mes yeux l’une des plus belles synagogues aussi bien par le style mauresque unique de ses élévations et de ses deux tours que par sa double galerie en bois qui surplombe l’ancienne grande salle de prières. Elle fût inaugurée en 1860 et son architecte et bâtisseur s’appelait Moritz Landé.

La synagogue de Ostrów Wielkopolski restaurée en 2010
La synagogue de Ostrów Wielkopolski restaurée en 2010 (Cliquer pour agrandir) – Photo www.shabbat-goy.com

Moritz Landé
Moritz Landé (Cliquer pour agrandir) Reproduction transmise par B. Lande (arrière-arrière-petite-fille de Moritz Landé)

Moritz Landé est né en 1829 à Ostrów Wielkopolski, une ville polonaise alors appelée Ostrowo lorsque la province de Posen (Poznań) était sous domination germanique durant le XIXème siècle. Né dans une famille juive, il était le fils de Löbel Landé, un commerçant prospère établi en ville.
Les origines de la famille remontent probablement à leur présence dans la ville de Landau dans le land de Rhénanie-Palatinat et serait affiliée à la lignée de la famille sacerdotale des Lévites. Dans cette ville germanique, les familles Landau étaient installées depuis de très longues générations, et, selon la tradition familiale, installées dès les premiers siècles de la chrétienté avec l’arrivée des légions romaines. Avec la persécution des juifs en terre germanique dès le XIème siècle, les familles émigrèrent vers l’est dans les territoires de la Pologne et de l’actuelle République Tchèque. Des enregistrements des familles sont notés à Cracovie, à Opatów et à Tarnopol en Ukraine. Beaucoup de descendants sont devenus prêtres et rabbins conformément à la tradition des lévites. C’est vers le XVIIIème siècle que le nom de Landau a été transformé en Lande. L’accentuation du nom, Landé, n’étant apparue qu’à partir du début du XIXème siècle à Ostrowo.
Le premier représentant de la famille présent à Ostrów était Jakob ben Jicchak ha-Levi Lande, arrivé en ville très probablement depuis Kalisz vers 1770 pour prendre les fonctions de premier rabbin permanent. Il se maria avec Vögele, la fille d’un scientifique dénommé Samuel Cohen. Le rabbin Lande mourut en 1787 et fut enterré dans le cimetière juif de Ostrów. Jakob eut deux fils, Hirsh et Moses, et une fille Torza.
Plusieurs générations de la filiation de Moses se sont succédée à travers ses 4 fils et 2 filles. Seul Löbel Landé (1788-1869) est resté à Ostrów alors devenue Ostrowo. un autre fils, Jakob, s’installa à Wrocław (Breslau) et Dawid, entrepreneur et industriel, géra ses
affaires au travers d’une mine de tourbe, une trentaine d’ateliers de tissage situés à Kalisz et une filature de coton à Łódź.
Löbel se maria avec Blume Zuckermann et ils eurent 14 enfants dont 5 filles et 5 garçons (les autres étant morts en bas-âge). Il exerça de façon prospère à Ostrowo comme commerçant notamment avec l’approvisionnement en fruits exotiques. Il a été le fondateur d’une synagogue et l’un des principaux bienfaiteur d’une école juive. Il fut l’un des premiers juifs naturalisé prussien en 1833.
Josef Landé, frère de Moritz
Josef Landé, frère de Moritz (Cliquer pour agrandir) – Photo Domaine public
Parmi les enfants du couple Löbel et Blume, il y eut le futur architecte Moritz et Josef, qui devint un commerçant célèbre à Ostrowo puis à Berlin. Il est à noter qu’après la première guerre mondiale, on assista à une forte émigration des juifs d’Ostrowo, redevenue Ostrów, vers l’Allemagne. Hugo, le fils de Josef ouvrit un cabinet d’avocats en Allemagne à Elberfeld, il se maria avec sa cousine Tekla Landé, la fille de Moritz, et le couple fut très actif dans les mouvements socialistes et dans leur ville où Tekla fût l’une des premières femmes d’Allemagne à siéger dans un conseil municipal. Ils eurent quatre enfants. Leur fils aîné, Alfred Landé devint un grand scientifique, professeur à l’Université de Tübingen, puis chercheur à l’université Colombus, Ohio, aux Etats-Unis. Leur fille Charlotte exerça en tant que pédiatre, Franz devint musicien, compositeur et critique, il mourut à Auschwitz; et Eva qui fit carrière en tant que professeur puis œuvra au sein d’une organisation chrétienne d’Amérique dans la lutte contre la pauvreté.

Moritz Landé fut éduqué par un percepteur puis il poursuivit ses études à Breslau (Wrocław). Il partit vivre chez son oncle Jacob Landé qui était architecte. Il se maria avec Sophie Block en 1857.
Il dessina et dirigea l’édification de la synagogue de Ostrów Wielkopolski dont la construction s’étala entre 1857, avec la pose de la première pierre, et son inauguration en 1860 en présence du rabbin Aron Moses Stössel et des autorités de la ville.
La synagogue fut réalisée dans un style architectural oriental mauresque. C’était alors l’un des bâtiments les plus prestigieux de la ville. Un grave accident survint en 1872 à la synagogue le jour de Yom Kippour où une coupure de gaz, qui était utilisé pour éclairer l’intérieur de l’édifice, provoqua un mouvement de foule durant lequel 19 personnes moururent piétinées.

Le bâtiment édifié en briques s’inscrit dans un plan perpendiculaire avec une arche Sainte (Aron ha-Kodesh) située au sud de la grande salle de prières qui est surmontée par deux majestueuses galeries réalisées en bois. Les élévations intérieures et les boiseries sont ornées de polychromies. Les élévations extérieures furent réalisées avec des décorations architectoniques inspirées du style mauresque oriental qui se développa alors durant le XIXème siècle en Europe. Les deux tours situées côté rue à chaque extrémité de la synagogue offrent à l’ensemble une architecture unique et grandiose.

Moritz Landé a été un bâtisseur et architecte de grand talent. Il a été le concepteur de l’un des cimetières juifs de Berlin.
En 1864, il s’installa avec sa famille à Berlin où il mourut en 1888. Il fut inhumé dans le grand cimetière juif de Berlin de Weißensee.

Intérieur de la synagogue de Ostrów Wielkopolski restaurée en 2010
Intérieur de la synagogue de Ostrów Wielkopolski restaurée en 2010 (Cliquer pour agrandir) – Photo www.shabbat-goy.com

> Découvrir la synagogue de Ostrów Wielkopolski.

Visite de l’ancienne synagogue de Piotrków Trybunalski

La synagogue devenue bibliothèque municipale

La grande synagogue a été édifiée entre 1791 et 1793 probablement sous la houlette du célèbre architecte David Friedlander. Restaurée durant la seconde moitié du XIXème siècle dans un style oriental mauresque elle fut dévastée durant la guerre puis reconstruite dans les années 1960.

Ancienne salle de prières de la synagogue de Piotrków Trybunalski
Ancienne salle de prières de la synagogue de Piotrków Trybunalski (Cliquer pour agrandir)

Les élévations extérieures ont fait l’objet d’une complète rénovation ces dernières années. Une ancienne maison de prière est mitoyenne à la synagogue.
Les juifs sont arrivé à Piotrków Trybunalski au début du XVIème siècle. Quelques décennies plus tard, ils représentaient un peu moins de la moitié de la population avec 2000 personnes. Durant l’entre-deux guerres, on dénombrait plus de 11 000 juifs en ville, soit 24% de la population.
Les allemands établirent un ghetto en octobre 1939 regroupant plus de 9000 juifs dans un secteur constitué par le quartier juif. Il s’agissait alors du premier ghetto installé par les allemands en Pologne occupée. De nombreux autres juifs d’autres villes rejoignirent le ghetto et sa population s’éleva à 29 000 habitants l’année suivante. Il fut liquidé en octobre 1942.
Après la guerre, on dénombrait encore 372 juifs à Piotrków Trybunalski qui quittèrent le pays les années suivantes.

Depuis les années 1960, de très nombreux films ont été tournés à Piotrków Trybunalski, dans ce cadre particulier et préservé d’un centre ville à l’architecture typique d’une ville polonaise agencée autour de sa place du marché. C’est notamment le cas du film Jacob le menteur (Jakob the liar) avec comme vedette principale Robin Williams. Le centre ville ayant été rénové ces dernières années, le cadre un peu délabré de la vieille ville a disparu et risque de moins attirer les producteurs en recherche d’une identité plus ancienne.

Une journée à Płock

Traces d’une vie juive disparue

Płock est une ville située à 110 km nord-ouest de Varsovie dans la région de Mazovie.
L’ancien cimetière juif n’existe plus, c’est aujourd’hui un parc. Le nouveau cimetière juif est toujours présent, quelques tombes subsistent à côté d’un mémorial déjà ancien. La dernière inhumation remonte à 1968. La synagogue a été entièrement restaurée et fait aujourd’hui partie intégrante du musée de Mazovie, elle est dédiée à la culture juive. L’ancien mikveh a été entièrement restauré et abrite une galerie d’art. Ces 2 derniers bâtiments ont été brillamment restaurés et révèlent leur architecture originale.

La synagogue de Płock avant sa restauration
La synagogue de Płock avant sa restauration (Cliquer pour agrandir)

La synagogue de Płock une fois restaurée
La synagogue de Płock une fois restaurée (Cliquer pour agrandir)

Subsistent également le bâtiment de l’ancien hôpital juif Izaak Fogl qui abrite des petites entreprises locales et quelques immeubles de l’ancien quartier juif puis ghetto durant la guerre.

Sur les traces de Shoah à Grabów

Grabów en région de Łódź (Łódzkie) est une bourgade située à une quinzaine de kilomètres du centre d’extermination de Chełmno.

La synagogue de Grabów
La synagogue de Grabów (Cliquer pour agrandir)

L’ancienne synagogue de Grabów est aujourd’hui située sur un terrain privé et inutilisée. Édifiée durant la seconde moitié du XIXème siècle, elle fut dévastée par les allemands, puis transformée en entrepôt et magasin de meubles après la guerre.
C’est devant la synagogue que Claude Lanzmann, pour son film Shoah, a lu la lettre du rabbin de Grabów, Jakub Schulman, lettre que ce dernier avait envoyé à ses amis de Łódź.
Grabów le 19 janvier 1942
Mes très chers,
Je ne vous ai pas répondu jusqu’ici car je ne savais rien de précis sur tout ce qu’on m’a dit. Hélas, pour notre grand malheur, nous savons déjà tout maintenant. J’ai eu chez moi un témoin oculaire, qui grâce à un hasard, fut sauvé. J’ai tout appris de lui. L’endroit où ils sont exterminés s’appelle Chełmno, près de Dąbie, et on les enterre tous dans la forêt voisine de Ruchów. Les juifs sont tués de deux manières, par les fusillades ou par les gaz. Depuis quelques jours, on a même des milliers de juifs de Łódź et on en fait de même avec eux. Ne pensez pas que tout ceci soit écrit par un homme frappé de la folie, hélas c’est la tragique, l’horrible vérité. Horreur, horreur, homme ôte tes vêtements, couvre ta tête de cendres, cours dans les rues et danse, pris de folie. Je suis tellement las que ma plume ne peut plus écrire, créateur de l’univers, viens-nous en aide.

Découvrir l’ancien Le shtetl de Grabów, la synagogue et le cimetière juif.

La synagogue de Praga en 1840

Une synagogue à l’architecture particulière

La synagogue de Praga en 1840-1841 vue depuis la rive gauche de la Vistule à Varsovie
La synagogue de Praga en 1840-1841 vue depuis la rive gauche de la Vistule à Varsovie – Photo Daguerréotype de Moritz Scholtz

La synagogue a été édifiée en 1836 d’après un projet architectural de Józef Lesser et financée par Berek (Ber) Szmulowicz Sonnenberg (même famille que le philosophe Henri Bergson), la synagogue de forme circulaire avait été bâtie dans un style classique et comportait une galerie pour les femmes dont l’entrée était séparée. Elle était dédiée à la communauté juive du quartier de Praga (rive droite).
Dévastée pendant la guerre puis incendiée, elle fût enregistrée au registre des monuments en 1949, cependant, par manque de fonds dans cette difficile période de reconstruction, et dans un état avancé de dégradation et de pillage, elle fut démolie au début des années 1960.
Dans le cadre de la loi sur la restitution des biens juifs, la communauté juive de Varsovie a reçu une compensation pour le terrain qui est devenu propriété de la ville. Un projet de reconstruction de la synagogue était dans l’air mais semble rester à l’état de projet. Les fondations de la synagogue existent toujours sous le jardin d’enfants qui se trouve aujourd’hui à cet endroit.